
Commençons par regarder d’un peu plus près les “listes de paradis fiscaux” dont le G20 a dévoilé les noms. Initiative totalement ridicule, puisque chacun les connaît, et particulièrement ceux qui s’intéressent au sujet. Ceux-là ont dû être sérieusement surpris que la Malaisie, le Costa-Rica, les Philippines et l’Uruguay puissent être considérés comme les pires paradis fiscaux du monde ! Pendant le temps où j’ai travaillé dans le domaine des fonds d’investissement, jamais je n’ai entendu parler de ces pays !
Ceux de la “liste grise” sont par contre connus de tous. Le Luxembourg, la Suisse, le Liechtenstein, Monaco, Andorre, les îles Cayman, les Iles Vierges Britanniques, les Bahamas… sont des destinations notoires d’évasion fiscale plus ou moins discrète. Aucun scoop là-dedans.
Les scoops, on les trouve sur la “liste blanche”, puisque y figurent notamment les noms de Jersey et Guernesey ! Denis Robert a bien dû se marrer !
Quant on sait que La City de Londres, certains États américains, Hong Kong et Macao, tous paradis fiscaux notoires, sont “blanchis” pour de simples raisons diplomatiques, on ne sait plus si on doit rire ou hurler : cette mascarade est ipso facto totalement décrédibilisée.
Rappelez-vous les fanfaronnades de Sarkozy : “ah ah, tremblez, paradis fiscaux ! On va vous éradiquer !”
Tenez, puisque je sais qu’il y a de nombreux jardiniers du dimanche parmi mes lecteurs, je vais vous donner un conseil : si vous souhaitez éradiquer les mauvaises herbes qui envahissent votre potager ou votre pelouse, inutile de passer des heures de travail courbé en deux : prenez un calepin, et faites-en une liste !.
Liste noire : “la tomate, le poireau, la laitue”.
Liste grise : “le trèfle, le lupin, le chardon, le chiendent, le liseron, le plantain, le pourpier”
Liste blanche : “l’ambroisie” (Ben oui, elle envoie plein de clients chez mon pote le médecin, on ne peut donc pas en dire du mal !)
Et voilà, les mauvaises herbes sont “éradiquées” ! Merci messieurs Obama, Brown, Sarkozy et consorts !
Bon, redevenons sérieux, après tout ces gens sont les principaux dirigeants du monde, ils doivent savoir ce qu’ils font, hein ? Hein ? En tout cas, le fait qu’un politicien comme Obama, dont le charisme et le rayonnement sont couverts à grandes lapées de cirage par l’ensemble de la presse, puisse se prêter à de si misérablement basses manoeuvres, prouve que son aura est largement usurpée…
Tout le monde a remarqué le bond de la bourse aussitôt avéré le caractère inoffensif des mesures. À première vue, je m’étais dit que c’était la seule raison, le soulagement de ne pas voir de vraies mesures contraignantes, seulement du pipeau marketing qui n’empêchera pas la reprise des conneries passées. C’est certes vrai.
Mais une autre mesure a été moins commentée, et elle est totalement révélatrice de l’entourloupe dont nous avons une fois de plus été victimes.
Déjà, depuis des mois, ce sont des montagnes d’argent public, réel ou fabriqué, qui servent à boucher les gouffres créés par les jeux de cons des banquiers. Des sommes ahurissantes, qui dépassent l’entendement. On plombe délibérément l’avenir des gens, des pays, pour sauver une grosse poignée de connards qui mériteraient de méditer sur le sujet au fond d’un cachot humide, ou plus intelligemment une bêche à la main dans un établissement agricole bio.
La raison principale de cette situation, c’est la manière totalement folle et irresponsable avec laquelle un quarteron de banquiers cupides a tiré un peu trop fort sur la ficelle du crédit. On l’a dit, non seulement les banquiers ne se contentent plus de prêter le seul argent dont ils disposent depuis belle lurette, mais en plus ils prêtent de plus en plus d’argent qu’ils ne possèdent pas.
Le “ratio de solvabilité” mesure le rapport entre l’argent que possède réellement la banque et celui qu’elle prête. Les normes exigent qu’il soit au minimum de 8%. (En gros, si une banque prête 100 euros, elle doit en posséder 8, et elle invente les 92 restants, sur lesquels elle touche pourtant de “vrais” intérêts).
Or bon nombre de banques ont une bonne partie de ce qu’elles possèdent qui est désormais constitué “d’actifs toxiques”, qualifiés d”illiquides” parce que personne ne veut les acheter. Pour Natixis, ce sont 31 milliards qui croupissent au fond des comptes. Mais Natixis n’est évidemment pas la seule. Par exemple en Allemagne, les quatre principales banques en “possèdent” pour près de 100 milliards.
