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Oct272009
19:51 (Vu 3428 fois)

Tout ce que le travail ne devrait pas être

Drôle d’impression en regardant hier l’émission de France 3 intitulée : “la mise à mort du travail”.

D’abord j’attendais un petit film, et un long débat : ce fut exactement l’inverse : un débat croupion, prétexte pour le futur nouveau dirlo de France Telecom pour dire à quel point il était motivé par le fait de résoudre le problème des suicides dans son entreprise. Attention ! Depuis La Fontaine on sait que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute…

En fait le principal intérêt de l’émission, c’était le film. Il évoquait plusieurs sujets : celui que j’ai retenu concernait la société Carglass, qui pour ceux qui n’auraient jamais écouté la radio ou la télé depuis quelques années, est une société spécialisée dans la réparation et le changement de pare-brises de bagnoles.

Il se trouve que je suis allé au centre Carglass de Metz il y a quelques mois. Le pare-brise de la bagnole de SuperNonotte avait pris un gravillon, et présentait une magnifique toile d’araignée. Mais attention, de taille inférieure à celle d’une pièce de 2 euros, à force de bourrage de crâne radiophonique on retient bien la leçon, pas besoin de changer le pare-brise…
J’ai préféré y aller moi même, au vu d’expériences passées dans des établissements similaires, par exemple chez Speedy, quand SuperNonotte va faire monter des pneus neige :
Hola ma p’tite dame, vous avez vu l’état de vos amortisseurs ?
- Euh… non…
- Regardez, là, il y a une fuite !
- Où ça ?
- Ben là !
- Ah ? Je ne vois rien…
- Mais si, je vous assure, je connais mon métier, croyez-moi… Vous ne pouvez pas rouler comme ça, vous avez des enfants, c’est dangereux…
- Euh, j’en parlerai à mon mari…
- Vous ne vous voulez pas profiter de la super promo à l’occasion de… euh… si vous le faites tout de suite je vous fais 20%

Bref nous avons échangé nos bagnoles, et je me suis pointé un matin à 8 heures sans rendez-vous. Accueil impeccable, “bon je veux bien vous glisser entre deux rendez-vous, il y a en pour 45 mn, voulez-vous un café le temps de remplir les papiers ?”. Et ainsi fut fait, juste le temps d’aller acheter quelques journaux à la gare toute proche, et à l’heure dite plus de trace de l’impact, pas un centime à sortir, client satisfait.

On m’aurait demandé mon avis à ce moment là, j’aurais confirmé ma satisfaction.

Mais il est intéressant de débriefer la séquence à la lumière de l’émission d’hier soir.

D’abord pourquoi suis-je allé chez Carglass, sans réfléchir ?
Réponse simple : la pub. Je n’ai pourtant pas l’impression d’être un naïf à ce sujet, mais c’est pourtant évident : Carglass matraque ses slogans dans tous les médias dans un seul but : rendre la décision de se rendre chez eux na-tu-relle. Le PDG cite deux autres exemples : Coca et Darty ! Les cerveaux sont tellement matraqués qu’ils ne réfléchissent plus. On dit “machine à laver”, on pense Darty. On dit “pare-brise cassé” on pense Carglass. Balèze.

Le budget est énorme, mais le résultat vaut largement l’investissement. D’autant que la réalisation des spots ne leur coûte pas cher ! Vous avez sans doute remarqué que les “comédiens” qui récitent d’un air mal convaincu les pub Carglass sont mauvais comme des cochons ? C’est normal, ce sont de vrais salariés de la boite, dans le civil monteurs de pare-brise ou chefs de centre…

Une fois arrivé sur place, j’ai eu affaire au fameux “chef de centre”. Il travaille 12 heures par jour, de 7h30 à 19h30, et son boulot est d’être souriant avec les clients, de remplir les paperasses d’assurances, et de houspiller les techniciens. Passionnant. Et ses heures sup ? La plupart ne sont pas payées ! Si on en croit le fameux PDG, Eric Girard, c’est simple : ceux qui font des heures sup sont mal organisés ! “On ne force personne à travailler 55 heures par semaine, hein !”

