L’overdose


Inouï ! La France est à la veille d’une grève générale. L’école de ma fille sera fermée demain, c’est la première fois que ça se produit depuis 5 ans qu’elle la fréquente. Le ministre du budget est sérieusement soupçonné de complicité de fraude fiscale. Une inondation dans le Var a fait au moins 25 morts, le genre de catastrophe dont les médias sont friands et avec lesquels ils tartinent en principe à outrance leurs journaux. Le Canard révèle ce matin que la nouvelle présidente de la Halde, ne faisant en cela que suivre l’exemple du Président de la République à son arrivée, aurait doublé son salaire. Les États européens prennent les uns après les autres des mesures qui ne visent qu’à faire subir à leur peuple la double peine de la crise, et à “rassurer les marchés”.

Et pourtant, on n’en parle pas ou si peu. Toutes les antennes, tous les journaux, sont saturés, monopolisés, dégoulinants de foot. Ou plutôt de para-foot. Psychodrame chez les millionnaires en short. Des insultes, des trahisons, des démissions, des déclarations fracassantes aux journalistes. France 2 vient de faire 30 minutes d’affilée sur le sujet dans son 13 heures, avant d’enchaîner sur la météo et le retour du soleil… Les commentaires d’actualité ne sont plus assurés par BHL, Finkielkraut ou Luc Ferry, mais par Boumsong, Wiltord ou Petit…

Et la colère qui gronde au sein des masses, les journaux se lâchent : “tchao pantins”, “le retour des zéros”, “guignols jusqu’au bout” etc.

Je rêve de voir tous ces quotidiens faire les mêmes unes pour parler non pas de Domenech et Anelka, mais de Sarkozy, Woerth et les autres….

“Faillite morale”. C’est l’expression utilisée par l’impayable Roselyne Bachelot pour décrire la situation. Roselyne Bachelot, la népote, la bienfaitrice des labos pharmaceutiques, qui vient donner des leçons de morale. C’est un peu comme si Madoff venait donner des cours de comptabilité® (ou Carla Bruni des cours de chant, ou Anelka des cours de français).

Je n’ai pas l’intention de rajouter à la bronca contre ces “enfants gâtés”, ces “milliardaires” (qui ne sont en réalité “que” millionnaires), tout a été dit, et plutôt mille fois qu’une. Mais ces branleurs ne sont que les maillons, et si j’osais employer l’expression favorite de pédants qui l’utilisent à toutes les sauces, les “idiots utiles” (beaucoup plus idiots qu’utiles en l’occurrence), d’un système complètement dévoyé.

Je l’ai évidemment déjà dit plusieurs fois ici, mais on ne devrait pas perdre de vue quelques principes de base.

- Le football est un jeu divertissant, essentiellement pratiqué par de jeunes enfants dans les cours de récré.

- En cela, le foot doit être respecté, comme tous les autres jeux : la pétanque, la marelle, les osselets… Ni plus, ni moins.

Et pourtant, a-t-on déjà vu une telle débauche de milliards, de psychodrames planétaires, de discours ministériels ridicules, de presse déchaînée, pour une partie d’osselets ? Non évidemment.

Le problème est bien là : quand on parle du foot, il ne s’agit plus d’un jeu : il s’agit d’un support publicitaire. Un peu comme pour les chevaux de course, ce sont les footballeurs qui courent, des abrutis dégénérés leur hurlent dessus, mais ils ne sont en fait que des prétextes à un juteux business qui les dépasse.

Nos glorieux footballeurs ne sont pas payés pour marquer des buts, mais pour porter l’image de multinationales. Ils apparaissent à l’écran pendant le match, mais aussi et surtout avant, après, ou à la mi-temps, pour vanter les mérites de camelote mondialisée. Et histoire de ne pas oublier à qui ils doivent leur Ferrari, leurs mannequins ou leurs putes-cadeaux d’anniversaire, ils n’ont même plus le droit de parler ailleurs que devant un panneau rempli de logos de multinationales. On s’est offusqué de voir Lolo Ferrari affublée d’un voile pour interviewer Ahmadinejad, mais personne ne s’émeut de voir Bachelot devant un mur de pub…

Avez-vous entendu les couinements d’un représentant du Crédit Agricole, un minus habens qui bramait après ses millions de budget publicitaire claqué en pure perte ? “J’ai mis mes billes là-dedans, et maintenant, il est où mon retour, hein ?”. J’ai une envie irrépressible de paraphraser Anelka et de lui rétorquer “dans ton cul, fils de pute !”, mais Madame Bachelot serait capable de constater ma faillite morale, alors je m’abstiens…

Au passage, ça permet d’imaginer la nature du mou de veau qu’a dans la théière ce ramassis d’andouilles qui ose faire semblant de croire que si on met un de ces millionnaires en short dans une pub pour une banque, le client lambda va forcément se dire : tiens, je quitte ma banque, et je vais voir le Crédit Agricole : eux au moins, ils ont Anelka dans leur pub… D’autant que, contrairement à Anelka, ces encravatés n’ont même pas l’excuse de ne pas avoir fait d’études…

Ils ont pourtant l’habitude de perdre du pognon, au Crédit Agricole. Je crois qu’ils ont pour 7 milliards de “produits toxiques” au frigo. Sans oublier les quelques dégâts collatéraux

C’est “l’heure de ressentir toute la souffrance qu’ont ces milliers de français”. C’est pas du Kant, ni du Besancenot, c’est du Patrice Evra, capitaine de cette bande de jobards. Quelqu’un lui explique que la souffrance, ce n’est pas de voir une équipe de foot éliminée, mais c’est plutôt de ne pas pouvoir payer son loyer, ne pas pouvoir se nourrir, ne plus se soigner les dents faute de moyens, de perdre l’espoir de partir en retraite avant 70 ans. Qu’ils redescendent sur terre…

Anelka gagne plus de 6 millions d’euros par an (500 000 par mois si ça vous parle plus…). Divisé par le nombre de ses neurones, ça donne une certaine idée de l’infini ! Je crois même que pour Thierry Henry, c’est 17 millions. Il faut dire qu’il marque aussi avec les mains, ce genre de talent se monnaie… Il ne leur faut que quelques semaines de “travail” pour s’offrir une Ferrari… Même Proglio est jaloux.

Cette “affaire” minable devrait être l’occasion de mettre à l’étude les mesures que je m’échine à préconiser à longueur de billets, et que l’on devrait étendre à toute la population.

- Plafonner les revenus à un multiple du SMIC. On pourrait commencer par 10 ou 20, avant de le ramener en quelques années à 5 ou même 3. Si nos footballeurs ne gagnaient guère plus que leurs supporters, la plupart des problèmes d’égo ou de “mérite” ne se poseraient plus.

- Confisquer les gros héritages, en mettant en place un couperet, disons à 1 million d’euro. Madame Bettencourt n’aurait ainsi jamais fait parler d’elle.

- Mettre en place le revenu minimum d’existence, garanti à chacun de la naissance à la mort, et permettant de subvenir à ses besoins essentiels.

- Supprimer toute forme de publicité, et en premier lieu dans le sport. La pub abêtit, la pub pollue, la pub corrompt.

Sarkozy a construit le calendrier de la casse des retraites sur celui de la Coupe du Monde de foot, en priant pour que nos footballeurs fassent un beau parcours. Les choses ne se sont évidemment pas passées comme prévu. Je le soupçonne néanmoins d’exploiter la débâcle, et notamment de monter en épingle le psychodrame, avec Bachelot et Yade à la manoeuvre, et la meute de journalistes derrière.

Car attention, ce n’est pas fini ! Certains joueurs ont promis un “grand déballage”. Les micros et les carnets de chèque vont se tendre. Les conneries vont fuser. Et finalement, si le calcul de Sarkozy n’était pas si mauvais ?


84 thoughts on “L’overdose

  1. Dis moi, Super, tu crois que c’est avec des billets comme ça que tu vas pouvoir remplacer Didier Porte chez Stéphane Bern (le Luxembourgeois, un quasi demi-compatriote pour toi, non?)
    Pour le reste, à vrai dire, ceci me rappelle l’épisode 2002, où lébleus (comme dit @si)avaient été au moins aussi bons/mauvais (rayer la mention inutile) sportivement, mais franchement moins bon au niveau du reste!
    Quant aux revenus de ces braves fouteux, qui qui paye? le pékin moyen (et pas que le chinois, quoi que!) avec ses entrées, et en achetant les produits ou services des sponsors.
    Alors, retirez vos comptes du Crédit Agricole, n’entrez plus chez Quick (trop facile, là), quittez SFR, GDF Suez (moins facile, sauf pour les 300.000 coupures à venir pour ceux qui ne peuvent plus encaisser-décaisser les augmentations permanentes), Toyota, etc.
    Et pratiquez et allez voir des sports moins gangrénés: le handball, le basket, le rugby, l’athlétisme.

