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Jun222009
13:47 (Vu 2757 fois)

Lettre ouverte à Larousse à propos du mot “décroissance”

[Je viens de poster cette lettre à la rédaction de Larousse]

Comme tous les ans, la presse a fait un large écho à la sortie de la nouvelle édition de votre “Petit Larousse”, et notamment à l’intégration de mots nouveaux.

J’ai notamment lu à ce sujet l’article paru dans “Libération” le 12 juin dernier.

Si je n’ai rien de particulier à penser des “clubbers décohabitants” et des “geeks blacklistés”, votre définition de “décroissance” m’a au contraire fort surpris, et pour tout dire mis en colère :

«politique préconisant un ralentissement du taux de croissance dans une perspective de développement durable».

Je ne méconnais pas la difficulté de rédiger une définition concise et fidèle de notions qui peuvent être complexes. Mais je suis désolé de vous dire que non seulement cette définition est totalement erronée, mais qu’elle est même complètement à côté de la plaque si on considère les vrais objectifs des “objecteurs de croissance” et de l’écologie politique.

Ce que l’on appelle généralement “croissance”, c’est l’augmentation du PIB d’une zone géographique donnée. Donc le “ralentissement du taux de croissance”, c’est un PIB qui augmente moins vite, mais en aucun cas un PIB qui diminue !

Dans notre système actuel, la croissance est le Saint-Graal dont la recherche doit dicter toute conduite. Une diminution du PIB ne s’appelle donc pas “décroissance”, mais “récession”. Et c’est naturellement vécu comme une catastrophe comme on peut l’observer en ce moment.

Le terme galvaudé de “développement durable” est sournois, puisqu’il contient le mot “développement”, forcément associé à une hausse du PIB, et qui ne permet donc pas de sortir du schéma. La dernière lubie à la mode s’appelle même “croissance verte”, une nouvelle manière pour ceux qui nous dirigent de justifier par un artifice leur attachement indécrottable à leur jouet : la “croissance”.

Dans la théorie de la “décroissance”, il y a deux notions :

1) Une notion d’obligation et même d’urgence : on constate qu’une croissance infinie dans notre monde fini est une absurdité totale; que nous entrons dans la fin de l’ère du pétrole bon marché; que le réchauffement de la planète devient problématique et que nous devons donc nous engager avant que les conséquences de notre incurie soient irréversibles dans la voie de la diminution de la production de biens matériels. Simplement pour avoir une chance de permettre à l’humanité de durer plus longtemps.

2) Une notion de mode de vie :  les “objecteurs de croissance” souhaitent une véritable rupture de civilisation : en finir avec un mode de vie stupide et décadent, uniquement basé sur la con-sommation, la com-pétition, l’aliénation à la valeur travail. Ils souhaitent substituer à cette ineptie un mode de vie respectueux des autres et de l’environnement, où l’on prendrait le temps de vivre, où l’on serait solidaire plutôt que concurrent, où on ne travaillerait que lorsque c’est nécessaire, et où ceux qui ne travailleraient pas ne seraient plus stigmatisés et marginalisés. On peut illustrer cette théorie par le slogan : “plus de liens, moins de biens”.
Contrairement à la récession, la “décroissance” est volontaire et se veut joyeuse ! Dans ce référentiel, le PIB ne veut plus rien dire. Ce qui ne signifie pas que les “objecteurs de croissance” souhaitent qu’il soit le plus bas possible, et nous enfermer à tout prix dans des grottes éclairées à la bougie ! Ils souhaitent à cet égard créer un nouvel indice qui remplacerait le PIB en tant que référentiel, et serait plus apte à mesurer la qualité de la vie.

Il faut noter que le point 2) est rendu obligatoire par le point 1), mais que les “objecteurs de croissance” pensent que la société de con-sommation est arrivée à un tel point de déliquescence que même sans l’urgence environnementale elle n’est de toute façon plus souhaitable.

Les théoriciens de la “décroissance” sont feu les philosophes Nicolas Georgescu-Roegen, Ivan Illich ou André Gorz, le sociologue Jacques Ellul, et désormais l’économiste Serge Latouche ou encore le politologue Paul Ariès, ce dernier cherchant activement à faire entrer les idées de la “décroissance” dans les programmes des partis de gauche ou écologistes. Ils ont tous écrit de nombreux ouvrages auxquels vous pourrez vous référer.

J’espère que ces explications vous permettront de corriger votre erreur dans les prochaines éditions, et je vous laisse le travail qui consiste à refaire sur ces bases une définition correcte de la “décroissance” : après tout c’est votre métier, pas le mien !