On me reproche souvent d’exagérer dans mes propos sur les patrons. Il semble pourtant que si tant d’entre eux ressemblent à des caricatures, c’est qu’il ne s’agit justement pas de caricatures, mais de la réalité…

J’ai eu de la chance : m’étant pointé spontanément, je n’ai pas eu affaire aux centres d’appel. Qui sont situés en France, ce qui est à mettre au crédit de la boîte, quand tant de ces machins sont délocalisés dans des pays à bas salaires…

Les employés du centre d’appel sont pressés, tracés, fliqués : leurs pauses (15 minutes le matin, 15 minutes le soir) suspendues à l’autorisation du cheffaillon, et chronométrées à la seconde près : ceux qui dépassent apparaissent en rouge sur l’écran… Quant au boulot de “téléopérateur”, on ne soulignara jamais assez son immense intérêt : passer la journée entière au téléphone avec des clients énervés, sans avoir le droit de dévier d’une virgule du texte qui s’inscrit à l’écran, sous la surveillance permanente du fameux cheffaillon. On comprend que cela puisse user.

La réparation de la voiture de SuperNonotte a été effectuée “entre deux”. Le film montrait un jeune gars expliquer qu’il fallait 45 minutes pour un pare-brise, et que ce temps était déjà trop juste. Pourtant il avait fréquemment sur son planning deux bagnoles à faire en une heure… Et s’il le faut, il prendra sur sa pause de midi pour se mettre à jour. Sans avoir non plus la moindre chance de se faire payer ses heures sup.

Mais l’employé est briefé dès le recrutement, puisque dans un entretien collectif avec 4 ou 5 autres chômeurs, il doit dézinguer ses concurrents du jour pour décrocher le poste…

Le chef de centre est sympa, et il a intérêt à l’être. Sitôt l’intervention terminée, une société extérieure, employant des français mais située à Barcelone où le salaire minimum est beaucoup moins élevé, rappelle des clients et leur pose des questions pour connaître sa “satisfaction” sur tel ou tel point. Les réponses sont compilées par informatique, et examinées en continu. Comme l’audimat sur TF1 ou le Wikio sur les blogs… Chaque centre connaît son classement, et sait s’il est en hausse ou en baisse… Quelle bouffonnerie !

Pour les motiver, la société organise des séminaires épouvantablement bêtifiants, au cours desquels on apprend à tancer les salariés retardataires, à faire des jeux de rôles complètement débiles, et où, après le discours très “corporate” des actionnaires (Carglass fait partie d’un groupe international), les seuls vrais profiteurs du système, on désigne les “employés de l’année”, ceux qui sont destinés à faire rêver leurs collègues et à leur servir de modèle le reste de l’année…

Le patron n’a d’ailleurs pas caché ses principes : “Rendre les employés performants”, “Rendre les clients captifs”. “On est des compétiteurs”. “On est des combattants”. Les sornettes libérales habituelles. Celles qui sont les vraies responsables des suicides chez France Telecom. Celles qui font que le Service Public ne devra jamais ressembler à cette caricature de société.

Est-on obligatoirement communiste quand on pense que cette manière de faire est complètement crétine et scandaleuse ? Qu’en plus d’être ridicule,  c’est inhumain et nuisible à tous les points de vue ?

Il faut changer cette société de merde. Faire en sorte que l’exécutif, au lieu de se pignoler à coup de considérations ineptes autant que vaines sur des sujets démago-électoralistes tels que “l’identité nationale” ou la “castration physique”, s’occupe enfin du seul vrai problème qui vaille : sortir de ce capitalisme qui est est train de bouffer le monde et ses habitants. Et vite.

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50 commentaires à Tout ce que le travail ne devrait pas être

  • Philippe

    Tout à fait d’accord. Toust ce “management” débile, ces audits à la c..!!! quel malheur…moi je préfère ménager que “manager”, tant le vrai capital d’une entreprise, d’une administration ce sont ses employés…Mais j’aurais plutot parlé de “castration chimique” au lieu de “castration physique” (on ne coupe plus les têtes depuis un certain temps, ce n’est pas pour se mettre à couper les coucougnettes !)

  • Marti

    “Faire en sorte que l’exécutif (…) s’occupe enfin du seul vrai problème qui vaille : sortir de ce capitalisme qui est est train de bouffer le monde et ses habitants. Et vite.”

