[Ce billet étant consacré à la décroissance, j’ai décidé de limiter le volume des données sur mon serveur en supprimant toute illustration, qui eût de toute façon été superfétatoire. Cela compensera la longueur inhabituelle du billet…]
Depuis les débuts de ce blog, la plupart des lecteurs et encore plus des commentateurs, sont des “gauchistes”, des “écolos” voire même des “décroissants” qui sont déjà acquis aux idées que j’expose à longueur de temps, et qui ne sont pas plus surpris que ça des trucs parfaitement décalés que j’écris et que je défends.
Or il semble que cela soit en train de changer un peu. Grâce notamment à Marianne2, de nouveaux lecteurs plus “normaux”, ou du moins un peu plus conformes à la pensée dominante, manifestent leur étonnement, leur incompréhension ou leur désapprobation. Et c’est très intéressant.
Relativisons un peu, un lecteur de Marianne2, même “modemiste ouiouiste” (il paraît qu’il y en a beaucoup !), c’est au moins quelqu’un qui a fait la démarche de lire des blogs politiques et de s’intéresser à la marche du monde. Ce qui le distingue nettement de l’électeur moyen, qui lui “ne fait pas de politique” et s’est réfugié dans des activités alternatives, comme le visionnage forcené de matches de foot ou de feuilletons américains, ou alors la tentative de battre des records à Mario Kart sur sa Wii, voire à passer ses nuits à exterminer le maximum de fées poilues dans World of Warcraft…
Je vais donc parler de décroissance. Mais attention, en restant pratique. Ne comptez-pas sur moi pour vous saouler de théorie, de Georgescu-Roegen, de Gorz, de Latouche (dont j’ai pourtant un bouquin sur mon chevet… Il faudra que je le commence un jour…).
Le concept même de décroissance, dans une civilisation qui baigne au contraire dans la croissance, a quelque chose d’extraterrestre. Les décroissants d’aujourd’hui sont un peu dans la même situation qu’un savant du moyen-âge qui aurait voulu expliquer à la foule fanatisée que Dieu n’existe pas. Et même s’ils auront (probablement) par rapport aux hérétiques d’hier la chance d’éviter le bûcher, il seront pareillement raillés, méprisés et au pire ignorés.
Pourtant, la décroissance est aujourd’hui i-né-vi-table !
Pourquoi inévitable ? Ne serait-ce pas une manière aussi vile que celle des ultralibéraux thatchero-reaganien pour tenter de rallier l’opinion à sa cause en disqualifiant d’emblée toute opposition ? Vous vous rappelez TINA (There Is No Alternative) ?
Bien sûr il y a un peu de cela. À un petit “détail” (au sens lepeniste du terme) près : on pouvait fort bien imaginer quelque chose d’autre que le libéralisme économique ou le communisme. Mais il n’est désormais plus possible d’envisager autre issue que la décroissance.
Comprenez-moi : il ne s’agit pas d’idéologie ! C’est une réalité physique indépassable. Copiez-moi 100 fois :
IL N’Y A PAS DE CROISSANCE INFINIE DANS UN MONDE FINI. LES SEULES PERSONNES QUI CROIENT LE CONTRAIRE SONT DES FOUS OU DES ECONOMISTES.
Mon camarade clampin-photographe-biologiste Sylvaner s’était essayé à une analogie spectaculaire avec la croissance exponentielle des bactéries. C’est très intéressant, car c’est une image réaliste de ce qui va se passer pour l’humanité. Reste à savoir à quel endroit de la courbe nous nous trouvons. Mais il est probable que nous ne sommes plus très loin du sommet.
On m’objectera que l’homme n’est pas une bactérie. Certes. Surtout qu’on ne parle pas ici de l’homme lui-même (encore que…) mais de sa prospérité économique. Mais le modèle reste pertinent, car toute croissance a besoin de carburant pour se poursuivre.
Si vous n’aimez pas les bactéries, vous pouvez faire une courbe avec les ventes de téléphones portables, par exemple. Au début c’est très cher, seuls les riches et les geeks se les achètent pour se la péter. Puis vient la “démocratisation”, les ventes explosent, la croissance est verticale, et l’engin commence même à envahir les pays pauvres. Puis ça devient difficile, il faut user d’artifices, sortir de nouveaux modèles qui démodent les anciens, pratiquer des promotions pour encourager à changer d’appareil tous les ans, essayer d’en refourguer aux gamins de plus en plus jeunes… Mais au bout d’un moment, il faut bien se rendre à l’évidence : l’humain n’a que deux mains et deux oreilles, le marché est saturé, la “croissance” est terminée.
Le même phénomène s’applique aux bagnoles : quand tout le monde aura deux 4x4 de moins de 2 ans, que restera-t-il comme potentiel de “croissance” ?
Le premier carburant indispensable de la croissance économique, c’est l’énergie. Et au premier rang d’icelles, le pétrole. Malgré les alertes insistantes des spécialistes de la géologie, la propagande des compagnies pétrolières, reprise par les politiciens, persiste à faire croire au bon peuple qu’il y aura encore du pétrole pour plusieurs dizaines d’années. Oh bien sûr il y en aura. Mais beaucoup plus rare, et beaucoup plus cher. Et donc inaccessible au vulgum pecus. Si vous cherchez l’expression “Peak Oil”, vous trouverez, ici ou sur Google, des tas de références. Pour ne prêcher que pour ma paroisse, je vous recommande particulièrement celui-ci , écrit quand ce blog était encore confidentiel, mais qui n’a rien perdu de son actualité, ou encore celui-là.
Vous pouvez devez aussi, si ce n’est déjà fait, lire le site de Jean-Marc Jancovici , et celui d’Oleocène , qui ont participé à ma prise de conscience. Vous les prenez pour des millénaristes ? C’est normal, ça a aussi été ma première réaction. Mais lorsque vous aurez compris que ce sont eux qui ont raison, vous aurez fait un grand pas en avant !
Tous ces liens, indépendamment de toute idéologie politique, font le même constat : d’ici peu, si ce n’est déjà fait (même si la “crise” offre un petit répit artificiel) la demande de pétrole va dépasser l’offre, et il va s’ensuivre une hausse chaotique du prix et de graves contrariétés pour toutes les industries qui en dépendent. Surtout pour les consommateurs que nous sommes, car notre confort de vie dépend largement de produits dérivés du pétrole, qu’il s’agisse des matières plastiques ou des engrais chimiques. Et même si on sait en théorie fabriquer des susbstituts à l’aide d’autres composants, auront-ils les capacités suffisantes pour en produire autant, et d’aussi performants ? Rien n’est moins sûr.
De la même manière, les difficultés du secteur automobile ne sont pas entièrement liées à la “crise” : c’est un problème plus vaste, les dirigeants de ces sociétés, aveuglés, contraints ou simplement complices de leurs actionnaires cupides, ont préféré tirer au maximum sur la corde de leur modèle économique sans consacrer le moindre argent à investir dans des voitures sans pétrole. Plus dure sera la chute. Elle a déjà commencé. Et elle sera vertigineuse.
Rappelons que sur les 10 plus grosses multinationales du monde (en terme de chiffre d’affaires), 9 sont des compagnies pétrolières ou des constructeurs de bagnoles. Il n’y a pas besoin d’être aussi intelligent et clairvoyant que Sarkozy pour comprendre que les décennies à venir vont voir un bouleversement de l’économie mondiale, et que cela ne se passera pas forcément dans la joie et la sérénité.
Nous sommes en plein dans l’actualité avec l’affaire Heuliez et le sauvetage de l’usine de Cerisay grâce à une voiture électrique (et des subventions publiques). Même si je suis déjà allé dans cette usine à l’époque où je travaillais pour un sous-traitant de l’industrie automobile et qu’Heuliez était un client (lui-même sous-traitant de PSA en l’occurrence), je ne connais pas sa situation et n’émettrai pas d’avis péremptoire sur son avenir. Néanmoins, il semble que son principal espoir de débouché soit dans l’appel d’offres “Autolib” de Paris. Hum (onomatopée dubitative qui en dit plus long qu’une phrase alambiquée et ironique).
D’ailleurs Heuliez n’est qu’une grosse PME, et pas un mastodonte de l’industrie automobile. Mais ce qui est sûr, c’est que la voiture électrique ne va pas dans les 15 années à venir remplacer la voiture à pétrole, et encore moins sauver la filière ! Dans un récent billet , j’exprimais mon scepticisme total sur la capacité de la voiture électrique à sauver les bidons, ainsi que cette prévision, émanant d’un organisme sérieux, qui dit que sur toutes les voitures susceptibles d’être produites d’ici 2020, au mieux 1% seront des voitures électriques…
On me reproche souvent de dénigrer stérilement, et de ne pas faire confiance à la science, par ignorance et/ou par idéologie. C’est bien mal me connaître. Je suis scientifique de formation et cartésien de structure cérébrale. J’aime les chiffres et je cherche toujours à les vérifier. Et c’est parce que j’aime la science que je me méfie de toute croyance aveugle. Et la première croyance aveugle est souvent le fait d’idéologues béotiens, animés de la foi du charbonnier, qui disent “de toute façon, “ils” vont forcément nous trouver quelque chose pour nous sortir de ce merdier !”. Typiquement des économistes !
Bon, bien sûr il ne faut pas totalement sous-estimer ce raisonnement, qui a déjà fonctionné dans le passé ! Qui aurait pu prévoir l’avènement de la bagnole, de l’avion, de l’informatique, du téléphone portable ? Et qui peut prévoir ce que la science pourra nous apporter dans 50 ans ? Certainement pas moi en effet.
Cela ne m’empêchera pas de dénoncer les “fausses solutions” qui prolifèrent et que certains utilisent pour justifier une politique économique catastrophique, toujours basée sur la “croissance”… Tenez, une légende qui a longtemps eu le vent en poupe, même si confrontée à la réalité elle semble nettement s’essouffler : le moteur à hydrogène. C’était superbe sur le papier, propre, efficace… Sauf qu’on a négligé des petits “détails”, comme le fait que l’hydrogène tel qu’il est brûlé dans un moteur n’existe pas à l’état naturel, et qu’il faut utiliser de l’énergie, beaucoup d’énergie, pour l’isoler. Ensuite, le matériel utilise des métaux rares, comme le platine, qui n’existe pas en quantité suffisante pour fabriquer les centaines de millions de moteurs nécessaires au remplacement des bagnoles actuelles… Aujourd’hui, plus personne de sérieux ne croit à cette hypothèse.
Et la voiture à air comprimé ?
- NON ! Enfin, peut-être dans quelques dizaines d’années, (quand elles seront au point) et qu’on aura compris que la voiture ne sera plus un moyen de transport individuel de masse (au contraire du vélo), mais qu’elle sera réservée à quelques professions particulières… Plus petite, plus rare, plus lente et considérablement plus économe en énergie. On en est loin ! Les transport en commun plus propres (mais surtout mieux organisés et plus denses) devraient pourvoir à la majorité des trajets plus longs.
Et puis l’électricité nécessaire pour alimenter les batteries des bagnoles, on la prend où, hein ? Là, il y a une légère divergence de vues entre les “vrais écolos” et les “écolos tartuffe”. Les “vrais écolos répondront “yaka mettre des éoliennes et des panneaux solaires partout”. Les “écolos tartuffes”, quant à eux, assèneront avec la certitude qui les caractérise : “En France nous avons la chance d’avoir un gros parc de centrales nucléaires et un savoir-faire que le monde entier nous envie. Yaka construire quelques EPR de plus…”
Les “vrais écolos”, ceux des éoliennes, sont de doux rêveurs. Une éolienne ou pire, un panneau solaire, produit considérablement moins d’électricité qu’un réacteur nucléaire. A tel point que dans un contexte de “croissance” revendiquée, les nouvelles éoliennes implantées dans l’année ne compensent même pas l’accroissement de la demande d’électricité. Attention, ceci ne justifie pas pour autant de condamner ces énergies renouvelables. Mais leur développement ne peut se concevoir qu’en complément d’une réduction drastique de la consommation d’électricité. Tout le contraire de ce qui se passe en ce moment, tout le contraire aussi de la volonté politique.
Le nucléaire, c’est une autre paire de manches. Il a deux avantages, énormes : d’abord il produit beaucoup d’électricité. Ensuite, il ne rejette pas de gaz à effet de serre. Ces deux arguments sont indéniables, et exploités à foison par le redoutable lobby du nucléaire.
Le souci, c’est que ce sont ses seuls avantages. Et tout le reste, ce sont des inconvénients, dont beaucoup sont rédhibitoires.
Tout d’abord il utilise de l’uranium, combustible dont la quantité sur terre n’est pas illimitée. Il en resterait pour à peine plus longtemps que le pétrole, quelques décennies, et d’autant moins que l’on construit de nouvelles centrales à tour de bras… C’est sûrement cela qu’on l’on appelle “durable”. Contrairement aux assertions débiles de bon nombre de politiciens, principalement à l’UMP, il n’assure en aucun cas notre indépendance énergétique, puisque la France ne produit pas plus d’uranium que de pétrole, et se trouve donc contrainte d’aller piller les ressources de pays pauvres, comme la République “Démocratique” du Congo ou le Niger .
