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Jun82009
20:37 (Vu 8532 fois)

Docteur Arthus et Mister Bertrand

Il est très facile de se moquer de Yann Arthus Bertrand, YAB pour les intimes dont je ne fais pas partie. Embauché par France 2 pour concurrencer son alter ego Hulot sur TF1, il est en passe de devenir aussi emblématique que lui !

Celui que le journal “La Décroissance” a si finement surnommé “L’hélicologiste” a effectivement un passé qui ne plaide pas en sa faveur : photographe officiel de cette mascarade honteuse que fut (et est toujours) le “Paris-Dakar”, il est aussi connu pour son talent à servir la soupe aux multinationales. Alors que je ne le connaissais que comme photographe, il était déjà prompt à faire de la pub pour Canon, Apple et Adobe, fournisseurs (à l’œil je suppose) de son matériel de prise de vue et de traitement photographique.
On rappellera aussi que ses photos ornèrent le rapport d’activité 2005 de Total, cette joyeuse bande d’écolos bien connus. .
Sa fondation, “Good Planet”, est sponsorisée par des bienfaiteurs de l’humanité et écologistes irréprochables tels que BNP-Paribas ou GDF-Suez.
Et “La Décroissance” se fait un plaisir de pointer quelques énormités qu’il a pu sortir, comme celle-ci, qui date de 2007 : “Posséder un 4x4, pourquoi pas. A condition de sacrifier de temps en temps au co-voiturage : utiliser une voiture de deux tonnes pour trimballer un gars de 70 kilos, c’est aberrant.

YAB aurait-il changé ? Certains indices semblent le montrer : il a vendu son hélico personnel et possède désormais un scooter électrique… Et surtout, il a décidé de mettre son indéniable talent au service de la “cause écologique” en réalisant le film “Home”.

J’ai donc regardé distraitement ce film vendredi dernier : images de Yann Arthus Bertrand, pognon de François-Henri Pinault et production de Luc Besson

Le générique est évidemment scandaleux et gerbique. Il discrédite en grande partie le film, transformé en gros clip pour le groupe PPR. Juste au moment où le dit groupe annonce 1800 licenciements. Ça la fout mal.

Pour le reste, c’est évidemment très beau, Yann Arthus Bertrand a le génie pour fabriquer des images magnifiques, aucun doute là-dessus. Il montre la beauté, il montre que l’être humain est capable de la transformer en laideur. Mais c’est trop beau, on s’écarte sans s’en rendre compte de la réalité. Et on voit surtout des paysages, de belles images, et très peu d’humains.Les humains sont pourtant aussi exploités et dévastés que la nature, par les mêmes (les semblables de Pinault), et pour les mêmes raisons. Mais pour cela, il vaut mieux aller voir chez Ken Loach que chez YAB…

Je ne m’étends pas sur le reste,  vous trouverez toutes sortes de critiques, majoritairement dithyrambiques, sur les sites “normaux”. Voir néanmoins chez l’excellent Zgur, qui insinue avec son impertinence coutumière que YAB se serait inspiré d’œuvres existantes…

Mais le principal reproche qu’on lui fait, à YAB, c’est d’avoir utilisé un hélico. Je dois dire que cette polémique, qui était déjà d’actualité avec Hulot, m’agace un peu. Comment faire un tel film sans hélico ? Les quelques tonnes de CO2 émises à cet effet sont peanuts dans un océan de pollution. En échange, des centaines de millions de personnes vont être sensibilisées au schéma de base de la décroissance : il faut consommer moins.

Hurler contre le CO2 de “Home”, c’est stérile et hors sujet. Mieux vaut garder son énergie pour hurler contre le CO2 émis par de riches inutiles en costard qui sillonnent le monde de New-York à Tokyo, de Londres à Singapour, pour y effectuer leur “travail” nuisible de financiers ou de marketeux, par ailleurs responsables de la “crise financière”. Ou alors par ces riches touristes (souvent les mêmes d’ailleurs) qui vont passer un week-end à New York ou une semaine en République Dominicaine, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Et surtout contre le CO2 émis pour faire tourner les usines du monde qui fabriquent de plus en plus de conneries.
YAB estime à environ 1500 tonnes les émissions de CO2 imputables à son film. C’est beaucoup. Mais c’est considérablement moins que les 1 million de tonnes prévues pour la future centrale à gaz de Poweo à Toul, qui renouvellera d’ailleurs cet exploit tous les ans dans l’indifférence totale !