    • Entièrement d’accord avec le billet de SuperNo. Rien à rajouter, ces bleus ne sont que des enfants gâtés sans éducation.

      Par contre je t’arrêtre tout de suite sur “Et pratiquez et allez voir des sports moins gangrénés”. Il faut bien différencier foot pro et foot amateur. Il y a des clubs très différents dans l’état d’esprit de ce que représente les millionnaires en short.

      Dnas les propositions de SuperNo, je rajouterais, même si c’est très idéaliste, le retour à l’amateurisme.

  2. le salaire des footballeurs… oui mais on ne parle jamais du salaire des marionnetistes…les joueurs sont présentés comme des stars pour faire rever, et on passe sous silence les enormes benefices qui passent dans l’ombre

    ah le revenu universel!! :)… oui!.. mais les elus s’efforcent de plaire au marché et non a leurs electeurs.. qui a plus de pouvoir et d’importance sur/pour eux?

  3. Et finalement, si le calcul de Sarkozy n’était pas si mauvais ?

    Surestimerais-tu l’intelligence de ce pitécanthrope, Super ? Lui et sa clique réunis disposent d’un capital-neurones à peu près équivalent à celui des “Bleus”… réunis. C’est la pénurie, la vacuité, que dis-je, la béance. Dans ces crânes-là, il n’est de place que pour les brumes de la coke, les vapeurs d’alcool ou la fumée de cigare, Il n’est qu’à constater à quel point ils sont sidérés de voir leurs petites manigances jetées en pâture au chaland, qui a l’habitude, le bougre ! Au rythme d’un scandale par jour, ça finit par se confondre avec les péripéties de “Poubelle la vie”.

    Les connaisseurs en footaises (j’en ai autour de moi) affirmaient que cette équipe de zouaves n’avait aucune chance d’accéder aux huitièmes de finale. Le sous-président, dont on dit qu’il s’intéresse aux footaises, ne pouvait pas ignorer cela. Il n’a pas monté de plan d’enfumage. Tout naze qu’il est, il sait qu’en face, ça va gueuler un peu dans deux ou trois processions dûment cornaquées par les syndicats jaunes (dont les leaders font partie de ses happy fews) avant que tout rentre dans l’ordre pour les vacances. C’est qu’ils commencent à connaître leurs ouailles, ces barbares-là. Tu leur mets une baffe, ils tendent l’autre joue. C’est pas pour demain les barricades. Ils sont d’une bêtise crasse à la profondeur insondable, mais ça ils l’ont pigé.

  4. Au moins, nous n’aurons pas une récupération honteuse pour 2012.
    Et ça c’est positif. Quant aux joueurs, ce n’est que du bizness.
    Les amis du CAC40 ont perdu quelques plumes, environ deux repas au Fouquet’s !
    Pas bien grave et avec les mesures futures d’austérité payées par les contribuables, ils vont se rattraper fissa.
    Proposition de taxations nouvelles : Imposition à 50% des pensions supérieures à 1500 €. Passage de la TVA à 25%. Imposition de toutes les prestations sociales et diminution de celles-ci de 25%. Augmentation de l’IRPP de 20%, des taxes foncière et d’habitation de 50% sur cinq années. Augmentation de la TIPP de 50% à la campagne et de 100% en ville.
    Il faut cela car : le bouclier fiscale coûte 12 milliards par an, la baisse de la TVA restauration 3 milliards par an, l’exonération des charges sociales et fiscales des entreprises 25 milliards (années 2008-2009, les niches fiscales 55 milliards par an, l’évasion fiscale environ 70 milliards par an. Quant à L’IS il a chuté de 50% à quelques % en 30 ans, les entreprises ne paient presque plus rien par le jeu des comptes européens et de sièges sociaux dans des pays à faible fiscalité (Hollande..) Renault, Air France… y sont.
    L’état doit payer par an plus ou moins 54 milliards d’intérêts de la dette sans rembourser le capital (l’équivalent de la totalité de l’impôt sur le revenu). Si les taux augmentent, de deux points, 7 milliards de plus !
    Les “riches” vont-ils payer ? Non (sont partis !) ou bénéficient de programme complexe de défiscalisation.

  5. Je trouve que “nos” bleus, représentent assez bien l’image de la France : vanité, arrogance, insouciance, paresse, fric, bling-bling, inculture, clientèlisme, individualisme, le tout sans aucune stratégie de groupe ou de vue à long terme.

    C’était marrant au début de voir le désemparement d’une bande de beauf’ starisés, mais là c’est du foot sur toutes les ondes à en gerber, en évitant soigneusement les sujets épineux : les retraites, les impôts-taxes, la chienlit qui s’installe à tous les étages.

    Mais il faudrait m’expliquer une chose : qu’est-ce que vient faire l’Etat français dans cette histoire de déchéance sportive ?
    Ces gugusses ne sont pas Français. Ils ont profités de l’école de la République (pas tous, hein), des infra-structures, de la sécu, des centres de formation, des kinés formés, et maintenant ils ch..nt sur la France où il y a trop d’impôts pour fiscalement s’installer en U.K, Espagne ou autre ?
    C’est LEUR naufrage, pas le notre, même si l’oligarchie bling bling paresseuse reste solidaire avec ses semblables.

    • Hé, Etienne, c’est qu’il y a tout de même implication de l’Etat français dans cette affaire en les personnes de Rama Yade et Rosine Cachalot, sous-ministresses des sports, des polémiques de départ à l’homélie de la mère Cachalot via les interventions du super-beauf Laporte et du sous-président Sarko soi-même…
      Il y a plus qu’un lien politico-administratif entre la FFF et l’Etat français. Les clubs financent la FFF. Qui finance les clubs, indirectement ? Le con-tribuable.
      Quel est le rôle du foot dans un paysage politique ? Superno l’a très bien défini dans son article.

      Je te cite en guise d’illustration ce bon mot de Jean-Luc Godard : “Pour qu’il y ait la révolution en France, il suffirait de supprimer les rediffusions de matches de foot à la télé”.

      Valable aussi pour l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre, etc.
      Le foot est le plus efficace des assomoirs populaciers. D’où son intérêt politicien.

      Pour la petite histoire, je reproduis ici un texte de Vitruve, architecte romain (Marcus Vitruvius Pollio, 90 - 20 av. J.-C), extrait de “De Architectura, Lib. IX, Praefatio”:

      “Pour les illustres athlètes qui avaient remporté la victoire aux jeux olympiques, isthmiques et néméens, les anciens Grecs instituèrent des honneurs si grands que, non seulement ils sont acclamés lorsqu’ils se tiennent debout au milieu du stade avec la palme et la couronne, mais encore, lorsqu’ils reviennent vainqueurs dans leur cité, ils sont conduits sur un quadrige, en triomphateurs, dans leur patrie, dans leurs murs, et jouissent leur vie durant d’une rente déterminée, payée par l’Etat.
      Quand je constate cela, je me demande avec étonnement pourquoi l’on n’a pas attribué les mêmes honneurs et de plus grands encore aux écrivains, qui rendent d’immenses services à tous les peuples et pour toujours. Voilà ce qui aurait bien davantage mérité d’être institué, car si les athlètes, par leurs exercices, fortifient leur propre corps, les écrivains fortifient non seulement leur intelligence, mais encore celle de tous, quand ils procurent dans leurs livres des leçons destinées à fournir un enseignement et à affiner les esprits.
      Et de fait, en quoi Milon de Crotone, parce qu’il est resté invaincu, est-il utile à l’humanité, et tous les autres qui ont remporté des victoires du même genre, si l’on excepte le fait que, durant leur propre vie, ils ont obtenu la notoriété parmi leurs concitoyens ? Mais les leçons de Pythagore, de Démocrite, de Platon, d’Aristote et de tous les autres philosophes produisent, non seulement pour leurs concitoyens, mais encore pour toutes les nations, des fruits toujours actuels et éclatants. Donc puisque la sagesse des écrivains a procuré, à titre privé comme à titre public, tant de bienfaits à l’humanité, j’estime qu’il faut non seulement leur attribuer palmes et couronnes, mais encore leur décerner des triomphes et les juger dignes de se voir consacrer des temples, là où résident les dieux.”

      http://www.gelahn.asso.fr/docs115.html

      Comme quoi il n’y a rien de très neuf sous le soleil…

      • Il y a plus qu’un lien politico-administratif entre la FFF et l’Etat français. Les clubs financent la FFF. Qui finance les clubs, indirectement ? Le con-tribuable.
        Quel est le rôle du foot dans un paysage politique ? Superno l’a très bien défini dans son article.

        bien sûr, en fait ce qui me sidère, ce sont les proportions : la démesure totale, et sans honte.

        • Ben c’est que le foot c’est commercial, Etienne. Quand ça marche ça rapporte énormément de thune aux sponsors, aux fils de pube, aux chaînes de télé, ça sert le commerce en général en terme d’image. Et comme assommoir, le foot joue le même rôle que les pipoleries et la “musique” de variété : ça maintient la populace dans un état de stupeur débile qui annihile tout esprit critique en favorisant le remplissage des caddies.