Ensuite, la production d’électricité nucléaire produit les fameux déchets radioactifs, dont personne ne sait que faire, et dont la durée de vie est de plusieurs millions d’années, autant dire l’infini à l’échelle humaine. On les rejette à la flotte, dans des futs prétendument étanches. On projette de les stocker dans le sous-sol (un exemple tout près d’ici en Moselle). Il est assez croquignol de constater qu’à notre époque où on donne une valeur à tout, personne ne se soit amusé à calculer le coût du stockage de déchets dangereux pendant… plusieurs dizaines de milliers d’années ! Sans doute cela relativiserait-il le caractère “bon marché” de l’électricité nucléaire… Sans oublier que cela s’ajouterait au coût faramineux du démantèlement des vieilles centrales, comme on peut le voir sur celle de Brennilis… A noter que des sociétés privées, comme ma grande copine Poweo, font actuellement du pognon en achetant honteusement de l’électricité nucléaire à bas coût, alors que ce coût ne reflète absolument pas la réalité, et les fortunes colossales nécessaires au démantèlement et au stockage des déchets seront payées par la collectivité. Un scandale de plus.
Un autre énorme problème concerne évidemment la sécurité. Que ce soit les fuites de produits radioactifs, la dispersion illégale dans la nature, les accidents majeurs comme Three Miles Island ou Tchernobyl, les risques sismiques ou la vulnérabilité aux attentats, il y a du souci à se faire.
Mais le pire, c’est que la filière nucléaire française semble tenue par une clique paramafieuse et prête à tout, du mensonge à la barbouzerie, pour protéger son juteux business. L’affaire de l’espionnage de personnalités de Greenpeace ou de Sortir du Nucléaire est à cet égard assez lamentable et révélateur à la fois.
Il me semble qu’il n’y a pas matière à tergiverser. On ne peut hélas pas arrêter immédiatement toutes ces centrales sous peine de plonger le pays dans le noir, mais il faut d’urgence profiter de l’opportunité de ces centrales pour faire diminuer rapidement la consommation électrique (Eh oui, décroissance encore), et de les arrêter une à une au terme normal de leur existence.
Oui, mais vous, là, les décroissants, vous ne seriez pas de simples obscurantistes revanchards, qui refusent tout progrès, et qui se réjouissent de ce qui arrive, un peu comme les curés qui se délectaient de l’épidémie de sida, à coup sûr une juste et prévisible vengeance divine contre des pervers lubriques qui n’avaient pas voulu écouter les conseils épiscopaux ? Hein ? Pire, n’êtes-vous pas les nouveaux fascistes, qui sous prétexte de préservation de l’environnement, souhaitez imposer votre mode de vie de petits frustrés à des gens qui n’en veulent pas ?
C’est, en caricaturant un peu, ce que j’ai eu la surprise de lire sur le blog de Malakine , qui est pourtant blogueur associé chez Marianne, le genre de distinction dont on m’a pourtant assuré qu’elle ne se décerne qu’à la fine fleur de l’élite des blogueurs !
Il s’attaque à Yves Cochet, qui proposait récemment d’arrêter d’encourager la natalité, puisque la surpopulation menace de devenir un problème grave. Le sujet est évidemment discutable. Mais Cochet n’est assurément pas une cible très pertinente. C’est même l’un des très rares politiciens français à faire son boulot, c’est à dire à lever la tête, tenter de prévoir l’évolution du monde, et en déduire la marche à suivre. Il est ainsi l’un des premiers (et même des seuls) à avoir compris et théorisé les enjeux de la fin du pétrole. C’est d’autant plus méritoire que la plupart de ses collègues à l’Assemblée Nationale sont des bons gros notables de droite, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur mandat, et qui sont accessoirement là pour appliquer fidèlement les directives présidentielles en évitant au maximum de réfléchir. Un bel exemple dans ce dialogue (de sourds) avec le député UMP du Tarn Bernard Carayon à propos de l’EPR.
Malakine est un excellent blogueur. Pas le genre à torcher des “billets” sans arguments, qui ne font que surfer sur le buzz ambiant. Mais autant je le suis à 100% dans sa quête de réhabilitation du protectionnisme, autant je ne le comprends plus quand il écrit “Le pétrole et le gaz sont encore abondants. Le climat reste vivable. Les hivers encore froids et les étés loin d’être systématiquement caniculaires. Et aucune pénurie d’aucune sorte ne s’est encore manifestée…” Oui, jusqu’ici, tout va bien, comme dit en passant devant chaque étage le désespéré qui vient de se jeter d’une des “Twin Towers” en flammes… Je croyais qu’il n’y avait plus que Claude Allègre et quelques cathos intégristes pour faire l’autruche à ce point ! Mais bordel, on a bouffé en 100 ans la moitié du pétrole que la terre a mis des millions d’années à créer et on va mettre moins de 40 ans pour siffler le reste ! C’est quand même parlant, non ?
“En réalité, les tenants de ces thèses ne craignent pas la fin du monde. Ils la souhaitent ! Leur projet vise tout simplement à la destruction de l’économie, de la civilisation quand ce n’est pas de l’humanité.” Affirmer que les décroissants se réjouiraient avec un rictus mauvais des retours en arrière qui se préparent, c’est un peu comme clamer que les RMistes fraudent et que les étrangers ne s’intègrent pas : même si sans chercher bien longtemps on trouve forcément des exemples qui vont dans ce sens, ils restent minoritaires et non représentatifs de la réalité…
Je suis parfaitement conscient de ce que nous allons perdre, et je le regrette infiniment. La bagnole ou l’avion ont été des inventions majeures qui ont facilité la vie à une minorité de gens. Et je ne souhaite évidemment pas la destruction de l’humanité (peut-être le fait d’en faire modestement partie me retient-il), mais une chose est sûre : je n’ai absolument pas besoin de souhaiter la destruction de l’économie et de la civilisation pour que celle-ci se produise, non par ma faute, mais bien par la faute de ceux qui la conduisent !
C’est bien beau votre décroissance, mais c’est une lubie de riches ! Comment voulez-vous expliquer aux Africains qui crèvent de faim, ou alors aux Indiens et aux Chinois qui se développent enfin, qu’il va leur falloir renoncer au confort dont nous profitons depuis notre naissance ?
Il est bien évident que c’est injuste, et que d’autre part un Africain pourra et même devra augmenter son niveau de vie sans mettre en péril l’équilibre de la planète. C’est encore une fois juste une question de répartition des richesses… La répartition actuelle est tellement inique et scandaleuse qu’il faut absolument la rééquilibrer, et c’est évidemment aux pays riches de faire l’effort. Un bon objectif serait que tous les pays respectent le consensus d’émissions maximales de CO2 par habitant…
Même Obama a répété qu’il faudrait diviser les émissions américaines de CO2 par 4 d’ici 2050. Décroissance encore ! Mais surtout voeu pieux, car strictement rien de concret n’a jamais été fait en ce sens. Georges Bush avait refusé de signer Kyoto en arguant que le mode de vie américain n’était pas négociable, une image fidèle du parfait crétin criminel qu’il était. Obama est certainement d’un autre niveau, mais pour parvenir à cet objectif, il faudrait prendre des décisions drastiques et rapides dont on ne voit pour l’instant pas le début de la queue d’une. Le même raisonnement s’applique bien sûr à Sarkozy, très fort pour faire de grands discours sur l’environnement, mais qui dans les faits n’a d’yeux que pour la “croissance” et construit des autoroutes pour la “relancer”.
La Chine est déjà en train de dépasser les États-Unis en tant que premier émetteur de CO2 au monde… Mais il est évident que c’est largement dû à la délocalisation d’une grande partie de l’industrie mondiale vers ce pays à bas salaires ! Le CO2 de la Chine est, du moins jusqu’ici, du CO2 américain, européen ou japonais déporté !
Il est totalement et strictement impossible, aussi dégueulasse que ce soit, que tous les habitants de la terre puissent un jour avoir un mode de vie “occidental” avec ses 2 4x4, ses 5 télés et ses 12 téléphones portables… Encore une fois ce n’est pas de l’idéologie, c’est simplement une limite physique des ressources de la planète. S’il n’y a qu’une bouteille d’eau pour 12 personnes, et que 2 d’entre elles en ont déjà sifflé les 3 quarts, il est vain de réclamer au non de la “justice” que les autres puissent en avoir autant !
Et quelle est la différence entre “décroissance” et “développement durable”
Le problème avec le “développement durable”, c’est que le concept a été récupéré par tous les politiciens, et totalement vidé de son sens. Dans leur bouche fétide, “développement” n’est autre qu’un synonyme de “croissance”. En gros, on continue pratiquement toutes les mêmes conneries qu’avant, et ce qu’on change, on en profite pour gagner encore plus de pognon avec ! Sarkozy ne prêche-t-il pas le développement durable ? Pour lui, cela signifie nucléaire et voiture électrique. Et accessoirement OGM et biocarburants. Mais toujours, et plus que jamais, pognon et profits. C’est à dire qu’on prétend soigner la catastrophe écologique avec exactement les mêmes buts et les mêmes moyens que ceux qui l’ont provoquée.
La décroissance, au contraire, c’est d’abord la rupture avec le dogme de la “croissance”. On s’en fout de la croissance, on ne s’en occupe plus, on se désintoxique. C’est un peu comme le slogan “une cigarette écrasée, c’est un peu de liberté gagnée”. Car force est de constater que nous sommes tous drogués à la croissance à force d’en bouffer depuis le berceau ! Quant à nos dirigeants, ce sont des cas pathologiques incurables, rappelez-vous Madame Lagarde et sa deuxième décimale …
Le mot “décroissance” fait peur, même à des “écolos”. Ils jouent avec les mots, rajoutent un qualificatif derrière… Ils parlent alors de “décroissance sectorielle”, de “décroissance matérielle”, de “décroissance des flux”. Tout cela sert surtout à se rassurer… “Oui, vous savez, il y a des secteurs qui décroîtront (le pétrole, la bagnole) et d’autres qui croîtront (les énergies renouvelable, le bâtiment). Ceux qui tiennent ce beau discours sous-entendent forcément “mais l’un dans l’autre, la croissance se poursuivra, youpi !”). Sauf qu’ils ont tort ! Les secteurs qui décroîtront sont les piliers de notre économie, qui va forcément, sous sa forme actuelle, se casser la gueule. Remplacer la bagnole par le vélo ou même les transports en commun est une forme de décroissance très sévère !
J’ai déjà dit ce que je pensais de la “décroissance matérielle”, que compenserait une “croissance des services”. Foutaise, à mon avis. Tiens, pour les fainéants qui en ont marre de la longueur de ce billet et du nombre de liens, je recopie un passage de ce billet :
“C’est mathématique et à mon sens simple à comprendre. La destination finale d’une somme d’argent quelle qu’elle soit est l’achat d’un bien matériel. C’est aussi simple que ça. Cela implique donc sa production et son utilisation. L’argent peut s’échanger, passer d’une poche à l’autre, être utilisé pour un service immatériel, mais il resurgira au final pour acheter une bagnole, une maison, une télé ou que sais-je encore. […]
Si monsieur A donne à madame B, psychanalyste, 1000 euros pour des consultations, il dépense son pognon sans trop créer de bien matériel. Madame B va ensuite donner ces 1000 euros à monsieur C, conseiller en gestion de patrimoine (qui va lui conseiller de les placer en fonds Madoff, au rendement extraordinaire et sans risque). Toujours pas de bien matériel. Mais bon, que va faire monsieur C (ou Madame D, la chaîne peut continuer un moment, mais va s’arrêter à coup sûr) avec ces 1000 euros ? Il va s’acheter une télé, pardi, une nouvelle, à 200 Hz, le top du top ! Ou alors il va emprunter de l’argent chez Natixis pour s’acheter un 4x4, dont il remboursera le crédit avec l’argent de ses clients suivants !
Et même abstraction faite des mathématiques, l’argent a toujours servi à posséder ! On ne possède pas des conseils financiers ou des cours de maths ! L’argent sert à acheter des biens matériels, et il est irréaliste de vouloir changer en quelques années une mentalité qui remonte à la nuit des temps, et qui a de plus été martelée jusqu’à l’overdose au cours de ces 50 dernières années. “
Je lance encore une fois un appel à la réfutation de cette théorie ! Et dans l’attente d’icelle, je continuerai à considérer que “croissance = augmentation de la consommation des biens matériels = augmentation de la consommation d’énergie = augmentation de la consommation de ressources naturelles = augmentation des déchets et de la pollution = pas bien et tout cas pas soutenable ni durable”. D’où la décroissance, encore elle.
La décroissance, c’est le fonds de commerce du journal éponyme. Il est en vente libre, chez tous les marchands de journaux, à côté de milliers d’autres publications qui, du “Financial Times” à “Libération”, de “Capital” à “Cosmopolitan”, en passant par “Autoplus” ou “Mobile Magazine” prônent la croissance. Un peu comme le “Plan B” pour la critique des médias, “La Décroissance” est LA référence. Et en tant que référence, il est intraitable, cruel, souvent injuste, parfois intégriste. Par exemple, j’ai déjà eu l’occasion de dire ma surprise devant un article contre les blogs . Un autre exemple intéressant, dans le numéro de ce mois, “La Décroissance” publie une charge à la Grosse Bertha contre Internet. Dont non seulement l’architecture matérielle dépenserait des quantités d’électricité inouïes, mais qui en plus ferait exploser le lien social. Et ça, le lien social, ils y tiennent à “La Décroissance”. Et il faut bien reconnaître qu’ils ont raison : par exemple la convivialité des repas de famille ou entre amis où on passe des heures à table à refaire le monde en a pris un sacré coup entre la dictature de la diététique et l’autre dictature du temps qui passe, et qui oblige la plupart des gens à bouffer un sandwich dégueulasse, ou une saloperie de plat industriel avalé en vitesse sur un coin de table avant de reprendre le sacro-saint “boulot”.