Bien sûr il faut se battre pour dénoncer cette débilité de “compensation”. “Je pollue, mais c’est pas grave, je plante des arbres après !” Je me souviens d’une de mes ex que son mari avait cognée, avant de lui offrir une montre Cartier pour se faire “pardonner”. C’est exactement aussi con et scandaleux !

La frontière entre l’environnementalisme bêlant et la véritable écologie politique est pourtant béante. A quoi bon dénoncer la destruction de l’environnement si c’est pour promouvoir le libéralisme, son dogme de la croissance économique et le consumérisme sanctifié par la pub, qui en sont les principales causes ? C’est pourtant le quotidien de la quasi totalité de nos politiciens, UMP en tête évidemment, mais aussi de “gauche”. Daniel Cohn-Bendit lui-même, le “héros” de l’élection européenne, qui prône la “croissance verte” est à mettre dans la même catégorie, celle que “La Décroissance” a baptisée “écotartuffes”.

Je vous invite à regarder cette vidéo qui illustre un discours de Sophie Divry, journaliste à “La décroissance”, et théoricienne de l’écotartufferie.

http://www.dailymotion.com/videox6r9xu

YAB n’est-il pas assez malin pour se rendre compte qu’il est le jouet des multinationales ? Pour se demander ce qui les pousse à le financer ? N’est-il pas conscient que si jamais il en venait à se tourner vers elles pour leur demander des comptes, elles lui couperaient aussitôt le robinet financier et le robinet médiatique ?

C’est la limite de l’exercice. Mais j’avoue que sur ce coup-là, YAB m’a troué le cul : il a dit et répété à plusieurs reprises, que la seule solution était la décroissance. Certes, ce n’est pas un scoop pour nous, et c’est même la solution à laquelle n’importe quel gugusse arrive immanquablement dès lors qu’il réfléchit un peu au problème. Mais c’est à ma connaissance la première fois que ce mot a été prononcé dans un JT et imprimé dans Le Monde, journal du système.

L’article du Monde, il est là , avec ce passage savoureux :

“Bien qu’il s’en défende, Yann Arthus-Bertrand est devenu plus pessimiste : “Seule la décroissance sauvera la planète.” François-Henri Pinault corrige : “La nature humaine n’est pas disposée à renoncer à son bien-être. Il faut consommer autrement, pas consommer moins.” Leur seul point de désaccord concédé. Mais il est de taille.”

François Henri Pinault est un comique. Fils de son père le milliardaire 3ème fortune de France qui ne payait pas son ISF, il doit faire autant de fois le tour de la terre en avion chaque année qu’un citoyen moyen fait le tour de sa ville en bagnole. Mais attention, il a une voiture hybride (un gros 4x4 Toyota j’imagine) et une carte Vélib ! Écoutez la voix de la tartufferie :
http://www.dailymotion.com/videox9hypl

Rebelote au JT de France 2 le jour de la diffusion, c’est jouissif :

http://www.superno.com/blog/audio/yab_pinault_jtfr2_20090605.flv

Delahousse : Quand vous parlez de décroissance, c’est aussi ça, parfois, aujourd’hui, prendre conscience qu’il faut accepter la décroissance, de moins consommer ?

YAB : Accepter qu’on peut vivre mieux avec moins. C’est pas une grosse décroissance, c’est d’avoir un petit peu moins
Aujourd’hui 40% de la nourriture qu’est fait (sic) en Europe est jetée entre le début et nos poubelles. C’est pas normal. On vit dans un monde de gâchis, on dépense trop.

