
(Centrale nucléaire de Cattenom, photo SuperNo)
Ceci est le troisième volet du compte-rendu. Le deuxième était là.
“Grenelle de l’environnement : la punition par le Tricastin”
La question du nucléaire fut à l’origine du premier Contre-Grenelle. En effet, même si cela n’a pas été suffisamment évoqué dans les “grands médias”, le “Grenelle environnement” a été lancé sur un scandale incroyable : la question du nucléaire n’y a pas été abordée ! Diktat présidentiel, sujet tabou : le sujet est déjà tranché, le nucléaire est indiscutable, et constituera la pierre angulaire de la “croissance verte” ! Circulez, y’a rien à voir !
Pourtant, que l’on soit un antinucléaire farouche et inconditionnel (comme les membres de “sortir du nucléaire”), ou même un antinucléaire dubitatif et critique (je me situerais plutôt dans cette catégorie), on ne peut qu’être scandalisé de la manière très nord-coréenne avec laquelle Sarkozy évacue les problèmes qui fâchent, ou qui seraient susceptibles de remettre en question sa vision de l’avenir et surtout de déranger les projets de ses amis industriels.
Le Grenelle a donc totalement occulté le sujet. De toute façon, les sujets dont il a traité ont pour la plupart été remis en cause par le “plan de relance”, alors…
Mais venons-en à l’intervention de Cédric Lucas, intervenant au nom de “Sortir du nucléaire”, et qui lisait si j’en crois le “petit livre orange” du Contre-Grenelle, un texte de Stéphane Lhomme, porte-parole de “Sortir du nucléaire”.
Stéphane Lhomme est un militant, un vrai, et dont l’histoire illustre à merveille la manière dont le pouvoir est capable de réagir contre un importun. Selon le “Canard Enchaîné”, puis “Le Point”, Stéphane Lhomme, comme Greenpeace, aurait été victime de flicage de la part d’officines privées commanditées par EDF.
Il avait auparavant été mis en garde à vue par la DST pour détention d’un document relatif à la sécurité des réacteurs EPR, affaire pour laquelle l’enquête est toujours en cours...
Cédric Lucas commence son intervention en rappelant la mascarade nucléaire de Sarkozy et de son “Grenelle”, qui avait d’ailleurs été précédée par la signature dès le 24 juillet 2007 d’un accord avec Kadhafi portant sur la livraison d’une centrale nucléaire.
La rouerie de Sarkozy a été confirmée lors de ce grandiloquentissime discours de clôture du “Grenelle”, en présence d’Al Gore, au cours duquel il déclara qu’il n’y aurait “pas de nouveau site nucléaire”. L’escroquerie, c’est qu’il a en fait bien l’intention de construire de nouveaux réacteurs, mais sur les sites existants, ce qui aura pour avantage principal de limiter les velléités des opposants qui n’auraient sûrement pas laissé un nouveau chantier s’installer sans réagir…
La mécanique nucléaire bien huilée de Sarkozy allait tout de même connaître un été 2008 difficile. “Le 7 juillet 2008, alors que le pouvoir politique ne cesse de répéter depuis des mois que le nucléaire est une énergie “propre”, voire même “renouvelable” (?!), 360 kg d’uranium s’échappent du site nucléaire du Tricastin (Drôme/Vaucluse). La consommation d’eau du robinet est interdite par la préfecture et, immédiatement la machine médiatique s’emballe. Pour une fois que c’est pour la bonne cause, ne nous plaignons pas !”
Car cette affaire a été suivie par d’autres, de nouvelles révélations de fuites radioactives, de salariés contaminés… Sur le devant de la scène, le réseau Sortir du Nucléaire, la Criirad et d’autres ne se sont pas privés pour rappeler pendant tout cet “été radioactif” que l’atome restait une calamité environnementale”.
Une récente émission télévisée (“Pièces à conviction”, France 3, février 2009) a mis en lumière le scandale des déchets des mines françaises d’uranium, répandus sans précaution un peu partout dans la nature. Dans ce reportage on apprend que l’eau du robinet de la région de Limoges serait contaminée par des matières radioactives depuis des dizaines d’années.
