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Aug282009
12:53 (Vu 2510 fois)

L’énergie du chercheur d’emploi …

Comme vous le savez peut-être, je fais depuis peu partie de l’immense charrette des “victimes de la crise”, et une part déraisonnable de mon temps est désormais consacrée à ce qu’on appelle généralement “la recherche d’emploi”. Encore que, comme disait si bien l’autre, “de l’argent me suffirait”, mais faute de somptueux héritage, de généreux mécène, de tirage gagnant au loto ou de golden parachute, c’est hélas la perspective beaucoup plus grisâtre de l’épluchage permanent des offres d’emploi qui m’attend… Car pendant que les financiers et les politiques font mine de sonner “la fin de la crise”, dans la “vraie vie” ce n’est pas précisément le même son de cloche. Il semble même que le marché de l’emploi soit au contraire dans une merde noire, comme ceux qui y pataugent.

Quelle activité déprimante ! Une litanie de petites annonces qui se ressemblent, qui parlent d’enthousiasme (tu parles, Charles), de motivation (ah ouais, je suis très motivé à l’idée de devoir accepter un boulot moins intéressant et moins bien payé que celui que j’occupais), de performance (Jugnot devant sa glace dans “Une époque formidable” : “t’es un killer !”), de challenge (le premier d’entre eux étant de trouver la force de se bouger le matin pour aller bosser), d’esprit d’équipe (mon cul ! dans une équipe de “collègues”, les intrigues et les trahisons sont permanentes !), de disponibilité et de  flexibilité (au secours !). Elle parlent plus rarement de salaire, comme si ça n’avait pas d’importance, que c’était inconvenant, alors que c’est quand même bien uniquement pour ça qu’on vient bosser dans ta boîte de merde, connard, qu’est-ce que tu crois ?

Parfois tout de même, un sourire entre une annonce de chef de projet informatique (qui recevra 327 candidatures) et de comptable OPC (qui ne me concerne pas) :


J’ignore comment une telle perle a pu atterrir sur un site luxembourgeois de recherche d’emploi, mais elle est assurément intéressante !

Renseignements pris, la société qui recrute, et dont je tais le nom par charité, est un rabatteur à but lucratif pour “Direct Energie”, dont je n’ai pas encore dit autant de mal que de Poweo, mais qui est en fait parfaitement comparable dans son inanité !

Ce qu’ils appellent sans vergogne “un vrai défi professionnel” consiste donc à démarcher au porte à porte contre un petit salaire (a priori 1800 € brut/mois) et employer les arguments les plus scandaleux et les plus fallacieux pour tenter de faire signer un contrat à des mères de familles naïves ou à petits vieux près de leurs sous. Au besoin en se faisant passer pour des agents EDF.

Les principaux arguments de vente sont déjà exposés dans l’annonce : l’électricité de Direct Energie serait donc “moins chère”, et “plus écologique” !
Moins chère” : je suppose que c’est vrai au moment de la signature du contrat (c’est devenu plus facile du fait des augmentations déguisées imposées par EDF). Mais ces commerciaux se gardent bien de préciser que ce faisant, le pigeon client  sort du système des “tarifs régulés”, et pourra subir d’importantes hausses par la suite, dès que le pétrole repartira franchement à la hausse par exemple.

Plus écologique” : ces gens-là ne reculent décidément devant rien ! Là on est carrément dans la tartufferie et le mensonge éhonté ! J’en avais d’ailleurs déjà parlé, mais c’était pour Poweo ! Précisons d’abord que lorsqu’on s’abonne chez Direct Energie, Poweo, ou n’importe quel autre, l’électricité que l’on consomme reste évidemment la même, donc produite à plus de 80% par les centrales nucléaires d’EDF ! Il n’y a qu’un seul et unique réseau d’électricité en France ! Aucun opérateur ne va venir chez vous tirer une ligne directe vers une éolienne ou un panneau solaire !

D’autre part ces sociétés sont avant tout des “courtiers en énergie”. Ils achètent de l’électricité en gros pour la revendre plus chère au détail. Sacré business. Ils commencent également à se dire qu’ils pourraient en produire eux-mêmes pour gagner plus, et construisent alors des centrales au gaz voire au charbon, qui émettent dans l’atmosphère des millions de tonnes de CO2 tous les ans. Elle est où, l’électricité “plus écologique” ? Merveilleux exemples de communication qui ne repose que sur un pur mensonge ! J’en avais d’ailleurs déjà parlé ici ou encore .

Ces “opérateurs alternatifs”, nés de l’aberrante dérégulation du marché de l’énergie, qui n’a d’ailleurs été rendue possible que par l’abdication devant le libéralisme de politiciens qui continuent toute honte bue à se prétendre “de gauche”,  n’ont pas réussi la percée qu’ils attendaient. Tant mieux ! Ils ne représentent pas grand chose, moins de 2% du marché des particuliers. Mais attention : chez les winners, on ne dit pas “2%, c’est nul”, on dit “il reste une marge de croissance de 98%” !