Si un particulier boursicoteur se retrouve dans cette situation, il n’a plus qu’à se morfondre, méditer sur sa connerie, et se dire qu’on ne l’y reprendra plus. Personne ne viendra lui proposer l’idée folle de racheter les titres pourris que son incompétence, sa cupidité et sa malchance lui ont fait acquérir!
S’agissant d’une banque, c’est différent ! Les politiciens sont prêts à dépenser des milliards d’euros pour lui être agréable, milliards qui seront ensuite remboursés par les impôts ou la TVA payée par un pauvre prolo et sa descendance sur plusieurs générations, celui-là même que la banque relance d’un air menaçant dès qu’il a 10 euros de découvert.
Mais revenons-en aux mesures du G20, qui devaient, gardons-le à l’esprit, “refonder le capitalisme”, et démonter les mécanismes de cette “crise”, pour éviter qu’elle ne se reproduise. Cette “crise” étant majoritairement due à un excès de crédit, un naïf aurait donc pu s’attendre à des mesures dans ce sens.
Eh bien non. Au contraire. Puisque le G20 a décidé de permettre aux banques de modifier les règles comptables, dans le seul but de redonner une valeur artificielle aux “actifs illiquides”, afin de les prendre en compte dans le “ratio de solvabilité”. Hallucinant !
J’ai entendu une analyse exceptionnelle sur Europe 1 l’autre soir, de la part de “l’économiste” Nicolas Bouzou, un ultralibéral qui vient périodiquement distiller sa pseudo-science sur toutes les ondes avec un aplomb qui n’admet pas de réplique. Pour situer le niveau du gars, je vous livre l’extrait d’un de ses bouquins, qui résume un peu la bouillie libérale qui constitue l’essentiel de sa “pensée” : «Nous ne travaillons pas assez, les entreprises investissent trop peu, notre système fiscal pénalise la création de richesse et la croissance future. Quant à notre marché du travail, sa rigidité protège les salariés en place, mais ferme les portes de l’ascenseur social aux plus fragiles. L’État enfin, gaspille de précieuses ressources sans compter. Ces assertions reposent chacune sur des faits tangibles, et non sur des a priori idéologiques ». Beurk !
Pour expliquer que les “actifs illiquides” pourraient avoir une valeur, il emploie l’image suivante : “si un mec essaie de vendre un Van Gogh sur la plage en plein été, personne ne l’achètera. Mais cela ne signifie évidemment pas qu’il n’a aucune valeur…”
J’ai rarement entendu une ânerie d’une telle ampleur, tant cette comparaison est sans aucun rapport avec la situation. On ne vend pas de Van Gogh sur les plages, et sans aucun doute le même tableau aurait retrouvé son “vrai prix” dans une salle de vente entre les banquiers qui ont survécu à la “crise” et les pontes de la “gauche caviar”. Les “actifs illiquides” ont cette particularité que personne n’en veut, ni sur la plage ni ailleurs !
Tant qu’on est dans l’allégorie, je vais en reprendre une de mes favorites, et il se trouve qu’elle me semble largement plus pertinente : si un maraîcher affiche ses tomates à, mettons 2 euros le kilo, il a des acheteurs, et on peut donc affirmer que le prix de 2 euros le kilo est raisonnable. Maintenant, admettons qu’il y ait eu un incident de transport, et que toutes les tomates du fond du cageot soient écrasées et en voie de décomposition. Le maraîcher pourra toujours les afficher à 2 euros le kilo, et même à 10 centimes, personne n’en voudra plus. Ce sont des “actifs pourris”, elles ne valent plus un radis.
Ce que le G20 vient de faire, c’est tout simplement d’autoriser le maraîcher à donner un prix artificiel à ses tomates pourries pour augmenter fictivement sa fortune. Et si on repasse du maraîcher au banquier, on se rappellera le “quota de solvabilité” des 8% : grâce aux tomates pourries, le banquier va pouvoir inventer plus d’argent et distribuer plus de crédit. Jusqu’à ce que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la ficelle lâche une nouvelle fois. Exactement le mécanisme qui a provoqué la “crise des subprimes”, et qu’ils étaient censés corriger.
Quand je vous dis qu’ils sont incorrigibles…










Excellent, comme toujours.
Une fois n’est pas coutume, ton billet a beaucoup de points communs avec celui publié par le gourou de la “commission pour la libération de la croissance” qui conclut par:
” Tout se passe comme si les alcooliques anonymes, tout heureux de leurs bonnes résolutions, avaient décidé, au sortir de leur réunion, de prendre un dernier verre. Pour la route.”