Enfin, La Décroissance se plaît à épingler ses têtes de turc habituelles, les Hulot, Voynet, Cohn-Bendit ou Arthus-Bertrand, ouvrant les yeux des naïfs qui les prendraient pour les derniers défenseurs de l’environnement…
Faisons-lui la nique, à la croissance, et instaurons la “décroissance soutenable”, que certains (et notamment “La Décroissance”), qualifient même de “joyeuse”. Cela signifie bien sûr de sortir de ce schéma travail-pognon-achat, ou naître-consommer-mourir. Le travail, il n’y en aura plus pour tout le monde, selon les normes actuelles. Et alors ? Partageons-le ! Dans un surprenant accès de lucidité, les “socialistes” avaient mis en place les “35 heures”. Mais dans un contexte de croissance, ça ne pouvait pas marcher ! Pour gagner plus, il faut travailler plus, c’est bien connu ! Depuis, la propagande libérale a remis de l’ordre là-dedans, les 35 heures peuvent être contournées, et les patrons n’ont gardé que la flexibilité qu’ils avaient arrachée en échange de la réduction du temps de travail.
Travaillons donc moins, un jour de moins pour commencer. Bien sûr, la plupart d’entre nous gagnerons moins, mais avec un dispositif de revenu minimum et maximum, cela ne changera pas radicalement les choses. D’autant que cela fera mécaniquement baisser les prix qui grèvent les portefeuilles fragiles, comme ceux du logement…
Certains pensent que la meilleure manière d’enrayer la dictature du PIB serait d’imaginer un nouvel indicateur de référence. Il en existe déjà, comme l’IDH (Indicateur de développement humain), mais sa principale composante est… le PIB ! Il y aurait certes là de quoi phosphorer, mais je pense déjà au jour où ce nouvel hypothétique indice remplacerait le PIB comme but à atteindre dans une multinationale… On nage dans la science-fiction totale !
De toute façon avec votre décroissance, on ne pourra pas nourrir tout le monde. Et ceux qui veulent limiter la population sont des fascistes et des malthusianistes, hein Cochet !
Commençons par remarquer que l’agriculture industrielle se vante de pouvoir nourrir 12 milliards de personnes, que nous ne sommes actuellement “que” 6 ou 7 milliards, mais que néanmoins 1 milliard d’entre nous ne mangent pas à leur faim, et que 17000 enfants meurent de faim tous les jours (ce qui, selon Jean Ziegler, constitue bien un assassinat). Une partie croissante des terres agricoles disponibles (et aussi celles que le défrichage des forêts rend disponibles) sert à nourrir le bétail dont les riches occidentaux se nourrissent, et de plus en plus à fabriquer des agrocarburants qui font rouler les voitures des mêmes… Avant donc de tirer des conclusions définitives sur ce sujet, il conviendrait d’abord de mieux répartir la nourriture existante…
Ensuite, si on avait seulement utilisé 10% des fortunes éhontément colossales gaspillées pour secourir des banques qui n’attendent que de pouvoir reprendre leurs forfaits , on aurait assurément pu transformer tous les Biafrais et les affamés du monde entier en diabétiques !
Il semble pourtant que si l’on consacre les terres agricoles à ce pour quoi elles sont faites, c’est-à-dire de l’agriculture vivrière locale et traditionnelle, et pas par exemple des plantations de palmiers à huile pour remplir nos réservoirs, il y ait encore de la marge.
Et je ne parle surtout pas des OGM, ces merdes que des multinationales sectaires et dangereuses (Monsanto étant la plus connue) voudraient nous fourguer, non pas comme leur propagande nauséabonde le prétend, pour nourrir la planète, car ils n’en ont rien à foutre, mais pour imposer leur brevetage du vivant et gagner beaucoup plus de milliards que les États n’en prêtent actuellement aux banques…
Et même si un jour nous nous apercevions que nous devenions trop nombreux, il serait encore temps pour des politiciens responsables de prendre des mesures qui permettraient de résoudre “en douceur” le problème, c’est à dire sans famine et sans bombes.
Vous devez être contents, avec la crise, vous l’avez, votre décroissance. Vous voyez dans quelle merde on est ?
Halte là ! Il y a un monde entre la décroissance, telle que je la souhaite, et la récession, telle que nous la subissons.
Puisque vous aimez tant vos bagnoles, prenons une image automobile. La décroissance, c’est quand on se rend compte qu’on est allé trop loin, qu’on coupe le moteur, et qu’on recule pour revenir volontairement vers un endroit plus calme. La récession, c’est quand on est allé trop loin, mais qu’on veut continuer à avancer coûte que coûte. On passe la première, on bloque le différentiel, on accélère à fond, ça fait un boucan d’enfer, ça fume de partout, ça projette de la terre et des gravillons, mais il n’y a rien à faire : on recule quand même. La même allégorie pourrait s’appliquer à ceux qui croient que lorsqu’on roule en sens inverse de sa destination, et qu’on ne veut pas reconnaître son erreur et faire demi-tour, il suffit de ralentir pour rétablir la situation…
Il est désormais de bon ton pour la télé de parler des “décroissants”, mais en prenant bien soin de montrer à quel point ils sont marginaux et ridicules. Ils vivent dans des yourtes, vont chier dans la nature, élèvent des vers de terre dans leur cuisine pour faire du compost… Qu’ils sont drôles, ma chère, mais je ne voudrais en aucun cas être comme eux ! Les politiciens s’y mettent aussi, raillant à l’occasion ces malades mentaux, “qui voudraient nous faire revenir à la diligence et à la lampe à huile” (copyright Alain Juppé, le meilleur d’entre eux…).
Si un jour nous devions en revenir à ce point, nous pourrons remercier tous les Juppé de la terre, ces politiciens irresponsables et inconséquents, qui ont tenté jusqu’au bout, alors même que la catastrophe était patente, de préserver les bénéfices de sociétés commerciales cupides. Je ne comprends pas la démarche d’un Al Gore, qui après avoir voué toute sa vie au culte de la “croissance”, commet un film qui constate les dégâts, s’érige en gourou planétaire de l’environnement, reçoit un Prix Nobel, mais se trouve incapable de comprendre que les mécanismes qui ont conduit au désastre qu’il décrit pourtant si bien sont exactement ceux qu’il a toujours défendus, qu’il défend toujours, et dont il croit même qu’ils vont désormais sauver ce qu’ils ont détruit !
Pour en revenir au début de ce billet, la décroissance est indispensable pour des raisons physiques. Mais elle ne “substitue [pas] la nature à l’homme en tant qu’objet des politiques publiques”, n’en déplaise à Malakine. Car derrière la nature il y a évidemment l’Homme. Même si l’homme disparaissait (et c’est une hypothèse d’autant moins irréaliste qu’il s’accrochera à sa “croissance” au delà du raisonnable), la planète, elle, survivrait…
Mais au-delà de cette polémique, l’intérêt de la décroissance serait de remettre volontairement un peu de raison dans ce monde complètement débile, un peu de sobriété dans un monde de délire financier, un peu de désintéressement et de solidarité dans un monde où tous les rapports humains sont marchands, un peu de conscience dans un monde où la population est conditionnée et droguée pour con-sommer sans réfléchir.
Tiens, une des plus belles conséquence de la décroissance serait la disparition de la pub, “cette pute violeuse” (© Cavanna) !
Ce monde a transformé l’individu occidental en irresponsable gâté auquel tout est dû, et qui, à condition d’en avoir les moyens financiers, peut décider d’acheter n’importe quoi, n’importe quand, d’aller passer un week-end dans l’hémisphère sud s’il le désire, ou, même s’il a des moyens financiers plus ordinaires, de manger du raisin chilien ou sud-africain en avril. Sans se poser la moindre question et encore moins éprouver la moindre culpabilité sur les conséquences environnementales de ses gestes.
Hervé Kempf explique le mécanisme de surconsommation en reprenant la théories de l’économiste américain Thorstein Veblen sur la “rivalité ostentatoire”. Traduit en français de la rue, celui que Sarkozy essaie de causer quand il est face à des prolos, ça donne “les mecs y font rien qu’acheter portnimwak pour s’la péter devant leur beauf ou leur voisin”. Le train de vie déraisonnable de l’oligarchie devient le modèle à atteindre !
Avez-vous déjà jeté un regard critique sur vous-même ? Oh, pas pour contempler dans la glace vos petits bourrelets ou votre pilosité disgracieuce dont les canons de la société de con-sommation exigent que vous vous débarrassiez sur le champ sous peine d’être totalement out… Mais plutôt sur votre mode de vie… Obligé de travailler comme des cons, de faire un boulot probablement inutile, simplement pour manger, payer votre loyer (ou votre crédit pour les privilégiés), votre bagnole (qui vous sert essentiellement à aller travailler), votre chauffage, votre téléphone portable, votre télé, votre internet… Travailler toujours plus, pas pour gagner plus, mais pour être plus profitable… Toujours se dépêcher, toujours être rentable, efficace, performant, winner, toujours subir la pression, toujours en retard, toujours stressé… Toujours sous la menace de vous faire remplacer par un plus jeune, ou par un moins payé, fût-il à l’autre bout du monde, car dans la société libérale, le transport ne coûte rien… Toujours acheter plus, plus de conneries, car si vous arrêtez d’acheter vous pouvez perdre votre boulot… Et tout ça, toujours plus, toujours plus longtemps, jusqu’à ce que mort s’ensuive… C’est la croissance…
Pourquoi s’étonner qu’il y ait autant de dépressions, autant de somnifères, autant de suicides, même sur les lieux de travail.
La croissance engendre une vie de con, de plus en plus con, puisque “de plus en plus” est son principe… Pourquoi donc vilipender ceux qui voudraient sortir de ce cercle vicieux ?
Au fait, toi, SuperNo,le donneur de leçons, es-tu irréprochable ? N’as-tu pas de voiture, ne fais-tu pas tes courses au supermarché ?
Evidemment que non je ne suis pas “irréprochable”. Comme je l’ai déjà dit, je suis davantage un décroissant croyant que pratiquant… Au moins pour l’instant. Il y a plusieurs raisons à cela. Comme des milliards d’autres, je suis drogué et enfermé dans un système travail-consommation dont il est quasiment impossible de s’échapper seul… Et d’autant moins qu’on est chargé de famille et que les autres membres sont soit encore innocents, soit beaucoup moins avancés dans leur prise de conscience. Mes efforts sont un peu du même niveau que “tout le monde”, j’essaie de faire moins de kilomètres en bagnole, j’essaie d’acheter de moins en moins dans les grandes surfaces (ce serait plus facile si les hypermarchés n’avaient tué tous les commerces de proximité), de regarder les étiquettes, de consommer local (je vais même enfin obtenir une place dans une AMAP !) J’essaie de trier mes déchets, de ne pas gaspiller l’eau, d’acheter de moins en moins de conneries… Des choses simples, ce que j’appelle des “huloteries”. J’ai au moins un avantage sur la plupart de mes concitoyens : je suis déjà résigné à ce qui nous attend. Ce sera donc moins douleureux que pour ceux qui auront été jusqu’au bout bercés par le doux chant de la croissance…
Mais il ne faut pas être angélique : il est bien évident que le salut ne viendra pas de l’addition de quelques bonnes volontés tant qu’elles seront minoritaires. J’ai à de multiples reprises fait le constat du caractère luthomictif des démarches décroissantes individuelles dans une société résolument croissante. Quand vous allez conduire vos enfants à l’école à pied, sous la pluie et dans le froid, et que vous voyez la foule des “autres”, qui vous toisent et vous éclaboussent, bien au chaud perchés dans leur 4x4, vous finissez par vous demander quel est le plus con des deux !
Pour que le modèle de la décroissance fonctionne, il doit être appliqué massivement dans les pays occidentaux. Et je suis bien conscient du caractère utopique de la chose. Il n’y aura jamais de décroissance volontaire. Il faudrait un minimum de “ferme encouragement” (une vraie prise en compte du coût du transport dans le prix des produits serait un bon début), voire une coercition. Mais la coercition, c’est mal, c’est le retour du fascisme, du communisme…
Et tant qu’il y aura des Sarkozy pour promettre de “gagner plus” et caresser les citoyens dans le sens de leur “pouvoir d’achat”, de promettre implicitement force 4x4 (attention, électriques !), télés LCD dans toutes les pièces et vacances aux Maldives trois fois par an, qui sera assez lucide pour élire un concurrent qui promettra simplement de travailler moins et de consommer moins pour vivre mieux?
Tous les partis politiques traditionnels pensent que la croissance économique est l’alpha et l’omega de la société. Bon, il y a bien Europe-Ecologie qui se démarque timidement, le “Parti de Gauche” et le “NPA” qui ont quelques spécialistes de la question et dont les dirigeants, interrogés par “La Décroissance”, répondent des trucs du genre “je ne suis pas pour la décroissance, mais…”, dont je suppose qu’il faille considérer que c’est un début encourageant…
Il faut donc saluer les quelques pionniers courageux qui tentent de monter des “Listes de la décroissance” pour les élections européennes, et qui doivent évidemment tenir un discours bien moins affriolant. Bien du courage, les gars (et les filles, y’a pas de raison) !