Direct-Energie fait donc vendre par des salariés précaires qu’elle n’emploie pas, de l’énergie qu’elle ne produit pas, à des gens qui n’en veulent pas. La définition parfaite du parasitisme. Et si jamais les affaires fonctionnent moins bien, Direct Energie reverra son contrat avec son maquignon pourvoyeur de commerciaux, et s’en tirera sans dommage. Au contraire des commerciaux en question, qui se retrouveront dans la merde, et reprendront leur quête d’une nouvelle annonce mirobolante.

Après ça, Direct Energie s’étonnera que son nom soit associé au mot “arnaque” dans le programme “Google Suggest”, qui met en avant les recherches statistiquement pertinentes ! D’ailleurs, même le géant Google a dû s’incliner sur ce coup-là, preuve que les parasites peuvent être puissants !

Bon, assez ri, je retourne à mes annonces…

12 comments to L’énergie du chercheur d’emploi …

  • chalonnais

    Tu as entendu Méluche sur Inter ce matin ?
    En particulier la réponse à un auditeur qui le ‘titillait’ sur la décroissance ?

  • wuwei

    Il y a même Alain Minc dans le conseil d’administration de Direct Energie. Si c’est pas une preuve d’intégrité !
    http://www.direct-energie.com/fournisseur-electricite/gouvernance

    @ Chalonnais

    Mélenchon m’a beaucoup plu aussi quand il a parlé de Jacques Julliard pour dire que c’était un tartuffe de vouloir se poser comme moralisateur du capitalisme.

  • chalonnais

    @wuwei
    Il y a aussi l’intellectuel ‘Stéphane Courbit’ au C.A. (Endemol, proche de Sarkouzy et Bolloré)!
    Et le patron de Louis Dreyfus (l’OM, autre repaire d’intellectuels, dont le sponsor est : Direct Energie !)

  • allez un petit lien pour te détendre :)
    http://www.youtube.com/watch?v=4xJIQUbTi9g

    … ça correspond bien à l’image que j’ai du moment … à force de jongler avec n’importe quoi …

  • Enjolras

    Tout comme ce billet, Mélenchon a une fois de plus été extra ce matin sur Inter… Synthétique, percutant, convaincant, parfaitement positionné sur les doubles urgences écologiques et sociales… A écouter, à réécouter et à faire tourner : http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/septdix/

    Ce n’est pas un hasard si le tout jeune et prometteur Parti de Gauche a été rejoint par Martine Billard et par le courant Utopia.

  • Noëlmh

    Bonsoir. Juste une parenthèse. Il y a Enercoop, fournisseur d’électricité 100 % verte et garantie verte. Ils ne prennent pas plus de client qu’ils ne peuvent en fournir. Elle circule bien sûr dans les mêmes cables car il y a RTE, mais l’origine est verte et ainsi on ne donne pas son argent pour le nucléaire. On peut aussi être sociétaire. Et au fait on peut toujours revenir au marché régulé même si on l’a quitté.
    Les autres ne sont pas honnêtes et ne cherchent qu’à faire de l’argent.

    Noëlmh

  • Vince

    Merci les gars pour l’info ! je viens de regarder et d’écouter avec un très grand intérêt l’intervention de Mélenchon. Je suis complètement fan (pas de la personne, bien sûr, mais des idées, ça tombe sous le sens !).

  • MoOoH

    Les joies de la sous-traitance …

    Rien de nouveau sous le soleil dans ce monde merveilleux :s

  • speedy

    SuperNo: “Car pendant que les financiers et les politiques font mine de sonner “la fin de la crise”…”

    Ben ouais, la crise est finie, pour preuve les banksters font à nouveau de super bénéfs. What else?

  • Xfly

    tiens je me suis dit que ces conseils pourraient t’etre utiles ;-)

    La lettre de motivation répond à certaines règles précises, qu’il convient de respecter à peine de faire dans l’originalité. Et l’originalité, c’est mal : “être original, c’est se marginaliser”, affirme Steve V., recruteur chez Global Fucking Consort. Classiquement, la bonne lettre de motivation doit être rédigée en trois parties bien distinctes.

    En première partie, le candidat prendra tout d’abord soin de définir clairement l’objet de son courrier. Les recruteurs reçoivent les lettres de motivation à la tonne, dans des big-bags de La Poste livrés par hélicoptère : finir sur la bonne pile c’est donc permettre au lecteur de savoir, d’un simple coup-d’oeil, de quoi il s’agit.

    Madame, Monsieur,

    Si je m’emmerde à vous écrire une lettre que vous ne lirez probablement jamais, c’est que j’ai l’immense honneur de vous faire part de ma modeste candidature au poste de Responsable Corporate du service archivage de post-its.

