La simplicité volontaire par l’exemple : la tondeuse à lapins à énergie positive

 

 
Avril est de retour, et avec le beau temps, les pétarades du samedi reprennent aussi ! Si vous avez comme moi la chance d'habiter un lotissement de cadres moyennement supérieurs, vous connaissez forcément la symphonie infernale du moteur 4 temps, qui tous les week-ends vous pourrit immanquablement la sieste pour tondre sans fin les 5 ares de la maisonnette. D'ailleurs, je ne m'exclus pas de la moquerie, puisque je possède aussi un de ces engins.
 
Pour les puristes, sachez que je doute de l'influence significativement néfaste de cette machine sur le réchauffement climatique ou sur l'épuisement des énergies fossiles, puisque le bidon de 10 litres d'essence fait la saison, ce qui correspond à 150 ou 200km en bagnole, quasiment négligeable au vu du kilométrage moyen. D'autre part l'engin est assez peu sujet aux phénomènes de mode, aux campagnes de pub et donc au renouvellement compulsif. La mienne entame sa 9e saison avec pour tout changement une seule bougie. 
 
Bref, les deux principaux inconvénients sont le boucan et le principe. 
 
Là encore, la décroissance a la solution. Lors de mon séjour breton l'été dernier, j'ai rencontré un lecteur (qui souhaite garder l'anonymat) adepte de la simplicité volontaire (mode avancé). Parmi ses contributions, du recyclage de bouteilles de gaz (notamment en barbecue), un système sophistiqué de douche dont l'eau est chauffée par le soleil, et surtout, ce modèle spectaculaire de "tondeuse à lapins à énergie positive". 
 
Le principe est simple : uniquement des matériaux extraits de la déchetterie du coin (à base de tubes métalliques et de roues de vélo), un ressort pour passer de la position statique à la position de roulage, le tout entouré de grillage pour que le moteur ne se fasse pas la malle et un abri en bois pour qu'il n'ait pas trop froid l'hiver.
 
Mode d'emploi : déplacez la tondeuse jusqu'à la zone que vous souhaitez tondre. Rabaissez, verrouillez. Les moteurs s'activent alors, dans un silence absolu, et se mettent à tondre l'herbe, plus exactement à la bouffer. Même pas besoin de benne pour la ramasser. Seul rejet, des petites crottes sphériques qui servent d'engrais naturel. Quand la zone est bien tondue, déverrouillez, avancez de la longueur de la tondeuse, reposez, reverrouillez. Et ainsi de suite.
 
Le système fonctionne ainsi, sans apport d'énergie extérieure, puisque hormis une petite poussée manuelle indolore, l'herbe sert de seul carburant. 
 
Mieux, le lapin est bien connu pour sa propension à la reproduction compulsive. En cela, il est assez proche de certain premier ministre italien, mais en plus rustique : il se contente de femelle "tout venant", sans rechercher de modèle vénal arrangé par une demi-douzaine d'opérations de chirurgie esthétique. Comme il ne s'encombre pas davantage de moyens contraceptifs, le moteur gagne très rapidement de la cylindrée.
 
C'est là que le concept d'énergie positive intervient. En plus de tondre l'herbe de manière efficace et écologique, la tondeuse fournit à son heureux propriétaire un quota régulier de lapins qui peuvent servir de repas du dimanche, ou de monnaie d'échange contre d'autres produits ou services. Proche de la mer, mon camarade décroissant échange par exemple ses lapins contre des poissons auprès d'un pêcheur du coin.
 
Voilà, c'était un bon billet de week-end pour vous rappeler que la décroissance n'est pas forcément synonyme d'austérité, et qui vous consolera que le journal "La Décroissance" ne paraisse qu'une fois par mois…

31 thoughts on “La simplicité volontaire par l’exemple : la tondeuse à lapins à énergie positive

  1. @ Superno

    En Bretagne me potes ont trouvé un truc, ils conviennent d’une heure pour tondre en même temps. En Normandie, où mes parents on une baraque (Pays d’Auge) il y a de plus en plus de moutons avec les années, donc on peut acheter une tonte, ou échanger, ou bien c’est gratis avec les amis. La corvée est de mettre du fil de fer serré tout autour du jardin ou de faire des parc pour ne pas se faire bouffer fleurs et jeunes pousses.

    NB Toujours pas de panneau d’accueil et”You can use these HTML tags.