          Saisis-tu l’enjeu ?

          Autretrement plus important que ces mesquines retraites pour quoi des petites gens descendent dans la rue, ou ce RSA très accessoire que, pour des questions budgétaires qui n’ont bien sûr rien à voir avec les indemnités, les primes et les sauteries de luxe que ces braves gens de conseillers généraux s’accordent à notre santé, les présidents des Conseils généraux de “gauche” menacent de sucrer avec l’APA et les aides pour les handicapés si l’Etat ne leur envoie pas vite fait une rallonge.

  6. Hier soir j’ai eu la même révélation : c’est super comme bombe fumigène cette débâcle (prévue) des bleus avec les guignols et les marionnettes et les médias qui font tout pour faire monter cet écran de fumée !!
    En fait ce président et son gouvernement sont très forts pour (faire) récupérer (par les medias) toutes les cacsses et s’en servir pour faire oublier les vrais problèmes au Peuple de France… Il faut dire que quand on arrive à édifier en religion un sport la Réussite (Rollex, où es-tu ?) on recrée un nouvel “Opium du Peuple”

  7. Je lis plein d’idées sur comment prendre l’argent aux riches. J’en vois beaucoup moins sur la manière de créer des richesses ex nihilo. Dommage, c’est pourtant l’équation à résoudre. Parce que sinon ça vaut pas mieux que la parabole de la canne aux oeufs d’or.

    • la canne aux oeufs d’or.

      S’agirait pas d’un cane, ou plutôt d’une poule ? :

      À moins que la canne soit une baguette magique… :-)

      Il ne s’agit pas de prendre de l’argent aux riches, ni de créer des richesses ex nihilo (ce que prétend faire la phynance) mais de faire cesser le détournement par les riches des richesses produites par le travail.

    • Je te donne mon point de vue, à qui le souhaite de te donner le sien :

      Prendre de l’argent aux riches (et pas que de l’argent, pour moi), oui car leurs biens sont les produits de vols, d’escroqueries, de parasitisme, d’ententes mafieuses et d’exploitation. C’est rendre leur dû à ceux qui ont été spoliés, lésés, abusés par un système procédant du proxénétisme et de la spéculation, et qui ne profite qu’aux proxénètes et aux spéculateurs. Système qui a suffisamment démontré son potentiel de nuisance et dont les promoteurs comme les profiteurs devraient être pendus haut et court.

      Créer des richesses : tu entends quoi par richesses ? Profit, dividendes, capitaux ? Pour moi, économie centrée sur l’Homme, ses besoins vitaux mais aussi ses potentiels, sa créativité, sa liberté ; produits en nature, palpables comme abstraits, destinés à l’épanouissement d’une société et à son évolution vers la libération des fléaux qui composent le bréviaire de la mondialisation, organisation criminelle la plus aboutie depuis la chute du nazisme et du communisme : société de castes, terrorisme policier, bureaucratie inquisitrice, pouvoir par le chantage, planification de la misère des masses et de leur maintien dans l’ignorance, esclavage, exploitation, destruction des libertés…

      Traiter la monnaie d’échange comme un moyen et non comme une fin.

      Puisqu’il faudra de toute façons produire, expérimenter, créer… plusieurs solutions de type communautaire sont envisageables : coopératives, autogestion, autosuffisance, système de mutuelles, participation des employés aux bénéfices…

  8. Je lis plein d’idées sur comment prendre l’argent aux riches.

    Il s’agit moins de “prendre l’argent des riches” que d’abolir des privileges et cadeaux fiscaux improductifs et injustes.

    J’en vois beaucoup moins sur la manière de créer des richesses ex nihilo.

    Seul le travail crée de la richesse.

    la parabole de la canne aux oeufs d’or

    Celle du roi Midas est rigolotte aussi.

    • Vrai. Seul la création de richesse permettra de payer une dette abyssale crée depuis Barre…
      Mais la travail est en Asie, en Chine.
      Fin de l’emploi en France.
      Sans croissance rien. Or il vaudrait mieux aller vers la décroissance.

        • On parle de la dette, des pauvres pommes qui la remboursent, mais on ne parle pas des créanciers, les banksters pour simplifier, on les appelle suivant les cas investisseurs, épargnants, Marchés…

          Cliquez sur les images qui représentent : violon

          T’aurais pas « pipeau » ? ;-)

          • Donc ce n’est pas de la dette mais de l’usure, du racket, du chantage, au choix…

          • Dans le monde actuel, ça s’appelle de la dette. L’usure, le racket, ce sont les intérêts exorbitants (car dépassant de très loin les risques pris par le prêteur) de ladite dette. Mais oh ! coincidence extraordinaire ! tout le monde (j’entend par là politiques, gens de pouvoirs, médias, pas les cons comme nous) confond allègrement les deux.

            sur un autre sujet d’actualité : les retraites

            Je viens d’écouter l’émission d’hier de Mermet, dans laquelle il reçoit un certain Bernard Friot. L’émission est dispo en podcast, ou sur la-bas.org. On y entend des choses assez intéressantes.
            L’homme a écrit un bouquin : “l’enjeu des retraites”. Je ne l’ai pas lu, mais il semble lui aussi assez intéressant. Si quelqu’un l’a lu et voulait en faire une fiche de lecture (chez les clampins, par exemple), ce serait cool.

          • Suffit que la BCE rachète les dettes et les remboursent avec la planche à billet…
            Où que l’euro disparaisse pour reconquérir le franc et l’état rembourse avec la planche à billet -monnaie de singe !
            Les banksters et autres états souverains auront des billets mais sans valeur, l’inflation explosera. Mais on ne se fera plus racketter.
            On peut rêver…

  9. Parce que prendre le fric (reprendre notre fric) aux riches, c’est facile et applicable rapidement, c’est “juste” un choix politique.
    Pour la création de richesses ex-nihilo, “moins de biens, plus de liens” est une très bonne direction à privilégier, pour commencer.

    • C’est faux, les riches bénéficient de programme de défiscalisation ou bien loge en territoire négociable.
      Exemple : le propriétaire des magasins IKEA (résident suisse), 40 milliards de fortune, paie environ 200000 euros par an à Genève.
      C’est-à-dire à peu près le prix d’une tasse de café pour un salarié moyen français en rapport de sa fortune…
      La démocratie existe uniquement pour permettre aux riches de faire ce qu’ils veulent, liberté de circulation de l’argent etc.
      Pour les autres la démocratie n’est qu’un étau.

      • Les riches sont peut-être “défiscalisés”, mais leur argent lui, circule à travers le monde. Et passe, obligatoirement, par une des deux seules chambre de compensation du monde (les deux seules qui comptent en tout cas), l’une située à Bruxelles, l’autre à Luxembourg. Vous mettez la main sur celles-ci, et vous contrôlez instantanément 90% du traffic financier mondial. Autrement dit, comme l’a amplement démontré Denis Robert,(re)prendre une bonne partie de l’argent que les plus riches ont indûment détournés depuis 50 ans, c’est très simple, et c’est essentiellement une question de volonté politique.

      • Mako,
        Avant de s’attaquer aux fuites par optimisation fiscale, je pensais déjà aux quelques 100 milliards d’euros qui passent chaque année du travail au capital depuis plus de 20 ans. On peut citer également notre parc électrique payé avec nos sous qui a été bradé au privé. Bref, les exemples ne manquent pas.

        Sinon, à donf’ d’accord avec les deux dernières phrases.

        • Il est vrai que la productivité s’est accrue terriblement et que cela a profité aux actionnaires et rien pour les salariés, essentiellement dû au fait de la pression du chômage. C’est la chute du mur et la fin de la guerre froide qui a provoqué, avec le reagannisme-thatchérien, les délocalisation de masse, le système capitaliste financier n’a plus besoin d’être “bon” puisqu’il est devenue totalement libre. Leur action est à court terme, un maximum de fric en un minimum de temps. Les conséquences sont pour les suivants, en attendant, ils ont fait la fortune des leurs. Un peu comme les politiques qui ont cinq ans pour se remplir les poches, se faire un carnet d’adresses… pour tirer leurs marrons du feu. Nous sommes néo-colonisés par un système financier anglo-saxon qui va nous succer pendant des dizaines d’années. Quant à la concurrence, c’est plutôt une concurrence déloyale de la part de la chine. On ne peut concurrencer l’esclavage de 800 millions de chinois, payés des clopinettes, sans sécu, sans vacances, sans retraite, etc. Pourquoi d’ailleurs vouloir concurrencer des Laogai où le travail est gratuit ?
          Pour les privatisation de gaz de france ou d’électricté de france, c’est l’europe sous prétexte de la fameuse concurrence.
          Vu qu’il ne restera que les services de base, le seul métier rentable reste les “abonnements”. L’ERT fait pression sur l’europe pour les avoir… des milliards d’euros et des millions de clients captifs, avec un prix haussier sur la perpétuité !