Sincères salutations,

SuperNo, blogueur.

24 comments to Lettre ouverte à Larousse à propos du mot “décroissance”

  • chtilucru

    Tu as oublié parmi tes objecteurs de croissance Jacques Attali ;-) Malheureusement, c’était il y a 30 ans (http://www.ladecroissance.net/?chemin=textes/attali)

    Tu écris:
    “Le terme galvaudé de “développement durable” est sournois, puisqu’il contient le mot “développement”, forcément associé à une hausse du PIB, et qui ne permet donc pas de sortir du schéma.”

    Pour moi le terme “développement” n’est pas obligatoirement associé à la croissance économique. Il pourrait être associé au développement des relations humaines et du bien être en général. Je suis d’accord avec toi que les croissants ont interprété ce mot d’une façon restrictive, mais il ne doivent pas gagner, il faut leur rappeler que leur interprétation nous conduit tout droit au chaos. Il ne faut pas leur abandonner ce mot. Ils ne le méritent pas…

  • Premier commentaire sur ce blog que j’ai découvert il y a 2 semaines je ne sais plus comment. J’ai commis un article proche de celui là sur mon propre blog et je constate, depuis la petit percée d’Europe Ecologie aux européennes et la diffusion de Home, un soudain regain d’intérêt pour la décroissance. C’est à dire qu’avant, les gens s’en foutaient, ne connaissait pas. Maintenant, ils sont contre, c’est déjà ça :)

    Et donc, sur le forum HFr, que j’aime à fréquenter pour sa qualité relative, on a enfin réussi à faire tenir debout un topic sur la décroissance auquel je vous invite à participer. On a quelques ultra-libéraux indécrottables qui ne demandent qu’à être convaincus. Si vous avez cinq minutes pour donner un coup de main, c’est par ici. D’avance, merci…

  • Vadaskerty

    Cette redéfinition par SuperNo remet bien les choses au point sur la décroissance.

    Cependant c’est le terme “Objecteur de Croissance” qui m’irrite, d’autant plus que selon moi l’existence meme de cette expression va a l’encontre du but recherché, c’est á dire l’adhésion du plus grand nombre de personnes á cette bonne idée.

    Abonné depuis 1 ou 2 ans au journal du meme nom, j’enrage de lire que plupart des adeptes de la décroissance se parent du titre d‘“OC” comme d’un voile de… de je ne sais pas trop. Non, ceux qui se disent “OC” sont en réalité des honnetes gens, que l’on pourrait opposer aux “braves gens” que personne ne nomme “consuméristes”, avec un préfixe “super”, “hyper”, “patho”, au choix, selon le degré du patient.

    Enfermer une catégorie de personnes plus que respectables sous un vocable rébarbatif pour la majorité (rappelons-nous le statut de demi-hommes octroyé par l’opinion publique aux objecteurs de conscience, dont j’ai été, en 91, zéro dans vos gu…les) est, je le pense, contre-productif.

    J’avais lu avec plaisir le long article de SuperNo sur la décroissance, qui a présenté magistralement la chose sans utiliser (ou alors j’ai mal lu…) cette expression malheureuse. De la á penser que cette dénomination est aussi inutile…

  • Effectivement, ils n’ont rien compris… et ça fait peur quant à la définition d’autres mots de ce dico que j’ai abandonné au collège. Je préfère le Gros Robert, même si “Gros”, cela ne fait pas trop décroissant…

    Pour l’indicateur, je propose de ne pas réinventer la poudre et de reprendre le BIB (Bonheur Intérieur Brut), inventé au Bhoutan (oui, le pays!) dans les années 70… probablement par des étudiants en économie fumeurs de joints…

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Bonheur_national_brut

  • miha

    c’est d’un vexant de se faire diriger sur un site de calcul mental alors qu’on a trouvé la solution.
    merde, quoi… 18 divisé par 9 = 2
    et 54 divisé par 9 = 6.

    bon, tu nous tiens au courant, SuperNo, si tu as une réponse ?

    moi, j’en attends toujours une à ma proposition de remplacer “racisme” par le nélogisme “rejétisme”… depuis deux ans.
    “racisme” contribue à faire perdurer l’idée que les êtres humains sont divisés en plusieurs “races”… dont, bien sûr, certaines seraient supérieures… ben, voyons.
    en plus, il est utilisé à tort et à travers.
    par exemple : “racisme” anti-jeune (!!!!!!)