Le reportage est là
http://www.dailymotion.com/videox8cmys
Areva dément : c’est son métier…
Après l’été, l’hiver ! Une vague de froid s’abat sur la France, des records de consommation électrique sont battus plusieurs jours de suite début janvier 2009.
Incroyable : malgré le nombre insensé de 58 réacteurs nucléaires, la France est contrainte d’importer massivement de l’électricité et de supplier les ménages de limiter leur consommation”.
La raison principale est le nombre déraisonnable de chauffages électriques dans les habitations françaises, fruit d’un constant lobbyisme nucléaire depuis des dizaines d’années. Créer ainsi une surconsommation était en quelque sorte le meilleur moyen de justifier la construction de nouveau réacteurs…
A ce sujet, une histoire abracadabrantesque, bien dans la veine des valets du sarkozysme, a eu pour vedette quelqu’un qui se proclame député, c’est-à-dire représentant du peuple, qui a été élu comme tel, mais qui s’avère en fait n’être que la marionnette des lobbies, du nucléaire en l’occurrence, mais aussi des OGM. Il s’appelle Patrick Ollier, j’en avais parlé là. Un ennemi du peuple, un vendu, un nuisible, tout simplement.
“En octobre 2008, l’assemblée nationale étudie le projet de loi dit “Grenelle 1”, qui comprend les normes d’isolation pour les bâtiments neufs. La limite est fixée à 50 kWh par mètre carré [NDLR : et par an] à partir de 2012. Fort bien !
Mais voilà, Ollier propose un amendement vicieux : “Pour les énergies qui présentent un bilan avantageux en terme d’émissions de gaz à effet de serre, ce seuil sera relevé à raison inverse des gaz à effet de serre générés par l’énergie utilisée. En clair, le chauffage électrique, bien que nécessitant plus que 50 kWh par mètre carré [NDLR : et par an] sera accepté.
Bien sûr des protestations s’élèvent, et selon une tactique bien connue - deux pas en avant puis un en arrière -le dénommé Ollier fait mine de reculer en modifiant son amendement ainsi : le seuil de 50 kWh/m2/an d’énergie primaire pour les bâtiments neufs à compter de 2012 pourra être modulé pour les énergies qui présentent un bilan avantageux en terme d’émissions de gaz à effet de serre”. Ce n’est plus “à raison inverse des émissions”, mais peu importe : pour le chauffage électrique (nucléaire), la fenêtre est ouverte. Sans surprise (tout ceci semble réglé comme du papier à musique), des écologistes prétendent avoir fait reculer Ollier, lequel fait mine d’être peiné… tout en savourant intérieurement sa victoire. De la belle ouvrage.”
Cédric Lucas termine en parlant de la “Crise”, et du fort opportun “Plan de relance” qu’elle a suscité. “Il est exact que ce plan est parfaitement anti-écologique, mais il est aussi vrai que la crise a bon dos : en effet, bien avant l’annonce de ce “plan de relance”, Le Grenelle avait révélé sa vraie nature : continuation du nucléaire, des OGM, des incinérateurs, des autoroutes, projet de nouvel aéroport dans l’ouest, d’un circuit de Formule 1 (Fillon est amateur de course automobile!)… etc
Pire, ce qui était impensable avant est hélas possible depuis le Grenelle : des véhicules sont présentés comme “propres” depuis qu’ils sont visés par un bonus écologique et qu’ils polluent un peu moins que les véhicules plus anciens; le nucléaire est présenté comme “propre et renouvelable”, des mesures présentées comme “écologiques” vont en réalité avoir de graves conséquences environnementales et sociales : c’est le cas de la création de milliers de km de lignes de TGV, au détriment de l’investissement dans les trains régionaux qui représentent pourtant 90% des voyages…
Pour faire bonne mesure, Sarkozy a annoncé début 2009 la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Et cette décision ne peut pas être “contraire au Grenelle”, puisque ce dernier n’a pas traité de l’atome. CQFD. Toutes les semaines ou presque, les annonces et décisions du pouvoir en place représentent des attaques contre l’environnement mais… avec la caution du Grenelle ! Nous n’avons pas fini de payer les conséquences de cette affligeante opération politicienne…”