    Le capitalisme considère que tout a une valeur économique et donc se moque totalement de l’être humain en le détruisant petit à petit. Mais comme tu le dis, ceci, les gens ne s’en rendent pas compte, et se contentent des débats (plus ou moins) inutiles dont se servent les politiques (qui profitent eux du système)pour occuper la populace…

  • Le système que tu décris est généralisé dans ce genre de boîte et s’étend allègrement. La Banque Postale y va tout droit ! Challenges internes, classements nationaux, etc., pour des primes à 2 balles. Le système est très simple, pressurer la base à mort, faire des économies sur tout et tuer la concurrence, pour que le sommet empoche un gros max. Rien de nouveau, sauf que le système est poussé à l’extrême et les employés craquent.

  • fabinaute

    J’ai vu ce reportage avec ma chère et tendre hier soir. Il a eu un effet direct sur elle : elle est allée voir son chef et lui a expliqué pourquoi elle ne voulait plus continuer à faire les tâches qu’elle a toujours refusé de faire et qu’elle faisait quand même. Il semble qu’elle ait été entendue. À suivre …

    Par ailleurs, le reportage explique bien comment chacun se retrouve seul et isolé dans son travail et ce dans le seul but d’engraisser ces d’actionnaires. Le plus édifiant est de voir que ces patrons félons provisionnent les frais qui pourraient être occasionnés par des licenciements. Quel cynisme ! On sent bien que le rapport de force est définitivement en défaveur du salarié.

    Que faire alors ? Se foutre en l’air ? Buter son chef plutôt que se faire du mal à soi-même ? Refuser toutes les vilénies quotidiennes et se battre pied à pied jusqu’à s’user et se vider complètement ? Prendre l’oseille dans le cadre d’un plan de départ volontaire (désigné) et laisser les autres dans leur merde ?

    Dernière info qui me fait désespérer un peu plus : l’émission de hier soir a brillamment fait 9% de part d’audience soit 2,3 millions de téléspectateurs. Con-sommation et aliénation sont les deux mamelles du libéralisme. Je vous laisse, je vais vomir.

    • Que faire alors ? Se foutre en l’air ?

      Ah, non !

      Dernière info qui me fait désespérer
      un peu plus : l’émission de hier soir
      a brillamment fait 9% de part
      d’audience soit 2,3 millions de
      téléspectateurs

      Oui, j’ai déjà fait le même constat pour d’autres émissions intéressantes. C’est hélas systématique. Priorité au foot, aux feuilletons américains et à la téléréalité :roll:

  • Gromabus

    Question: chaque point de l’organisation du travail est pensé pour rapporter plus aux actionnaires, les jeux de rôles sont pensés dans leur moindre détail pour ce but ultime, le mode de recrutement de même, alors comment en est-on arrivé là?
    Pourquoi la déshumanisation du travail rapporte-elle plus qu’une bonne ambiance avec une équipe qui s’entend bien? Quelle écoles et quelle pensées suivent les psychologues qui ont mis au point ce système?
    Il me parait pourtant évident qu’une équipe qui s’entend bien, sans tensions interne sera plus efficace alors qu’il est clair que c’est le contraire qui est mis en place.
    Le fordisme et le taylorisme sont des absurdités que l’on peut comprendre à défaut d’admettre mais là?
    Tout ceci me fait penser aux noyers: avant on plantait un noyer et on attendait que les noix tombent, maintenant (depuis quelques décennies) on secoue l’arbre avec un engin, résultat l’arbre vit 20 ans, ensuite on l’arrache et on en plante un autre.

  • touchatout

    Il me parait pourtant évident qu’une équipe qui s’entend bien, sans tensions interne sera plus efficace alors qu’il est clair que c’est le contraire qui est mis en place.

    Si on considère que le système est dans une phase de surproduction depuis plus de trente ans, on peut juger que tout ce qui réduit l’efficacité de l’appareil productif est bienvenu. Pour compenser l’augmentation de la productivité, l’organisation doit chercher à réduire le nombre de producteurs pour réduire la production.

    En démolissant les noyers, on limite la production tout en créant de l’activité, pour en planter de nouveaux, pour fabriquer les engins qui les secouent et ceux qui les abattent…

  • jack

    Juste une petite réaction sur Carglass. J’ai eu la même mésaventure que toi à plusieurs reprises et je n’ai jamais fait appel à Carglass. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient systématiquement 2 fois plus chers que leurs concurrents. Mais évidemment, pour le client, c’est transparent ….