Delahousse : Qu’en pense l’homme d’affaires ?

Pinault : Ben écoutez moi je me suis engagé dans ce film parce que je crois qu’effectivement si on ne fait rien on sera obligé de consommer moins. Et l’histoire a montré que l’homme n’est jamais capable d’aller en arrière. Moi je crois que ce film montre aussi qu’on peut consommer autrement et que c’est de la responsabilité aussi des entreprises de trouver et d’apporter des solutions pour consommer autrement et se fabriquer un nouvel avenir.”

Il y a eu un troisième épisode dans le débat qui a suivi le film (je n’ai pas de video cette fois). Le “débat” ronronnait, notamment avec la belle écotartuffe hypra-sponsorisée Maud Fontenoy, dont je me demande vraiment quelle légitimité elle peut bien avoir à monopoliser les plateaux, payée par l’Oréal, pour y étaler d’inconséquentes mièvreries. Sa proximité avec l’UMP ?

Elle venait y rappeler qu’on ne doit pas laisser couler l’eau en se brossant les dents (je jure que c’est vrai). YAB, qui n’avait apparemment pas entendu le début, est arrivé, et a embrayé en disant qu’il fallait arrêter de dire aux gens de ne pas laisser couler l’eau, que c’était n’importe quoi, que c’était plus grave que ça, et que seule la décroissance… etc etc…

Il aurait fallu lui faire un contrôle anti-dopage, il était déchaîné.

Les deux propositions sont limpides : YAB dit “il faut consommer moins”, et Pinault dit “il faut consommer différemment”. C’est exactement la différence entre un décroissant et un écotartuffe. Avec YAB dans le rôle du décroissant. Qui l’eût cru ?

Deux jours après, Europe-Ecologie est le “vainqueur moral” de l’élection européenne en France (même si l’UMP est évidemment le vainqueur réel), et il est probable que le film “Home” y soit pour quelque chose.

Il ne faut évidemment pas tirer de conclusion hâtive, et faire passer YAB pour le nouveau Dieu de la décroissance. Sa petite phrase “C’est pas une grosse décroissance, c’est d’avoir un petit peu moins” montre qu’on est encore loin du compte. Car c’est faux : c’est bien une “grosse décroissance”, qu’il faudra.

Mais il n’est pas utile de continuer à lui tirer stérilement dessus. Le premier à avoir prononcé le mot “décroissance” dans un JT national, ce n’est pas Paul Ariès, ce n’est pas Vincent Cheynet, c’est bien YAB. Ils devraient discuter, ces gens-là : les deux premiers ont beaucoup à gagner du second, car son haut-parleur est considérablement plus puissant que le leur. Quand Ariès captive une salle de 700 personnes acquises d’avance, YAB s’adresse à des millions de “lambdas”

J’ai déjà rapporté une anecdote de Jancovici, qui, à la question “qu’est-ce qu’un particulier peut faire à son niveau”, s’était naguère fait censurer sur le même service public pour avoir répondu : “moins utiliser sa voiture” !

Ça va tout de même dans le bon sens…

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67 commentaires à Docteur Arthus et Mister Bertrand