    ça alors !!! cette fois, ça a marché !!!
    ouais, ouais… et 0 multiplié par 2 = 0

  • wuwei

    Larousse = Hachette = Lagardére = PIB, Croissance, marchand d’armes, copain de Kosy 1er, etc… alors “décroissance” serait plutôt pour eux à ranger dans les gros-mots. Mais je trouve la démarche intéressante ne serait ce parce qu’elle prouve que nous sommes peut être plus nombreux que nous le pensons.

  • David

    Il faudrait voir d’abord la définition de “développement durable” dans le larousse.

    en effet, tout dépend ce qu’on l’y met derrière. si personne ne s’entend déja à la base sur cette définition, normal, que la polémique fuse sur la définition de “décroissance”.

    bref, on se mord la queue et le débat n’a ni queue ni tête.

  • @Chtilucru
    Pour Attali, le moins que l’on puisse dire est qu’il a légèrement varié dans ses pensées :lol:
    Le terme “développement” est vraiment trop connoté pour qu’on puisse continuer à l’employer, du moins quand il est accolé à l’adjectif “durable”. Quand une multinationale te parle en se rengorgeant de “développement durable”, c’est évidemment un synonyme de “croissance durable”, qui n’est pas un concept d’objecteur de croissance, mais plutôt d’actionnaire…

    @Merome
    Bienvenue au club !
    Oui, la bonne performance d’Europe Ecologie est une bonne chose. Mais s’il y a évidemment à titre individuel des décroissants chez Les Verts, il me semble que la doctrine officielle est toujours à la “croissance verte”, non ? Comme à l’UMP… Sauf que chez les Verts ils sont assez naïfs pour y croire, alors qu’à l’UMP ils ne voient que le premier mot et font cyniquement semblant de croire au second…
    Je te souhaite bien du courage pour enseigner la décroissance sur HFR ! Personnellement, je ne m’y risquerai pas, les individus qui fréquentent ce genre de forum sont statistiquement plus enclins à être drogués par la con-sommation, la pub, le hype, le “je viens d’acheter le dernier modèle, je suis à la mode, vous êtes de gros ringards” et d’une inculture politique totale !

    @Vadaskerty
    Pas de malice derrière tout ça. Avant je disais “décroissants”, mais je constate que les décroissants (ceux qui pratiquent et revendiquent) s’autoproclament “objecteurs”. Il faudrait demander son avis à Vincent !

    @Marcel
    Oui, il y a aussi l’IDH http://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_D%C3%A9veloppement_Humain mais l’indice “parfait” et non biaisé reste à inventer

    @Miha
    Je suis en train d’essayer plusieurs procédés d’antispam, vu les caractères pourris et les plaintes sur la lisibilité. Aucun ne donnant satisfaction, je les ai donc tous retirés… Jusqu’au prochain SPAM…

    @wuwei
    une fois n’est pas coutume, j’ai peut-être été naïf de penser qu’une personne chargée de pondre la définition d’un mot était un spécialiste de la langue française, qu’il n’était pas soumis à ce genre de pression et que sa définition erronée était simplement due à son ignorance de la chose, mais ce que tu insinues est également à prendre en considération.

    @David

    Il faudrait voir d’abord la définition de “développement durable” dans le larousse.

    Ma conscience professionnelle légendaire n’ira pas jusqu’à l’acheter pour vérifier… Mon exemplaire date de 1993 et internet lui a filé un sacré coup de vieux !

  • Madéric

    Je serais plutôt d’accord avec Vadaskerty, un vocabulaire révolutionnaire n’est pas adapté à un mouvement qui veut convaincre une majorité.
    Je m’essaye tranquillement à la décroissance sans efforts, c’est rien de violent, c’est juste se demander de temps en temps si mes actions sont en phase avec mes idées, et si c’est raisonnable de faire telle ou telle chose.
    C’est peut-être pas assez, mais pleins de “pas assez” c’est mieux que quelques “complètement”, isn’it !
    Bon je confesse, j’ai encore des vices consuméristes, j’aime encore trop le chocolat qui vient du bout du monde pour m’en passer.

  • sam

    Bonne idée la lettre à larousse, je vais voir pour en faire une aussi…

  • Ardennais Résigné !