  • chalonnais

    Et Ford, me direz vous ?
    C’était un dangereux “coco” aussi, qui conséidérait qu’il fallait payer grassement les ouvriers pour qu’ils puissent acheter ses automobiles !

  • L’exécutif actuel fonctionne sur une logique de conservation du pouvoir, et par les mêmes moyens qui ont permis la prise de ce pouvoir : la “com”, c’est à dire l’enfumage, le mensonge érigé en système.
    Ce débat de la honte sur l’identité nationale, l’annonce faite aux paysans etc. : il ne s’agit là que de faire oublier l’affaire Jean Sarkozy, qui a gravement choqué les gens y compris à droite.

    J’entendais ce matin les mots de Guaino, si reconnaissables, dans la bouche de Sarkozy (“l’identité nationale” se trouvait intégrée au discours aux paysans quelle honte, il ne manquait plus que “Maréchal nous voilà” pour finir). Guéant et Guaino devraient un jour rendre des comptes.

    Rien à attendre de l’exécutif actuel, pour moi la place de Sarkozy est en prison (à l’exemple de son prédécesseur ministre de l’intérieur et président du CG des Hauts-de-Seine).

    Evidemment ce Sarkozy est ouvertement à la solde des possédants (mais ses manières laissent à désirer). C’est un pitre, une honte humaine. Lorsqu’il sera dégagé de la place (les journalistes devront faire preuve de courage pendant la campagne : ne pas baisser leur froc comme en 2006-2007, ne pas relayer purement et simplement la propagande sarkozyenne), en 2012, le ressentiment de la population pourra alors s’exprimer librement : cet escroc ne pourra plus mettre un pied dehors.

    • Il y en a un qui n’oublie pas : De Villepin. Avec Pasqua aussi qui vient tout juste d’être condamné, ça commence à se diviser à droite.
      Il était temps !
      On ne peut rien faire tant que la droite n’a qu’un seul discours et porté unanimement. Mais une fêlure dans une vitre (coucou Carglass) peut se transformer en vitre pétée…

  • Cédric

    Des rituels abrutissants, des tâches abrutissantes, la négation de l’individu, des salariés qui sacrifient leur vie personnelle pour enrichir le gourou, des manifestations à la gloire de l’organisation : que fait la mission de lutte contre les dérives sectaires ?

  • Cédric

    Au fait, il y a une suite ce soir à 23h, chez Fenwick cette fois.

  • DeProfundisMorpionibus

    Un peu hors sujet…

    Mais peut-être pas tant…

    http://www.legrandsoir.info/Le-mythe-de-la-surpopulation.html

    Misère…

  • Quelques remarques en vrac à propos de ce très bon documentaire, à la subjectivité assumée :

    -les étudiants en management passant une journée chez le médecin du travail et voyant bien les ravages de l’organisation actuelle du travail dans les entreprises : “le problème, c’est que tout ce qu’on nous enseigne tend vers ça : comment isoler les individus, comment en tirer le maximum de productivité, comment chasser les fortes têtes et limiter toute autonomisation ou sentiment de groupe.”

    -le patron de Carglass semble sincèrement croire avoir fondé un modèle d’organisation qui rende les employés heureux. D’autant plus hallucinant lorsqu’il pointe devant les salariés du groupe que ce serait une mauvaise organisation qui provoquerait des dépassements horaires (que le pauvre va finir par payer car les sous-effectifs structurels ne permettent pas un rattrapage dans le temps par les employés des centre) . Encore plus drôle lorsqu’il évacue la question sur un 13ème mois en faisant de la psychologie sociale bas de gamme devant des managers au regard dubitatif, eux qui travaillent + de 50h par semaine sans jamais en voir les fruits.

    -Après l’enquête, les journalistes vont revoir les personnes suivies : le manager de centre carglass démissionne par dépit de ne pas voir ses compétences reconnues (le sous-effectif structurel, très rentable, l’empêchant de faire du management et le plaçant dans un rôle de garde-chiourme de l’urgence permanente) . Les employés du centre d’appel (je pense notamment à l’un qui fera une remarque pertinente : on te demande d’aimer ta boite alors que ta boite te considère comme un mouchoir jetable) ont tous démissionné. Le psychologue d’entreprise qui avait pour rôle d’apprendre et de faire intégrer aux managers de centre des rudiments de psychologies individuelle et de groupe se casse lui aussi pour aller vivre ailleurs (suite au déplacement du siège à La Défense) , pour “donner du sens à sa vie” , pointant que “les choses se sont tellement déshumanisées” . Le seul qui est toujours présent à carglass, et est même monté en grade (à l’étage supérieur des “cadres de direction” ? Le putain de garde-chiourme de centre d’appel, qui nous montrait avec fierté la nouvelle version du logiciel de surveillance permettant de connaître à la minute près les temps d’appel et de pause (30 min par jour et pas une de plus) , sur place comme dans l’autre centre à des centaines de km de là… tout est dit.