  2. Par contre, SuperNo, pour que ton lapin te serve de repas du dimanche, tu vas être contraint de le faire passer de vie à trépas, et le transformer en délicieux repas (idéalement avec de la ‘polenta’, mon accompagnement préféré!)
    1) envoyer les enfants chez belle maman quand tu procédes à l’abattage (pas très compliqué, je l’ai pratiqué ‘petit’, un battoir à linge faisait l’affaire! problème: on ne va plus ‘battre son linge’ à la rivière, donc quel instrument peut le remplacer, je ne sais pas)
    2) enlever la peau de l’animal; pas très sorcier, mais ensuite il faut la faire ‘sécher’, et en trouver l’usage (historiquement les marchands de ‘ferraille’ étaient acheteurs, aujourd’hui je ne sais pas s’il en reste)
    3) ceci fait, tu vas ensuite ouvrir la bestiole pour en extraire les entrailles! autre problème d’évacuation de déchets et d’issues, comme on dit dans les abattoirs. Si tu n’as pas une basse-cour importante et ‘affamée’, problème insoluble.
    4) que faire de la tête? la faire cuire également, au risque de traumatiser les petits supergamin(e)s jusqu’à la nuit des temps? c’est pourtant bon, mais . .
    Toutes les idées sont bonnes pour aider Mr et Mme ‘No’

    PS: j’ai passé la tondeuse lundi dernier; aujourd’hui phase ‘scarification’ pour faire partir la méchante mousse qui aurait tendance à taper l’incruste!

    • Quel drôle d'idée de vouloir enlever la mousse. C'est largement le plus agréable lorsque tu t'allonges dans "l'herbe".
      Quant au traumatisme des supergamins à la vue d'un lapin qu'on tue et qu'on vide, faudrait peut-être voir à pas trop exagérer. J'ai vu ma grand mère le faire quand j'étais môme. Je trouvais pas ça particulièrement agréable, mais au moins, j'ai appris très tôt que pour manger de la viande, il fallait tuer, ce que certains ont MALHEUREUSEMENT tendance à oublier. Et le lapin du dimanche n'en était pas moins bon à manger. Quand j'ai été assez grand (et ma grand mère un peu plus vieille), ell m'a simplement appris à tuer et à préparer les lapins. J'ai pas l'impression que l'opération m'ait plus traumatisé que ça.

  3. J’ai la chance de posséder deux de ces engins particulièrement puissant, puisqu’animé par cinq oies de Guinée voraces pour l’un, et trois brebis mangeuses d’herbe pour l’autre… Le problème principal réside à limiter le champs d’action des machines. Je pense en particulier aux potagers, aux plate-bandes de madame et au jeunes arbres fruitiers.
    Ou comment transformer la simplicité volontaire en complexité volontaire (genre “si je tire 50m de filets de là à là, j’empêche les moutons de bouffer les groseilliers, mais ça empêche les oies d’aller à la mare, alors je fait un passage ici, en espérant que les poules ne passent pas et détruisent tout”)…
    Les gigots et les magrets n’en sont que meilleurs…

  4. Pour ma part j’utilise une faux dont les seuls bruits sont le dzing de la lame qui coupe l’herbe et le dzong du “fusil” qui affute la lame. C’est un excellent exercice physique en plus d’être peu onéreux.

  5. Moi, vu que j’habite dans les monts d’Arrée, j’ai opté pour deux moutons d’Ouessant dans mes 3000m2 à peu près plan. Le reste du terrain pouvant servie à abriter des dahus, r….

    Ca se reproduit aussi très bien

  6. Désolé, des fois, quand j’utilise la touche “retour chariot”, ça valide le message

    Moi, vu que j’habite dans les monts d’Arrée, j’ai opté pour deux moutons d’Ouessant dans mes 3000m2 à peu près plan. Le reste du terrain est tellement en pente qu’il pourrait servir à abriter des dahus si les chevreuils ne monopolisaient pas l’espace

    Les moutons d’Ouessant (45cms de hauteur sous le garrot), ça se reproduit aussi très bien :

    http://mouton-ouessant.forums-actifs.com/t1750-naissance-a-ty-bras

    Du coup, ils sont quatre maintenant, car je n’ai pas le courage de les manger, alors que c’est une viande succulente et pas grasse du tout!!!!

    Bravo au collègue de Bretagne pour la tondeuse à lapins…

  7. « … le tout entouré de grillage pour que le moteur ne se fasse pas la malle et un abri en bois pour qu’il n’ait pas trop froid l’hiver. » «  Comme il ne s’encombre pas davantage de moyens contraceptifs, le moteur gagne très rapidement de la cylindrée. »

    Morte de rire… Merci, SuperNo, pour cette petite merveille de description !

  8. @ Superno

    AH! AH! AH! on parle de toi, de nous dans LE MONDE daté du lundi 2 mai, c’est cet imbécile de Bushiste (stakhanoviste de la guerre en Irak) Pascal Bruckner et allié de Sarkozy qui s’y colle: LA SEDUCTION DU DESASTRE, que ça cause des gens qui foutent une panique écologico décroissante pour prendre le pouvoir. D’après lui nous avons rêvé…

    Heureusement à côté de ce torchon article sur le n°spécial 45 de la revue AGONE: “Orwell entre littérature et politique”

  9. @Nancéen

    Pour la simplicité volontaire et une certaine frugalité, je suis partant, mais attention de ne pas tomber dans le puritanisme culinaire souvent observé chez certains anglo-saxons : légumes à l’eau avec quelques pommes et un coup de pied au cul et à l’eau claire dans le pire des cas !