La société n’est assurément pas mûre pour la décroissance. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras. La tâche est immense, mais la décroissance étant inévitable, comme j’ai tenté de l’expliquer, il est important de mener l’important travail d’imprégnation et de prise de conscience. Inlassablement.
Sans cette cette prise de conscience, il y aura une longue série de récessions subies. La coercition que les grands principes philosophiques de la Liberté nous auront épargnée, la physique et la réalité nous l’imposeront. Des famines, des guerres. Des salopards qui en profiteront. Sans doute les mêmes qui ont déjà profité de la “croissance”, d’ailleurs…










YEEEHHHH !!!!!
super !!!!
Mathématiquement :
taux de croissance de 1% par an => ça double en 70 ans.
taux de croissance de 3% par an => ça double en 23 ans.
taux de croissance de 5% par an => ça double en 14 ans.
Le calcul est très simple :
q0 au début, et taux de croissance t
Au bout d’un an :
q1 = q0 x (1 + t / 100)
Au bout de 2 ans :
q2 = q1 x (1 + t / 100)
…
Il suffit de reprendre le même calcul, en partant chaque fois de la quantité q de l’année précédente, autant de fois qu’il faut pour que la quantité soit double de la quantité de départ.
(70 fois avec 1%, 23 fois avec 3% et 14 fois avec 5%)
Tout comme les intérêts sur un livret d’épargne…
“Ça” double ? Qui “ça” ? En fait n’importe quoi.
Si on prend 5% de poids en plus par an (3 kg la première année quand on pèse 60 kg => 63 kg, 3.15 kg la seconde année => 66.15 kg, etc), on pèsera 120 kg au bout de 14 ans (et on sera roulé gras…).
C’est ce qu’on appelle de l’exponentielle, en maths…
Illustration par une devinette. Un nénuphar qui double tous les jours a rempli un étang en 30 jours. Quand avait-il rempli la moitié ?
à propos de “La Décroissance” (le journal), j’aimerais me pencher de manière critique sur leurs charges contre Internet ; je les trouve un peu sévères, même si ils ont au moins en partie raison. faudra vraiment que je prenne le temps (en particulier de vérifier tous les chiffres…).
toujours dans “La Décroissance” (le journal), en décembre, ils avaient publié un encadré sur la RN116, et les habitants de village qui luttaient contre la déviation (soi-disant pour sauvegarder des crapauds ou autre petite bêbête). pour le coup, cet article était une vaste fumisterie, puisque au moins un des villages dont ils parlaient est truffé de panneaux POUR cette déviation (“Joncet, paillasson du tourisme”, pour ceux qui connaissent)
pour ma part, j’ai l’impression d’étre avec une joyeuse bande a bord d’une voiture bien au chaud, et je vois comme si j’y etais que l’autoroute ou nous roulons tous ensemble arrive dans un chemin de terre ou l’accident va se produire je veus descendre!!! mais aucune possibilité!! aucun homme politique n’explique ce a quoi nous devons nous attendre!! sont ils des cons totaux? quelle est leur part dans le desastre qui va arriver? comment le leur ferrons nous payer car ca vas étre violent, plus de chauffage,plus de véhicule,plus de tourisme,et méme les fondamentaux bouffe! qu’en sera t il ? ne croyez pas que ce soit loin; c’est pour demain ! pas dans 10 ans, demain,
@NaOH: facile, la veille : 29 jours
@superno: au fait, très bon billet, bien long comme je les aime
bravo
lorsqu’on roule en sens inverse de sa destination, et qu’on ne veut pas reconnaître son erreur et faire demi-tour, il suffit de ralentir pour rétablir la situation…
Même pas ! On nous dit qu’il faut encore accélérer !
@NaOH
Ça décape
Albert Jacquard écrivait je ne sais plus où que la croissance de 4% pendant 50 ans faisait multiplier tout par 7.
Calcul de l’exponentielle avec ta babasse : 1,04 à la puissance 50 = 7,10…
Sept fois, ça veut dire non plus quatre bagnoles pour un couple avec deux enfants, mais 28. Non plus trois repas par jour, mais 21, non plus 2000 calories, mais 14000.
Et ça veut surtout dire 7 fois plus d’énergie consommée par an… Suffit juste d’en trouver autant que ça… Peut-être du côté des satellites de Jupiter ? Paraît que c’est bourré de méthane… Y a qu’à aller le chercher… 200 milliards de barils… aucun problème, à la queue leu leu… je suis sûr que ça fait le pont entre Titan et la Terre…
Je me moque un peu, mais c’est bien ainsi que les croissants à tout prix doivent envisager les choses s’ils veulent être cohérents !
Je suis d’accord avec toi Superno. La fuite en avant ne sert à rien. Profitons de ces soubresauts du monde pour changer nos modes de vie.
Profitons de ce temps qui passe, prélassons-nous, distrayons-nous, amusons-nous, aimons-nous avant que notre planète, malade de nos activités mercantiles, suffisantes, inutiles, polluantes, ne nous saute à la figure.
Entre les éruptions de volcan, les tsunamis, les inondations, les incendies, les typhons, les tornades, cela ne suffit pas à nous poser la seule question : que faut-il que notre planète nous fasse endurer comme catastrophe, pour que nous nous rendions compte que nous avons touché le fond dans nos activités ?
Les animaux que nous sommes se sont éloignés de la terre nourricière au point de détruire la moindre parcelle de flore naturelle… A force de scier la branche sur laquelle nous sommes assis, nous allons tomber de haut, et ça va faire très mal…
Alors VIVE LA DECROISSANCE, les AMAP …(surtout celle de Metz où je prends mon panier hebdomadaire !)
Pas une virgule à changer, pas un mot à remplacer. Une petite merveille de justesse et de réalisme ce billet. Diagnostic fiable et précis. Pour la prescription, pas de problème là aussi. Pour la prise du traitement par le malade j’ai plus de doutes. Quant aux résultats, là, je suis carrément pessimiste. Je crois que le malade est fichu. Je pense que ce monde implosera, ça me parait inéluctable, nous sommes allés trop loin, le point de non retour a été atteint. Bizarrement, ça ne me fait pas peur car je ne vois pas d’autres alternatives.
rhaaaaa mais comment je vais avoir le temps de lire tout ça moi !!
bon je reviens demain …
la décroissance m’impose d’éteindre les lumières
au dodo !
Humm. je ne sais pas Superno.
J’aime bien ton post auquel j’adhère assez spontanément ainsi qu’à l’idée de décroissance.
Mais comme tu le disais, nous sommes déjà 6 milliards d’êtres humains qui doivent tous (presque) trouver de quoi subvenir à un certain nombre de besoins essentiels. Manger, se loger, se soigner, s’habiller auxquels on peut ajouter s’informer et s’instruire. Se divertir aussi ?
Enfin bref.
Là où je veux en venir, c’est la limite des biens et services susceptibles d’être échangés sachant que tout le monde ne peut pas être paysan ou maçon.
Question: comment vivent les autres ? Ou plutôt, de quoi ?
Je n’ai pas de solution…
Et je n’en vois pas y compris la “décroissance” même si cette dernière semble être la plus proche de l’objectif à atteindre. A savoir une gestion raisonnable et raisonnée des ressources disponibles.
Suis très pessimiste. Très très.
Le pib français est d’environ 86 euros par jour et par habitant. Que ce soit très mal réparti n’est pas le problème ici. Mais il y a des tas de gens à travers le monde qui vivent avec 2 - 3 euros par jour, et même moins.
Il doit bien y avoir moyen de trouver un mode de vie compris entre les 2, qui soit parfaitement vivable (mon opinion est que ça pourrait même être beaucoup mieux) et durable…
“Manger, se loger, se soigner, s’habiller auxquels on peut ajouter s’informer et s’instruire. Se divertir aussi ?”
Si nous ne faisions que ça, il n’y aurait probablement pas grand problème… Malheureusement, en réalité, ce n’est pas du tout ça, notre mode de vie !
Il suffit de songer aux fringues… Elles ne servent que très accessoirement à nous habiller. Tous les 3 mois c’est officiellement ringard, et quand bien même ça ne le serait pas, c’est de toutes façons foutu, parce que c’est précisément fait pour être très vite jeté et renouvelé. Mais on sait (savait ?) aussi produire des fringues beaucoup plus résistantes, évidemment beaucoup moins rentables (c’est le nombre qui fait le bénéf !)… Sans compter l’habituel “je n’ai plus rien à me mettre” (le drame !)…
(Krouchtchev a dit un jour, à propos des bas en nylon dont rêvaient les soviétiques : “en hiver, il fait si froid chez nous qu’il vaut mieux mettre de gros bas de laine, et en été il fait si chaud, qu’il vaut mieux ne pas porter de bas du tout”. Pour une fois, ce n’était pas idiot…)
Ça vaut pour quasiment l’ensemble de ce que nous consommons…
(Autre exemple : un moteur diesel d’autorail était révisé tous les millions de km. A 300 000 km, dans les bons cas, un moteur diesel de bagnole est mort ! Certes, les conditions d’utilisation ne sont pas les mêmes, mais ça m’étonnerait qu’elles expliquent de telles différences de longévité…).
Mon SuperNo (Scusez ce possessif, signe avant coureur d’une totale adhésion à ce que j’ai lu), voui, je suis un nouveau lecteur, amené qui plus est par Marianne, et j’ai lu au moins 13 fois le post précédent, histoire de voir si ma cyclothymie ne s’était pas aggravée brusquement. Et donc merci merci merci de verbaliser aussi bien tout ce que j’ai sur le coeur… Au point de rage et de colère où je suis vous me faites un bien fou. Surtout vous me permettez de réaliser que je ne suis pas le seul à penser ce genre d’idéal, et au delà de ce blog, d’imaginer que le futur ne sera (peut-être) pas aussi noir que je l’aurais pensé… Ouais cool. Merci encore.
Je m’aperçois que j’aurais pu faire beaucoup plus long
@NaOH
La Chine a commencé à pleurer tout récemment, quand elle est passée sous les 10%
@Bou
Si les chiffres avaient été ceux du Figaro ou de Frédéric Lefèbvre, un haussement d’épaule aurait été suffisant. Pour “La Décroissance”, on va vérifier. J’ai un gros doute sur les “datacenters”, mais bon…
bon, j’ai bien relu l’article, et leurs chiffres ne font pas tous référence aux mêmes choses et sont au final assez peu précis, de telle façon qu’il est difficile de les critiquer (j’avais commencé un truc sur le blog des clampins, et puis je me suis ravisé). Les chiffres que j’ai trouvé sur la consommation des DataCenters sont les suivants :
pour le monde : 40 à 45 TWh (année 2007)
pour l’Europe : 16 à 17 TWh (année 2007)
j’ai ensuite cherché la consommation énergétique du transport aérien en Europe : ~52 MTep (pour l’année 2007, si mes souvenirs sont bons - frêt et passagers confondus), soit un peu plus de 600 TWh ; ce qui nous fait quand même très loin de la consommation des DC, et je sais pas du tout comment on peut estimer la consommation des ordis personnels dans tout ce bazar, histoire de retomber sur les pattes du cabinet Gartner cité par le journal (mais ils donnent quand même pas les références, ces petits coquins).
Pour finir, je ne pense pas que des DC aussi gros soient nécessaires à Internet ; pour refaire de la pub à B. Bayart et sa conférence sur le Minitel 2.0, si tout le monde utilisait son ordi qu’il laisse allumé pour héberger lui-même ses vidéos, youtube et dailymotion n’existeraient pas, et n’auraient donc pas besoin de fermes de serveurs
Ah, SuperNo, le littéraire de l’alter-croissance (plus vendeur que décroissance, Super, tu devrais le savoir).
Je vais me le lire tranquillement, à tête reposée, et essayer d’y trouver les arguments qui vont me faire voter aux européennes.
Et bien sûr en diffuser le lien au max de mes contacts.
A plus.
Ce billet porte en lui sa propre contradiction: pour pouvoir le lire, il faut avoir du temps à “perdre”, et donc être déjà convaincu…
Nonobstant, comme j’ai du temps, j’apprécie beaucoup, et ne manquerai pas de l’utiliser à des fins de propagande auprès de mes proches.
Halleluiah!!
SuperNo, rappelle-moi que je dois te demande en mariage quand tu reviendras dans notre Bretagne…
J’ai 53 ans, j’avais 17 ans en 1973, lorsqu’un doux félé du nom de René Dumont s’est mis à promouvoir la vente des pommes (bio) en profitant des présidentielles.
Cà s’appelait les Amis de la Terre, on se réunissait sur une péniche avant d’aller coller des affiches.
Il y avait Pierre Fournier et l’hebdo “La Gueule Ouverte” (le journal qui annonce la fin du monde). J’ai encore tous les numéros…
Et il y avait un livre effroyable : “L’utopie ou la mort”, le manifeste du mouvement écologique soutenant la campagne de René Dumont. L’utopie (u-topia) ce n’est pas l’impossible, c’est le non-encore-réalisé, l’endroit de nulle part, selon Thomas Moore, créateur du mot au XVIIIème siècle (ou à peu près)
Ce bouquin, je l’ai relu il y a deux ans, ca n’a pas pris une ride (à part le style). J’envisage de le scanner (mais j’ai peur de l’abimer) et de le mettre en ligne.