    Je partage totalement vos convictions , et suis admiratif devant votre opiniâtreté , mais “Il n’y a pas d’alternative” . Cet “Idéal de Vie” guidé par le dogme de la Décroissance ne se présentera qu’à la suite d’un éventuel chaos. Que je ne nous souhaite pas trop dur s’il arrive.Le ver est dans le fruit. Mais le fruit,même s’il est pourri, est encore juteux,et il se passera encore des décennies avant qu’il ne tombe de l’arbre.Et à ce moment là , la planète ne sera plus belle à voir! Bien à toi Superno et bises à ma Mina…

  • Ah les cons !
    Ils auraient fait comme d’habitude :
    Décroissance : (n. f.) le contraire de la croissance.
    au moins, ils auraient respectés la logique de chez Larousse !!!
    :-) )

    [Nan mais j’aime bien Le Robert, que veux-tu !!!].

  • Anarchoïde

    Un aspect qui est peu évoqué lorsqu’on parle de décroissance, qui me semble avoir son importance, et que je me permets de pointer ici, même si j’en conçois le caractère sulfureux :

    Quid de la maîtrise des courbes démographiques dans les thèses des Décroissants ? En est-il question ?

  • Chalonnais

    Au fait, le Minicolas versaillais m’a surpris hier.
    Il n’a rien dit de l’Ecologie, après le résultat des Européennes.
    Sa “pensée” serait-elle dans une telle décroissance (au sens “Diminution, affaiblissement progressif (du point de vue de la hauteur, du volume, de l’intensité, etc.)” comme l’indique le Trésor de la Langue Française http://www.atilf.atil.fr

  • Via

    A ce propos, SuperNO, t’as lu “la part du Colibri” de Pierre Rabhi?

    Un tout petit livre de moins de 50 pages sur la décroissance (même si le mot n’est pas prononcé et que la théorie non abordée) qui se lit en 20 min et qui est absolument génial!!

  • NoviceNo

    N’ayant pas lu les théoriciens cités par SuperNo, je suis dans la même attente qu’Anarchoïde. Quelqu’un peut répondre ?

    Il n’est pas impossible qu’un jour on ne puisse éviter de mettre sur la table le sujet de la maitrise de la natalité. Quand on entend “Récession subie et incontrôlée ou décroissance volontaire et planifiée ?”, il n’y a pas de raison, malheureusement, d’y inclure la démographie.

    Je vais me répéter (sauf pour les nouveaux venus) en remettant un lien vers un résumé du Rapport du club de Rome : si la démographie continuait sa croissance exponentielle comme c’est le cas depuis la révolution industrielle, et que dans le même temps les stocks de matières premières diminuaient inexorablement et que la pollution ne cessait d’épuiser les terres cultivables, le quota alimentaire disponible ne pourrait que décroître, et il s’en suivrait une régulation naturelle de la démographie qui pourrait s’avérer plus violente qu’on ne veuille l’imaginer, cette régulation violente étant définie plus communément par le terme “famine”.

    Deux études (ici et ) ont été menées récemment afin de comparer les simulations de Meadows avec les données mesurées depuis : les tendances calculées en 1972 sont conformes aux observations.

    Pour éviter de tomber dans le catastrophisme, il faut justement être conscient du danger potentiel de la bombe P(opulation) et savoir en parler calmement. Ce qui m’énerve, c’est qu’on passe pour un extrémiste dès qu’on aborde ce sujet, c’est de voir les réactions débiles et anti-constructives suite au papier d’Yves Cochet il y a quelques semaines. Je serais curieux de savoir combien la Chine compterait d’habitants aujourd’hui si elle n’avait pas opté pour la (triste) politique de l’enfant unique.

    Il n’est pas question de jouer le moralisateur, j’ai contribué de mon côté au maintien de la population actuelle en ayant conçu 2 trésors, que je n’ai aucune envie de voir se faire stériliser par une quelconque autorité !

  • Via

    Sinon je voulais rajouter quelque chose à propos du terme de “décroissance”
    Le mot me dérange un peu, parce qu’en fait, décroissance induit l’idée de régression. Les gens ont peur de la décroissance parce que pour eux elle induit l’idée d’un “retour en arrière”, une “régression dans la qualité de vie”, ce est faux. Les décroissants se battent au contraire pour un “mieux-vivre”, il y a donc l’idée d’une progression, donc de croissance. Rappelons que le mot Croissance vient de crescere qui signifie en latin naître, grandir ou encore pousser: il y a donc l’idée d’une progression!

    C’est pourquoi le mot “décroissance” me semble fallacieux et mal choisi. Plus j’y réfléchis, plus j’en parle autour de moi, et plus je me rends compte que les incompréhensions liées à la décroissance viennent beaucoup de là. Quand vous parlez de décroissance, les gens vous regardent avec des yeux ronds, et imaginent aussitôt le retour à l’âge de pierre,…etc. Et le journal éponyme n’améliore pas l’image des décroissants! Alors que si vous parlez de consommer moins, de travailler moins, vivre mieux… tout de suite l’auditoire est plus attentif.