    Le corps de la première partie consistera à parler de l’entreprise : ce qu’elle est, ce qu’elle représente, combien elle fait de CA, quels sont les noms de ses salariés, quel est le con qui s’est offert un étui pénien pendant le dernier voyage du CE au Philippines et enfin quel est celui qui a dégueulé sur la DRH lors du pot de départ de Momo, le magasinier.

    Votre société, leader sur le marché du [flexible de douche] [chauffage à pétrole] [sextoy] (merci au recruteur de rayer la ou les mentions inutiles) est une entreprise somme toute ambitieuse, comme les autres me direz-vous, mais à ceci près qu’on a immédiatement envie de travailler pour elle. En effet, au hasard de mes visites au Pôle emploi sis dans la zone d’activité « La Boursouflade », je suis tombé sur vos locaux, un empilement de préfabriqués dont la majesté m’a immédiatement inspiré l’envie irrépressible de participer au formidable projet économique qu’il abrite.

    On remarque que le candidat utilise ici opportunément une simple observation fortuite au cours d’un voyage en bus pour appuyer son descriptif. Comme quoi il n’est pas toujours nécessaire d’aller très loin : au moins que les rendez-vous avec le conseiller soient utiles à quelque chose. Mais le candidat peut aussi jouer de franchise, les recruteurs apprécient… parfois :

    Vous m’excuserez par avance de ne pouvoir vous transmettre avec fidélité l’incroyable motivation qui m’habite, mais vous comprendrez qu’à 150 candidatures par semaine, mon imagination commence à s’émousser et qu’il devient toujours plus ardu de trouver des conneries à raconter sur des entreprises dont je ne sais foutrement rien.

    En seconde partie, la candidat s’attachera à évoquer le poste proposé et les fonctions qui y sont attachées, pour démontrer en quoi l’emploi est susceptible de l’intéresser :

    Quant au poste proposé, je dois vous dire qu’à la lecture de l’annonce j’ai chié sous moi, tant il appert que le niveau de responsabilité est stratosphérique. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’on exige du candidat qu’il soit titulaire d’un triple Master en Droit comparé, en Chinois littéraire et en Ingénierie des systèmes de rectification de soupapes, qu’il ait une expérience d’au moins 10 ans à un poste équivalent et qu’il ait un véhicule ?

    Tout s’explique lorsqu’on prend connaissance du niveau de salaire, de nature à provoquer une érection chez n’importe quel demandeur d’emploi : 8,71 euros de l’heure. C’est à se demander comment votre entreprise peut être rentable en offrant de telles rémunérations à ses collaborateurs. Et puisqu’il se trouve que, par un heureux hasard, des ciseaux, un peu de colle et une imprimante, je présente toutes ces qualifications, je n’ai pas pu résister à l’envie de candidater, dans l’espoir de gagner beaucoup d’argent.

    Enfin, en troisième et dernière partie, le candidat devra parler de lui, de ses compétences, et dire en quoi il serait un plus pour l’entreprise :

    Me concernant, mon parcours est certes atypique mais atteste de ma flexibilité. Suite à l’obtention de mon Doctorat, je me suis résolument tourné vers un secteur d’avenir, celui de la restauration en entreprise. Au service de la SAS FOUTREX, malheureusement en liquidation judiciaire suite à un contrôle inopiné de la répression des fraudes, j’ai pu développer mon sens inné du contact avec des professionnels de tous horizons, ainsi que mes facultés d’organisation, le bac à purée devant impérativement se situer entre les paupiettes de veau et le gratin de choux-fleurs pour éviter la combinaison des relents putrides. Puis j’ai saisi au vol l’occasion de diversifier mes savoirs en acceptant un poste de Responsable-comptable de caisse chez Carrefour à 10 heures par semaine, qui m’a fait aimer le contact avec l’argent.

    Le candidat peut terminer sur une note plus personnelle, de quoi susciter la sympathie chez le recruteur, sans toutefois abuser de ce genre d’artifices :

    D’un naturel enjoué, voire franchement rigolard, je suis persuadé que vous apprécieriez ma collaboration grivoise, puisqu’il y a toujours une secrétaire à harceler sexuellement, histoire de détendre un peu l’atmosphère chez les commerciaux.

    Ne pas omettre la formule de politesse :

    Je reste à votre entière disposition pour un éventuel entretien. Gros bisous.

    Et voilà, votre lettre de motivation est fin prête. Il ne vous reste plus qu’à l’envoyer et à attendre l’appel du recruteur. Écoutez-bien : on entend déjà les câbles téléphoniques qui bruissent de l’excitation de votre futur employeur. Inutile de remercier la rédaction, c’est cadeau !

    Source : http://bravepatrie.com/Emploi-rediger-sa-lettre-de,1297

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