Je voudrais juste compléter cet exposé par une réflexion personnelle. On peut dire ce qu’on veut du nucléaire, il a tout de même deux avantages énormes :
1) Il produit beaucoup d’énergie
2) Il rejette peu de CO2, malgré la nécessité d’avoir des centrales d’appoint, comme le montre ce tableau
Bon, évidemment toutes les autres caractéristiques sont des défauts, pour la plupart rédhibitoires, mais il faut être juste, et cela me sépare de bon nombre de militants antinucléaires et bobos bisounoursimorphes qui pensent que “yaka mettre des éoliennes et des panneaux solaires et arrêter immédiatement les centrales nucléaires…”
Les choses sont hélas beaucoup plus compliquées que ça : si on arrête du jour au lendemain les centrales nucléaires, la France sera instantanément plongée dans le noir et le froid. Si jamais la coupure se produisait en hiver, je ne donne pas deux jours aux écolos les plus convaincus pour en exiger le redémarrage immédiat ! Il est évident, et de nombreux antinucléaires sont heureusement sur cette ligne, que l’arrêt doit être progressif, une centrale après l’autre, et doit s’accompagner de baisses drastiques de la consommation, par un engagement résolu dans la décroissance et par des mesures de type “Plan Marshall” pour traquer le gaspi, notamment par des travaux gigantesques répartis sur plusieurs décennies pour isoler efficacement tous les logements anciens, et les équiper de dispositifs de production d’énergie renouvelable. Les logements neufs devraient évidemment d’emblée être à énergie positive, c’est à dire produire plus d’énergie renouvelable qu’ils n’en consomment.
Cela paraît sans doute utopique, mais on a trouvé des sommes abracadabrantesques pour “sauver les banques”, pourquoi ne les trouverait-on pas pour financer une cause incomparablement plus utile, et qui pourrait de surcroit fournir du travail à des centaines de milliers de personnes, et notamment les futurs naufragés de l’automobile ?
Le meilleur argument contre le nucléaire à opposer à ceux qui en défendent le développement, outre sa dangerosité intrinsèque, sa vulnérabilité aux attentats, le fait que l’uranium soit intégralement importé (contrairement aux balivernes des députés UMP qui osent dire que cela diminue notre “dépendance énergétique”), que les réserves ne survivront pas très longtemps (au plus quelques dizaines d’années) à celles du pétrole, le caractère mafioso-barbouzard des organismes qui le contrôlent, c’est l’impossible stockage des déchets pendant des dizaines de milliers d’années, et… le prix faramineux que cela coûtera !
Ajoutons qu’il est scandaleux que de voraces sociétés privées comme Poweo aient pu obtenir le droit d’acheter de l’électricité nucléaire au “prix de production”, c’est à dire un prix qui ne prend pas en compte la construction des centrales, leur hypothétique démantèlement, et le stockage pendant une période qui dépasse la longueur de l’humanité ! Il est bien évident que ces dépenses seront à la charge des contribuables…
“Le capitalisme néolibéral survivra-t-il au changement climatique ?”
Je m’aperçois que depuis plus de deux ans que ce blog existe, je n’ai jamais parlé des “droits à polluer”. Voilà pourtant un problème qui est dans la droite ligne de ce blog, et qui de plus illustre à merveille la capacité qu’a le secteur financier de détourner et s’approprier une idée qui pourrait pourtant sembler bonne avant qu’ils n’y mettent leurs sales pattes.
Ce sujet a été présenté par Aurélien Bernier , militant altermondialiste, secrétaire national du “Mouvement politique d’éducation populaire” . Pour l’anecdote, cette organisation appelle à voter pour le “Front de Gauche” aux européennes du 7 juin prochain.