On nous traitait de charlots passéistes crasseux, mais trente ans après c’est ki ki avait raison, hein?
Trente ans pour en arriver là : le capitalisme qui récupère l’écologie pour sauver sa peau et son porte-monnaie.
Philosophiquement, il semble malheureusement qu’il n’y a pas d’autres solutions, à moins de le faire, ce “Grand Soir où on pendra le dernier capitaliste avec les tripes du dernier économiste”, puisque l’économiste est devenu le nouvel évèque, le gardien de la vérité révélée…
En l’attendant, ce Grand Soir, j’essaye d’être moins con : je bois de la bière bio en regardant la Star Ac’ et le foot sur un poste de télé de récupération dont l’électricité est fourni par ma belle-mère qui pédale.
Non, je déconne, j’ai plus de belle-mère…
Je ne sais pas si tu vas me croire, mais j’ai participé hier à Bruxelles à une réunion dont le titre était “redefining growth and prosperity” (redéfinir la croissance et la prospérité) organisée à la délégation Autrichienne à l’Union Européenne avec la participation du Royaume Uni.
L’un des intervenant principaux a été Tim Jackson, professeur d’Université et auteur d’un excellent livre disponible en ligne, “Prosperity without growth ?” (“la prospérité sans la croissance ?” disponible gratuitement sur “http://www.sd-commission.org.uk/pages/redefining-prosperity.html” même pour ceux qui ne maitrisent pas trop l’anglais, il y a des graphiques trés parlants).
Et bien, les conclusions faisaient l’unanimité parmi les participants venus de tous les horizons Européens (y compris des fonctionnaires Européens): notre modèle de société basé sur une croissance infinie dans un monde fini ne peut pas durer. Un fonctionnaire Européen a même fait une comparaison provocatrice avec le cancer dans le corps humain qui croît également avec pour issue certaine s’il n’est pas traité rapidement, la mort.
Un participant a également fait remarquer que le dogme de la croissance est tellement ancré dans les esprits que la seule façon acceptable et démocratique de faire changer la société serait de réutiliser le mot en lui ajoutant le qualificatif de “qualitatif” en parlant dorénavant de “croissance qualitative” par opposition à la “croissance quantitative” actuelle.
Enfin, peu importe les mots, ce qui compte c’est qu’on y aille, le plus vite possible et avec le moins de douleur possible.
On peut donc dire que la décroissance n’est même plus un sujet tabou à Bruxelles!
Il y a d’ailleurs de nombreuses contributions interessantes sur le site “http://www.beyond-gdp.eu” supporté par l’UE. Par exemple ce document du Conseil Economique et Social Européen disponible en Français “http://www.beyond-gdp.eu/download/bgdp_AC_ces1669-2008_fr.pdf” )
Si tous les gouvernements du monde avaient réfléchi à un autre type de globalisation qu’économique, nous n’en serions pas là.
Déjà il y a 15ans de cela (et pourtant j’ai 27ans), j’apprenais en cours d’histoire qu’il n’y avait plus de pétrole et qu’il fallait trouver le plus rapidement possible une solution.
15ans après, toujours rien !
Je ne crois pas totalement à la décroissance proposée ici, elle est trop extrême, pas en terme de consommation. Au contraire, j’ai conscience que nous allons à notre perte à toujours travailler plus pour gagner plus pour consommer plus. Est-ce la finalité de l’homme ? consommer ? Au secours !
Mais cette décroissance est trop pessimiste. J’ai confiance aux chercheurs à qui on file des ronds que lorsque nous avons besoin d’une évolution. Justement, je ne comprends pas qu’on ne les aide pas. Ma soeur fait une thèse en chimie et travaille sur les plastiques. Elle galère pour qu’on lui paye du matériel adéquat.
Pourquoi il a plus d’un siècle, les moteurs étaient à la vapeur d’eau et aujourd’hui on ne saurait pas bosser là dessus ?
Et on ne saurait pas trouver un substitut au plastique ?
Mon oeil !
Les géants ont tellement envie de garder leur pognon qu’ils ne bougeront pas le petit doigt. Mais un puits ça se tarit. Et le jour où tous les puits seront vides et que leurs poches ne se rempliront plus du tout, là je prédis le lynchage entre eux. Si un crocodile n’a plus rien à bouffer, il mangera son pote crocodile.
“J’ai confiance aux chercheurs”
Aucun chercheur sérieux n’a aujourd’hui la moindre raison de mettre en doute les principales lois de la physique (la thermodynamique, la méca quantique, etc.) tellement elles sont confirmées par toutes les expériences qu’ils peuvent faire.
Et ce sont précisément ces mêmes lois qui nous indiquent que nous allons inéluctablement droit dans le mur si nous continuons sur notre lancée…
Ça ne veut pas dire que ces lois sont immuables et que nous savons tout, mais nous ne pouvons en aucune manière compter sur une éventuelle reconstruction complète de toute la physique dans un avenir proche : il n’y a pas l’ombre d’un indice (une expérience qui mettrait un phénomène inconnu et non explicable en évidence) qui rendrait cela nécessaire…
peut-être, mais, avant, les crocodiles auront tout bouffer ce qui n’est pas crocodile.
Comme d’hab, excellent, merci SuperNo.
Je voudrais juste faire part de mon expérience personnelle :
Il y a quelque jours, dans une librairie, ma chère et tendre me demande quels livres j’ai pris. Je lui montre “La décroissance pour tous” de N. Ridoux et “La Dissociété” de Généreux. Elle fait un grimace indéfinissable. Je lui demande de préciser, elle me dit en gros : “Toujours tes trucs de RABATS-JOIE…”.
Voilà comment la décroissance est perçue : rabat-joie.
Plus tard, après avoir feuilleté quelques pages du premier bouquin, elle m’a quand-même dit : “En fait je suis contente que tu lises ça, ça veut dire que tu t’intéresses aux humains plutôt qu’aux choses”.
Une petite lueur d’espoir…
Il serait intéressant d’avoir des précisions sur cette “joie” que la décroissance est censée rabattre… (à mon avis, c’est une des questions de fond).
Les gens s’imaginent que décroissance signifie retour à la Grotte de Lascaux.
Au moins leur papier-peint n’était pas fait de motifs répétitifs comme les barreaux d’une prison…
Excellent Billet de SuperNo qui résume à lui tout seul l’alternative à laquelle nous sommes confrontés tout en apportant les réponses classiques auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés par nos interlocuteurs croissancistes.
La grande question que je me pose quotidiennement est “Mais bon dieu pour quelles raisons nos dirigeants ne réagissent ils pas alors même qu’ils sont en possession de toutes les informations reprises en partie dans ce blog?”
1)Inconscience stupide & mortifère?
2)Croyance totale dans la science & la technique qui vont trouver la solution pour nous sauver?
3)Se faire un max de blé avant la chute pour se réfugier ensuite dans quelques paradis hyper protégés?
4)Rien à foutre car ce sont des extra terrestres qui peuvent vivre allègrement dans une atmosphère irradiée, pesticidée et OGMisé?
5)autres?
Merci de me répondre
Superno, comme certains, je suis arrivé sur ce blog par Marianne. je suis devenu un lecteur quotidien assidu de tes billets. J’apprécie tout particulièrement la rigueur scientifique mais aussi le ton et l’écriture, preuve qu’un rationnel est aussi capable de littérature et d’émotion. Les démonstrations sont rigoureuses, argumentées, ordonnées, illustrées. Bref, tout ce que je n’arrivais pas à exprimer jusqu’à présent est enfin verbalisé et clairement énoncé.
Malgré le pessimisme que la situation actuelle peut engendrer, je vois un espoir dans ces convergences d’idées que les nombreux commentaires font apparaître chaque jour. Bonne continuation (et ça n’est pas qu’une formule de politesse).
Il faudrait d’ailleurs, un jour, se pencher sur l’insidieuse campagne de désinformation bien en place autour de ce thème de la décroissance. Qui n’a pas vu l’un de ces reportages sur ces extrémistes qui vivent dans des bidonvilles new-ages, se lavent visiblement une fois par semaine et semblent passer leur temps dans les supermarchés pour montrer combien il est con d’y aller ? Mon post peut sembler futile en comparaison du fond, mais le caractère caricatural de ces reportages tend singulièrement à me rappeler quelques campagnes de désinformation organisées en des temps bien sombres. Entre l’extrémisme et le bon sens (fort bien exprimé dans ton billet superno) il me semble y avoir, pourtant, une marge applicable à chacun, sans que l’on soit obligés de se transformer en gueux haineux.
Quel plaidoyer !
Moi aussi, j’aurais beaucoup à dire et comme j’ai déjà beaucoup écrit sur le sujet, je ne sais pas par où commencer.
Déjà, je tiens à souligner que je ne prends pas du tout ces sujets là à la légère. Je ne fais pas du tout dans le déni de réalité. La question de la finitude des ressources est pour moi LA question à résoudre, car c’est le seul argument sérieux pour contredire notre (à nous les protectionniste) proposition de relance par la demande globale. C’est pourquoi, j’ai beaucoup réfléchis, lu et écrit ces derniers temps sur ce sujet. Je me suis notamment tapé le dernier Kempf (sans intérêt) et Jancovici (intéressant mais terrifiant) que tu cites.
A priori ces idées me font froid dans le dos. Je ne suis pas du tout convaincu ni par le fondement théorique (toute croissance revient à une consommation de ressources) ni par la motivation (pourquoi ce thème vient maintenant alors que l’écologie n’a rien à voir dans la crise?) ni par les ressorts psychologiques auquel tout ça fait appel (une pulsion d’autodestruction qui peut s’expliquer face à une solution qui semble sans issue faute d’alternative)
Mais surtout ce qui me heurte dans ces théories, c’est leur coté totalement inopérant. Tout cela conduit à faire comme ce prof que je cite dans mon billet sur la “preste verte” à observer les dégâts de la crise avec un petit sourire satisfait et c’est tout ! Il n’y a aucune perspective positive derrière ces théories !
C’est pourquoi j’ai voulu bâtir un théorie qui puisse concilier protectionnisme kéynesien et protection des ressources. J’ai commencé avec une série de longs billets dans lequel j’essaie de dégager une voie raisonnable et responsable. J’aimerais bien savoir ce que tu en penses. Peut-être au fond ne sommes nous pas si éloignés et que nous différons surtout sur le vocabulaire et l’échéance.
En tout cas, j’aimerais beaucoup en discuter de vive voix avec toi. Peut-être Jeudi à Marianne2 … ou peut-être ici puisqu’apparemment nous résidons dans la même ville.
Je ne suis pas du tout convaincu ni par le fondement théorique (toute croissance revient à une consommation de ressources)…
Il faudrait un contre-exemple, où il y aurait croissance sans consommation de ressources, en dernier ressort…
Décidemment, je suis ravi d’avoir découvert ton blog SuperNo ! Brillante analyse de la situation, humour noir , pertinence des propos, y’ a rien à jeter !
La prise de conscience des gens est fort longue et c’est un travail de titant d’ évoquer la décroissance auprès de nos concitoyens…Pendant ce temps, la planète s’enfonce de plus en plus dans un naufrage sans nom, les clignotants sont au rouge partout et les naîfs gobent toutes les fausses solutions de greenwashing…
Bientôt, 9 milliards, ça va faire mal, très mal…Accrochez vos ceintures ! Il restera nos souvenirs et nos espoirs décus d’un monde qui aurait pu être une idée du paradis
Ben putain…. Je viens de finir les deux livres d’hervé Kempf “comment les riches détruisent la planète” et “pour sauver la planète sortez du capitalisme” et SuperNo qui me fait un article SuperPointu sur le sujet…
Chapeau bas, c’est un très bon billet!
@Remifasol
J’espère que nous serons bientôt (à la rentrée) compagnons de panier !
@Roger Jolly
Tu as dû remarquer que je suis aussi très pessimiste. Non pas tant sur la capacité de la terre à nourrir 12 milliards de personnes (enfin, 9 en 2050), que sur la possibilité que la désintoxication de la société de con-sommation à outrance se passe en douceur
@NaOH
Ceux qui vivent avec 2 ou 3 euros par jour n’ont sans doute pas 500, 1000 ou 2000 euros de loyer par mois à sortir pour se loger, ou 5 euros à payer pour un kg de tomates
@Manureva
euh… de rien !
@Chalonnais
C’est joli, altercroissance, mais ça fleure tout de même bon la tartufferie ! Cela dit, les “Croissants” utilisent à fond le marketing et la propagande pour endoctriner, nous devrions, au moins dans une certaine mesure, les imiter.
@Bo
Et pour l’écrire, je ne te raconte même pas
@Cptbeaujol

La polygamie est autorisée en Bretagne ? J’ai pas de souvenir de ça ! D’autre part mon hétérosexualité n’est pas négociable
En 2009 alors qu’une timide prise de conscience a eu lieu, on voit comment la décroissance est marginale. Alors en 1974, les gens que tu cites étaient carrément des héros
Pour scanner une page d’un livre sans l’abimer, un appareil photo numérique peut-être très efficace !
@Chtilucru

Mais si je te crois ! Ca m’a l’air intéressant, ton boulot : on s’inscrit où
Merci pour les liens, très instructif effectivement. On peut juste remarquer comme il est cocasse qu’il soit nécessaire de faire tout un tintouin avec conférence à Bruxelles pour certifier un phénomène que ma fille de 6 ans et demi comprend tout à fait !