    • Attention aux liens, Guénaël… liens, ligoter, saucissonner, bondage, chaînes, donjon, brides, rênes, harnais, licol, barbelés, haie de troènes, contrats…

      Moins de biens, plus de liberté, je préfère !…

      • Ben… ouais mais “liberté” ne fait pas obligatoirement penser au tissu social. Faut qu’on trouve autre chose.
        Sinon… ‘m’embête c’ui-ci avec ces haies de troènes (j’ai compté, ça fait au moins 3 fois). Dans la baraque bien-comme-il-faut en lotissement bien-comme-il-faut que j’habite, y’avait déjà des troènes. J’ai plus qu’à les enlever. Ou alors, tu dis “haies de thuyas” maintenant. :-)

        • Cette itération s’explique par mon horreur des barrières, quelque forme qu’elles prennent. Les Ricains ont leurs défauts, mais peut-être du fait de la jeunesse de leur histoire, ils n’ont pas cette manie si plouc (je ne le dis pas pour toi, puisque la vile plante était déjà là) de s’enfermer derrière des clôtures, manie héritée, qui sait ? des remparts, des courtines et des pont-levis.

          Essaie la fleur d’oranger, ça sent bon comme haie. Et tu peux en faire des tisanes pour faire dodo. Ou le chanvre indien, c’est vivace et ça crée de la convivialité.

          Liberté ne t’évoque pas le tissu social ? Moi si, plus que les liens, ligatures et autres menottes et garde-fou, expressions de la névrose du vivre-ensemble, fondée sur le soi-disant respect de l’autre et sur ce bon sentiment à la con surnommé “la tolérance”.

          Mais là, je parle dans le vide. Il faudra une ou deux guerres et cinq siècles au moins pour que nos semblables prennent conscience de ce que vivre et faire des choses ensemble, ça n’a rien à voir avec se supporter en troupeau bien élevé, se tolérer, faire comme si, pour être reconnu d’autrui et pour qu’au bout du compte il nous fiche la paix. L’instinct de la tribu, l’intelligence collective, ça passe par la nudité du corps et de l’esprit, la liberté au regard des contingences matérielles et du temps qui passe…

  10. C’est pas gagné :(
    Et je comprends pas qu’il y ait pas eut 10 millions de personnes dans la rue hier. C’est un peu nos retraites qu’on attaque là.
    Perso ,j’ai peur quand je vois où on en est arrivé, et je me demande si les gens se bougeraient si on leur supprimaient une semaine de congés payés … …

    Bref, vivement 2012, en espérant que ce sera pas 2017

    • Ils se bougeraient de la même manière, en cadence, comme des petits soldats de plomb, et ça n’aurait aucune conséquence sur les décisions prises de toute façon. Crois-tu qu’ils s’arrêteront en si bon chemin ? Deux millions de personnes c’est que dalle, la paralysie est relative, tout est rentré dans l’ordre dès aujourd’hui. C’est comme s’il ne s’était rien passé. Thibault va continuer à jouer au subversif d’opérette, Chérèque va continuer à froncer les sourcils, ce qu’il sait faire de mieux à part signer des accords scélérats et poursuivre en diffamation des intermittents du spectacle dont l’attitude n’a pas l’heure de lui plaire. Quant aux autres…

      On nous expliquera qu’aux Etats-Unis on ne prend que quinze jours de congés par an. On fera de la com. On bourrera les crânes vides. Ce sera après 2012, sous Sarko 2, sous Strauss-Kahn ou sous Aubry. Le drême c’est que l’électeur de masse est décidément trop con pour piger qu’il n’est dans l’intérêt de personne de glisser dans l’urne autre chose que du PQ dont on vient de se torcher.

    • On en revient toujours à la même chose. Une manif composée uniquement de la population (sans les syndicats) et qui durerait plusieurs jours sans interruption.

      Malheureusement, ça ne viendra que quand le peuple aura faim. Tout ce qui passera avant, que ce soit les réformes anti-sociales, les conséquences de la mondialisation, rien ne les fera bouger…

      Je lis en ce moment l’histoire de la révolution française. Certes beaucoup de choses ont conduit à cet évènement, il n’empêche que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été l’augmentation du prix du pain (J’attends la confirmation [ou pas] de notre expert en histoire, Anarchoïde).

      • Je ne sais pas Marti, pour la Révolution (je suis plutôt un médiéval).

        Essayons de réfléchir à la chose en imaginant ce qui serait le plus plausible au regard de notre culture : une grève générale, cessation quasi totale de l’activité dans le pays entier, occupation de lieux symboliques, climat festif “pris en main” par quelques artistes. Nous ne sommes pas en Argentine et plus dans les années 60. Ce qui se produirait resterait “bon enfant”.

        D’abord on revendique quoi précisément, quelle est l’exigence qui va fédérer tout le monde ?
        Si tu en as une idée, Marti, fais m’en part, je suis sec.

        Partant, je suis porté à supposer (cette réflexion d’insomniaque n’engageant que moi) que si rien ne se passe alors que nous sommes majoritairement d’accord, dans ce pays, sur le fait que ce qui est en train de nous arriver est extrêmement négatif, c’est que nous sommes en panne de représentation. Quelle solution viable pour sortir de l’état où nous nous trouvons ? A plus long terme, vers quoi nous tourner ? Vers quelle alternative politique pourrions-nous en toute confiance nous diriger, qui tienne vraiment la route et sache répondre aux attentes de chacun ?

        En somme, il n’y a pas de projet et c’est pour ça que les braves gens s’en remettent aux syndicats, et à toutes les fausses solutions qui se profilent au-delà de l’échéance symbolique de 2012.

        Si une grève générale se déclenchait, avec ou sans les syndicats, dans un premier temps le gouvernement jouerait la fermeté, ensuite l’usure. Et si le mouvement perdurait, il lâcherait un peu de lest sur le mode populiste. C’est ce qui s’est passé en 68. Sauf qu’en 68, il n’y avait pas à demander de permission à Bruxelles. Ce gouvernement, ceux qui l’ont précédé et ceux qui lui succèderont, sauf imprévu, sont là pour appliquer un programme décidé par les instances de l’UE. Pas autre chose. Si une fronde devait survenir, elle n’aurait d’efficacité que dans la mesure où s’y impliqueraient les peuples voisins, et non seulement le nôtre.

        Une véritable déstabilisation du système surviendrait si la revendication exprimée dans un mouvement de masse (et là je ne parle pas de deux millions de personnes mais de dix, quinze, vingt bien déterminées) se portait sur une volonté de sortir sans délai de l’UE.

        Et là c’est proprement impensable, Marti, chacun étant focalisé sur sa petite revendication perso, le Smic, les retraites, le pouvoir d’achat, le prix du gaz, tout ce que tu veux. Les gens ont peut-être intégré l’idée que ce qui nous arrive, c’est à l’UE qu’on le doit, mais ils ne peuvent pas concevoir un retour à la Nation France, à une souveraineté nationale, à une autodétermination qui impliquerait l’acceptation de congédier tout, absolument tout de ce qui nous tient lieu de repères depuis tant d’années. Réinventer le politique sans les politiques ni les partis, reconstruire une société, une économie, créer un projet durable… Ce serait une situation inédite. Nous nous trouverions comme au sortir d’une guerre, dans un pays exsangue. Nos grands-parents avaient assez de tripes pour affronter pareille situation. Nous, je n’en suis pas sûr. Et puis tellements d’intérêts sont en jeu. Pas seulement de gros intérêts. Des plus petits. Des petits privilèges auxquels nul ne saurait renoncer pour s’engager dans un travail collectif. Cela non plus, nous ne savons plus le faire.

        Voilà Marti, je t’ai livré quelques réflexions. Peut-être que, fidèle à mon habitude, je délire. Quoi qu’il en soit, tu en fais ce que tu veux.

      • Si je me référais à la révolution, c’est parce que celle-ci a eu lieu parce qu’à un moment donné, les gens ont eu faim et se sont alors révoltés. Sans cette augmentation du tarif du pain, seuls quelques insurgés se seraient mis en avant.

        Et aujourd’hui je pense que ça finira pareil. Malheureusement, la seule exigence qui fédèrera toute la population contre le gouvernement et le système capitaliste, ce sera la bouffe. Alors évidemment si cela a lieu, beaucoup de révoltés le seraient uniquement pour de nouveau pouvoir manger et pas pour changer de système. Mais tant pis. Le nombre fera que nos dirigeants seront forcés à dégager et il adviendra ensuite de reconstruire autre chose.

        Et là je te rejoins sur le manque d’alternative politique. Comme toi, j’entends ça et là des gens gueuler contre la politique du gouvernement et pourtant rien dans leurs discours ne laisse présager un autre monde. Encore une fois, pour moi l’alternative politique s’appelle la décroissance. Et c’est pour ça qu’il faut en parler autour de soi.