Aurélien Bernier résume l’histoire récente des orientations mondiales en matière d’écologie : opposition entre pays riches et pays pauvres, dogme du “développement durable” qui ne fut qu’un prélude à “l’écolibéralisme”…
“Durant cette période, le capitalisme est en effet devenu « néolibéral ». En s’appuyant sur le développement des réseaux de transport et de communication, en impulsant un fantastique mouvement de dérégulation, les grands pouvoirs économiques sont parvenus à réorganiser la production et le commerce à l’échelle planétaire. Les multinationales sont allées chercher les coûts de production les plus faibles et les règlementations environnementales les plus permissives, exerçant par le biais de la concurrence « libre et non faussée » une pression terrible sur le salariat des pays développés. Rien de tel que cet argument de la mondialisation, toujours présentée comme une fatalité, pour contourner la démocratie. Les véritables lieux de décision ont été déplacés à des niveaux où les peuples n’ont plus la moindre prise (Union européenne, Organisation mondiale du commerce), et la souveraineté populaire est progressivement devenue une relique du passé. “
Le principe des “droits à polluer” est le suivant : une entreprise “polluante”, grosse émettrice de CO2, se voit attribuer un quota annuel d’émissions. Si par exemple au mois de novembre elle a déjà atteint ce quota, elle devra acquérir de nouveaux droits, en les achetant sur une bourse spécialisée.
“En 1997, lors de la finalisation du protocole de Kyoto, les pays riches - sans les États-Unis - s’accordent pour réduire leurs émissions de 5,2 % avant fin 2012. Cet objectif qui peut paraître timide est en fait une escroquerie, puisqu’il était presque atteint dès 1997 suite à l’effondrement des économies d’Europe de l’Est. Mais peu importe. Kyoto a surtout permis de mettre en place, en l’absence de tout débat démocratique, le fameux « marché des droits à polluer » - pour le plus grand bonheur de la finance internationale.” Et l’objectif étant déjà atteint avant le départ, il n’était plus nécessaire de faire plus d’efforts jusqu’en 2012 ! 15 ans de perdus (pas pour tout le monde…) ! On se rappelle qu’aussi peu contraignant qu’il fût, le protocole de Kyoto n’avait même pas été signé par les États-Unis, plus gros pollueur du monde, au nom de la “non négociabilité de son mode de vie” décrétée par ce minable salopard de Bush.
Comment et à qui sont attribués les fameux “quotas” ?
“Souvent perçu et présenté comme quelque chose de très complexe, ce système est en fait assez simple. On attribue aux pollueurs des droits à émettre des gaz à effet de serre (des quotas), l’unité de base étant la tonne de dioxyde de carbone, puis on permet l’échange de ces titres sur un marché spécifique, appelé marché du carbone. Les entreprises doivent assurer un équilibre comptable en fin d’exercice entre leurs émissions réelles de polluants, inscrites au passif, et le volume de droits à polluer qu’elles détiennent, inscrites à l’actif.“ Si elles ne le font pas, elles devront s’acquitter d’une amende. Les quotas excédentaires sont perdus s’ils ne sont pas vendus en fin d’année.
Précisons d’abord que jusqu’en 2008, seule l’Europe a mis le système en œuvre. Rien pour les États-Unis ou la Chine donc…
Chaque pays fixe ses quotas, en fonctions de divers critères, le premier d’entre eux étant le niveau d’émissions actuel. En France, c’est la Caisse des dépôts qui pilote le système, et gère 1140 entreprises qui possèdent des installations de combustion supérieures à 20MW ou de grosses installations industrielles. Cela concerne les secteurs de l’énergie, de l’industrie sidérurgique ou de la construction, mais aussi des hôpitaux et des universités. “Les responsables de ces établissements devront eux aussi « gérer leurs quotas » et, sans doute, en acheter en Bourse.”
Pour ceux qui veulent en connaître les détails, tout est là.
Au niveau européen, c’est notre grande amie la très démocratique Commission Européenne qui est chargée de surveiller le système et de valider ou non les plans nationaux. Le système a donc démarré en Europe, en 2005, et pour 3 ans, et a été étendu pour la période 2008-2012.