Et il est tout aussi cocasse de constater que malgré toutes les conférences du monde, nos dirigeants s’en branlent complètement et se réjouissent déjà (comme l’austère Fillon ce matin chez Demorand) d’un hypothétique “retour de la croissance, ouais, youpi, champagne” que nous prévisionnistes semblent d’accord pour prévoir en 2010 (c’est à dire que ça les arrange, et que l’un d’entre eux le dit, que tous les autres le répètent, et que ça devient donc une certitude !)
@Lady Chester
Si la décroissance est “trop extrême”, comme le choc d’une bagnole dans un mur, c’est que le conducteur a freiné trop tard !
Sans blague ! Et tu la produis comment, la vapeur ? En soufflant quand il fait froid ? Ou alors avec du charbon comme au XIXème siècle, ou avec une centrale nucléaire, comme maintenant ?
Oh, si… Mais un substitut qui en ait toutes les propriétés physiques, que l’on puisse produire en quantité astronomique (de mémoire 300 millions de tonnes par an), à un coût ridicule, et avec l’énergie nécessaire pour le produire qui est en rupture définitive de stock, c’est une bonne définition de la “foi du charbonnier !”
@Fab
Merde, on est mariés à la même
@Freddi
Les 3 premières propositions me semblent probables
@Malakine
Rhâââh, j’aimerais bien te répondre maintenant, mais ce satané temps me presse ! Je te confirme néanmoins que je devrais être demain soir au pince-fesses de Marianne, et que je serais ravi de discuter avec toi !
@Rodbernard
Je transmets immediatement ton commentaire à SuperNonotte, qui croit que je passe stérilement du temps devant mon PC à écrire des bêtises qui n’intéressent que moi, au lieu de … tondre la pelouse par exemple
Tiens, j’ai reçu une pub édifiante ce matin, je vous en fais profiter : 2 téléphones dont un pur marketing, mauvaise imitation du iphone pour 1 euro !

@ NaOH
Tout simplement en reprenant l’exemple de superno : “Si monsieur A donne à madame B, psychanalyste, 1000 euros pour des consultations, il dépense son pognon sans trop créer de bien matériel. Madame B va ensuite donner ces 1000 euros à monsieur C, conseiller en gestion de patrimoine (qui va lui conseiller de les placer en fonds Madoff, au rendement extraordinaire et sans risque). Toujours pas de bien matériel. Mais bon, que va faire monsieur C (ou Madame D, la chaîne peut continuer un moment, mais va s’arrêter à coup sûr) avec ces 1000 euros ? Il va s’acheter une télé, pardi, une nouvelle, à 200 Hz, le top du top ! Ou alors il va emprunter de l’argent chez Natixis pour s’acheter un 4x4, dont il remboursera le crédit avec l’argent de ses clients suivants !”
Si tu considères comme Jancovici que le PIB c’est l’échange de la monnaie (ce qu’il appelle les coquillages), c’est les flux entre les acteurs économiques, la croissance se manifeste quand ces flux s’accélèrent. Or si tu reprends l’exemple, tu as 3000 de flux pour 1000 de consommation matérielle, et encore dans les 1000 de consommation, il y a aussi du service (marketing, commercial, développement…)
Ce qui compte vraiment c’est la consommation d’énergie et de matière. Faire l’équation croissance = plus de consommation de ressources ça revient à considérer que l’intégralité de l’économie est matérielle. C’est le cas dans une économie rudimentaire et l’exemple développé à longueur de pages par Jancovici dans son bouquin (les pirogues, les poissons ect) mais c’est très réducteurs dans une économies avec une forte proportion de services.
Pour ma part, je parlerais volontiers d’une économie sobre mais je récuse le terme de décroissance car il rejette le bébé économie avec le bain du capitalisme mondialisé. Dans mon essai de construction idéologique, je parle d’un “protectionnisme de civilisation” qui viserait à maintenir les systèmes en équilibre stable pour garantir leur pérennité dans le temps, et ce pour l’économie, le social comme pour l’écologie.
@ Superno
Ravi de pouvoir te rencontrer demain soir.
Stigmatiser les flux économiques entre
Avec ce raisonnement, il suffit de rajouter un zéro à tous les nombres, et le PIB est automatiquement multiplié par 10 !
Croissance de 1000% ! Et alors ? Ça a quel sens ?
@Malakine
Tu comptes les flux comme un bankster : sur les mille euros du départ, la psychanalyste va croûter un peu (biens matériels), le conseiller en Madoff va croûter grave, Madoff lui-même va remplacer les robinets de sa salle de bains, remplir la baignoire de champagne, distribuer un peu à ses potes, qui vont faire le plein de leur bateau etc.
Je ne vois pas où tu vas chercher les trois mille euros de flux. En tout état de cause, les mille euros du début vont être consommés en biens matériels.
Quand les yuppies de la bulle troo-du-cul.com comptaient leurs salaires en Z1, ils achetaient des Z1 et les faisaient rouler.
@superno : ça me fait penser au film Retour vers le futur pour l’usage du nucléaire dans la Dolorean.
@Malakine
Pschitt,Boum,Klang !!
Voila que vous venez de créer ex nihilo sans dépense d’énergie ni création d’entropie un boite de conseils, une agence de marketing, et un département commercial.
Bravo!
Je vous accorde que ma caricature est moins soft que votre démonstration pseudo scientifique.
Voila que vous venez de créer ex nihilo sans dépense d’énergie ni création d’entropie un boite de conseils, une agence de marketing, et un département commercial.
… et le chiffre d’affaires qui va avec, bravo !
Rassurez vous @Fab et @superno, j’ai la même à la maison(sans parler de la fille ado qui est obsédée par le dernier Ipod et la nouvelle Nintendo DS). Je les gonfle avec la décroissance et la télé de 17 ans et la voiture de 230.000km. Ce qui me donne de l’espoir c’est que ma femme vote vert (alors que je vote MODEM-CAP21 pour rappel…).
Plus sérieusement, je m’intéresse beaucoup aux statistiques et je me rencontre souvent les institutions Européennes pour le boulot. Jusque quelques statistiques qui montrent clairement la situation et le mur que l’on va très bientôt se prendre dans la figure si on ne change pas:
- Le “panorama des statistiques du transport” de l’UE montre que chaque jour, l’équivalent d’une tonne de marchandise voyage 23km pour subvenir à la con-sommation personnelle d’un Européen moyen, soit une augmentation de 31% en 10 ans (voir page 69 http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-DA-07-001/EN/KS-DA-07-001-EN.PDF)
- un Européen moyen utilise chaque jour l’équivalent de 120kg de matières premières pour subvenir à sa frénésie de con-sommation – on estime que 15kg serait soutenable (un africain n’utilise aujourd’hui que 7kg)
- last but not least, aujourd’hui, pour un dollar de PIB mondial, 768g d’équivalent CO2 sont produits. Si on veut limiter la concentration en CO2 de l’atmosphère à 450ppm en 2050 (seul moyen de limiter l’augmentation globale de température à 2 degrés), alors avec 9 milliards d’habitants et une croissance qui continuerait comme depuis le début du 21e siècle, il faudrait passer à 36g de CO2 par dollar de PIB, soit une division par 21 du “poids en carbone d’un dollar”. Autrement dit, même avec une utilisation massive des énergies renouvelables et du nucléaire, ça n’est pas possible. Le seul espoir est une diminution drastique du PIB, donc une décroissance (voir graphique page 55-57 du rapport “prosperity without growth” sur “http://www.sd-commission.org.uk/publications/downloads/prosperity_without_growth_report.pdf”).
@superno: j’ai désactivé les liens, car ils étaient automatiquement réorientés vers ton blog (avec l’ajout automatique à la sauvegarde du tag -a href=”” rel=”nofollow”-).
“Je les gonfle avec la décroissance et […] je vote MODEM-CAP21 pour rappel…”
alors ça, c’est le genre de truc qui me perce le fondement…
Eh oui, même une société de service pure a des locaux à chauffer et entretenir, une consommation astronomique de papier, une armée de PC, de portables à faire tourner, une flotte de commerciaux qui parcourent des kilomètres de gazole tous les jours, des pubs sur papier à distribuer, etc…
Quel beau billet, bravo! Je l’ai lu ce midi et il m’a pas mal travaillé depuis.
J’ai l’impression que ça fait un peu bilan de ta pensée (et éclaircissement de la mienne par la même occasion!), j’espère que tu auras encore des choses à nous dire quand même!
Sur la question de la vision de la décroissance véhiculée par les médias : non, frenchfrog, je ne pense pas que c’est un problème secondaire mais au contraire carrément fondamental. Ce qui explique le mieux selon moi l’aveuglement suicidaire dans lequel on se trouve est bien l’endoctrinement médiatique avilissant et au profit, bizarrement, des mêmes personnes qui se trouvent être ceux qui profitent de nos sociétés de croissance sans limite. Je crois que c’est Chomsky qui disait que tout militant doit, après son thème de prédilection, se préoccuper de la question des médias… à méditer. D’où toute l’importance de nouveaux espaces de débats de qualité comme ici-même.
Très bon billet, mais bon, je peux pas t’applaudir… j’ai un 4X4!!!
Malakine : “pourquoi ce thème vient maintenant alors que l’écologie n’a rien à voir dans la crise?”
rien à voir avec la crise, si ce n’est que cette dernière peut être une chance (aurait pu ?)
SuperNo : “Tu as dû remarquer que je suis aussi très pessimiste. Non pas tant sur la capacité de la terre à nourrir 12 milliards de personnes (enfin, 9 en 2050),”
alors, là, je n’y crois pas du tout, mais alors, pas du tout.
on est bien d’accord pour dire qu’il faut abandonner l’agriculture intensive (qui empoisonne la terre, l’eau, les insectes et tout ce qu’elle produit) ?
même si on devient tous végétairens, même si on n’utilise plus de terres cultivables pour de l’agro-carburant, ceci ne compensera pas cela.
d’autant plus qu’avec le dérèglement climatique de + en + de terres vont être inondées ou transformées en désert.
à l’échelle de la planète, nous serons 12 milliards dans une seconde environ.
même en admettant que l’on puisse nourrir tout le monde (ce qui, pourtant, n’est pas le cas actuellement… oui, oui, je sais… mauvaise répartition…. je ne vois pas le début du plus petit comencement d’une meilleure répartition, alors que des sal-pards de spéculateurs s’en mettent plein les poches en trafiquant sur les denrées alimentaires de base…)
je disais :
au rythme où nous allons, à l’échelle de la vie de la planète, nous serons 12 milliards de terriens dans une seconde.
On fait quoi dans deux secondes ?
On laisse le problème à nos descendants ? comme d’hab ?
la décroissance, c’est aussi celle de la démographie.
@Malakine
(Brièvement, encore…)
C’est un espèce de résumé de tout ce que j’ai pu dire sur le sujet depuis les débuts de ce blog. Dans le petit billet que j’avais fait sur Monory, les commentaires sont partis en sucette sur la décroissance, et je me suis aperçu que beaucoup de mes “nouveaux lecteurs” n’étaient pas “à jour”. Voilà.
L’écologie n’a peut-être rien à voir avec la “crise”, mais les mécanismes qui ont conduit à la crise financière (la “croissance à tout prix”, la cupidité, la tentative de remplacer le réel par du virtuel pour gagner plus) sont les mêmes que ceux qui provoquent les reculs sociaux, le pillage méthodique des ressources et la dégradation continue de l’environnement. Et elle fournit un prétexte en or pour s’asseoir sur la prise en compte de l’environnement dans la politique (Le “Grenelle” bafoué par le “plan de relance”, les milliards à l’automobile…)
Le bouquin de Kempf ne m’a pas paru du tout inintéressant, au contraire, il a des qualités didactiques indéniables. Je n’ai hélas pas lu celui de Jancovici, et je pense que je vais devoir y remédier
Cela dit, je connais bien les théories de Jancovici, je l’ai vu en conférence, et au début je les ai aussi prises comme un coup de poing dans l’estomac. Il établissait une relation parfaitement corrélée entre “croissance” et “émissions de gaz à effet de serre” http://www.manicore.com/documentation/serre/croissance.html
Sur la corrélation entre croissance du PIB et croissance matérielle, j’en étais resté à ça : http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-grenelle/jancovici-complts.pdf (bon courage pour la lecture !)
Pour le reste, je te reconfirme que je n’ai aucune pulsion d’autodestruction, je suis convaincu que l’humanité pourrait s’en sortir à condition d’entreprendre rapidement la voie qui s’impose (celle de la décroissance), et tant qu’à détruire, je préfèrerais détruire ce (et ceux, si nécessaire !) qui nous envoie dans le mur ! Mais je suis aussi convaincu que c’est la “croissance à tout prix qui va l’emporter jusqu’à ce que… la réalité reprenne le dessus…
@Cynik
Un seul ? Pfff, après on s’étonne que l’industrie soit dans la mouise…
@NaOH
Ca, ça s’appelle de l’inflation, pas de la croissance !
Ben pour en rajouter sur la criiiise, je pense que la décroissance a déjà commencé malgré la propagande médiatique. La propagande, c’est tout ce qui leur reste pour tenter de nous présenter un monde virtuel. Tels qu’ils continuent à le rêver.