    A propos de lapin, j’ai apprécié la méthode de ‘’Nancéen ‘’, mais il ne faut surtout pas éduquer les enfants dans la mièvrerie par rapport à la nourriture, même si la viande, surtout la rouge, doit être dégusté que de temps en temps seulement et avec le barbecul ne surtout rien carbonisé (cancer). Quand nos enfants étaient petits nous invitions leurs copains ou copines à la campagne, certains n’avait jamais senti l’odeur de la bouse ou du crottin, ne mangeaient pas de champignons, d’huitres, de moules, d’andouillette de boudin et de légumes et demander des patates et des nouilles. Le matin les tartines de bon pain au beurre salée avec confiture maison ou miel avaient du mal à passer.

    Dans un dîner vous avez souvent une gourde (c’est toujours une femme j’y peux rien) qui ne prend pas de mon « Lapin Ginette » (dont je vous donnerai la recette), elles vous racontent niaisement qu’elle en avait un vivant, comme nounours quand elle était petite ; moi un peu sadique je leurs sers des tripes à la place ! Donc il faut bien être conscient quand système décroissant nous allons devoir nous rapprocher de la nature dans ce qu’elle a de cruelle parfois, assommer un bar, déculotté un lapin, donner l’agneau que l’on a vu naître à préparer au boucher, faire du saucisson avec le teckel vieilli (pouf !) et cela sans sensiblerie, les communards ont bien bouffé les girafes et les éléphants du zoo de Vincennes, après avoir terminé le dernier rat !

    J’ai eu la grande chance de passer toutes mes vacances d’enfance dans de la famille en Normandie où j’ai tout appris : Les formidables saillies des chevaux, les castrations, les mise à mort des poules après des courses folles , et des lapins etc. Il fallait même réguler les naissances des chats et pour cela chercher la portée dans les foins, on prenait le tout petit chat encore les yeux fermé dans la main bien fermement, et paf ! Contre un mur. Nous n’y prenions aucun plaisir, c’était comme ça. Les juments poulinaient devant nos yeux émerveillés de gosse, les vaches vêlaient.

    La campagne nous fait prendre une odeur particuliére, au bout d’un moment et seul ce vieux collabo de La Varende a su décrire l’odeur de ferme, mélangée à celle du feu de bois et du tabac, des paysans ou des gentlemans farmer…

    • Effectivement. La simplicité volontaire c’est avant tout de profiter de la vie, et donc de bien bouffer! Et de la viande s’il vous plait!

      La végétarisme on laisse ça aux bobos. Ça me fait penser à une connaissance : végétarien pour des raisons environnementales mais qui prend l’avion pour les vacances.

      Débile. Se priver de plaisirs simple pour des raisons éthiques et gâcher pour du futile.

  10. J’ai beaucoup apprécié la tondeuse à lagomorphes!

    Par contre, lire ce type de chose

    “Donc il faut bien être conscient quand système décroissant nous allons devoir nous rapprocher de la nature dans ce qu’elle a de cruelle parfois,”

    extrait parmi d’autres…

    me laisse plus que perplexe.

    Je ne parle même pas des fautes.

  11. Husqvarna(©) R 152 SV, moteur Briggs & Stratton, 7 CV, auto-tractée avec juste un âne qui guide derrière et ne s’embête pas à ramasser l’herbe (du lundi au vendredi de 17h à 18h et le samedi de 11h à midi, comme ça je n’empiète pas sur les barbeuks et les siestes et les piafs sont contents)

  12. LE SEDUCTION DU DESASTRE de Pascal Bruchner LE MONDE 2O11

    Une vague de chaleur inhabituelle frappe en plein hiver la ville de Bruxelles alors qu’un astéroïde se rapproche de la Terre. Les habitants, épouvantés, descendent dans la rue dont l’asphalte fond, scrutent la météorite qui grandit à vue d’oeil. C’est alors qu’un étrange vieillard, le professeur Philippulus, vêtu d’un drap blanc et muni d’une longue barbe, harangue la foule en frappant sur un gong et s’écrie : “C’est le châtiment, faites pénitence, la fin des Temps est venue.”