Le premier scandale, qui discrédite totalement le système, c’est que les quotas sont beaucoup trop élevés ! La plupart des entreprises terminent l’année avec un excédent à vendre, et le cours de la tonne de CO2 est tombé de 25 euros en 2006 à environ 12 aujourd’hui ! Résultat, une entreprise polluante qui ne respecte pas ses quotas n’a aucun intérêt à dépenser son cher argent dans de coûteux investissements visant à réduire ses émissions, puisqu’il suffit d’acheter de nouveaux droits pour 3 francs 6 sous ! Cela revient à “transformer en droit un état de fait (la pollution historique des industriels)”
Le deuxième scandale, c’est que les sociétés concernées peuvent négocier leurs quotas comme des chiffonniers, au besoin en faisant du chantage à l’emploi. “Tu me files des quotas supplémentaires sinon je crains de devoir être contraint de fermer des sites et donc de supprimer des emplois”.
Ce sont donc les instances publiques (État, Régions…) qui sont obligées de raquer à la place des industriels, pour le plus grand plaisir des actionnaires ! L’un des spécialistes les plus connus de cette entourloupe est la déjà célèbre société Arcelor-Mittal… Un excellent article à ce sujet qui m’avait été envoyé l’an dernier par Jean, et que j’avais gardé sous le coude. Il provient de la LCR Belge et est signé Daniel Tanuro, qui écrit aussi dans le Diplo !
Troisième scandale : il s’agit d’une bourse, assez semblable à celle qui régit le marché des actions, qui règle le système. C’est la société Powernext, qui s’en occupait au départ, mais elle a été rachetée par un conglomérat formé par NYSE-Euronext (le machin qui gère les bourses de Wall-Street, Paris, Amsterdam, Bruxelles…) et la Caisse des Dépôts. Ce machin est situé à Paris, et s’appelle désormais Bluenext . On reconnaît bien là les indécrottables financiers, qui n’ont pas pu s’empêcher de trouver un nouveau terrain de jeu !
Quatrième scandale : “ce marché est très largement dérégulé. Il n’est pas réservé aux seules entreprises. Il est ouvert aux fonds spéculatifs, aux fonds de pensions, aux grandes banques d’affaires qui voient là une nouvelle opportunité d’engranger des profits faciles en achetant le quota le moins cher possible, et en le revendant le plus cher possible.” Voici la liste de ces branquignols Pire, elles pourront s’amuser (et ne s’en priveront pas) à créer des “produits dérivés”, des “futures” (contrats à terme, qui sont déjà en place), des options ou autres foutaises de financiers qui risquent de pervertir totalement le système et provoquer des dégâts comparables à ceux que l’on vient de voir sur le marché financier… Non seulement les émissions de CO2 ne diminuent pas, mais une chose est sûre : certains vont s’en mettre plein les fouilles !
Cinquième scandale : la délocalisation de la pollution. Comme les quotas ne s’appliquent pas uniformément sur toute la planète, les “délocalisations environnementales” se multiplient. Ce n’est pas nouveau, d’ailleurs : la plupart des produits manufacturés fabriqués en Chine ont ensuite été renvoyés aux Etats-Unis ou en Europe. Mais c’est la Chine qui est accusée de pollution. Bien sûr, la Chine utilise la matière première la moins chère et la plus polluante : le charbon. Mais le prix, ce sont bien les industriels occidentaux, leurs actionnaires, et par ricochet, leurs clients, qui sont venus le chercher, non ?