        Tu cites la sortie de l’Europe comme solution à la crise. De l’Europe telle qu’elle est, c’est sûr. Après l’Europe en tant que telle ne ma paraît pas forcément néfaste. Mais il faut qu’elle soit construite autrement.

        Mais comme tu le dis, dans notre monde ultra-individualiste, c’est difficile de faire comprendre aux gens qu’il faut sortir de ses propres revendications pour lutter contre un système tout entier. Et là dessus, je rejoins Fabrice Nicolino (et pleins d’autres sûrement) sur le fait que le principal combat qui nous attend sera surtout moral.

      • La révolution française a commencé quand la bourgeoisie a compris que la noblesse ne lui rembourserait jamais les sommes colossales empruntées pour assurer les trains de vie de la cour.
        S’il y a une comparaison à faire aujourd’hui, c’estr celle là.

      • Ce n’est pas ça qui a déclenché la grande peur. Le vase qui se remplit, c’est ce que tu décrit. La goutte d’eau c’est l’augmentation du prix du pain.

        Et si j’ai un espoir aujourd’hui, c’est celui là.

  11. Est-ce qu’il ne faudrait pas resituer tout cela dans un contexte mondial ? est-il normal que nous nous battions pour des privilèges énormes pendant que nous suçons le sang de la majorité des humains de la planète (et vivre à crédit est une des façons de le faire) ? (même genre de décalage mais en France seulement avec les SNCF, dont une grande partie doit avoir une longévité à toute épreuve (on les voit frais et roses, bien habillés, et c’est eux qui ont les moyens de revendiquer ? )
    personnellement, peut-être que si on m’avait payé le voyage, je serais allée à la manif, mais avec une pancarte qui n’aurait peut-être pas plu : “à bas tous les privilèges”
    je me pose la question : peut-on être riches et bien portant sans pomper le reste de la planète ? ou bien faut-il revenir à des revendications raisonnables genre : refuser toute marchandise venant de pays où les syndicats sont interdits ou neutralisés ?

    • Ce n’est pas faux ce que vous dites. Notre situation de “crise” (permanente, puisqu’on entendait déjà parler de crise dans les années soixante-dix) n’est en rien comparable à l’état de misère, de dénuement honteux quotidiennement vécus dans certains pays dont par ailleurs, nous autres occidentaux, nous apprécions beaucoup le folklore et les visions de carte postale. Exemples le Brésil, le Mexique, les pays du Maghreb…

      D’accord aussi au sujet du décalage que vous constatez entre les continuelles revendications des cheminots, leur obsession de la grève au moindre pet tiré dans un wagon (tant pis si je m’attire ici les sarcasmes des défenseurs d’un “service public” sur lequel il y aurait beaucoup à redire quant à la solidarité que ses employés manifestent à l’endroit de ceux qu’ils sont en charge de servir, surtout quand ceux-ci se trouvent dans une m… noire), et à côté de ça, le néant revendicatif autour de la misère de masse, des exclusions, des expulsions, du mal-logement, des sans-toit, de ce fléau appelé “minima sociaux” qui institue une véritable situation d’apartheid, dans la mesure où les personnes qui en sont bénéficiaires sont privées du droit de vivre en couple, et, particulièrement pour les RSAstes, sont tenues en outre de rendre continuellement des comptes sur leur vie privée à des administrations au fonctionnement stalinien.

      Je reviens souvent sur ce point dans mes posts, parce qu’il me choque profondément de constater à quel point la “gauche” et les syndicats ont abandonné des pans entiers de la population parmi les plus fagilisés, dans le discours comme dans l’action, livrant les éléments les plus réactifs parmi celles-ci aux tentations extrémistes que l’on pressent. Jamais une manif pour le droit au logement. Jamais une manif qui dénonce les conditions de vie naguère précaires des RMIstes, et que le RSA a rendues périlleuses. Jamais une manif autour du sous-emploi depuis qu’existe le sous-emploi. Silence total de la Gauche française et des syndicats z’officiels sur la grève des chômeurs qui, récemment, a donné lieu à l’occupation de nombreux Pôles-Emploi. Aucune grève du public ni du privé qui témoignerait de leur solidarité à l’égard des précaires et des déportés immobiles de la société française - j’entends par là les gens jetés à la rue à partir du 15 mars de chaque année.

      Le tiers-monde existe dans ce pays aussi. Mais l’activisme politique de ce qui reste de la Gauche - dont on peut dire qu’il se borne désormais à de ponctuels défilés et à du discours lénifiant - préfère jouer la carte du clientélisme. A la Poste et à la SNCF, on vote encore et on adhère. Ailleurs, c’est pas sûr.

      “Refuser toute marchandise venant de pays où les syndicats sont interdits ou neutralisés ?”
      On ne sait pas faire ça, Vieilledame. Le boycott c’est comme le reste, dans ce pays, on ne sait qu’en parler, on ne passe jamais à l’acte. Qui s’est battu aux côtés des assos de consommateurs pour obtenir le droit d’intenter des class-actions contre les entreprises scélérates ? Personne ne s’est secoué. Qui est allé déposer des gerbes devant son agence France-Télécom en mémoire des quelque 140 victimes de managers criminels dont aucun à ce jour n’a été écroué, que je sache ? La cohésion sociale est à ce point explosée en France qu’on n’est même pas foutus de faire front contre le ramassis de gangsters élu à sa tête par une poignée d’oligophrènes pour exiger non seulement leur démission, mais qu’ils soient illico jetés aux fers. Alors, boycotter des télés plates chinoises ou des téléphones portables américains fabriqués en Chine dans une usine où des employés se sont suicidés, vous n’y pensez pas !

      • d’accord avec vous. Mais pour les cheminots, ben tant mieux, car eux ils peuvent, mais les coups de boutoir répétés de la désinformation nous inculquent que se sont “des preneurs d’otages©” (sans armes et sans menace, simplement par interruption de service). Tous ceux qui ont baissés les bras ou délaissé les revendications, se sont fait grignoter leurs maigres gains de 1936.
        Marrant que les partisans de la sélection de l’individu et de la liberté d’hériter soient pris en otage par le service public: le privé dépendant du public? On m’aurait menti ? (pas selon votre poste, Anarchoïde, mais le compte rendu des mé(r)dia).

        L’homme est un chien comme les autres : il y a le meneur, les autres ne sont que des suiveurs, même si ça leur coûte leur peau. Pas d’appel de ma part à l’insolence, la révolution ou la contestation, mais je constate que l’individu en général, accepte n’importe quoi dès lors qu’on lui livre un bouc émissaire ou même simplement une poupée vaudou©.

        Mais pour quelques uns qui s’éveillent, prennent conscience ou constate simplement, la majorité s’accommode de cet état de fait dès lors qu’on lui désigne un coupable. Dans une semaine Jérome Kerviel sera le responsable des sur-facturations bancaires

        • Je reproche surtout aux cheminots, aux postiers, aux profs de banaliser le droit de grève et d’en faire un instrument cosporatiste. Je changerai d’avis le jour où les cheminots, les postiers et les profs feront grève par solidarité avec les sans-papiers, les sans-logis, les précaires, les personnels hospitaliers, contre la casse de la Sécu, le flicage éhonté des pauvres, la délocalisation de telle usine privant de boulot une région entière. Je crois que l’impopularité de ces mouvements ne tient pas tant aux bourrages de crânes ou au fait qu’il s’agisse du public. C’est plutôt l’impression que donne chaque corporation en grève de jouer cavalier seul, alors que le malaise est global et que tout le monde, ou presque, est touché.

          • le jour où les cheminots, les postiers et les profs feront grève par solidarité avec les sans-papiers, les sans-logis, les précaires, les personnels hospitaliers

            C’est vrai ça. Ils pourraient. Comme les salariés du privé pourraient se mobiliser contre la casse du service public. Mais ça, ils ne le font pas non plus. En fait, ce qui gêne beaucoup les gens, chez les employés du public, c’est qu’ils arrivent encore à utiliser leur droit de grève, ce que le privé ne fait plus depuis longtemps, sauf quand tout est déjà perdu.

            Maintenant, il est vrai qu’ils bénéficient de privilèges énormes par rapport aux sans papiers, privilèges qu’il faudrait s’empresser de leur retirer (du moins si j’ai bien compris ce que disais vieilledame dans son message), comme ça, une fois qu’ils ne seront plus privilégiés, on pourra s’attaquer à d’autres privilégiés… Les vieux, par exemple, qui sont payés plus chers que les jeunes, vu qu’ils ont de l’ancienneté. En core un privilège. Ensuite, on pourra s’attaquer à tous les employés qui gagnent plus que le smic, et qui sont donc terriblement privilégiés, c’est injuste. Une fois que ce sera fait, et qu’on aura mis tout le monde au smic, alors là, oui, on pourra vraiment s’attaquer aux vrais privilégiés. Tous ces smicards qui se plaignent alors qu’ils ont de quoi bouffer, plutôt que d’être solidaires avec les SDF, c’est tellement honteux !