    Quelques exemple des salariés autour de moi :

    -une jeune boite en expansion essaye de tirer le maximum de cash de ses filiales pour son développement, et fait faire des travaux situés un niveau hiérarchique au-dessus (et le charge de la formation de tous les personnels en dessous de lui) à un ami employé qui se retrouve chef de centre et formateur sans rémunération supplémentaire (fixe ou variable) “pour le moment” . 4 mois plus tard, il repose la question, on l’envoie chier en lui reprochant une erreur mineure. Heureusement pour lui, il leur a balancé sa démission à la gueule, fallait le voir devenir de plus en plus blanc ces derniers mois devant une charge de travail démultipliée…

    -une amie rentre dans une boite d’audit (les fameux cadres sup’) après l’éternel stage, et travaille depuis des mois 60h/semaine pour un salaire qui n’a rien à voir, au prétexte que “c’est comme ça dans le milieu” … elle a tout à fait intégré que la boite la jettera dès qu’elle l’aura essorée. On vient de lui donner un Blackberry, en le vendant positivement comme une marque d’intérêt. Elle a immédiatement saisi que c’était un putain de fil à la patte destiné essentiellement à la faire travailler également samedi, dimanche et jours fériés. Elle essaye de se casser depuis des semaines. Pareil, on la sent au bout de rouleau depuis des mois, elle s’éteint à petit feu…

    -une autre amie travaille dans le secteur public, dans un domaine et un lieu qui a cruellement besoin de ses compétences, toutefois la DRH (située à 150 km) ne consent à lui délivrer que des CDD d’un à trois mois car il est prévu à moyen terme de fermer le centre dans lequel elle travaille… et la direction fait mine de s’étonner d’avoir un turn-over très élevé - et lui a menti sciemment à ce sujet lors de l’entretien d’embauche.

    -encore une autre amie travaillait dans une clinique, et s’est très vite retrouvée au niveau hiérarchique supérieur, avec des pressions très fortes pour rentabiliser les patients au détriment des soins donnés, et une ambiance tendue en permanence entre les niveaux hiérarchiques… là aussi, démission.

    Une précision : tous les exemples ci-dessus sont des jeunes diplômés, encore plus vulnérables. A l’inverse, les amis exerçant des professions libérales ou à leur compte travaillent comme des porcs, mais c’est leur choix et leur rémunération est proportionnelle au travail abattu. Ils sont fatigués, mais heureux, et travailleront moins le jour où ils en ressentiront le besoin - et auront fini de rembourser les banques, tout n’est pas rose non plus.

    PS : votre antispam, c’est de la merde en barre, à chaque fois une photo au moins est “currently unavalaible”

    • touchatout

      ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^
      Pour le i de boîte.

      PS : votre antispam, c’est de la merde en barre, à chaque fois une photo au moins est “currently unavalaible”
      Si tu sais pas faire la différence entre un défaut d’un programme et une défaillance d’un serveur, va chier dans ta caisse !

      • Et ça change quoi exactement au problème hors dans le cerveau du type qui s’y connaît ? Dans les deux cas, ça ne remplit pas ou mal son rôle en bloquant inutilement les commentaires. Ce n’est pas la faute du programme si Flicker merdouille, mais pour l’utilisateur, le résultat est strictement le même. Je vois qu’on peut être aussi impolis l’un que l’autre ^^

        • Pour répondre sur le seul problème de l’antispam :
          - Je suis désolé des nuisances
          - L’usage d’un antispam est hélas strictement obligatoire.
          - Le principe de celui-ci est le meilleur que je connaisse
          - Hélas, je suis dépendant du bon fonctionnement d’au moins 2 serveurs qui déconnent de temps à autre
          - Il y a néanmoins un moyen simple, gratuit et sans contre-indication de le court-circuiter : s’inscrire

          https://www.superno.com/blog/wp-login.php?action=register

          • Merci pour la réponse : peut-être pourriez vous le signaler dans la zone de commentaires ? M’enfin, c’était une petite remarque en passant, qui ne se voulait pas -clairement, c’est raté - stigmatisante ;-)

            Ca a bouffé le vrai sujet, en plus…

          • Ton lien c’est de la merde en barre (moi aussi je peux dire des gros mots).
            regarde : Échec de la connexion sécurisée
            http://www.superno.com utilise un certificat de sécurité invalide.