“Mais ceci n’est qu’un début. D’une part, les « projets domestiques » vont étendre ce principe à des secteurs encore non couverts : transports, agriculture, bâtiment. .. D’autre part, une réflexion est engagée sur des droits à polluer individuels. Comme leur nom l’indique, il s’agit de délivrer à chaque citoyen un volume annuel de droits. Ces quotas seront crédités sur une carte à puce, et le « compte-CO2 » sera débité lors des achats d’énergie primaire: plein d’essence ou de la cuve de fuel, acquittement d’une facture d’électricité… En cas de déficit, les unités supplémentaires seront acquises sur des places boursières, bien évidemment. Autant dire qu’avec un tel dispositif, il vaut mieux être ingénieur à Barcelone et habiter près de son lieu de travail plutôt qu’être chômeur à Lille, propriétaire d’une vieille voiture et locataire d’une maison mal isolée…”
Bon, là je vais bémoliser un peu. C’est Arlette Laguiller qui disait que la pollution était l’affaire des entreprises, pas des particuliers… J’ai déjà écrit que si on compte sur les bonnes volontés individuelles pour sauver l’environnement, on est mal barrés ! Je trouve donc que cette idée de quotas individuels va plutôt dans le bon sens, à condition de ne pas tomber dans le travers que décrit Aurélien Bernier, et démêler “l’usage normal”du “mésusage”. Il doit donc être possible de tenir compte des différences climatiques entre Barcelone, Lille et Stockholm… Par ailleurs une maison mal isolée doit… être isolée (sur fonds publics), et travailler loin de son domicile est, comme je m’en rends compte tous les jours, une aberration qui ne doit pas être encouragée. Il va de soi que l’instauration d’un “revenu d’existence” et d’un “revenu maximum” doivent également participer à rendre le système moins injuste.
“A côté de l’incroyable financiarisation de la crise écologique, la seconde caractéristique de cet écolo-libéralisme en marche est l’émergence de la fameuse « croissance verte ». Nous assistons depuis peu à une ruée des grandes puissances financières vers les technologies de dépollution et, surtout, vers les énergies renouvelables. Des groupes comme EDF, Total, AREVA, Suez ou Vivendi dépensent des sommes importantes pour acquérir des entreprises spécialisées dans l’éolien ou l’électricité photovoltaïque et multiplient les projets. Avec un seul objectif, la rentabilité économique”
C’est ainsi que plutôt que de privilégier les économies d’énergie, ils prévoient de capter et stocker le CO2 en sous-sol (le site de Gandrange a été évoqué, sans doute pour faire diversion), permettant ainsi à la croissance de poursuivre sa course folle et vaine.
“Le Grenelle de l’environnement, le Paquet énergie-climat de l’Union européenne ou les négociations internationales qui doivent aboutir à Copenhague fin 2009 ont tous les mêmes fondements : éviter la contrainte sur l’économie, laisser le marché gérer la crise, faire de la croissance, aussi absurde soit-elle. Voilà pourquoi, dans un monde entièrement tourné vers l’efficacité et la rationalité économique, on fait le choix aberrant d’investir d’abord dans la production d’énergie « sans C02 » plutôt que dans les économies, alors qu’un euro affecté à l’isolation des bâtiments évite bien plus de gaz à effet de serre qu’un euro injecté dans le renouvelable. Voilà pourquoi le développement des énergies « propres » sert de prétexte au démantèlement du service public de l’énergie, livré sur un plateau aux appétits du privé”.
“Enfin, voilà pourquoi l’urgence écologique, bien qu’admise par tous les représentants des États lors des précédents sommets, se trouve brusquement éclipsée par la crise économique mondiale, montrant ainsi où se situent les vraies priorités”.
“Bien sûr, le contexte international évolue, et les États-Unis de M. Obama promettent déjà de réduire leurs émissions. Avec la crise économique, il est probable que les rejets mondiaux de gaz à effet de serre baisseront en 2009. Mais il est également certain qu’elles repartiront à la hausse à la première occasion, puisque personne n’aura voulu s’attaquer au coeur du problème.
Ces impostures du développement durable et, à présent, de l’écolo-libéralisme, nous montrent malgré tout à quoi nous devons employer notre énergie. Il s’agit bien de réaliser la transformation que redoute le plus l’ordre économique mondial : faire en sorte que l’écologie devienne enfin politique. Elle doit se fonder sur une critique radicale de la mondialisation, du capitalisme néolibéral et de sa pierre angulaire, le libre-échange. Elle doit viser la reconquête de la souveraineté populaire et, très concrètement, envisager la rupture avec les institutions converties au néolibéralisme, OMC et Union européenne en tête.”