    Nous sourions à la vue de ce personnage de pacotille d’autant que la scène se passe dans une bande dessinée, L’Etoile mystérieuse, d’Hergé (Casterman, 1947). Il semble pourtant que Philippulus, caricature du maréchal Pétain qui appelait à la repentance, ait pris le pouvoir aujourd’hui, qu’il siège peu ou prou dans tous les médias, les gouvernements, les instances officielles. Ce qu’il diffuse en continu, c’est l’effroi : du progrès, de la science, de la démographie, du climat, de la technique, de la nourriture, que sais-je ?

    Dans cinq ans, dans dix ans, la Terre sera devenue inhabitable, les températures auront monté, séismes, inondations, sécheresses se multiplieront, les guerres opposeront les peuples, toutes les centrales nucléaires auront explosé. L’homme a péché par orgueil, il a détruit son habitat, ravagé la planète, il doit expier. “La fête industrielle est finie”, avertissait déjà en 1979 le philosophe allemand Hans Jonasqui plaidait pour un usage éclairé de la peur et une nouvelle responsabilité envers la nature. Le pathos dominant dans notre vieille Europe est celui de la fin des temps. L’Apocalypse est inéluctable. La peur est comme une enzyme, elle s’empare de tous les sujets, s’en nourrit, les abandonne pour de nouveaux qui seront bientôt délaissés.
    Voyez Fukushima : le drame n’a fait que confirmer une inquiétude qui la précédait et cherchait un aliment pour se justifier. Dans six mois, un nouveau thème, pandémie, grippe aviaire, craintes alimentaires, fonte de la banquise, ondes maléfiques, antennes paraboliques, nous mobilisera. Double étonnement à cet égard : le catastrophisme règne surtout dans les pays occidentaux, comme s’il était la résidence secondaire des peuples privilégiés, le soupir de gros chats ronronnant dans le confort.

    Chez nous, l’aversion au risque a pris une telle ampleur que nous vivons l’entrelacement de nos drames privés et de l’épopée mondiale comme une menace permanente. Le drame qui frappe les lointains a ceci de singulier qu’il transforme la platitude en aventure à haut risque : cela pourrait nous arriver. Etrange paradoxe : en dépit de la crise, nous vivons mieux en Europe que partout ailleurs, au point que les migrants du monde entier veulent y prendre pied ; jamais pourtant nous n’avons autant vilipendé nos sociétés.

    Les discours alarmistes, qu’ils portent sur l’atome, le climat, l’avenir de la planète, souffrent d’une contradiction. Si la situation est aussi grave qu’ils le prétendent, à quoi bon s’insurger. Pourquoi ne pas se prélasser en attendant le déluge ? Quant aux solutions suggérées, elles semblent inférieures à la gravité du mal. On sait ce que proposent la plupart des courants de cette mouvance : abandonner la voiture, les voyages en avion, consommer local, délaisser la viande, recycler ses déchets, planter des arbres, modérer ses désirs, s’appauvrir volontairement.

    Tout ça pour ça ! Enormité du diagnostic, dérision des remèdes. En gentils boy-scouts, on nous prodigue des conseils d’économie ménagère dignes de nos grands-mères. Puisque nous sommes dépossédés de tout pouvoir face à la planète, nous allons monnayer cette impuissance en petits gestes propitiatoires, monter les escaliers à pied, devenir végétariens, faire du vélo, qui nous donneront l’illusion d’agir pour la Terre.

    Quant aux Chinois, aux Indiens, aux Brésiliens, ils doivent retourner à leur misère, illico, pas question qu’ils se développent sous peine de nous faire sombrer. L’humour involontaire du discours apocalyptique, c’est de mettre tout au neutre ; en voulant nous persuader du chaos planétaire, il intègre notre disparition éventuelle à la tiédeur quotidienne. Il voudrait nous réveiller, il nous engourdit. Les énergies sales, la pollution, les multinationales qui conspirent à nous empoisonner enfièvrent notre calme existence d’un frisson inédit. L’ennemi est parmi nous et en nous, il guette nos moindres défaillances, d’autant plus insidieux qu’il est invisible.

    Si les rites anciens avaient pour fonction d’évacuer la violence d’une communauté sur une victime expiatoire, les rites contemporains ont pour fonction de dramatiser le statu quo et de nous faire vivre dans l’exaltante proximité du cataclysme.

    Pour échapper à l’incertitude de l’histoire, on décrète donc la certitude du désastre : cela permet de se reposer, peinards, dans les douceurs de l’abomination. Qu’importe la date de l’effondrement, il nous frappera quoi qu’il arrive. Le discours de la crainte ne dit pas peut-être, il dit : l’horreur est sûre. Imperméable au doute, il sait de toute éternité et se contente d’enregistrer les étapes de la dégradation. Le prophète est un réducteur de hasard, il offre la même réponse à toutes les interrogations. Le soupçon nous vient alors que les Cassandre innombrables qui vaticinent sous nos climats veulent moins nous mettre en garde que nous fustiger.