          • J’arrive un peu tard mais voilà; ce que tu réclames existe déjà mais tu (et pas seulement toi) ne le sais même pas, parce que les médias ne le relatent pas… Il y a des gens dans les services publics qui vont manifester avec d’autres corporations ou qui s’engagent auprès de sans-papiers ou de précaires ou d’autres … Dans le service public, il n’y a pas que des nantis ou des privilégiés, il y aussi des gens qui se sont engagés pour le service public qui s’y investissent et qui se battent au quotidien pour les autres mais ça, les médias n’en parlent pas. Tiens, par exemple, RESF pour toi c’est quoi?
            Après, toujours dans le public, il y a des fonctionnaires qui ne se bougent même pas le cul pour la sauvegarde de leurs acquis et qui comptent constamment sur les autres.
            @RiGeL
            il ne faut jeter la bière aux salariés du privé (mais je ne crois pas que c’était le sens de ton commentaire) qui ont déjà à se battre pour leur emploi et pour qui il est parfois très douloureux voire très mal vu de faire grève.

          • @Raoul : Mea culpa. J’oubliais en effet RESF.
            Ceci dit, qui attend des media qu’ils les informent ?
            Mais si tu as des liens, des blogs, des adresses à nous communiquer, où il nous serait possible d’être mis au courant des actions dont tu parles, et pourquoi pas, de nous y associer, vas-y !
            Nous (je parle pour moi mais je pense qu’on est beaucoup à penser ça), tout ce qu’on veut, c’est retrouver des services publics en qui on puisse avoir confiance, et non des officines de la collaboration à la Sarkozie dominante. Et crois-moi que cette attente, chez les précaires, elle est vive et douloureuse. On avait des alliés, derrière les guichets. Aujourd’hui, c’est à des flics qu’on a l’impression d’avoir affaire.

          • @Anarcho

            Mais si tu as des liens, des blogs,
            des adresses à nous communiquer, où il
            nous serait possible d’être mis au
            courant des actions dont tu parles, et
            pourquoi pas, de nous y associer,
            vas-y !

            Les choses ne sont pas si formelles que ça. Les choses se font la plupart du temps au coup par coup. Les gens de la fonction publique qui sont en “résistance” ne sont ni organisés ni structurés. Lorsqu’il y a une manif pour les sans-papiers, les intermittents, les salariés de chez Truc, les infirmières, manifs devant les commissariats ou la préfecture… “on” se refile l’info de manière informelle. “On” sait que nous sommes une grosse poignée à pouvoir compter les uns sur les autres lorsqu’il faut se mobiliser

            -“tu y vas? ”
            -“c’est ou, à quelle heure?”
            -“14h, place denfert”
            -“qui c’est qui y va? moi je pourrai pas cet apres-midi”

            Au sein de l’administration, il y a ensuite ceux qui refusent d’appliquer les lois. Refus de demander les papiers ou de vérifier si la personne est en séjour régulier. Refus d’appliquer la RGPP, la prime au mérite, refus que la police pénètre dans l’établissement afin d’évacuer des sans-papiers … Il ne faut pas croire que la chose est sans danger pour les agents de l’Etat qui peuvent se faire parfois embarquer par les flics. Et puis, il y parfois la lassitude, le découragement, le renoncement …

            Ensuite, il y a les jaunes. Il y en a toujours eu, il y en aura toujours. Quand ce n’est pas l’administration elle-même sous la coupe des ministères qui force ses employés à agir tel qu’elle l’entend et prend des sanctions.

            Il existe des listes de diffusions, parfois syndicales, parfois non-syndicales. Elles servent surtout à se communiquer des infos ou signaler des faits ou des rdv de manifs. Mais je crois que le plus important, qui ne nécessite aucun moyens particuliers c’est discuter avec les gens. Je ne désespère pas de ce coté là. Encore hier, je me rendais à la pharmacie et je double des gens qui marchaient en discutant sur le trottoir: j’ai commencé à taper la discute tout en continuant mon chemin. cela s’est fait naturellement, agréablement. Je crois que ce type de lien est plus important que tout le reste. Ré-apprendre à parler avec les autres, à discuter, à échanger des idées, des points de vue, à avoir un lien social.

            Les gens derrière les guichets ne sont plus des fonctionnaires. La plupart du temps, ce sont désormais des contractuels, non-assermentés (ce qui explique qu’à la poste le courrier disparait), des gens qui participe de l’effet de meute quand l’un d’entre eux essaie de défendre quelqu’un ou des acquis. La notation-évaluation est rentrée dans presque toutes les administrations avec tous les effets pervers que cela engendre dont la mise en concurrence des agents. J’essaie de faire court, désolé, pas beaucoup de temps…

          • Merci Raoul. C’est vrai que quand tu es extérieur au truc, tu comprends mal ce qui s’y passe. Surtout, pour avoir connu beaucoup de fonctionnaires habités d’une vocation, d’un véritable souci de l’autre, je t’avoue que je ne comprends plus du tout, à cinquante balais, comment ces services publics en qui, naguère, nous pouvions avoir confiance, donnent l’impression d’être tout à coup “passés à l’ennemi”.
            Ensuite il y a ces grèves dont les motifs nous paraissent un peu ésotériques, en tout cas déconnectées de la problématique globale, qui est de l’ordre de la souffrance sociale. C’est sans doute pour ça qu’elles passent si mal. Les trains, les postiers, les profs font grève après grève, mais l’offre de soins continue à se réduire, les vieux se voient dépouillés des aides matérielles et en personnels qui leur étaient allouées, les pauvres continuent à être fliqués, le mal-logement demeure, les menaces s’accumulent. Nous nous sentons étrangers à ces mouvements, comprends-tu ? Et l’on ressent un certain malaise à voir des manifestations s’organiser autour du pouvoir d’achat, alors qu’il y a des gens qui sont à la rue et que d’autres risquent demain de s’y retrouver.

            Aller vers l’autre, entamer la discussion, on essaie aussi à notre petit niveau. Pas toujours facile de créer des liens, et surtout de les entretenir. On reste, dans ce pays, dans un clivage social agi par les apparences. Les uns s’isolent des autres quand nous devrions faire bloc.

            Pour terminer ce post sur une note humoristique, Raoul, j’ai quelquefois l’impression que notre lucidité à nous, hôtes de ce blog, nous fait ressembler à David Vincent qui essayait de convaincre les gens qui l’entouraient de l’imminence d’un péril. Et on le prenait pour un dingue.

          • Les trains, les postiers, les profs font grève après grève, mais l’offre de soins continue à se réduire,…

            au lieu de « mais », je dirais « parce que »

            C’est la propagande gouvernementale qui veut faire croire que « des manifestations s’organiser autour du pouvoir d’achat, ». Malheureusement, ça marche.

          • @Touchatout : Eh non, John. Je maintiens le “mais”, car c’est de la perception qu’on a de ces mouvements, dont je parle. Bien sûr ce pourrait être, et devrait être compris différemment, mais c’est ainsi que c’est perçu : comme un hiatus.

            Sur les manifs autour du pouvoir d’achat, c’était bien ce qui était revendiqué et inscrit sur les banderoles, ici à Digne. Malheureusement. Et heureusement, nous n’étions pas seuls, Anarcoquette et moi, à juger que cela témoignait d’un aveuglement coupable. La propag’ ne me touche pas : je ne regarde pas la télé, n’écoute plus de radio française, et mon mépris de l’autorité imbécile reste inaltérable malgré les années.

          • Bon, c’est pas du hors-sujet malgré les apparences. L’empathie ou une leçon d’humanité donnée par des animaux. Ca détend, c’est 10 minutes d’émotion pour une éternité de réflexion:

            http://www.youtube.com/watch?v=9Y9BmOBhTy8

            !!! Warning, préparez les mouchoirs pour certains voire même la nappe du salon !!!

        • @RiGeL : D’accord. Mais on pourrait t’opposer qu’en tant que services publics, ils sont censés défendre l’intérêt public. Et puisqu’ils arrivent encore à utiliser leur droit de grève, qu’ils nous montrent que ce droit de grève, il peut servir aussi à exprimer sa solidarité avec les publics cités.

          Tu ne peux pas non plus dénier une certaine dérive corporatiste, ces dernières années, au sein de services publics dont on se peut se demander s’ils sont vraiment au service du public…

          • Tu sais, Anarchoïde, si tu as l’impression que les services publics ne sont plus au service public, c’est bien parce que tout est fait “en haut” pour que tu aies cette impression.

            On ne le sait pas assez, mais beaucoup de fonctionnaires résistent dans l’ombre et font tout ce qu’ils peuvent pour améliorer le service qu’ils veulent rendre.