En guise de conclusion, on peut simplement donner ce chiffre : malgré toutes ces foutaises, “les émissions mondiales ont grimpé de 35 % ces dix dernières années”. Rien d’autre à ajouter !
http://fleur2mo.free.fr/Francois/utils/bon_alors2.flvTiens, à propos d’énergie… Pour éviter l’overdose inévitable après une journée entière de discours denses et ininterrompus, l’organisation avait bien fait les choses : des pauses musicales par François Gaillard, chanteur lyonnais, seul en scène avec son accordéon. Quelle révélation ! Il ne pouvait pas trouver public plus adapté ! Ses chansons sont tour à tour écologiques, engagées, tendres, poétiques, réalistes, irrésistiblement drôles, et souvent tout à la fois : pas étonnant qu’il ne passe pas à la télé. Le chanteur connu auquel il pourrait être comparé, c’est Renaud. C’est bien simple, tu écoutes d’abord François Gaillard, puis ensuite des hommes-sandwiches déguisés en chanteurs comme Julien Doré ou Christophe Maé : tu pleures, c’est fatal.


[A suivre…]










J’ai déjà écrit que si on compte sur les bonnes volontés individuelles pour sauver l’environnement, on est mal barrés !
Ça, ça me paraît assez évident !
Je trouve donc que cette idée de quotas individuels va plutôt dans le bon sens, à condition de ne pas tomber dans le travers que décrit Aurélien Bernier, et démêler “l’usage normal”du “mésusage”. Il doit donc être possible de tenir compte des différences climatiques entre Barcelone, Lille et Stockholm… Par ailleurs une maison mal isolée doit… être isolée (sur fonds publics), et travailler loin de son domicile est, comme je m’en rends compte tous les jours, une aberration qui ne doit pas être encouragée.
Mais ça, c’est beaucoup plus vague !
Et ça suggère surtout que dans le fond, on ne change rien, on continue avec le système auto/boulot/conso/dodo… juste avec quelques aménagements.
Décroître, c’est aussi et surtout un changement de mentalité pour un mode de vie plus frugal dans tous ses aspects et pas seulement dans la consommation directe d’énergie (transport, chauffage). Or le mode de vie de l’individu est en très grande partie conditionné (à tous les sens du terme) par le système dans lequel il vit. Et la société de consommation (=> le capitalisme) ça consiste à fabriquer tout et n’importe quoi (l’innovation) pour le vendre (le profit) et surtout le faire détruire le plus vite possible pour que ça tourne (la consommation, c’est bien ça) !
Là, il y a un formidable gaspillage d’énergie (à tous les sens du terme), de matières premières, et ce gaspillage est intrinsèque au système. Réduire le chauffage et le transport, ça permet juste de tenir un peu plus longtemps…
@NaOH
Je crains qu’il n’y ait gourance sur l’interprétation de mes propos. Alors qu’Aurélien Bernier semble s’offusquer d’une part du fait qu’on veuille fliquer la pollution individuelle et d’autre part créer des inégalités entre le riche catalan et le pauvre ch’ti, je pense au contraire que cette solution est très adaptée, à condition d’être complétée par d’autres dispositifs qui corrigent justement ces inégalités, comme le revenu maximal, le revenu d’existence, la généralisation des transports en commun,ou l’isolation des habitations…
Une fois que le péquin moyen n’utilisera plus d’énergies fossiles pour se chauffer, qu’il n’aura plus de bagnole, je pense que ce sera mieux qu’un bon début ! Quant au système capitaliste, tout le monde a fait sien la mxaime d’Hervé Kempf : pour sauver la planète, sortez du capitalisme. Il s’écroulera tout seul, de toute façon.
Merci de ces précisions. C’est plus clair comme ça, même si ma perplexité persiste. Je reste convaincu qu’il faudra tôt ou tard imaginer quelque chose de radicalement autre, que le capitalisme s’écroule tout seul (j’en doute) ou qu’il faille l’aider un peu…
SuperNo, je tiens une bonne nouvelle ! Ils sont tous d’accord ! Ils ont tous signé l’appel à soutien en faveur de Stéphane Lhomme, auprès de la Cour d’Appel de Paris . Voir sur le site du réseau “Sortir du Nucléaire”.