Voir son billet sur “http://blogs.lexpress.fr/attali/2009/04/un-dernier-verre-pour-la-route.php”.
Son billet ayant été posté bien avant le tiens (jeudi soir), dois-je en déduire qui notre célébrissime Jacques Attali t’inspire ?
“un quarteron de banquiers cupides a tiré un peu trop fort sur la ficelle du crédit”.
Je suis d’accord avec cette analyse, mais je voudrais juste souligner le fait que ces banquiers cupides, comme tu le dis, ne font que reproduire une politique identique à celle que la plupart des états occidentaux mènent eux-mêmes. Espérons que la ficelle (ou corde) du crédit des états soit plus solide…
Un truc qui m’intéresse: Comment es-tu passé du côté trader au côté contestataire ? Quel a été le déclencheur ?
“…Quant à notre marché du travail, sa rigidité protège les salariés en place…”
Il est marrant ce gars…Y’a qu’à regarder aujourd’hui comment les salariés en place sont protégés !
Et je suis bien d’accord avec toi sur l’exemple débilissimme qu’il présente pour expliquer les actifs pourris : la valeur d’un Van Gogh est uniquement lié à la spéculation qui se joue dans les salles de ventes. Il suffit de regarder comment Van Gogh a fini sa vie…(comme la plupart des artistes). Ca lui fait une belle jambe à Van Gogh aujourd’hui que ses tableaux se vendent !
Tout est négociable pour nos capitalistes convaincus, même les excréments tel que ce Monsieur Nicolas Bouzou !
Nous n’avons pas fini d’en baver…
@Este,
justement, est-ce que quelqu’un sait ce qui se passe si la ficelle du crédit des états casse ? La banqueroute j’imagine ?
Mais qu’est-ce que ca signifie la banqueroute pour un état ? On passe tous les habitants du pays par les armes ? Ils sont tous expropriés, envoyés au milieu de l’océan sur un radeau de pierre, et remplacés par des petits chinois ? qu’est-ce que ca veut dire banqueroute ?…
Je crois qu’il y a peu de temps c’était arrivé à l’Argentine, ou en tout cas quelque chose d’approchant. Mais je ne sais pas du tout ce qui leur est arrivé à moyen terme ?…
J’étais dans la voiture (de retour sur Metz) quand j’ai moi aussi entendu ce crétin de Nicolas Bouzou sur Europe 1. J’étais effondré ! Ce jeune con est un concentré caricatural de pensée unique néolibérale. Son exemple sur le Van Gogh était effectivement débile mais je crois qu’un moment il nous a proposé aussi une relance par un plan massif de baisse des dépenses publiques.
La baisse des dépenses publiques est une solution extraordianire pour dégager des finances en direction des banques.
Le seul tout petit, très léger, ridicule, presque inexistant, détail que la baisse des finances publiques implique, c’est, sans diminution des impôts, la diminution des services proposés par l’état à ses concitoyens. Ca signifie baisse des retraites, moins de profs, moins d’alloc logement, moins d’allocs familiales, en bref, moins d’investissements à destination du “peuple”, mais bon, c’est bien connu, le peuple, qui s’en soucie ? Il n’a qu’un droit, fermer sa gueule, et encore il faut qu’il fasse attention, on parle de lui supprimer.
C’est une putain de bonne idée, pour relancer l’économie
Et pourquoi pas arrêter de filer du pognon aux banques et aux boites ?
De toute façon, ça ne les empêchera pas de licencier alors autant y aller jusqu’au bout !
Donner du fric public aux organismes privés, banques ou entreprises : c’est en contradiction flagrante avec le credo “libéral” (un adjectif qui, en français du moins, n’a plus qu’une parenté très lointaine avec “liberté d’entreprendre”). On nous a seriné pendant des années que les “activités marchandes” ne devaient pas être du ressort de l’état, soi-disant pour éviter de “fausser la concurrence”, pour les rendre plus “efficaces”, mais surtout pour justifier la privatisation des activités les plus lucratives. Aujourd’hui plus personne ne semble s’offusquer que les gouvernements faussent allègrement la concurrence en injectant de l’argent public dans des entreprises privées ayant justement fait la preuve de leur inefficacité. Comme Lady Ania, je plaide pour qu’on aille jusqu’au bout de la logique “libérale” : laisser couler les entreprises pourries, avec leurs dirigeants. Le résultat final, y compris en termes d’emplois, ne serait certainement pas pire pour le citoyen lambda, à moyen ou à long terme. Mais qui se soucie du citoyen lambda ? Qui se soucie du long terme ?
A force de se goinfrer de plus en plus et de plus en plus ouvertement, tous ces pwofiteurs du système vont bien finir par libérer la colère des masses pour l’instant encore inconscientes, impuissantes, ou paralysées par la peur de tout perdre.