  • Foxapoildur

    Un graphiste en pull artisanal boit un cocktail de fruits, entre amis, à la terrasse d’un café ethnique. On est diserts, cordiaux, on plaisante modérément, on ne fait ni trop de bruit ni trop de silence, on se regarde en souriant, un peu béats : on est tellement civilisés. Plus tard, les uns iront biner la terre d’un jardin de quartier tandis que les autres partiront faire de la poterie, du zen ou un film d’animation. On communie dans le juste sentiment de former une nouvelle humanité, la plus sage, la plus raffinée, la dernière. Et on a raison. Apple et la décroissance s’entendent curieusement sur la civilisation du futur. L’idée de retour à l’économie d’antan des uns est le brouillard opportun derrière lequel s’avance l’idée de grand bond en avant technologique des autres. Car dans l’Histoire, les retours n’existent pas. L’exhortation à revenir au passé n’exprime jamais qu’une des formes de conscience de son temps, et rarement la moins moderne. La décroissance n’est pas par hasard la bannière des publicitaires dissidents du magazine Casseurs de pub. Les inventeurs de la croissance zéro – le club de Rome en 1972 – étaient eux-mêmes un groupe d’industriels et de fonctionnaires qui s’appuyaient sur un rapport des cybernéticiens du MIT. Cette convergence n’est pas fortuite. Elle s’inscrit dans la marche forcée pour trouver une relève à l’économie. Le capitalisme a désintégré à son profit tout ce qui subsistait de liens sociaux, il se lance maintenant dans leur reconstruction à neuf sur ses propres bases. La sociabilité métropolitaine actuelle en est l’incubatrice. De la même façon, il a ravagé les mondes naturels et se lance à présent dans la folle idée de les reconstituer comme autant d’environnements contrôlés, dotés des capteurs adéquats. À cette nouvelle humanité correspond une nouvelle économie, qui voudrait n’être plus une sphère séparée de l’existence mais son tissu, qui voudrait être la matière des rapports humains ; une nouvelle définition du travail comme travail sur soi, et du Capital comme capital humain ; une nouvelle idée de la production comme production de biens relationnels, et de la consommation comme consommation de situations ; et surtout une nouvelle idée de la valeur qui embrasserait toutes les qualités des êtres. Cette «bioéconomie» en gestation conçoit la planète comme un système fermé à gérer, et prétend poser les bases d’une science qui intégrerait tous les paramètres de la vie. Une telle science pourrait nous faire regretter un jour le bon temps des indices trompeurs où l’on prétendait mesurer le bonheur du peuple à la croissance du PIB, mais où au moins personne n’y croyait.

    Extrait de « Linsurrection qui vient »

    • Marti

      Moi j’ai pas mal de choses a dire sur ce sujet :

      Tout d’abord, je suis parfaitement d’accord avec cet article. Pour moi le problème n’est pas YAB lui-même. Je pense que YAB a changé d’avis et il a parfaitement le droit (d’ailleurs il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis) d’autant plus que cela va dans le bon sens (et puis c’est pas un changement d’idéologie à mon avis, c’est que lui aussi à pris conscience comme tout le monde…). Et puis, après ce n’est pas un politique, c’est un photographe à la base et son émission est surtout géographique (avec un but didactique évidemment). Non le problème se situe dans le partenariat avec les grandes entreprises qui polluent énormément. Certes, YAB en profite pour faire de grands docs avec l’argent, mais le fait que Pinault se fasse passer pour un écolo (parce que c’est possible que certaines personnes y croient), ca me gêne. Sachant que l’écologie est étroitement liée avec le capitalisme, c’est dérangeant.

      Concernant Nicolas Hulot, je suis beaucoup plus sceptique parce que lui est justement entré de plein fouet dans la société de consommation avec sa fondation Ushuaia décliné dans de multiples objets divers et variés… De plus, lors de son pacte d’écologie lors des présidentielles (laissez moi rire), il s’était déclaré apolitique. Quand on sait que l’écologie se fera par une décroissance, c’est embêtant.

      Dans la même idée, Dany le rouge le vert se présente candidat à Europe Ecologie en soutenant Barroso et le traité de Lisbonne, il y aurait pas un problème ??

      Concernant Maud Fontenoy, bien qu’on soit d’accord sur le fait qu’elle ne sert pas à grand chose, je voudrais quand même pas qu’on oublie les gestes du quotidien. Certes, c’est pas avec çà qu’on va résoudre le problème mais au moins çà permet de sensibiliser les gens à petite échelle…

      Enfin je voudrais dire que l’émission de Frédéric Lopez “rendez vous en Terre inconnue” est aussi une très belle émission d’écologie où l’on voit les conséquences sur les peuples.