    Quand l’intellectuel européen endosse le costume de la Pythie et d’une Pythie bardée de science et de statistiques, il cumule les fonctions du rebelle qui s’insurge et du voyant qui s’élève. Dans le judaïsme classique, le prophète cherchait à revivifier la cause de Dieu contre les rois et les puissants. Dans le christianisme, les mouvements millénaristes portaient en eux une espérance de justice contre l’Eglise et ses prélats qui vivaient dans le luxe, trahissaient le message des Evangiles. Dans une société laïque, le prophète n’a d’autre viatique que son indignation. Il arrive alors qu’enivré par sa propre parole, il s’arroge une légitimité indue et appelle de ses voeux la destruction qu’il prétend récuser. Tel est le renversement : l’Apocalypse devient pour ses partisans notre seule chance de salut.

    Comme ces réactionnaires qui, dans les années 1960-1970, souhaitaient aux jeunesses européennes une bonne guerre pour les calmer, nos atrabilaires espèrent que nous allons toucher le fond pour nous éveiller enfin. Vous méritez une bonne leçon, vous n’avez pas assez souffert, vous devez en baver ! C’est un véritable voeu de mort qu’ils adressent alors aux populations. Ce ne sont pas de grandes âmes qui nous mettent en garde, mais de tout petits esprits qui nous souhaitent beaucoup de malheurs si nous avons l’outrecuidance de ne pas les écouter. La catastrophe n’est pas leur hantise, mais leur jouissance la plus profonde. Fukushima fut pour eux comme l’affaire Dreyfus pour l’extrême droite française, non un épouvantable drame mais une divine surprise. Enfin, ils tenaient leur tragédie ! La distance est courte entre la lucidité et l’aigreur, la prédiction et l’anathème.

    En inoculant le poison de la terreur dans les esprits, ce prosélytisme sombre provoque la pétrification. Le tremblement qu’il provoque retombe comme un mauvais soufflé. C’est à l’inquiétude que revient la dernière réplique ou plutôt à la volonté de conjurer l’aléa par tous les moyens. Nous expliquer que nous marchons au bord du précipice et que nous allons y tomber ressemble à la philosophie de Gribouille : comme si l’on refusait de venir au monde au motif que l’on va mourir un jour. On voulait nous alarmer, on nous désarme. C’est peut-être l’objectif de ce bruyant tambour de la panique qu’on joue à nos oreilles depuis si longtemps : nous infantiliser, nous rendre plus dociles.

    Au lieu d’encourager la résistance - les sociétés humaines survivent aux pires calamités et développent une intelligence des périls -, il propage découragement et désespoir. Le catastrophisme ? Le meilleur instrument de résignation politique et philosophique. Nulle question de nier la gravité des problèmes qui se posent à nous. S’il est au moins une leçon à tirer du Japon, c’est de ne jamais construire de centrales nucléaires dans une zone sismique. Mais l’affolement, la paranoïa ont toujours été les outils favoris des dictatures avides de déposséder les citoyens de tout moyen d’action. Une démocratie ne peut en user durablement sans se saborder.

    L’Apocalypse chrétienne se voulait une révélation, le passage dans un autre ordre du temps, une espérance eschatologique tendue vers l’avènement du royaume de Dieu. Celle d’aujourd’hui est sans dévoilement, elle énonce juste la sentence finale. Elle ne propose rien, elle tétanise : apocalypse sèche. Nulle promesse de rachat, le seul idéal est celui des survivants, l’agrégation de centaines de millions d’hommes qui se repentent de leurs erreurs et veulent échapper au chaos, comme dans La Route, le beau roman de Cormac McCarthy.

    Comment s’étonner, quand tant d’esprits brillants délirent, que fleurissent les prévisions les plus aberrantes, telle celle du calendrier maya, prévoyant la fin de la planète en 2012. Toute la surface de la Terre devrait disparaître sauf un petit village de l’Aude, en France, Bugarach, pris d’assaut par tous les illuminés du globe au grand dam de ses habitants, effrayés par cette publicité. L’Armageddon est imminent. On se rêve en Job ou en Jérémie, on finit en Paco Rabanne !

  13. Ça prouve seulement s’il en était besoin que Bruckner n’a rien compris au concept de décroissance.
    Et?

    Il y a un passif entre Bruckner et les OC, d’ailleurs.

    Les auteurs du Journal de la décroissance se démarquent nettement des sectes apocalyptiques.

  14. LE LAPIN ALPHANNE

    En préambule je voudrais faire connaître la cuisine à feu doux, donc économique, avec un Baeckeoff, ou plat en terre alsacien à couvercle ; ça fait des plats mijotés délicieux avec un ragout d’agneau ou un cassoulet. Si on a une cheminée ouverte, on pourra laisser le plat à côté de l’âtre pour que le jus s’évapore un peu. Ce genre de plat se réchauffe et se mange le lendemain de la cuisson, il a eu une nuit pour se refroidir, il a l’avantage d’être prêt, on peut donc accueillir ses invités, il est aussi transportable chez des copains.