    Bref, le mot décroissance me dérange, car il me semble qu’il ne reflète pas l’idée profonde de la décroissance, à savoir, améliorer la qualité de vie des êtres humains: comme tu le dis: “plus de liens, moins de biens”.

    • Anarchoïde

      Moi aussi je n’aime pas ce terme de décroissance, mais je n’en ai pas d’autre à l’esprit. Les thèses défendues par les “Objecteurs de croissance”, que cite SuperNo, sont des plus libertaires… référence qui effaroucherait plus encore le grand public, pour qui les libertaires sont des poseurs de bombes le couteau entre les dents : “en finir avec un mode de vie stupide et décadent, uniquement basé sur la con-sommation, la com-pétition, l’aliénation à la valeur travail”.

      Plus libertaire que ça, tu meurs.

      Au risque de passer pour radoteur, je redis qu’on est complètement là dans le baba-coolisme originel, le mode de vie de ceux qu’on appelait les beatnicks, puis les hippies, et qui s’est prolongé par-delà les décennies en des communautés éparses et assez marginales, qui vont de l’exploitation agricole bio communautaire (style longo mai, en Haute-Provence, où chacun pourvoit tour à tour aux besoins de la communauté, du travail aux champs à la vente sur le marché en passant par la garde des enfants) au hameau de montagne squatté par des groupuscules de goths vivant du travail du cuir et du RMI, via les créateurs de programmes télé sur bandes vidéo du plateau de Millevaches, qui depuis près de quarante ans vont de village en village faire parler les gens du pays.

      “Moins de biens, plus de liens”, voilà qui peut parfaitement s’appliquer à ce mode de vie communautaire familier des babas old school. Problème : ces gens-là ont un vécu disons singulier. Ils sont venus à la vie communaitaire à l’issue d’une rupture radicale avec la Société (drogue, prison, marginalité, route…).

      Pour le commun des mortels, “Moins de biens, plus de liens”, ça ne pourra se concevoir, il faut le craindre, qu’au sortir d’un trauma collectif que je ne souhaite pas plus que personne ici, mais dont je pense qu’il nous pend au nez.

      D’ici là, les conditionnements sont tellement enracinés que pour beaucoup de gens, la seule évocation d’une nécessité de prise de distance avec le taf, la prime de fin de mois, le Caddie, la télé et le week-end à la mer tient du casus belli. Pour eux, la liberté c’est le pognon gagné à la sueur du taf, et c’est grâce au taf qu’on sort le dimanche et qu’on se paie ce qu’on veut, autrement la vie n’a plus de sens.

      Il n’est qu’à voir le regard que pose le contribuable moyen sur le néobab qui passe entre guitare et djembé, ses dreadlocks sur le crâne…

      … pour piger que c’est loin d’être gagné.

  • @SuperNo : à propos d’HFr, je pense que tu te trompes. Oui, c’est bourré de geeks, mais il y a aussi un paquet de scientifiques de tous horizons. Or, le scientifique est, en général, bien conscient de la réalité des problèmes climatiques. Il y a moyen d’en sortir quelque chose.

    @NoviceNo : Regarde sur wikipédia la courbe de la population chinoise et celle des autres pays. Le moins qu’on puisse dire est que le changement n’est pas flagrant. Et pourtant, c’était assez musclé comme méthode. Mon avis est que, compte-tenu des échéances proches (pénuries des ressources, changement climatique), agir sur la population n’est plus d’actualité. Sauf à le faire aux lance-flammes dans les maternités, mais ça abimerait le matériel, ce qui n’est pas décroissant. Il faut donc se référer à l’équation de Kaya, bien expliquées par Manicore. Et donc jouer sur l’intensité énergétique de l’économie et le contenu en gaz carbonique de l’énergie. On sait qu’on ne va pas y arriver, donc décroissance, CQFD.

  • NoviceNo

    Je suis prêt à te croire Merome, mais je n’ai pas trouvé de courbes remontant suffisamment loin dans le temps pour voir un saut (ou un non saut) dû à la politique de l’enfant unique mise en place dans les années 60-70 si je ne me trompe.
    Pénible moi ?