      Voila

    • Fab'

      yab n’est pas clair. Ce mec vend encore ses photos de Ferrari faites en 1997. Faire un album sur des voitures de sport et se faire defenseur de l’ecologie en 2003 avec son album “L’Avenir de la Terre : Le développement durable raconté aux enfants”, c’est tres suspect. Je m’etonne aussi de voir qu’il ne fait pas plus son autocritique. D’autres prennent la peine de le faire au moins http://veracruz.over-blog.net/article-un-veracruziens-au-salvador-prendre-l-avion-pour-sauver-la-planete—39307876.html

  • @unprofdartsplastiques
    euh un petit cours d’anglais ne te ferait pas de mal … “home” ne veut pas dire “maison” … mais “foyer”. Ce qui est terriblement différent. Un “foyer” c’est un endroit où on habite. Ce n’est pas forcément une maison … “house” en anglais. Donc hop ! un argument qui saute … le “foyer” peut être aussi bien un arbre, qu’un abri sous roche … qu’une tanière de renard … on ne se l’approprie pas … mais on y habite. C’est VRAIMENT différent de “house”.
    http://en.wikipedia.org/wiki/Home

    “Home” peut aussi bien être utilisé pour l’homme et sa maison, que pour l’animal et son biotope. Et vu que l’homme a colonisé quasi-totalement la Terre … alors la Terre est son foyer, “his home” en anglais.

    Ensuite, le côté “idéal” … le beau temps … oui, bah c’est une quête perpétuelle du photographe de paysage (du reste il n’y a pas que du “beau temps”, j’ai vu pas mal de plan avec des nuages et des taches de lumières) … la quête de la lumière. c’est mon métier, je fais ça tous les jours : attendre la lumière. Donc ça ne me choque absolument pas qu’un type comme YAB fasse de même pour son film. C’est un photographe avant-tout, pas un cinéaste comme Godard (qui, inversement, serait bien emmerdé avec un EOS 1D MarkIII dans un hélico).

    Bref, ce procès d’intention manque encore de contenu je trouve.

  • unprofdartsplastiques

    à Tonio,
    Bien que très débutant en anglais, je connaissais le sens du mot home tel que vous l’expliquez pour l’avoir vérifié avant de posté. J’aurai peut-être dû donner plus de poids à votre argument en y répondant par avance. Mais voilà, le sens des mots, c’est d’abord l’usage qu’on en fait (Wittgenstein…) et ici en France, pour la plupart qui comme moi ne maîtrisent pas bien l’anglais, le mot home s’entend comme maison, surtout dans un film français. Et certains font d’ailleurs le lien avec le “E.T phone home” (Besson a semble-t-il choisi le titre exprès)que ma génération a évidemment associé à “E.T téléphone maison”. Mais j’arrête là pour l’analyse de texte qui m’apparaît secondaire par rapport au rôle des images.

    Merci de me répondre aussi à propos de ce que vous appelez le côté “idéal” des images. Je pense que notre distance tient à ce que j’appellerai plutôt cela - un peu méchamment - l’esthétique de téléphone portable (généralement incontournable quand la recherche du succès prime).

    Pardon de ne pas répondre sur le terrain de la vanne (les cours d’anglais que vous me conseillez), je ne sais pas faire.

  • je mettrais un bémol sur le côté “français” du film. Bien qu’effectivement de production française … le film est sorti dans plus de 100 pays en même temps … donc perso, je conçois “home” plus dans le sens anglophone du terme que dans le sens francophone. D’autant plus que la traduction d’ET est erronée (comme souvent dans les VF … quand on regarde les VO sous-titrés il y a souvent des sens très différents entre le texte anglais et le sous titre en dessous).

    Pour le côté esthétique des images, en fait, j’en ai tellement marre de voir des images atroces de guerre, de misère, etc … le côté “photographe reporter” si cher à l’école française de la photographie (cf Visa Pour l’image où seul le sang a le droit d’être exposé) … que ça me fait un bien fou de voir enfin de l’esthétisme à la télé. Du beau, du rêve. Les gens ont véritablement besoin de rêver pour continuer à garder espoir.
    Si on ne montre QUE la misère et la laideur, alors c’est certain. Le combat est perdu d’avance … tout le monde se démotivera en ce disant “de toute façon il est trop tard”.