    - Prendre un lapin entier car il y a des tas de morceaux aux goûts différents et à part les tripes tout et mangeable, faire préparer son lapin par un boucher, il ne brisera pas les eaux avec un hachoir dispersent des petits éclats d’os très dangereux.Comme dit “Nancéen” la tête est délicieuse : Les joues sont très fines, et on aura fait scier la tête dans le sens de la longueur pour déguster la cervelle, la langue, et les yeux qui ont un petit goût de noisettes, en cas de myxomatose, on s’abstiendra de manger la tête, mais le corps est sain.

    - Farinez les morceaux

    - Dorez ces morceaux dans l’huile d’olive et de l’huile de colza (mélangées) dans un faitout (on peut rajouter des lardons)

    - Saler et poivrer

    - Mouillez avec un bon verre de blanc sec.

    - Rajoutez 18 olives noires grecques.

    - Mettre de la sauce tomate Panzani (provençale) en fonction de la quantité de lapin

    - Bouquet garni (on peut rajouter des champignons)

    - On peut écraser de l’ail (après avoir retiré le germe)

    - On mélange et on laisse à feu doux 10 minutes

    - On installe le tout dans un grand baeckeoff et on laisse cuire à 3 ou 4 h ( à 3 ou 4) jusqu’à sentir une délicieuse odeur, là on éteint le four et on oublie le plat qui chauffe encore, puis se refroidit doucement, pendant la nuit par exemple.

    - Avant le repas on réchauffe doucement et on mange cela avec des pommes de terre à la vapeur servies à part, mélangé c’est trop lourd car les patates boivent le jus.

    Bon appétit !

  15. @ Alphanne

    “Les eaux” c’était rien que pour toi maîtresse!

    Alors les oreilles, je te le dis entres nous, en principe tu les retires avec la peau, mais moi je les coupe et je me caresse les lèvres avec, c’est tout doux…

  16. Merci pour cette remarque encourageante!

    Je trouve ses commentaires assez révélateurs en fait de ce qu’il faudrait combattre et l’audience qu’il a dans ce lieu que j’aime bien me soucie.

  17. Personnellement, j’ai toujours préféré la bavette d’aloyau. C’est pour ça que l’on élevait des vaches et des bœufs dans le jardin. Après faut juste avoir des bras et des copains. Dans le corridor, on lui met un gros coup de maillet pour l’étourdir, et ensuite on tranche la jugulaire. A 6 ou 8 on lui accroche les pattes avec les chaines qui fixées aux poutres, … bon je déconne, même à la cambrousse il y a des abattoirs et des bouchers.

    Sinon, le lapin produit une viande assez insipide, qui nécessite de la faire mariner ou de l’accompagner (moutarde, morilles, …)

    L’intérêt historique et économique du lapin provient du fait que c’est une espèce européenne, très reproductive, pouvant évoluer dans peu d’espace et s’alimentant de végétaux peu onéreux (avoine, pissenlits, genêts, foin, feuilles de maïs) et dont la peaux pouvaient se revendre pour des confections bas de gamme (sac, besaces, manteaux de pseudo riche pour pauvre).

    En gros, la viande de lapin, c’est “dégueu”, et je ne dors plus avec Bugs Bunny depuis une paire de lustres. Connaître une recette de lapin, c’est loin de faire “peuple”.

  18. Cette idée, je l’avais déjà vu, et celui qui l’avait fabriqué appelait cela une lapinotondeuse. On peut essayer avec un lapin nain pour les très petites surfaces.
    Chez nous , les 7 ou 8 voisins qui m’entourent ont des petits tracteurs tondeuses pour tondre leur 1500 ou 2000 m2, tous les 15 jours, mais chacun son tour. Et comme ils ne travaillent pas, c’est tous les jours un autre. Bilan écologique plus conséquent et bruit très fort. Les conducteurs ont des casques. Des machines comme cela, il s’en vend tout plein.
    j’ai passé la tondeuse seulement une fois l’année dernière, car mon fils a voulu un âne. Tondeuse plus grande mais efficace, sauf pour les boutons d’or qui du coup prolifèrent. Tout ce qui est en bordure, on le coupe au ciseau à herbe et on lui donne à manger. Un fil électrique, des piquets mobiles et voila, on se promène tout partout. Seuls arbustes grignotés : le corête du Japon ,les charmilles et le bouleau, mais du coup,cela fait une taille .
    Pour le sujet sur la viande on dévie, mais on reste dans la simplicité volontaire quand même.
    “Effectivement. La simplicité volontaire c’est avant tout de profiter de la vie, et donc de bien bouffer! Et de la viande s’il vous plait!”
    Pas forcément.
    C’est parce qu’il y en a qui pensent comme cela qu’on a des élevages concentrationnaires d’animaux.
    Les citadins ne peuvent pas élever d’animaux, comme à la campagne, donc le végétarisme est une solution pour décroître.
    Même à la campagne, on ne mangeait que très peu de viande, car autrefois chaque maison (ou presque) avait une vache pour le lait, donc un veau de temps en temps, mais seulement quelque uns avaient des cochons. Le poulet était un plat de fête.