            Ceci peut-être dû à un problème de configuration du serveur ou à une personne essayant d’usurper l’identité du serveur.

            Si vous vous êtes déjà connecté avec succès à ce serveur, l’erreur est peut-être temporaire et vous pouvez essayer à nouveau plus tard.

          • Pfffff… Je n’ai ni les moyens ni l’envie de dilapider mon pognon à acheter un certificat personnel pour mon site, puisqu’il est hébergé sur un serveur partagé. Il n’y a pas de pirate ni de merde en barre sous roche, tu acceptes tout ce que le site te demande, et ça se passera très bien ;-)

  • chtilucru

    J’ai aussi vu ce reportage très interessant.
    Conclusions: je ne mettrai plus les pieds chez Carglass et ne répondrai plus jamais aux enquêtes de satisfaction. Je ne veux pas être un collabo de ce système.

    Cette obsession de la productivité me fait penser à une discussion autour de la décroissance que j’ai eu dernièrement avec un Liberal qui me disait que de toute façon, la croissance était inévitable à cause de la croissance de la population et de la productivité.
    Pour la croissance de la population, on sait tous qu’en Europe, ça n’est plus vraiment le cas et pour la croissance de la productivité, elle me semble trés pernicieuse surtout dans le domaine des services. L’augmentation de la productivité liée à l’informatisation a en effet atteint un palier (il y a même des cas où des nouveaux logiciels accroissent la charge de travail).
    L’augmentation de la productivité dans les services ne peut donc passer que par:
    - une dégradation de la qualité du travail ou de la relation client (vite fait, mal fait). C’est par exemple le cas lorsqu’on demande aux employés des centres d’appels de France télécom de répondre à plus d’appels que l’an dernier (ils en sont actuellement à devoir répondre à au moins 5,2 appels par Heure),
    - une augmentation du flicage de la compétition et du stress au travail,
    - une augmentation des heures passées au travail (Carglass dit que c’est un problème d’organisation),
    - une augmentation plus pernicieuses des heures passées à travailler en dehors du lieu de travail (notamment avec les blackberry et autres smartphones or ordinateurs portables connectés à Internet).
    Tout ce système est en train d’atteindre ses limites également…

  • Cédric

    Et une couche supplémentaire, une :
    Vers un délai de carence de quatre jours pour les arrêts maladie ?

    “Afin d’éviter la multiplication des arrêts de travail du vendredi ou du lundi, il convient de responsabiliser les assurés en instituant une journée de carence d’ordre public, précédent le délai [actuel] de trois jours” (…) “la journée de carence supplémentaire “d’ordre public” voulue par M. Bur ne permettrait pas le versement de salaire par l’entreprise.”

    Il n’est donc pas question seulement de faire faire des économies à la sécu mais clairement de dissuader des salariés (qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts) de solliciter un arrêt maladie, quand bien même ils en auraient besoin. En pénalisant chaque malade on continue à faire culpabiliser ceux qui triment parce qu’ils ne triment pas assez ; toute manifestation de faiblesse physique de l’humain avec un petit h est désormais considérée comme un acte de trahison envers l’Entreprise avec un grand E. Des robots, que l’on jette quand il manque de l’huile dans les rouages.

  • chtilucru

    Les grands esprits se rencontrent: Moktarama et moi avons presque en même temps mis en cause le blackberry, ce fil à la patte supplémentaire qui vise à nous faire bosser 7 jours/7, 24h/24…

    • touchatout

      Les grands esprits
      Faut pas exagérer, non plus ! Tout est relatif.

      Apple faisait déjà auprès des patrons la pub pour ses premiers ordinateurs portables en disant : « laissez vos employés les emporter chez eux, ils ne pourront pas s’empêcher de bosser pour vous. »

  • Si vous voulez comprendre la “rationalité du capitalisme” je vous conseille ce livre Figures du Pensable de Cornelius Castoriadis qui contient une analyse lucide de la situation de notre société.
    Cela coute moins de 10 euros et cela permet de penser à la suite.