La géopolitique vient d’être contrainte d’évoluer sous la pression de la crise.
Quand on a plus de thunes, on commence par tailler dans l’arsenal de dissuasion nucléaire, et on nous le présente comme une magnifique initiative de paix. En fait, c’est bien parce que ça coûte trop cher en ces temps troublés, et que ça fait économiser des centaines de milliards (en maintenance et entretien, machin et tout)au budget fédéral US. Ca commence comme ça, ce n’est que le début! Bientôt, le reste suivra.
Pour ceux que ça intéresse, une petite analyse géopolitique:
http://www.voltairenet.org/article159805.html
Bizarrement (hem…) peu de politiqes semblent se rendre compte que le libre échange est incompatible avec la sauvegarde du climat. Enfin cela génère tellement de profits. Mais, mettre fin au libre échange et à l’abus de transports en touts genres, au niveau mondial comme au niveau local
Ceux qui comme moi sont obligé de faire 50km pour aller travailler le savent. C’est une aberration, je croise des milliers de bagnoles (sans compter celles qui vont dans le même sens que moi) alors qu chacun ne rêve que de pouvoir aller travailler à pieds, à vélo ou en bus.
Les USA sont au bout du rouleau, ils ne vont pas faire long feu, car pour l’instant leur système et son idéologie ne tiennent plus que par la propagande et le mensonge (modification des règle comptables des banques US).Par habitude aussi.
Ici, il y a 2 textes très intelligents sur l’état de l’Empire, ils sont très intelligemment foutus:
http://www.orbite.info/traductions/dmitry_orlov/index.html
J’incite le taulier à les lire, à commencer par le plus ancien, “combler le retard d’effondrement”, et l’autre ensuite.
SuperNo, et spécialement pour SuperNonotte : je vous conseille une matinée au jardin LPO de 54Nord : ils vous diront tout sur le désert de biodiversité que représentent les pelouses …Je rappelle aussi qu’on peut déclarer son territoire “protégé” même si c’est un balcon, toujours chez LPO. (Pas forcé de laisser la jungle et d’avoir des problèmes de voisinage !) Et si vous cherchez le rapport avec la décroissance, je parle ici de la décroissance de l’espace de vie des êtres vivants qui partagent de moins en moins notre planète. C’était Radio Londres des animaux Je rends l’antenne A vous les studios …
A part ça : Beau travail mon petit SuperNo ! Synthése assez exhaustive. Certains aspects ont été laissés de côté (philosophie du peu, enjeu sociologique et écologique), mais pour un début , c’est un bon début ….
Non, mais tu croyais pas que j’allais donner une note à ton billet ?
Dans ma décroissance à moi, il y a aussi décroissance de concurrence …
J’ai lu le billet de Malakine sur la décroissance avant celui çi, j’ai commencé à lire les autres aussi “A la recherche de l’alternative” et là je trouve que vous avez un peu les mêmes idées. Mais j’ai été étonnée sur votre billet sur la décroissance Malakine, vous parlez des décroissants de façon presque violente, ils voudraient la fin du monde? (certains, c’est sur) ils ont plutôt peur que ça arrive plus tôt que prévu si on ne change pas nos comportements et même si on est “pour” la décroissance, ça n’exclut pas que ça nous “emmerde” autant que vous (enfin si j’ai bien compris vous n’y êtes pas opposé) ou que les fans de croissance.
Je lis vos billets à tous les deux avec intérêt, d’ailleurs j’y retourne.
@ Crevette merci pour les liens, c’étaient des articles très intéressants et instructifs!
Petit hors sujet mais comment va Vince? ça fait longtemps que je ne l’ai pas lu… Molex aussi, mais en voyant les infos, je me doute qu’il doit être occupé, bon courage Molex.
Bonjour à tous,
Bonjour à toi cher SuperNo,
Voici donc en partie l’explication du nombre limité de tes billets ces derniers jours (quand je dis « limité », tout est relatif, car tu m’épates par ta prose prolifique), tu nous préparais le fameux billet dédié à la décroissance que tu avais promis. Billet qui en appelle d’autres car celui-ci aurait effectivement pu être beaucoup plus long tant il est difficile d’expliquer les choses et convaincre en quelques mots les électeurs et consommateurs que nous sommes tous.
Déjà plus de 600 lectures à l’heure où je commence à écrire mon commentaire (1500 à l’heure où je reprends l’écriture !), c’est très encourageant, même si, comme tu le dis bien souvent, la majorité des gens qui te lisent ou que tu croises au cours de conférences (pas les tiennes de conférences hein, enfin pas encore !) sont déjà des convaincus.
J’ai découvert ton blog un fameux 29 janvier 2009. Depuis, j’ai découvert tes idées en récupérant une partie de mon retard par la lecture de nombreux billets écrits depuis plus de 2 ans. Je suis maintenant un accro et j’ai (presque) besoin de ma dose quotidienne de SuperNo.
Dans le « tous » de « Bonjour à tous », il y a ceux qui ne feront que passer sur ce blog (sans doute ceux qu’il faudrait convaincre pourtant) et il y a les habitués, activistes du blog ou anonymes comme moi jusqu’à aujourd’hui. Au risque que certains pensent que je tombe dans le sentimentalisme, je peux dire que je suis heureux d’avoir trouvé ici une « communauté » dont je partage tant d’idées, et je suis rassuré en voyant chaque jour que je n’ai pas rêvé la veille : il y a bien des gens qui ont les mêmes yeux ouverts.
A ma petite échelle, je vais donc proposer quelques remarques sur ton billet, et une des suites possibles au débat.
Les remarques.
Tu cites Jean-Marc Jancovici. Je peux dire que c’est en dévorant les pages de son site et de ses bouquins que s’est déclenchée ma prise de conscience. D’ailleurs, le jour où j’ai découvert ton blog, la présence du lien vers manicore.com a contribué à ce que je reste ici, et mon intuition ne m’a pas trompé ! Depuis, j’ai eu évidemment bien d’autres lectures, mais je reste un fidèle de Janco. Je lui dois une renaissance, et mes convictions ont bien évolué depuis, je n’aurais même peut-être jamais découvert ce blog sans lui, qui sait ? Bref, mes références chiffrées proviennent bien souvent de ses analyses et autres « calculs de coins de table ».
« La propagande des compagnies pétrolières au sujet des réserves de pétrole. »
Christophe de Margerie, le PDG de Total, multiplie les déclarations sur un plafonnement de la production d’ici à 2015 sous les 95 millions de barils par jour. Shell considère que le scénario «continuer sans rien changer» conduit à une situation ingérable avant 2020. Et pourquoi croyez-vous que le patron d’Exxon se dise favorable à la taxe carbone ?
Entendons-nous bien, je suis le premier à penser que toutes ces personnes si bien intentionnées ne font pas ces déclarations par pure philanthropie, mais probablement dans le but de pouvoir continuer leur business tranquillement et le plus longtemps possible. Il n’empêche que les pétroliers sont les mieux placés pour savoir que le peak oil, c’est pour demain, sinon qu’on y est déjà. Certains pétroliers commencent à le dire, peut-être derrière un discours polissé, mais ils le disent, et les gouvernants ne veulent pas l’entendre, pas plus que les électeurs-consommateurs (à part quelques clampins). Celui ou celle qui n’a jamais entendu parler de pétrole consommé, réserves prouvées, réserves probables et possibles peut lire cette page. On comprend tout de suite mieux de quoi on parle. Une petite remarque drôle en passant : le pétrole est une énergie renouvelable, il suffit d’attendre quelques millions d’années…
« “Ils” vont forcément nous trouver quelque chose pour nous sortir de ce merdier ! »
SuperNo parle bien sûr des scientifiques, ces feignasses de fonctionnaires-chercheurs payés à chercher des trucs qui ne servent à rien, et encore quand ils trouvent quelque chose, qui sont les cadors de l’auto-évaluation, qui ronronnent tranquillement dans leurs bureaux chauffés et éclairés, dixit notre outrageur outragé en chef, mais ne nous égarons pas.
Ce « quelque chose », c’est ce que Jancovici appelle le Miracle énergétique : il n’existe pas ! En tous les cas, pas dans les proportions dans lesquelles on extrait les énergies fossiles pas chères aujourd’hui.
Je ne suis pas certain qu’une éolienne produise moins d’énergie qu’un panneau solaire, il faudra que je vérifie (peut-être ici ?). En tous les cas, je pense qu’on est bien d’accord pour dire que l’énergie qui coûte le moins cher, c’est celle qu’on ne consomme pas. Par exemple, 1 € investi dans l’isolation thermique économise 20 fois plus de CO2 qu’1 € investi dans l’éolien.
« Le nucléaire, c’est une autre paire de manches. »
Il est clair qu’on ne peut pas continuer dans un système où les gaz à effet de serre émis par une minorité mettent en danger l’Humanité entière. Pour autant, faut-il mieux miser (en partie) sur le nucléaire, qui permet de concentrer les déchets radioactifs dans des zones plus ou moins circonscrites ? Faut-il miser sur la technologie nucléaire qui pourrait aboutir d’ici quelques décennies à des générateurs de 4ème génération qui ne pollueraient plus et qui utiliseraient une énergie devenue renouvelable ?
Je ne suis clairement ni un « vrai écolo », ni un « écolo tartuffe », et c’est bien ce qui m’empêche aujourd’hui de trouver l’espace (militant ou politique) où m’engager. Les lobbies pro nucléaire à tout prix sont extrêmement dangereux (le nucléaire fait partie de la solution, mais les échéances de la 4ème génération sont trop éloignées et ne restent que théoriques pour l’instant, il faudra qu’on passe par une décroissance bien avant pour éviter le chaos), mais les lobbies anti nucléaire primaires empêchent trop souvent un débat constructif.
Les propos de Malakine
J’éprouve la même déception à la lecture de son billet contre Yves Cochet, et à la lecture de ses commentaires sur cette page. Affirmer « qu’on s’est tapé le dernier Kempf (sans intérêt) et Jancovici (intéressant mais terrifiant) », c’est prendre le risque que certains des lecteurs de ce blog n’aient pas envie d’aller voir son propre blog, qui contient pourtant des billets intéressants… mais moins terrifiants.
D’ailleurs, je crois voir derrière l’adjectif « terrifiant » l’idée que Jancovici est un adepte du catastrophisme et donc inintéressant par nature. Ca me gêne beaucoup, mais je vaisd mettre cela sur le compte du manque de temps de Malakine pour répondre aux sollicitations de toute part, ce que je comprendrais tout à fait. Mais si on écrit court, alors mieux vaut peser ses mots.
Je dois avouer que mes connaissances en économie sont très insuffisantes, mais je crois tout de même qu’inclure le marketing et le commercial dans la ligne budgétaire « service » est un raccourci quelque peu rapide, non ? Les commerciaux, ils vont voir leurs clients en vélo ? Et les marketeux, ils fabriquent leurs supports avec leurs petits ciseaux en recyclant du papier et du carton ? Et puis d’ailleurs, ce n’est pas à Jancovici qu’il faut s’en prendre, c’est à Jancovici et Grandjean, le second étant un économiste tout aussi légitime que les grands visionnaires qu’on entend tous les jours à la radio (ou sur TF1 encore plus, mais je n’en ai plus de télé, et je m’en porte bien mieux).
Je veux bien croire que dans le chapitre 3 de « C’est maintenant » (ça ne coûte rien de citer ses sources), les propos sur l’économie de Jancovici et Grandjean sont réducteurs, mais l’objet de leur bouquin n’est pas de faire un essai d’économie en 15 tomes, le but est de démontrer en 300 pages l’urgence de mettre en place l’équivalent d’un Plan Marshall puissance 2, un projet inédit pour l’humanité. De la même façon qu’il faut avoir conscience des ordres de grandeur qui régissent la physique de notre monde fini, je prends leurs démonstrations économiques comme un calcul en première approximation, approximation s’entendant par « entre ce qui pèse 100 (l’avenir des métiers du bâtiment (isolation des logements et bureaux existants, construction de structures passives) et de l’agriculture (il faudra bien des bras et des jambes pour remplacer le pétrole pas cher d’aujourd’hui)) et ce qui pèse 1 (l’avenir du secteur automobile pour ne prendre que lui) dans le débat, seul celui qui pèse 100 est pris en compte dans le calcul.
La Décroissance” est LA référence. Et en tant que référence, il est intraitable, cruel, souvent injuste, parfois intégriste.
Même si l’homme disparaissait (et c’est une hypothèse d’autant moins irréaliste qu’il s’accrochera à sa “croissance” au delà du raisonnable), la planète, elle, survivrait…
Je suis bien d’accord. J’ai l’impression que nous sommes quelques uns ici à rencontrer des difficultés à faire passer notre message autour de nous, et c’est un euphémisme ! Une incompréhension, voire des tensions qui peuvent aboutir à un rejet catégorique, surviennent trop souvent lors de mes discussions avec ma moitié, la famille, les amis, les collègues et tous les autres qu’on croise dans la vie de tous les jours. Il y a peu, une amie a utilisé le mot « sectaire » parce que j’avais parlé de « conversion des idées ». Cela m’a démoralisé de n’avoir pas su utiliser le bon langage. Et pourtant, je persiste : il s’agit bien de conversion des idées (pour ne citer qu’elle, Naomi Klein doit en connaître un rayon sur la dé-manipulation). Pour que le monde reprenne le sens des réalités (physiques ! c’est la physique qui régule et régulera au final notre vie ici-bas, rien d’autre, les mieux placés pour le savoir étant les scientifiques, et les paysans qui travaillent tous les jours avec la terre, le soleil, le vent, la pluie), il faut bien parler de re-conversion de la pensée, sans aucune idée sectaire évidemment. Tout cela pour la survie de l’Homme, rien moins que ça. Tout au moins la possibilité de faire vivre plus ou moins dignement quelques milliards d’humains sur Terre simultanément.