            Il n’y a pas que dans les manifs et pour faire grève qu’ils sont le plus nombreux.

            Lors du stage de désobéissants auquel j’ai participé, la majorité des participants étaient des fonctionnaires, ce qui a étonné un des participants, étudiant.

            Vois, par exemple, les professeurs qui luttent pour une meilleure éducation, contre le fichage des élèves.

            Les politiques font tout pour que les fonctionnaires deviennent les boucs émissaires, soient mal perçus par la population… cela fait partie du cassage du service public.

            J’ai pu lire, aujourd’hui, des commentaires haineux et revanchards à l’annonce de la suppression d’un “hénaurme” avantage pour les fonctionnaires :
            La possibilité pour des femmes fonctionnaires ayant trois enfants de demander leur retraite à n’importe quel âge, dès qu’elles ont accomplis 15 ans de service.

            Elles peuvent toucher une pension équivalent à 30 % de leur dernier salaire (soit environ 500 euros) sans attendre d’avoir 60 ans… c’est à dire, en moyenne, à 50 ans… compte tenu des années où elles ont interrompu leur carrière pour s’occuper de leurs enfants.

            Quelles nanties, quelles privilégiées, n’est-ce-pas ?

            Est-ce-que cela va apporter quelque chose au service privé ?

            Non ! Mais quelle victoire !!!

            Vive ce gouvernement qui sait ce que justice sociale veut dire !!!

          • @Miha : Je suis conscient de cela Miha, je sais bien qu’il y a encore des gens de vocation, de conviction, qui résistent aux injonctions des petits chefs formatés à la vulgate néolibérale. Il y a aussi, navré, des fonctionnaires qui font tout pour se faire aimer, et qui savent même s’arranger pour te faire adorer le service public. Tu me diras qu’il y en a toujours eu, que déjà Courteline en parlait, que c’est peut-être un état d’esprit. Bon.

            Ce qui me paraît troublant, c’est que c’est souvent chez les plus pauvres que tu rencontres cette “haine du guichetier” (le mot n’est pas trop faible) qui constitue plutôt, en règle générale, l’ordinaire des lecteurs du Figaro. Il y a un véritable ressentiment à l’endroit de l’Administration chez beaucoup de ceux qui ont à y recourir pour des questions vitales. Plus grave est cette tendance à la désaffiliation qui s’observe parmi les populations les plus exclues. On renonce à ses droits, on ne remplit plus de dossier, on ne fait plus de demande, on évite tout contact avec la bureaucratie, on s’engage alors dans une espèce de clandestinité faite de nomadisme et de travail au noir… par lassitude de se voir mal reçu, voire traité comme du poisson pourri sur la foi de seuls préjugés (elle est étrangère, il profite du système, ils cachent leur vie de couple, elle déménage souvent donc c’est suspect…), alors qu’on est censé avoir en face de soi non pas des flics ni des procureurs (de quoi est-on coupable, au fait ?) mais des individus capables de répondre à une demande et de le faire selon un code de déontologie impliquant une certaine neutralité.

            Je trouve que c’est très grave, ces attitudes-là, et que cela alourdit un peu plus ce fichu climat de suspicion qui règne désormais dans les administrations où l’usager demandeur est convaincu de fraude a priori, dès lors qu’il émet une demande à caractère social.

            C’est du point de vue de l’usager que je réagis. Navré d’être abonné au mauvais côté du guichet.

  12. D’après moi, si les joueurs sont payés avec des salaires faramineux, tant mieux pour eux, ce qui me choquerait plutôt, c’est qu’ils ne reversent pas la moitié aux impôts et qu’ils placent leurs capitaux dans des paradis fiscaux, comme pourrait le leur conseiller semble-t-il la femme du ministre du budget…

  13. Merci, SuperNo, pour ce coup de gueule.

    Pendant que Sarko annule un RV avec une ONG qui s’occupe de pauvreté pour recevoir “Titi”,

    pendant que Bachelot fait tout pour obtenir le prochain césar de la meilleure comédienne (elle n’a aucune chance, tout sonne faux dans ce qu’elle dit),

    on ne parle guère de Woerth,

    on ne parle plus de Karachi,

    on ne parle pas des graves problèmes d’insécurité dans un quartier de Paris (pas en banlieue, à Paris même), de cet homme de 69 ans mort peu de temps après être sorti d’un poste de police, de ce journaliste de FR3 giflé par un gorille chargé de la protection de notre coûteux président…

    Et on ne parle pas du tout des navires et sous-marins d’USA et Israël qui se sont positionnés dans le golfe persique, non loin des côtes d’Iran…

    Bombardements du peuple iranien en vue ?

    Est-ce pour cela qu’Israël a symboliquement lâché du lest sur le blocus de Gaza ? Pour amadouer l’opinion internationale en vue de son prochain acte de guerre ?

    http://www.alterinfo.net/Des-navires-etats-uniens-et-des-sous-marins-nucleaires-israeliens-dans-le-Golfe-Persique_a47579.html

  14. je pense vraiment que nous vivons au dessus de nos moyens - et j’ai une expérience vécue qui m’a frappée : j’ai été salariée agricole pendant 6 ans. Les syndicats ne voulaient même pas de mon inscription ! alors j’ai su que je n’étais pas de “leur” monde. ensuite j’ai été secrétaire, et je n’étais pas de “leur” monde non plus, et toujours précaire… (emploi “aidé”) et ces mêmes fonctionnaires de “gauche” m’ont virée à 56 ans, comme une malpropre et sans aucun état d’âme… et quand le petit supplément aux ASS donnés aux vieux dispensés de recherche d’emploi a été supprimé, aucun syndicat n’a élevé sa voix !
    Avez-vous la proportion de syndiqués entre le privé et le public (ou ex public ?) ?
    oui, il fut un temps ou les militants fonctionnaires, qui étaient plus instruits, se donnaient la peine de faire des formations politiques et économiques pour ceux qui n’étaient pas de leur “caste”…parce qu’ils croyaient devoir s’appuyer sur la classe ouvrière pour changer les choses… maintenant, je ne sais pas s’ils croient à plus que leur petit confort et une à laïcité devenue tellement suspecte que le Front National en fait ses choux gras….

    Et oui : je pense que les retraites des fonctionnaires bien payés devraient être diminuées. (je ne parle pas du menu fretin, qu’ils mettent toujours en avant en cas d’attaque).

  15. mais je suis heureuse de savoir que des fonctionnaires résistent , résistent particulièrement au rôle de flic qu’on veut leur donner :
    CAF coupant l’aide au loyer au gens qui ont du mal à le payer…
    POSTE signalant des cartes d’identité fausses…
    BANQUE (oui, je sais, ce ne sont pas des fonctionnaires, mais leur emploi est garanti par l’Etat, même et surtout s’ils font des c…bêtises) qui demande les papiers d’identité (après 30 ans d’inscription chez eux)… et les justificatifs de revenus…
    CAF “punissant” l’absentéisme scolaire…
    PROFS faisant marcher le système qui aboutit à un ségrégation encore plus grande qu’il y a 40 ans…
    etc…etc..
    Etre fonctionnaire en refusant de faire marcher le système, ça oui, c’est drôlement courageux ! bravo !

    • Attend, ce n’est pas si simple.

      La CAF (comme Taule-Emploi, la Sécu et la Poste, principaux vecteurs de la traque aux pauvres, l’Axe du Mal en Sarkozie), emploie de plus en plus de “salariés” non-fonctionnaires et non-fonctionnarisables (même pas la carotte de la titularisation). Et ça défile vu que ces emplois sont précaires et qu’ils comportent pas mal de risques de représailles (ça va s’accroître avec le chantage à l’absentéisme scolaire… bonjour les pneus crevés et les petits cercueils dans les boîtes aux lettres).
      Les petits chefs, eux, sont fonctionnarisés, dûment syndiqués, et surpayés à appliquer une politique du chiffre. Donc le guichetier c’est la chair à canon qu’on envoie au front. En cas de grabuge il a des “vigiles” pour protéger ses abattis. Ces vigiles sont eux-mêmes des précaires embauchés par… une boîte de nettoyage (!). Au moindre crachat, les flics se pointent et l’agence ferme : représailles syndicales.

      On ne parle pas assez, en dehors de certainsblogs très spécialisés, de ce qu’est devenu la CAF. Elle fonctionne désormais comme une police politique chapeautée par la CNAF, qui exerce des contrôles ciblés sur les personnes les plus vulnérables (notamment d’origine étrangère) et peut du jour au lendemain, au moindre doute quant à une éventuelle “fraude”, vous couper les vivres.

      On peut supposer que des poches de résistance subsistent parmi les effectifs de cet appareil soviétique, qu’il s’y trouve encore des gens soucieux de remplir une mission de service public, conscients du péril que font courir aux allocataires les dérives policières de l’administration qui les emploie. Question : ces personnes-là disposent-elles d’une véritable marge de manoeuvre ?