    Et puis il y a des gens qui n’aiment pas la viande.

    “La végétarisme on laisse ça aux bobos.
    Débile.”
    Jugement de valeur. Est-ce que les mangeurs de viande sont d’ignobles carnivores, certains oui.
    Le végétarisme, on laisse ça aux gens qui réfléchissent, avec autre chose que leurs tripes(même si cet organe est aussi bien inervés que le cerveau).
    Les légumes, on peut les manger crus, ou les faire mijoter à couvert, avec une cuillère à soupe d’eau. Surtout pas à grande eau. C’est délicieux. Un gratin de lentilles corail, aussi, des blettes à la provençale aussi avec des galettes de pois chiches et un bon pain. Il faut sortir de cette idée très récente qu’il faut manger de la viande, et apprendre à cuisiner autrement qu’avec une viande et quelque chose autour. Les chasseurs cueilleurs qui devait l’attraper leur viande en mangeaient peu.
    Les goûts se modifient et on retrouve ses papilles, sensibles à tout ce qui a été oublié par des années de malbouffe fade avec exhauteurs de goût.
    Si on a des poules, on mange les oeufs et on les laisse mourir de leur belle mort, ou si vraiment on ne peut se passer de viande , on fait une poule au pot.
    Voici un texte écrit par un escargot végétalien, en pleine forme, à la suite de l’article paru dans les Inrocks .

    UN TABOU QUI SAUTE!
    Quelle une des Inrocks!
    « Manger de la viande tue »! Comment ne pas se réjouir devant une telle une? Pour les Inrocks, et de nombreux autres médias, la question du régime alimentaire occidental actuel et de ses conséquences négatives, et donc sa remise en cause, semble enfin pouvoir être posée au grand public plus à même de s’intéresser au problème « sensibilisé » qu’il est par les questions sanitaires et environnementales, encerclé qu’il est par les catastrophes passées, présentes et à venir dont notre société croissanciste a le secret.
    Sujet mineur, tabou
    Grâce à de nombreux livres et documentaires nous avons été sensibilisé-e-s aux problèmes (ou en tout cas à une partie) que posent l’agriculture « conventionnelle », que ce soit en terme de pollution de notre milieu par les pesticides et par les OGM, ou bien en terme de pratiques aberrantes. Citons, entre autres, Ces maladies créées par l’homme de Dominique Belpomme, Pesticides : Révélations sur un scandale français de Fabrice Nicolino et François Veillerette, Nos enfants nous accuseront de Jean-Paul Jaud, Notre pain quotidien de Nikolaus Geyrhalter, Le Monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin (à noter que cette dernière sort un nouveau livre intitulé Notre poison quotidien sur les polluants en rapport avec notre chaîne alimentaire ; le documentaire éponyme sera diffusé le 15 mars sur ARTE, à 20h40).
    Mais la question du traitement des animaux et de notre régime alimentaire (les deux étant liés) était rarement abordée ou alors très rapidement, sans doute parce que la France a un rapport particulier, intime avec sa gastronomie traditionnelle (au point de la faire inscrire au patrimoine mondial de l’Humanité…) ou peut-être parce que la larmoyante Brigitte Bardot avait confisqué et rabaissé le débat…
    Quelques articles, le plus souvent courts, paraissent dans notre presse nationale mais jamais, à notre connaissance de dossier, ni même de une, consacré aux rapports humains/non-humains, si ce n’est dans l’excellente, bien que malheureusement trop confidentielle, revue Offensive (n°24). Ce « statu quo » fut rompu, pour le grand public, par Fabrice Nicolino avec son livre au titre on ne peut plus parlant Bidoche et dans lequel il s’attaque frontalement à notre régime alimentaire fortement carné.
    Avec ce photo-montage génial des Inrocks, le lien est fait entre humanité, animalité et mort, car c’est un fait manger de la viande tue des animaux et rend malades (parfois jusqu’à la mort) ceux qui les surconsomment. La question de notre rapports aux autres animaux est le sujet d’ouvrages de plus en plus nombreux, même si les pays anglo-saxons semblent avoir pris le problème à bras le corps depuis plus longtemps que nous. On pourra donc se tourner vers quelques ouvrages permettant de nous familiariser avec la question Le silence des bêtes, la philosophie à l’épreuve de l’humanité d’Elizabeth de Fontenay, L’animal que donc je suis de Jacques Derrida, avec précautions on pourra aussi lire Libération animale de Peter Singer ainsi que la critique de l’antispécisme qui y est défendu Libération animale ou nouveaux terroristes? Les saboteurs de l’humanité de Paul Ariès. Et pour les anglophones The Animal Rights Debate: Abolition or Regulation? de Gary L. Francione et Robert Garner.
    Rapports humains/non-humains et décroissance
    Changer les rapports entre les humains et les autres animaux peut avoir des conséquences sur de nombreux de domaines ; de l’agriculture à la recherche en passant par la gastronomie, les loisirs ou l’habillement, jusqu’à la pratique religieuse. En tout cas, la société ne peut pas ne pas en être affectée et la diversités des approches existantes ne peut-être qu’une richesse.
    Entre ceux qui veulent que toute vie, animale ou végétale, ait la même valeur (biocentristes), en passant par ceux qui veulent la fin de l’exploitation de tous les animaux (antispécistes abolitionnistes), ceux qui souhaitent donner des droits à tous les animaux capables de souffrir (antispécistes pathocentristes), ceux pour qui la vie d’un non-humain adulte peut avoir plus de valeur que celle d’un enfant humain (antispécistes utilitaristes) et ceux pour qui donner des droits aux animaux serait forcément rabaisser l’humain (anthropocentristes), il y a de la place pour le débat. Et si cette question (qui n’est pas plus tranchée chez les objecteurs de croissance qu’ailleurs) est une question qui peut nous emmener, à l’instar de la décroissance, sur la crête, et qu’elle peut donc donner naissance au pire comme au meilleur, il ne tient qu’à nous de faire en sorte que ce soit vers le meilleur que penche la balance. Ce qui est sûr c’est qu’à l’heure actuelle nous en sommes loin.
    Quoi qu’il en soit, adopter un régime végétalien, végétarien ou ne serait-ce que diminuer sa consommation de viande n’a que des aspects positifs que ce soit au niveau environnemental (diminution des gaz à effet de serre, des nitrates,…) et donc au niveau sanitaire (baisse des maladies cardiovasculaires, des cancers…), ou au niveau éthique (on nourrit plus de personnes avec la même surface de terre), sans compter l’aspect positif évident pour les animaux.
    Mais si nous pouvons faire beaucoup au niveau individuel, nous savons que cela ne sera jamais suffisant pour changer la société et il nous faudra donc inclure ces réflexions dans notre, dans nos, projets politiques.
    Prenons conscience de la situation, débattons-en, changeons nos habitudes, changeons la société.