Je ne vous raconte pas, lorsque j’aborde les thèses de Jared Diamond (voir le bon dossier de Courrier International en novembre dernier) ou bien les résultats parus dans le Rapport de Meadows et al. (encore appelé Rapport du club de Rome), je frise l’hérésie aux yeux de mes interlocuteurs. Et pourtant, je ne prédis pas que ce que raconte Meadows va se produire, j’affirme simplement que la probabilité que cela se produise est loin d’être nulle. Alors sommes-nous prêts à prendre ce risque ?
Après les (longues) remarques, la proposition de débat.
Bon. Comment qu’on fait maintenant qu’on est convaincu par le billet de SuperNo ? C’est pour qui qu’on vote ? Il semble difficile de continuer à s’enflammer pour Marie-Ségo, Saint-François ou Bling-Bling. On voit de ci de là les prémices d’une vraie Gauche, mais leurs programmes manque de cohérence avec la physique (encore elle !), pourtant c’est bien l’un de ces partis de gauche qui gagnera ma voix en juin.
Je reviens donc à nouveau vers « C’est maintenant » de Janco et Grandjean. Dans le chapitre 6, ils proposent quelques réflexions sur la politique en France. Je vais essayer de synthétiser : - La gauche de la gauche et les Verts : Ils jouent et doivent continuer à jouer leur rôle d’aiguillon. Mais jamais un parti minoritaire n’est arrivé au pouvoir du jour au lendemain de façon démocratique. Or, on n’a pas le temps d’attendre (C’est maintenant) et ce serait quand même pas mal si on pouvait continuer à vivre dans un pays démocratique.
- UMP-MODEM-PS (pardon, P«S») : Il faut virer tous les plus de 50-60 ans, car ils sont nés pendants les 30 Glorieuses et n’ont connu que les « bienfaits » de la croissance infinie. Pour ceux qui restent, il faut d’urgence les former afin qu’ils acquièrent les bases scientifiques indispensables pour mener une politique soutenable pour la Terre et pour l’Homme.
Si je comprends bien leur vision des choses, à moins d’une révolution violente, il faudra compter sur ces 3 partis pour mener à bien cette révolution des idées (dont la décroissance fait amplement partie, puisqu’il faut absolument dé-carboner notre économie). Oui, oui, je vous entends bien, je me dis la même chose : c’est mal barré !
Troisième solution : qu’une femme ou qu’un homme providentiel vienne nous proposer un chemin réaliste et que les électeurs se mettent à voter pour elle ou lui. Ils ont une idée derrière la tête : Nicolas Hulot. Il sait de quoi il parle, il possède une aura certaine qui peut mobiliser les foules, et il existe autour de lui un réseau sur lequel il peut s’appuyer. Les auteurs sont membres du comité stratégique de la FNH, et je pense que ça cogite dure là-bas. Les électeurs n’étaient pas prêts en 2007, mais le seront-ils en 2012 ? Le titre du bouquin, c’est plus précisément « C’est maintenant, 3 ans pour sauver le monde ». Attention, on ne va pas sauver le monde en 3 ans hein, mais dans 3 ans il va falloir qu’on fasse les bons choix pour se mettre réellement à sauver le monde, du moins ce qu’il en reste. 2009 + 3 = 2012.
Que pensez-vous donc de cette piste de réflexion ?
Pour conclure, un mot pour SuperNo.
Peut-être y a-t-il certains jours où l’envie de baisser un peu les bras (je parle du blog) prend le dessus ? J’imagine que, si c’est le cas, les quelques messages chaleureux que laissent tes amis et lecteurs te redonnent force et courage. Alors prends le mien dans ce sens-là.
Un bravo et un merci sincères pour ton travail sur ce blog.
Et… c’est quand qu’tu t’présentes aux élections ?
[j’écris en vitesse de ma chambre d’hôtel où j’ai squatté l’une des 34 (trente quatre) connexions wifi visibles, et que son imprudent propriétaire a mal protégé… En voilà un qui a du souci à ce faire avec Hadopi
]
@NoviceNO
Merci pour ce loooooooooong commentaire, il mérite une réponse plus détaillée, ce sera pour euh… une prochaine fois !
La décroissance ça n’existe que sur la Toile. Et hors de la toile il y a le monde réel. Dans le monde réel, on n’a pas de bagnole on est socialement kapout, professionnellement out, voué au RSA, bref, condamné à la misère chiatique et à l’isolement qui va avec, et ça, personne n’en veut. La décroissance c’est un courant néobaba qui ne concerne actuellement que quelques intellos disciples de Daniel Mermet qui à part s’emmerder sur le wèbe à longueur de journée et participer à des réunions comme on sait si bien les faire en France, n’ont aucune apprtoche concrète du monde réel et de ses exigences incontournables. A preuve, le quidam il descend dans la rue manifester régulièrement pour son pouvoir d’acheter, C-a-d pour pouvoir changer de bagnole, se payer des vacances, une baraque avec jardinet qu’il lèguera à ses mouflets, en clair manger à sa faim, boire à soif, vivre confortablement à l’abri de la précarité et des cailleras derrière une haie de troènes dans un quartier entre gens de bonne compagnie qui savent se tenir à table, bref se fabriquer une vie vivable et du patrimoine… vu que c’est ça qui a remplacé l’idéal de naguère, et que c’est pour ça qu’en général on se casse le cul à faire des études et des formations et qu’on a envie de ça pour les gosses qu’on fabrique après avoir cherché, puis trouvé l’heureux(se) élu(e). Ce fonctionnement là n’a guère de sens, je suis d’accord, mais à mon humble avis, avant qu’on en change il risque de s’écouler au moins un bon millier d’années.
Bravo NoviceNo.
au sujet du capitalisme: “quand le capitalisme se reformera les poules auront des dents”
J’ai pris autant de plaisir à lire tes commentaires qu’à lire le billet de Superno. C’est pas peu dire !
Je partage ta reflexion et celle de Jancovici sur la nécessité que d’ici 2012 un grand parti qui se convertisse ou un grand charismatique déjà converti (Nicolas Hulot ?) remporte les elections pour révolutionner démocratiquement notre société.
Je partage vos idées et cette reflexion. C’est la raison pour laquelle pour l’instant je suis au MODEM-CAP21. Je me permets juste de citer 2 extraits d’articles récents de ma Référence Suprême: Superno. Elles permettront peut-être de comprendre mon choix:
- Superno a relayé des propos récents “du Bearnais” (comme il dit affectueusement
- Hervé Kempf lors de sa venue à Metz a reconnu que parmi les grands partis seul le MODEM avait commencé à prendre conscience de l’urgence de révolutionner la société.
Bien sûr, si Nicolas Hulot devait se présenter en 2012 et s’il a des chances d’être élu, je n’hésiterai pas à voter pour lui. Je cite juste un extrait de son interview dans le dernier magazine “Terra Eco”: “Le plus petit dénominateur commun de ces crises est notre incapacité chronique à nous fixer des limites … Ce qui est en cause, c’est bel et bien notre système économique. Les recettes du passé ne fonctionnent plus,. Pire, elles sont les posions d’aujourd’hui.”
même les journaux gratuits luxembourgeois s’y mettent !!!
“Meadows annonce la fin probable de la croissance économique”
http://www.lessentiel.lu/news/monde/story/23009653
@chtilucru : pardon de ne pas partager ta foi en Le Béarnais. L’homme, en bon politicard, ne fait qu’exploiter ce qu’il pressent être une nouvelle “part de marché”. Le MODEM, révolutionner la Société ? Je me marre. Le MODEM (ex-UDF, parti créé par Giscard) c’est de la vieille droite pur jus qui se cherche un électorat du côté de la gauche qui ne croit plus à la Gauche officielle, extrême comprise. Hulot est un producteur de télé de droite, habile au discours alarmiste. Longtemps que je l’ai enterré parmi toutes les momies de l’establishment politico-médiatique.
J’ajoute que l’erreur que l’on commet souvent en tirant des plans sur la comète, c’est de fonder ses raisonnements sur les données présentes, alors que les lendemains se fabriquent à la manière d’un patchwork, à partir des matériaux récoltés en cours de route. Personne ne sait ce qui nous pend au nez d’ici 2012, dont je pense qu’il faut éviter de faire une échéance fatidique sous peine de se coller des oeillères, ce qui n’est pas franchement utile lorsqu’on progresse dans la purée de poix.
@Anarchoïd
J’espère que tu resteras sur ce blog pour participer bien sûr, mais aussi pour (bien) entendre ce que les autres veulent dire. Je t’assure que j’ai passé beaucoup de temps à écrire mon premier commentaire, en essayant de toujours peser et choisir mes mots. Si certains sont brutaux, c’est qu’ils traduisent ma pensée, normalement. Je suis certain que SuperNo a la même « déontologie », sauf que lui l’applique presque tous les jours (!).
Je partage ton dernier commentaire à partir de « A preuve ». Mais quand tu dis que « Dans le monde réel, [si] on n’a pas de bagnole[,] on est socialement kapout, professionnellement out, voué au RSA, bref, condamné à la misère chiatique et à l’isolement qui va avec, et ça, personne n’en veut. », c’est que tu n’as pas bien entendu.
Personne ici ne dit que dans une semaine ou dans 6 mois, il faudra vivre sans voiture. Ce qu’on s’acharne à expliquer, c’est qu’il est possible de vivre (entre autres) sans chacun sa voiture (c’est vraiment un immense raccourci de ce qu’est la décroissance, mais poursuivons sur cet exemple), mais il faut que dès à présent, on se mette à reconstruire une économie, un aménagement du territoire et des structures sociales qui permettront de vivre (sans doute plus) heureux dans un monde dé-carboné. Tu veux que je sois plus précis ? Disons que la fin de la voiture est pour 2030 (c’est une pure hypothèse, car je n’en sais fichtrement rien), crois-tu qu’on doive continuer à construire des banlieues urbaines de plus en plus éloignées des lieux de travail ? Crois-tu qu’il faille continuer à tuer les producteurs et distributeurs locaux à la faveur de grandes enseignes de supermarchés ? On n’a jamais dit qu’il fallait tout changer du jour au lendemain, mais il faut commencer dès à présent, pour un changement en douceur (tout est relatif, des pans entiers de l’économie vont en baver, il faudra les accompagner intelligemment), et ce ne sera possible que sur l’échelle d’une ou deux générations si on veut le faire pacifiquement et démocratiquement.
Je viens de lire ton nouveau commentaire, vraiment tu n’as pas bien entendu le billet de SuperNo, je te conseille de le relire.
@Chtilucru
Hou la la, merci (je ne sais pas faire le bonhomme qui rougit).
Je réagis sur « se fixer des limites » et sur notre capacité (et celle de nos dirigeants) à prendre les bonnes décisions aux bons moments.
Dans Effondrement, Jared Diamond explique la disparition de civilisations passées (les Mayas par exemple) par l’avènement de 5 facteurs potentiels :
- des dommages environnementaux : on est clairement dedans aujourd’hui
- un changement climatique : à part les disciples d’Allègre, tout le monde devrait y croire
- des voisins hostiles : pour l’instant ce n’est pas trop le cas, mais si demain Poutine (liste non exhaustive) ferme vraiment les vannes de gaz et de pétrole, la France ne restera sûrement pas les bras croisés
- des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux : à part ceux qui ont la chance d’avoir une AMAP près de chez eux, qui est certain de sa souveraineté alimentaire ?
- enfin, les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres, à ces problèmes : on en revient aux limites : les politiques, et donc leurs électeurs, doivent faire les bons choix tant qu’il est encore tant, sinon… ceux qui seront là en 2100 pourraient nous en vouloir.
Je me permets de remettre le lien vers la page du Rapport du club de Rome (j’avais mal géré la balise HTML).
@Anarchoïd
Je pense qu’il faut arrêter tout sectarisme et accepter que des hommes puissent changer. Ce qui compte c’est le futur, pas le passé. Je suis convaincu que le Bayrou d’aujourd’hui n’est pas le même que celui d’hier. De plus, la plupart de ses lieutenants ont pris conscience de la nécessité de révolutionner la société (je ne nommerai que JF Kahn, C. Lepage et JL Benhamias).
J’ai moi même pardonné aux communistes que j’ai combattu dans le passé parce que je combattais le mensonge et la dictature. Sachant que lorsque les communistes ont eu le pouvoir, ils ont toujours instauré une dictature. D’ailleurs je n’ai jamais voté pour des partis extrêmistes ou des partis qui faisaient alliance avec des extrêmistes. Et je considère comme extrêmiste toute idéologie qui lorsqu’elle a été appliquée a conduit à la mise en place d’une dictature.
@NoviceNo
Je viens d’acheter le numéro 109 des cahiers de science et vie qui est actuellement en kiosque et qui parle des civilisations disparues.
Je pense qu’on a en effet beaucoup à apprendre sur le sujet.