      Le moyen de résistance le plus efficace est de connaître ses droits et d’en user.

      Ces deux sites, bêtes noires de la CNAF, fréquemment actualisés, peuvent nous y aider:

      http://www.collectif-rto.org/

      http://www.ac.eu.org/

      Merci à chacun de relayer l’info.

      Il faut savoir que la CNAF a horreur des scandales publics et déteste plus encore avoir à répondre de ses actes devant un tribunal. Raison de plus de s’informer et d’agir, de créer des collectifs locaux, de consulter les juristes qui tiennent des permanences gratuites dans chaque commune et dans les Maisons des Avocats voisines des Palais de justice.

      • @Anarcho

        Bon ben, voilà, t’as parfaitement compris le problème. C’est ce qui se passe dans toutes les administrations. Il y a une volonté de casse du service public accompagnée d’une précarisation des agents. Les fonctionnaires restants subissent de terribles pressions, les suicides à Orange en sont la démonstration.

        On commence à recenser des suicides à la Poste. Pour l’anecdote, la boite de management qui met en place les techniques de management à la poste est celle qui a sévit à Orange: je ne pense pas me tromper en citant Orga Consultants (cf: http://www.orgaconsultants.com/homepage.php). Le plus drôle c’est cette page : http://www.orgaconsultants.com/templates/page.php?lang_code=FR&menu_mnemo=PUBLI2&content_id=16507

        Donc, les agents sont des contractuels dirigés par des petits despotes et les fonctionnaires restants, ceux qui ne sont pas soutenus par de puissants syndicats subissent la pression et cela se ressent sur le service.

        Lorsque ces fonctionnaires résistent, cela se ressent aussi: 1 guichet sur trois ouvert à la poste. L’usager râle, traite les gens de fainéants alors c’est la direction de la poste qui est responsable de la situation et de la dégradation du service. C’est vicieux et de surcroît, le gouvernement actuel sait s’y prendre pour diviser les gens. La marge de manoeuvre est faible et elle le sera de plus en plus. Ces gens qui résistent vont finir par partir un jour et ceux qui les remplaceront seront des précaires qui n’oseront pas se syndiquer de peur d’être saqués.

        Moi, je considère que pour l’instant je suis un privilégié, travaillant dans une administration ou la contestation est très forte et ou le personnel est encore capable de se serrer les coudes avec des caisses de grève lorsque c’est nécessaire. Mais d’ici la fin de l’année, des lois modifiant la gestion du personnel vont être mises en place. On n’y coupera pas. Cela risque de nous diviser gravement. Il restera toujours une poignée de résistants qui continueront à se battre aussi bien pour la sauvegarde du service public que pour les autres et si je suis toujours dans cet établissement, je pense que j’en ferai partie mais cela me coutera certainement quelque chose comme 250 euros par mois.
        Concernant la prime au mérite mise en place par le gouvernement. Ce que l’on ne dévoile pas au public c’est que cette prime au mérite doit être répartie selon un classement obligatoire. C.a.d qu’il ne peut pas y avoir deux agents traités à égalité. Il faut obligatoirement un classement, une hiérarchie dans le mérite! En gros tout le monde ne pourra réclamer des cigares pour 12000 euros: y en a qui en auront moins!

        Le chef d’établissement pourrait refuser de mettre en place la loi. Cela résulterait en une mise sous tutelle et il serait remplacé par un parfait enc*$£#”lé ! Donc, on aurait tout à perdre. Tout ce que l’on arrive à faire, c’est gagner du temps.

        Je te comprends parfaitement et je comprends aussi bien ton ressenti que ta rage. J’ai parfois la même haine lorsque je suis de l’autre coté du guichet parce que j’ai en face de moi un jaune qui est bientot à la retraite et qui s’en bat les coudes de l’avenir de ses enfants et de ceux qui viendront derrière lui. Tout ce qui compte c’est ses acquis et après lui, le déluge.
        Et j’ai la rage lorsque je vis des moments comme la semaine dernière; je rentrai depuis la gare du nord en métro. Je change à Stalingrad. Dans le couloir, près d’une cage d’escalier, couché sur un carton, un gars d’une cinquantaine d’années, chemise blanche, presque propre, pantalon propre, un gamin de 8-9 ans dans les bras. Ils essaient de dormir parmi la foule de jambes qui passent à hauteur de leurs visages et le père qui met les mains sur les yeux de son fils afin qu’il ne soir pas ébloui par la lumière. Le gamin à cet age est conscient de ce qui se passe. Pendant 10 secondes, je me suis vu à la place de ce gamin, j’en ai eu l’estomac noué, je suis rentré, j’ai chialé. Ils faisaient pas la manche, ils essayaient juste de dormir et d’être un peu digne. Je crois que c’est ce qui m’a fait le plus mal, que ce père essaie vainement de rester digne face à un gamin qui était désormais en age de comprendre ce qui se passe.

        …/….

        Bon j’ai viré certaines lignes, c’est hors charte ici. voilà je suis un peu calmé

        En passant, j’adhère à ta description de la beauferie ambiante et décérébrée mais j’essaie de me convaincre que ce n’est pas la majorité sinon j’aurai baissé les bras depuis longtemps et je me serais enfui, je sais pas ou mais je me serais enfui.

        Et pis c’est marrant que tu parles de David Vincent parce que moi en ce moment, le film qui me fascine c’est “Invasion Los Angeles

        Bon j’arrive plus à écrire, c’est trop décousu je vais me coucher. Bye
        je me relirai demain

        • J’ai vu ça dans le milieu hospitalier où travaillait Anarcoquette. On installe une cadre-infirmière du genre pistonné, incompétente dans sa partie mais en charge de faire une politique du chiffre. On engage des jetables que les titulaires doivent former en plus de leur boulot, même si les jetables en question ne font que passer (beaucoup partaient avant la fin de leur contrat pour des boulots au black plus rentables). Les plus jeunes poussent les plus vieux (pas assez malléables) vers la porte de sortie… qu’à l’instar d’Anarcoquette ils s’empressent de franchir dès que c’est possible. Au final, tu as un service pourri où les règles d’hygiène ne sont plus respectées, où n’importe qui fait n’importe quoi (y compris rentrer du shit) sous la houlette d’un médecin-chef à peine moins nullos qu’un médecin-conseil de la Sécu, mais lui aussi dûment pistonné. Anarcoquette disait qu’à la fin, elle avait l’impression de jouer dans une mauvaise sit-com où les patients faisaient de la figuration.

          Une fois leur mission accomplie, les pistonnés ont leur promotion. On leur confie une maison de retraite (pour la cadre-inficmière qui, soit dit en passant, n’a jamais été infirmière), on les affecte dans un autre hôpital (pour le sous-toubib) et les jetables qui sont partis (devenus caissière à Auchan, femme de ménage, pousse-container, délinquant et tout ce que tu veux) rencontrent quelquefois ceucx qui sont restés, et dont quelques-uns, quelques-uns seulement, ont réussi à gratter leur titularisation. C’était à l’époque où c’était encore possible.

          Après, pour le type dans le métro… Je crois que quand on en arrive là, il faut coûte que coûte se barrer. Si ce mec est de chez nous, il n’a plus rien à attendre de son pays à part l’espoir de le voir un jour détruit par une grèle de bombes thermonucléaires. Si je devais être victime d’un tel traitement de la part de mes compatriotes, dans le pays où je suis né, je passe la frontière la plus proche et je te jure qu’en cas de guerre, je collabore avec l’ennemi quel que soit cet ennemi.

          Le reste, c’est hors-charte aussi et je ne l’écris pas. Impossible d’en parler avec humour. Je vais jeter un oeil sur le film dont tu parles.

  16. extrait d’un message reçu à l’instant :

    Amis désobéissants,
    —————————

    Besoin d’infos sur les actions directes non violentes menées pour défendre
    le service public (à l’intérieur ou de l’extérieur)
    Amis désobéissants, on prépare Désobéir pour le service public (Editeur : Le
    passager clandestin), et il nous fait des infos sur ce que les usagers et les
    agents du service public font et ont fait pour défendre leurs services publics
    (la Poste, les transports en commun, Pôle Emploi, l’ONF, les établissements de
    soin, le maintien des classes et des profs, la Sécu, etc.). Même en quelques
    lignes, si vous pouvez nous raconter ce que vous avez fait, ce dont vous avez
    été témoin, ou nous orienter vers ceux qui pourraient nous dire, contactez Xavier :
    manifeste@desobeir.net

  17. @Raoul et Anarchoïde.

    Il faut, aussi, faire la différence entre les manifs et les grèves orchestrées par les syndicats qui, malgré ce qu’ils en disent, font tout pour leur pomme, pas pour les salariés, et les actions, sans coup d’éclat, faites par certains fonctionnaires conscients de ce qu’est le service public.

    Ces derniers ne sont pas très visibles, mais ils existent… et plus nombreux qu’on ne le croit.

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