  • Je suis tout à fait d’accord avec VIA, le terme décroissance est une véritable catastrophe politique pour 2 raisons :
    - Il est négatif et donc empêche l’adhésion et donc la création d’une pensée politique positive.
    - Il reste dans le schéma actuel c’est à dire un schéma purement économique et ne pose pas de véritable nouvelles bases. Être contre la croissance n’est pas proposer autre chose mais bien s’opposer à l’existant donc d’une certaine manière le valider et partager les mêmes croyances.

    Ce qu’il faut aujourd’hui c’est sortir du tout économique, virer ce PIB qui ne signifie que la marchandisation croissante de la société.

    Il est vrai que nous vivons dans un monde physique limité, l’humanité est dans un bocal. La question qui se pose vraiment c’est l’auto-limitation de la société et des individus qui la composent, cela passe forcément par l’examen individuel et collectifs de nos comportements (cf Cornélius Castoriadis) et l’adhésion collective à de nouvelles valeurs comme le partage, le bien être, la beauté, etc.

  • philippe et annick

    La Décroissance

    Tout est parti, là, de La Rousse, cette divinité de la langue française. Or elle n'est ni "Encyclopedia" ni "Wikipedia". Elle n'est censée que proposer définitions brèves et ... consensuelles (statistiquement!).
    Exemples :

    - “Américain”
    Ce signifiant, s’il fait bien réfèrence à un continent, porte avant tout, statistiquement répètons-le, le signifié “relatif au territoire compris entre le Canada (Etats Unis du Nord de l’Amérique du Nord, soit EUNAN) et le Mexique (Etats Unis du Sud de l’Amérique du Nord, EUSAN). Certes c’est une insupportable synecdoque impérialiste, mais voilà, c’est ainsi. La pratique des français (et d’à peu près toutes les populations dites “occidentales”) dicte la définition et son acception. Le fond du problème est là. Le “Petit Robert”, Gavroche audacieux, fait un effort en plaçant en numéro 1 le signifié “relatif au continent Amérique” (que La Rousse avait placé en deuxième position et qui de toute façon est aussi contestable, Amerigo étant qui vous savez). En attendant, nous, on utilise le mot “Eucanien” (de “Eucanie”, EUCAN, comme nom de baptême provisoire pour un pays dont le nom est “Personne!”), mais on n’aurait pas l’idée d’aller reprocher aux diccos du coin de ne pas prendre en compte l’extrême minorité que nous représentons (à nous d’établir notre glossaire)!
    - “Démocratie”
    Ce signifiant, s’il fait bien réfèrence au pouvoir du “demos”, porte, statistiquement, et avant tout, le signifié “pouvoir du peuple”. Certes il s’agit là d’un summum de confusion étymologique, mais voilà, c’est ainsi. La pratique des français (et d’à peu près toutes les populations dites “occidentales”) dicte la définition et son acception. Le fond du problème est là. En attendant, nous, nous utilisons le vocable “laocratie”, soulignant ce faisant que “demos” n’a rien à voir avec “le” peuple (quel est-il, d’ailleurs, ce pfuittt… peuple, et le jeu est relancé où La Rousse mène la quête ?), mais fait réfèrence à un ensemble de “citoyens”, ensemble restreint. Citoyens? Par exemple, dans l’Afrique du Sud pré-94 les “blancs”; en¨Palestine Historique les juifs; en France les “nationaux” -dont naturalisés, et encore!- … ). Ces foules de déshérités qui à Athènes étaient esclaves, métèques ou … meufs ! Il se trouve que “laos” par contre renvoie plutôt à la piétaille, la “foule” justement. Toutefois on n’aurait pas l’idée d’aller reprocher aux diccos du coin de ne pas prendre en compte l’extrême minorité qui pense comme nous (à nous d’établir notre glossaire)!
    - Etc. (il y aurait d’autres occurences ayant stimulé le cas échéant notre idio-t-lecte mais … revenons au sujet par le titre annoncé)