    Précision ça a été écrit en 1996-1997 mais c’est d’une actualité effroyable, illustrée fort justement par ce reportage de FR3, ainsi que par d’autres que l’on voit de temps à autre sur Arte ou la 5 ( Les Yes men par exemple il y a quelques mois).

  • Sig

    @ touchatout:

    On peut écrire “boite” avec la nouvelle orthographe maintenant…

    http://www.renouvo.org/liste.php?t=3&lettre=b

    Cela nous éloigne du sujet d’origine mais parfois il est important de s’attacher au contenu de ce qui est écrit avant de critiquer le contenant.

    Sinon, vazy SuperNo, continue, on t’aime !

    Sig

  • miha

    Passionnant et édifiant, ce film, en effet !

    Merci d’en avoir parlé, SuperNo.

    Moktarama m’a coupé l’herbe sous le pied en parlant des étudiants en management. Tout le reste m’a révoltée, ça, ça m’a dégoûtée.

    On leur apprend à déshumaniser le travail.

    Il est urgent de se déconditionner à tous les niveaux.

    Puisque débat sur l’identité nationale, il va y avoir (beuark ! quand on se rappelle que ça fait partie du ministère de l’immigration - ça va tellement puer qu’on va en ramasser bien plus avec le nez qu’on ne le ferait avec une pelle), faison le bilan de la France concernant la devise de sa république :

    - Liberté remplacée par recherche de sécurité (caméras de surveillance partout et fichiers de police)
    - Egalité (!!!) alors que la fameuse fracture sociale s’élargit de plus en plus.
    - Fraternité allègrement remplacée par Compétitivité !!!!!!!

  • miha

    Ah ! et pour le titre, “la mise à mort AU travail” serait encore plus approprié.

  • miha

    On ne peut plus éditer (?)

    Je voudrais aussi remercier Moktarama d’avoir parlé du mal-être qu’on peut ressentir dans le service public.

    Là aussi, on ne compte plus les tentations de suicide, les tentatives de suicide, les suicides… seulement, quand il s’agit de fonctionnaires, on ricane.

    La jeune femme qui parlait de sa tentation de suicide sans émotion apparente m’a serré le coeur (pas une fonctionnaire, mais cadre):

    “je suis sortie de chez moi pour aller me jeter sous un train. Je ne voulais pas le faire de face, mais perpendiculaire. J’ai attendu, j’ai attendu… aucun train n’est passé. Je suis revenue chez moi en me disant :” je reviendrai”“

  • Bon sang, mais t’es pas communiste alors ? Je suis trop dégouté ! :-) )

    [Beau billet, d’accord en tout point ! :-) ].

  • Sinon, tu sais que dans le catcha en bas, très bien très bien soit dit au passage, tu as de temps en temps des images qui ne s’affichent pas ? :-) )

  • Guénaël

    Le taulier me pardonnera certainement cette digression : si vous voulez mettre une voix sur le nom et le visage de Naomi Klein, elle était l’invitée (une rediffusion ?) de “Là-bas si j’y suis” aujourd’hui pour parler du capitalisme du désastre. Elle dit de son essai “La stratégie du choc” qu’il est un outil mis à disposition de toute personne souhaitant comprendre notre monde actuel pour militer.

    Parmi les derniers mots de l’entretien :
    NK : C’est le moment pour la Gauche d’être offensive.
    DM : Mais quelle gauche ? Elle n’est pas offensive du tout. La notre elle est toute molle puisqu’elle a participé à cette révolution conservatrice néo-libérale. Il n’y a pas de gauche ici en France.

  • Dri

    Sur l’émission “La mise à mort du travail” il y a eu un débat un peu plus intéressant sur France Inter : http://www.dailymotion.com/video/xaxhwo_la-mise-a-mort-du-travail-france-in_news

  • raoul

    ce soir là ou plutôt ces deux soirs la, j’ai allumé ma télé pour la première fois depuis 5 ans…
    Effarant de constater que tous ces gros bouffons de manager utilisent les mêmes méthodes obsolètes et ringardes sorties du même moule à étrons que leur vendent les boites de pseudo-management. Ils sont tout contents de réciter leur leçon avec leur bonne grosse tête de vainqueur. Ils comprendront leur douleur et leur profonde débilité le jour où un de leur employé ne se suicidera pas mais viendra armé sur son lieu de travail. Ce jour là, on pourra commencer à envisager l’avenir un peu plus sérieusement et sereinement…

    la première des révolutions c’est d’éteindre définitivement le lave-cervelle qu’est la télévision…

  • Yogi Tougoudou

    Bonjour,

    D’emblée je m’excuse pour la présentation tardive de mon commentaire et pour l’éventuelle inutilité de ma contribution.