Les premiers signataires sont : Corinne Lepage (CAP21), Noël Mamère (Les Verts), Olivier Besancenot (NPA), José Bové (Europe écologie), Cécile Duflot (Secrétaire nationale des Verts), Jean-Marie Harribey (co-président d’Attac), Corinne Morel-Darleux (Parti de Gauche), Eugène Riguidel (navigateur), Etienne Davodeau (auteur de BD), etc..
Merci SuperNo pour cet hénnnnaurme travail!
“Il s’appelle Patrick Ollier” Il s’agit du “compagnon” de MAM si je ne m’abuse? Tout s’explique donc!
Le chien battu Fillon drague Christophe Margerie en Afrique. C’est TOTALes connivences!
Concernant les coupures d’électricité de cet hiver, il faut dire que le chauffage électrique des français n’est pas seul coupable. EDF doit fournir en priorité les pays limitrophes en sous production qui sont des “clients” sous contrat…
J’ai acheté le Chti FAKIR(2,80€), çà vaut son pesant de cacahuètes européennes. Beaucoup de connivences et surtout d’intêrets… Pas pour le plèbe naturellement.
J’y ai aussi découvert une autre face, encore plus incisive, d’une “plume” du Diplo, celle de François Ruffin.Un régal!
Vendu aux adresses trouvables sur le blog de l’association amiennoise.
@Véro
Mais… je ne vois pas le nom de Sarkozy Nicolas, OmniPrésident de la République ? Serait-ce un oubli ?
@Jean
François Ruffin n’est pas une découverte ! C’est un des piliers du “Plan B”, il est reporter chez Mermet, et il a écrit un super bouquin (“les petits soldats du journalisme”) sur la formation des journalistes français, qui permet de comprendre pourquoi ils sont “comme ça”… Il a même un blog sur bakchich dont le lien se trouve dans la colonne de droite : http://www.bakchich.info/rubrique131.html Mais bon, il a manifestement autre chose à faire que de le mettre à jour
La photo de la centrale de Cattenom est impressionnante.
Merci pour ce travail énorme , qui permet à ceux qui n'ont pu assister au Contre-Grenelle d'avoir une très bonne idée de ce qui s'y est dit .
Je constate aussi que ce billet est moins lu que les autres .
Les entourloupes de Sarko , d'Areva Poweo ,et des accolytes pour continuer , comme si de rien n'était , ce désastre ,n'intéressent pas vraiment .Et pourtant , on devrait tous demander des comptes …
Il est vrai que l'arrivée inopinée de chouchou lors de l'entretien
des lectrices de femmes actuelles avec madame "mon mari " est autrement plus passionnant .
merci pour ces comptes-rendus. Très utiles.
oui, c’est vrai : merci, SuperNO, de ton travail, de tes infos, de toute cette matière que tu nous offres pour réfléchir.
@jean
J’ai également acheté le FAKIR(2,80€)… dans un relay H !
Bien que n’ayant pas fini sa lecture, j’y ai déjà découvert quelques infos “amusantes”. Par contre, j’ai été un peu déçu par le style de F.R., qui ne m’a pas paru aussi génial que je l’espérais, mais bon, malgré cela, je ne peux que conseiller son achat à tous ceux qui ont envie de lire un autre son de cloche. C’est souvent intéressant, parfois édifiant.
@superno
Merci pour cette suite de compte rendus passionnants. Expériance à renouveler à chaque fois que tu participes à ce genre de rassemblement.
SuperNo, je trouve que tes lecteurs manquent tout soudain d’énergie !
“Là-bas si j’y suis” de ce lundi 25/05/2009 était consacré à l’Europe de Bruxelles et son lobbying. Ce lobbying dont parle FAKIR. Edifiant!
En lisant FAKIR, j’ai aussi découvert un discours de Pierre Mendes France devant l’Assemblée Nationale de février 1957, très clairvoyant sur ce que deviendrai l’Europe…