    • Hé bé, noelm ! je suis épatée ! là où j'en étais de mes réflexions (hum ! ) , je me disais que les "évolutionnaires" les plus révolutionnaires du 21ème étaient les antispécistes. Mais voilà que j'apprends qu'il existe des antispécistes utilitaristes …. Crénom ….
      Perso je recommande la lecture de " Un éternel Treblinka " , en plus de Bidoche, mais au pays de Descartes, ça peut choquer !
       
      A part ça, je connais une dame ayant mis au point il y a quelques années déjà, l'ancêtre de la lapinotondeuse :  une caisse grillagée, deux cobayes dessous et hardi petits !
      :-)
       

  19. @ Noelm

    Merci de ton commentaire, je suis d’accord avec la plus part de ce que tu dis, et il ya à la fois de la sagesse et de la joie de vivre dans tes choix. Surtout quand on élève des enfants il est très difficile de faire la bouffe, trouver un équilibre n’est pas simple, j’ai l’expérience avec un fils de 19 ans qui mange comme quatre et relativement bien parce que nous lui avons donné l’envie des bonnes choses très jeune et ma fille de 22 ans mange de tout avec modération.

    De toutes les manières il faudra arrêter ces productions des viandes débiles.

  20. @Alphannne

    “Je trouve ses commentaires assez révélateurs en fait de ce qu’il faudrait combattre et l’audience qu’il a dans ce lieu que j’aime bien me soucie.”

    On ne peut qu’être atterré par l’unification des points de vue, l’absence de toute pensée indépendante et de toute voix réellement discordante. Si l’on considère l’histoire moderne, ne serait-ce que celle du siècle dernier, on est pris de vertige à constater d’une part la variété et l’audace de tant de positions, d’hypothèses et d’avis contradictoires, quels qu’ils aient été, et d’autre part ce à quoi tout cela est maintenant réduit.

  21. Salut SuperNo,

    Serait-il possible que tu publie le plan ou le détail du mécanisme qui permet de passer en mode mobile de cette tondeuse (tu parles d’un ressort) ?

    D’avance merci.

    DPM

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