    Comme qui dirait ça va pas faire avancer le schmilblick mais j’aimerais donner (ou plutôt tenter) un autre aperçu sur ce phénomène, en empruntant un prisme particulier : celui de l’éthologie.
    Personnellement, au-delà de l’ignoble, de l’abominable de la situation, des sentiments de colère, de rage qu’elle m’inspire, c’est son absurdité qui me frappe.
    Toute cette idéologie de l’hyper-productivité, du maximum de rentabilité, de profit avec le minimum de charges, de coût salarial, cette compétition et cet asservissement outranciers,tout çà c’est du vernis, du vernis de civilisation, des mots que mets le primate dit humain sur une réalité qui à mon sens recèle une autre signification : l’expression de l’instinct d’agression.

    Selon Konrad LORENZ (et si je ne déforme pas par trop sa pensée) l’instinct d’agression est un ” mal nécessaire ” ; il participe de la conservation et de l’évolution de l’espèce, notamment sous les formes suivantes : la répartition d’êtres vivants de la même espèce dans l’espace vital disponible, la sélection effectuée par les combats entre rivaux (la sélection intraspécifique), et la défense de la progéniture.

    Au sujet de l’une des fonctions de l’instinct d’agression qui vient d’être énumérée, la sélection intraspécifique, l’illustre professeur relève un résultat paradoxal : la sélection intraspécifique produit à l’occasion des formes, des comportements, qui non seulement manquent de toute valeur adaptative, mais peuvent même nuire directement à la conservation de l’espèce1. C’est qui se produit lorsque c’est la rivalité sexuelle seule qui est le critère de sélection, sans que les exigences du monde extérieur, de l’environnement - et à cet titre comprenons notamment la présence de prédateurs - jouent dans l’intérêt de l’espèce.
    C’est par exemple le cas des ramures du cerf (il ne s’en sert pas contre les prédateurs, mais seulement pour évincer un concurrent) ou du plumage très coloré de certains oiseaux (par exemple, le coq faisan de l’espèce argus a des ailes si énormes qu’il ne peut plus voler, mais plus elles sont grandes, plus elles excitent la poule… et plus ce dernier a des chances d’être choisi)…

    Chez l’humain, Kondrad LORENZ dit que le produit le plus stupide de la sélection uniquement intra-espèce est en Occident le rythme de travail. Selon l’auteur, l’existence sans répit dans laquelle s’est précipitée l’humanité industrialisée et commercialisée fournit un excellent exemple d’une évolution, qui parce qu’elle est l’oeuvre exclusive de la concurrence entre congénères, manque son but.

    Ce c’est le résultat paradoxal de l’orientation particulière qu’a prise par la sélection entre individus de l’espèce humaine ; en ce qui la concerne, il n’y a quasiment plus, à l’heure actuelle (mais on peut se demander si cette assertion durera encore longtemps étant donné les bouleversements climatiques qui sont en train de se produire), d’autres facteurs de sélection, que celui lié à la reproduction et son corollaire, la rivalité sexuelle.
    Konrad LORENZ l’exprime très clairement : « pour des raisons faciles à comprendre, l’homme est tout particulièrement exposé aux effets néfastes de la sélection intraspécifique. Comme aucun être avant lui, il s’est rendu maître de toutes les puissances hostiles du milieu extra-espèce. Après avoir exterminé l’ours et le loup, il est devenu à présent effectivement son propre ennemi : homo homini lupus » .

    A mon avis, c’est ce qui se passe actuellement ; et l’hypertechnologie n’arrange pas les choses en ce que nous elle affranchit de plus en plus du milieu extra-espèce (mais bon jusqu’à quand).

    En bref, tout çà pour dire à quel point notre civilisation a régressé et pourquoi le capitalisme perdure : en quelque sorte c’est naturel (gloups) !

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