    Alors …
    “décroissance”?
    Ce signifiant, s’il fait bien réfèrence de façon neutre à “l’action de décroître, de diminuer” (ce qui pourrait se révèler phénomène heureux : la douleur qui décroît, les famines qui diminuent), porte, statistiquement, et avant tout, le signifié “contraire de la croissance, déclin”, celui-ci fortement connoté négativement. Certes il s’agit là d’une forme de dérapage sémantique, mais voilà, c’est ainsi. Proclamer que ce n’est pas vrai (s’aidant au passage des couples supposés non opposables dépenser/penser ou dépasser/passer est franchement inutile). La pratique des francophones dicte la définition et son acception. Le fond du problème est là. En attendant, nous, nous utilisons la formule “Objecteurs de Conscience à la Croissance Economique” (OCCE), soulignant ce faisant que “croissance économique” n’a rien à voir avec progrès bénéfique pour la Nature (dont le genre humain), mais fait clairement réfèrence à un embrigadement (passivité des victimes) dans la sale dynamique du couple vicieux “productivisme/consommationnisme”, ni plus, ni moins. Réfèrence donc au fol envol de l’infernale spirale “production, spectacle, consommation” (cf. dejà! le situationisme) . Suggèrant dans le même mouvement que “décroissance”, au-delà de la tonalité péjorative acquise par l’usage -hélas?- qui caractèrise le vocable, ne s’oppose pas de façon radicalement “active” (vs “passivité” ci-avant évoquée) à “croissance économique” : la “décroissance” peut être jordanienne (Monsieur Jourdain) ou même avaricieuse (Harpagon; merci Molière!). Jordanisme, harpagonnage, catastrophitude, épicurianité, etc. : récupèrables! Au grand bonheur d’un capitalisme qui adore les marges. Oui, les marges-ci, les marges-ça : fric mais frises itou, plinthes, moulures. Ces dernières comme ornementation cache-misère (“voyez à quel point nous sommes respectueux des libertés!”; c’est que “libèral” revendique “liber”, ne pas l’oublier) … Il se trouve que “OCCE” par contre renvoie plutôt à un refus actif de l’embrigadement . Pour résumer notre pensée : “croître ou ne pas croître, là n’est pas la question”; celle-ci est davantage à élaborer autour de la notion de “respect”, respect de “Pachamama” diraient certains américains (!), respect de tous les hommes (fraternité/solidarité/partage), ces éléments de la Nature que nous sommes. Toutefois on n’aurait pas l’idée d’aller reprocher aux diccos du coin de ne pas prendre en compte l’extrême minorité qui pense comme nous (à nous en fait d’établir notre glossaire; mais on est peut-être loin du BAL : Bureau d’Approfondissement Linguistique)!
    En fait, si le mot qui nous intéresse ici faisait discrète apparition, désormais dans un contexte mélioratif, celui d’une économie qui se voudrait bien-être pour l’Humanité et empathie avec la planète, cela serait déjà pas si mal. Nous l’affirmons sans ambages alors que par ailleurs nous partageons beaucoup des idées développées par “SuperNo” (?) et ses partenaires électroniques : pourquoi cette “schizophrènie”? Simplement parce que … à chacun son boulot : La Rousse lexicologise, dans un souci professionnel d’objectivité scientifique allié à l’optique “ressources à visée populaire”, et il nous revient de propulser nos idées au point qu’elles atteignent un seuil statistiquement significatif et qui sera dès lors (espèrons-le) pris en compte. Partant (comme François) : désolé pour “SuperNo” (?), il lui revient aussi, il nous revient avec lui, de trouver la définition brève; le spécialiste, lui, limera, polira, peaufinera, assumant ainsi pleinement sa fonction et son rôle.
    Il nous revient? Et par deux fois? Ce ne sera point Thésée … Faudra déjà situer Minos, avant que de prétendre brandir les oreilles et la queue! Pierre de Cambrai, lors d’un rassemblement OC, et à l’occasion d’un atelier, nous proposa une technique d’animation classique et qui a fait ses preuves : “définissons chacun d’entre nous, la Décroissance ou l’Objection de Croissance, en une phrase”. Sourdirent (!) plus d’une vingtaine de propositions, dont certaines (celle de Philippe incluse) fort “proustiennes” quant au gabarit (à savoir, trichant par l’étiquettage “phrase” de ce qui constitue un entier paragraphe). La plus hénaurme, mais ne faisant ce nonobstant nullement consensus global, était tentative de synthèse de la vingtaine des jaillissements! Non, décidément, non : point aisé, tout ça …