Et nous déclencher une vraie grosse explosion sociale, des émeutes généralisées… Même Alain Minc leur dit.
[Mode theorieducomplot on]
C’est même tellement gros qu’on peut se demander si ce n’est pas le but: provoquer des “jacqueries” bien médiatiques et traumatisantes, pour justifier une répression violente et toutes les restrictions qui suivront dans tous les domaines. C’est peut-être pour eux la seule façon de redémarrer le système en en restant les maîtres.
Cf le traitement politique, médiatique et policier des manifs de Strasbourg…
[Mode theorieducomplot off?]
[Désolé du retard, changement de Modem chez Miséricable, plus d’internet pendant quelques heures]
@Chtilucru
Je n’avais pas lu cet article, mais j’avais entendu Attali à la radio (sur France Info, de mémoire). Je suis aussi surpris que toi de cet accès de lucidité…
@Geotrouvetout
Non, je n’ai jamais été trader, j’ai travaillé il y a quelques années en tant que chef de projet informatique sur des applications liées aux fonds d’investissement. Très instructif !
Trader
@CornesdAuroch
Faudrait demander aux islandais
@Malakine
Salut et bienvenue ! C’est un grand honneur d’accueillir ici un “blogueur associé” de Marianne2
Tu es messin ?
@RiGeL
Oui, en même temps ça fait plus de 20 ans que c’est la politique officielle d’à peu près tous les pays du monde
@Zuluck
C’est une théorie qui se tient, mais je crois néanmoins qu’ils chient dans leur froc, mais qu’en même temps ils ne peuvent pas s’empêcher de faire ce pour quuoi ils sont programmées de toute éternité…
@SuperNo
Sur Attali, tu devrais l’encenser pour son refus de la foutue loi ‘Hadopi’ !
@SuperNo
@RiGeL
Oui, en même temps ça fait plus de 20 ans que c’est la politique officielle d’à peu près tous les pays du monde
Exact. Et le résultat te parait convaincant ? Non, répond pas, c’est juste une question réthorique, il m’a semblé comprendre déjà que ce n’était pas le cas.
@Lady Ania
C’est une idée très tentante, de laisser le système se casser la gueule de lui même. Le seul problème, c’est qu’avec l’importancce qu’ont pris les banques dans la vie de tous les jours, un écroulement du système aboutirait obligatoirement à une période de désorgganisation profonde de la société, voire d’anarchie, voire pire.
Or, les états, et les puissants ne sont “probablement” (c’est un euphémisme) pas prêts à abandonner leurs prérogatives afin de permettre une mutation profonde de la société. Leur réponse risque fort d’être celle déjà utilisée à plusieurs reprises quand ils commencent à perdre pied… une bonne guerre ! Comme ça, on élimine les chomeurs sur les champs de bataille, les gens n’ont plus l’occasion de se plaindre, et ceux qui osent le faire, on appelle ca de la trahison, et on fusille.
Je sais, dit comme ça, ca parait assez irréel, mais si on regarde un peu en arrière, on s’aperçoit bien vite que ca n’est pas si improbable qu’on veut bien le penser.
Malgré tout, le enflouage des banques et entreprises en difficultés ne durera qu’un temps et si, comme je le crois de plus en plus, il reste sans effet, alors on arrivera à la situation décrite par corne d’auroch un peu plus haut.
Le résultat des deux méthodes pourrait bien être le même, à terme.
@RiGel
Peut-être…Mais c’est reculer pour mieux sauter, comme tu le dis plus loin.
En cas de défection des organismes financiers, c’est à l’état de reprendre les choses en main en décrétant l’état d’urgence et en nationalisant les banques si elles s’avèrent incapables d’assurer le service public qu’elles se sont engagé à assurer en contrepartie de leur main-mise sur toutes les transactions financières. Et que, soit dit en passant, service public ou pas, elles ont de plus en plus tendance à facturer à leurs (victimes) clients, tout en “oubliant” de rétribuer leurs dépôts.
@ Superno
Disons que je ne suis pas messin mais je vis à Metz depuis un peu plus de deux ans.
Mais toi aussi tu es blogueur associé sur M2 non ? J’ai cru voir ton nom dans l’invit pour le 23/4 …
Scoop !
Il n’y a déjà plus de mauvaises herbes. Comme quoi ça marche leur méthode.
http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=d3bb07f0b736e3a925e4b22dcf43eb4f
Hein ? La crise éco … ? Quoiça ? Toujours là ? Mais non puisqu’on vous le dit.
la marmite bout :
http://www.1ermai2009.fr/post/2009/04/07/Des-villages-autogeres-partout-en-France-pour-la-reconduction-du-1er-mai
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