    C’est mon interprétation, mais en même temps, je vis grâce à l’esthétisme de mes images et le public me le rend plutôt bien … donc je risque pas de te dire le contraire ;) Je laisse le côté obscur de notre monde aux photographes reporters (métier de fou … ). En même temps, certains photographes comme Steve Mc Curry arrivent à rendre la guerre et la misère du monde très esthétique … ou encore Nuri Bilge Ceylan : http://www.nuribilgeceylan.com/photography/photography.php?mid=1

  • NoviceNo

    A tous,

    Je sais bien que, malheureusement, il est souvent naïf de croire qu’apposer sa signature au bas d’une pétition va permettre de changer le monde. Mais bon, j’ai envie de croire qu’il est possible d’infléchir la position de la France, même si l’on sait bien que c’est plus qu’une inflexion dont on a besoin, et pas que de la part du gouvernement français.
    Je vous invite donc à signer l’Ultimatum Climatique lancé par onze ONG françaises en vue du Sommet de l’ONU sur le Climat qui se tiendra à Copenhague en décembre 2009.

    http://copenhague-2009.com/

  • Swan

    Aussi épris de pureté décroissante (à voir ce que l'on entend par pureté) soit Paul Ariès, ne le prenons quand même pas pour un fanatique déraisonnable qui tient un discours le plus jusque-boutiste simplement pour se gargariser…

    Il a récemment pris position contre toute tentation de vivre le projet décroissant religieusement en prêchant le \"plus décroissant que moi tu meurs\".
    A la question \"Comment s’articule la décroissance ?\" voici sa réponse :

    <em>Selon trois formes de résistance. D’abord, la simplicité volontaire qui consiste à vivre en conformité avec ses valeurs. Cela semble aller de soi mais toute une tradition politique remettait aux lendemains du Grand Soir ce changement nécessaire des modes de vie et comme ce grand soir ressemblait souvent à des petits matins blêmes, on n’a finalement pas changé grand-chose. Tout ce qui va dans ce sens est donc positif, comme ne pas avoir de voiture, travailler à temps partiel, etc.

    <strong>Mais si nous ne faisions que cela, la simplicité volontaire serait doublement dangereuse. Elle pousserait les objecteurs à se vivre comme les nouveaux parfaits, les nouveaux Cathares, à jouer à «plus-décroissant-que-moi-tu-meurs». La décroissance passerait alors d’un discours politique à une logique religieuse.
    </strong>
    Le second piège serait d’entériner la division de la société et sa tendance à la dualisation. Notre but n’est pas de vivre entre nous une utopie concrète, il est de changer fondamentalement la société. Ensuite, les expérimentations collectives sont également indispensables. Nous devons bricoler des alternatives dans les franges, dans les marges et au cœur de la société.

    Nous devons cependant être conscients que le capitalisme a une extraordinaire capacité de récupération. Il a détourné l’idée de microcrédit pour étendre la marchandisation. Il a dénaturé l’agriculture biologique pour en faire la bio-industrie. Pour finir, un troisième niveau de résistance, politique cette fois, est nécessaire.</em>

    Source : http://environnement.blogs.liberation.fr/noualhat/2009/05/il-faut-rendre-la-d%C3%A9croissance-d%C3%A9sirable.html

    Voilà, c'était simplement pour que l'on ne range pas rapidement la critique \"hélicoligiste\" dans la colonne \"critique jusque-boutiste\".

    Swan.

  • je cours m’acheter “l’insurrection qui vient”… enfin, quand j’aurai les sous…

  • astrodom

    Je découvre ce blog, vraiment super (yes) !
    Une petite réflexion en passant, sur le sujet :
    entre l’idée de consommer Différemment, de Pinault, et celle de consommer Moins, d’Arthus-Bertrand, la meilleure idée n’est-elle pas plutôt la troisième = ne plus consommer du tout.
    Même un consommateur économe reste un consommateur et c’est là qu’est le problème, no ?

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