    Miscellanées
    - OC, libertaires, beatniks et hippies, baba coule (plus de rhum, plus de liens; à Gada, évidemment), volem rien foutre al païs ….
    Evidemment qu’il y a des intersections. Qui chez nos interlocuteurs non sympathisants virent dare-dare aux recouvrements, superpositions, amalgames, confusions. Nous mêmes, ayant routé un chouiya vers Katmandou en quelques temps anciens, comprenons facilement la chose. Et … une raison de plus pour se proclamer “OCCE”!
    - Démographie … L’inter-dit, mais non-dit. On l’a tous dans la tête, on l’échange par les yeux, les mimiques, le non-verbal quoi … mais … on n’en parle pas! On pourrait le chanter : “à Manicore, un jour, si revient mon amour, je lui dirais kaya … se regarder” (kaya = yaka, en verlan; mélodie de Leny Escudero) …
    - Régression n’est contraire de progrès que dans le cadre d’une application des deux notions au même objet, dans le même champ.
    Ca a l’air con, écrit comme cela, mais on l’oublie souvent.. Etourderie (?) qui produit de merveilleux sophismes, d’une redoutable efficacité!
    - Un ralentissement peut faire atteindre la valeur zéro, arithmètiquement parlant (au sens classique), et même des valeurs négatives (algèbriquement cette fois).
    Zéro atteint à l’échelle mondiale, pour le taux de croissance du PIB, articulé à un partage généralisé des ressources de la planète, aujourd’hui, ça le fait (cf. PIB et POP), ça le fait … en théorie! “Sam suffit” comme disait mon oncle à moi, toutefois “le leur”, d’oncle et de Sam, il est pas d’accord!
    - OC serait un voile?
    Ya Allah! Vive le voile … Non, c’est plutôt “décroissance” qui est un mot-boulet, boulet que l’on traîne comme bagnard enchaîné. A chaque débat, pas loin de 30 minutes de paumées systématiquement en explicitations de “ce que la décroissance n’est pas” …
    - “Autre” croissance, “autre” développement?
    Bien que membres d’ATTAC de longue date, nous répugnons un peu à plonger dans l’altèrophilie. Le Pen, c’est “une autre” France, Sarko c’est “la rupture”, etc. Fuyons ces zapeuprès!
    - Indicateurs non agrègés.
    Beaucoup de spécialistes, après avoir sondé des dizaines d’iindicateurs dits agrègés, dont bien entendu IDH/PNUD ou autres BIB/Bhoutan (pas butane, hé! patates), en arrivent à conclure que ces recherches pour sympathiques qu’elles soient sont vouées à l’échec et en dernière analyse ils préconisent la “désagrégation” (des indicateurs spécifiques serplus fiables).
    - Du préfixe “dé” : dépenser vs penser, ou dépasser vs passer?
    Dépasser n’est pas le contraire de passer? Voire … En tout cas, il y a dans le préfixe “dé”, en l’occurrence, l’idée de divergence, à tout le moins dans la mesure du “pas” ou dans sa cadence (cf. aussi “outrepasser”) :
    “Je passe, à mon pas, il me dépasse, à son pas :
    Et oui, il me dépasse et je ne le suis pas.

    C’est que mon pas n’est pas son pas …
    Et puis, pourquoi marcher au pas,
    Au pas de l’autre, au pas des autres?
    Ah! non … pas ça, pas ça pour moi!
    A chacun son pas, n’est-ce pas?
    Bon, le truc vous dépasse? On passe!”

    Dépenser n’est pas le contraire de penser? Voire … Outre qu’en contexte consommationniste cette dénégation est plus que contestable (penser ne permettrait-il pas d’éviter de dépenser?), il faut là encore se soucier des origines du mot : penser, c’est “peser” évaluer; tu fais “pendre” les plateaux de la balance, d’où ton évaluation, d’où la soustraction qui va être opèrée dans ton patrimoine (!?) : “dépenser”, c’est payer! Une “diffèrence” s’est réalisée … Au fait, on dit bien “dépenser sans compter”, formule où “compter” = “peser” (évaluer) = “penser” ?

    Annick et Philippe Cathelain

  • touchatout

    Coproclaque, mais qu’est-ce que c’est que ces accents graves à la place des accents aigus, dans réfèrence (cent fois, à peu près), schizophrènie, récupèrable, espèrons-le, agrègés, arithmètiquement, diffèrence, et ceux que j’ai ratés ?

    Où est le trait-d’union : Nous mêmes ?
    Où est la cédille : Ca a l’air con, ?

    D’où vient ce double c : diccos ?

    Où sont les espaces avant les points-virgules ?

    Que voilà une prose prétentieuse et ponti-fiente, et pour ne pas dire grand’chose !

    Cliquez sur les images contenant : orange

  • Marti

    Bonne nouvelle SuperNo ! Dans le Larousse 2011, la définition du mot décroissance se rapproche beaucoup plus de ce que tu souhaitais. Je cite :
    "Politique préconisant de renoncer au mode de croissance capitaliste afin de réduire les effets de l'empreinte écologique sur la planète."
    C'est quand même mieux non ?! 

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