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Apr212009
21:08 (Vu 3417 fois)

Quelques considérations sur la décroissance

[Ce billet étant consacré à la décroissance, j’ai décidé de limiter le volume des données sur mon serveur en supprimant toute illustration, qui eût de toute façon été superfétatoire. Cela compensera la longueur inhabituelle du billet…]

Depuis les débuts de ce blog, la plupart des lecteurs et encore plus des commentateurs, sont des “gauchistes”, des “écolos” voire même des “décroissants” qui sont déjà acquis aux idées que j’expose à longueur de temps, et qui ne sont pas plus surpris que ça des trucs parfaitement décalés que j’écris et que je défends.

Or il semble que cela soit en train de changer un peu. Grâce notamment à Marianne2, de nouveaux lecteurs plus “normaux”, ou du moins un peu plus conformes à la pensée dominante, manifestent leur étonnement, leur incompréhension ou leur désapprobation. Et c’est très intéressant.

Relativisons un peu, un lecteur de Marianne2, même “modemiste ouiouiste” (il paraît qu’il y en a beaucoup !), c’est au moins quelqu’un qui a fait la démarche de lire des blogs politiques et de s’intéresser à la marche du monde. Ce qui le distingue nettement de l’électeur moyen, qui lui “ne fait pas de politique” et s’est réfugié dans des activités alternatives, comme le visionnage forcené de matches de foot ou de feuilletons américains, ou alors la tentative de battre des records à Mario Kart sur sa Wii, voire à passer ses nuits à exterminer le maximum de fées poilues dans World of Warcraft…

Je vais donc parler de décroissance. Mais attention, en restant pratique. Ne comptez-pas sur moi pour vous saouler de théorie, de Georgescu-Roegen, de Gorz, de Latouche (dont j’ai pourtant un bouquin sur mon chevet… Il faudra que je le commence un jour…).

Le concept même de décroissance, dans une civilisation qui baigne au contraire dans la croissance, a quelque chose d’extraterrestre. Les décroissants d’aujourd’hui sont un peu dans la même situation qu’un savant du moyen-âge qui aurait voulu expliquer à la foule fanatisée que Dieu n’existe pas. Et même s’ils auront (probablement) par rapport aux hérétiques d’hier la chance d’éviter le bûcher, il seront pareillement raillés, méprisés et au pire ignorés.

Pourtant, la décroissance est aujourd’hui i-né-vi-table !
Pourquoi inévitable ? Ne serait-ce pas une manière aussi vile que celle des ultralibéraux thatchero-reaganien pour tenter de rallier l’opinion à sa cause en disqualifiant d’emblée toute opposition ? Vous vous rappelez TINA (There Is No Alternative) ?

Bien sûr il y a un peu de cela. À un petit “détail” (au sens lepeniste du terme) près : on pouvait fort bien imaginer quelque chose d’autre que le libéralisme économique ou le communisme. Mais il n’est désormais plus possible d’envisager autre issue que la décroissance.

Comprenez-moi : il ne s’agit pas d’idéologie ! C’est une réalité physique indépassable. Copiez-moi 100 fois :

IL N’Y A PAS DE CROISSANCE INFINIE DANS UN MONDE FINI. LES SEULES PERSONNES QUI CROIENT LE CONTRAIRE SONT DES FOUS OU DES ECONOMISTES.

Mon camarade clampin-photographe-biologiste Sylvaner s’était essayé à une analogie spectaculaire avec la croissance exponentielle des bactéries. C’est très intéressant, car c’est une image réaliste de ce qui va se passer pour l’humanité. Reste à savoir à quel endroit de la courbe nous nous trouvons. Mais il est probable que nous ne sommes plus très loin du sommet.

On m’objectera que l’homme n’est pas une bactérie. Certes. Surtout qu’on ne parle pas ici de l’homme lui-même (encore que…) mais de sa prospérité économique. Mais le modèle reste pertinent, car toute croissance a besoin de carburant pour se poursuivre.

Si vous n’aimez pas les bactéries, vous pouvez faire une courbe avec les ventes de téléphones portables, par exemple. Au début c’est très cher, seuls les riches et les geeks se les achètent pour se la péter. Puis vient la “démocratisation”, les ventes explosent, la croissance est verticale, et l’engin commence même à envahir les pays pauvres. Puis ça devient difficile, il faut user d’artifices, sortir de nouveaux modèles qui démodent les anciens, pratiquer des promotions pour encourager à changer d’appareil tous les ans, essayer d’en refourguer aux gamins de plus en plus jeunes… Mais au bout d’un moment, il faut bien se rendre à l’évidence : l’humain n’a que deux mains et deux oreilles, le marché est saturé, la “croissance” est terminée.

Le même phénomène s’applique aux bagnoles : quand tout le monde aura deux 4x4 de moins de 2 ans, que restera-t-il comme potentiel de “croissance” ?

Le premier carburant indispensable de la croissance économique, c’est l’énergie. Et au premier rang d’icelles, le pétrole. Malgré les alertes insistantes des spécialistes de la géologie, la propagande des compagnies pétrolières, reprise par les politiciens, persiste à faire croire au bon peuple qu’il y aura encore du pétrole pour plusieurs dizaines d’années. Oh bien sûr il y en aura. Mais beaucoup plus rare, et beaucoup plus cher. Et donc inaccessible au vulgum pecus. Si vous cherchez l’expression “Peak Oil”, vous trouverez, ici ou sur Google, des tas de références. Pour ne prêcher que pour ma paroisse, je vous recommande particulièrement celui-ci , écrit quand ce blog était encore confidentiel, mais qui n’a rien perdu de son actualité, ou encore celui-là.

Vous pouvez devez aussi, si ce n’est déjà fait, lire le site de Jean-Marc Jancovici , et celui d’Oleocène , qui ont participé à ma prise de conscience. Vous les prenez pour des millénaristes ? C’est normal, ça a aussi été ma première réaction. Mais lorsque vous aurez compris que ce sont eux qui ont raison, vous aurez fait un grand pas en avant !

Tous ces liens, indépendamment de toute idéologie politique, font le même constat : d’ici peu, si ce n’est déjà fait (même si la “crise” offre un petit répit artificiel) la demande de pétrole va dépasser l’offre, et il va s’ensuivre une hausse chaotique du prix et de graves contrariétés pour toutes les industries qui en dépendent. Surtout pour les consommateurs que nous sommes, car notre confort de vie dépend largement de produits dérivés du pétrole, qu’il s’agisse des matières plastiques ou des engrais chimiques. Et même si on sait en théorie fabriquer des susbstituts à l’aide d’autres composants, auront-ils les capacités suffisantes pour en produire autant, et d’aussi performants ? Rien n’est moins sûr.

De la même manière, les difficultés du secteur automobile ne sont pas entièrement liées à la “crise” : c’est un problème plus vaste, les dirigeants de ces sociétés, aveuglés, contraints ou simplement complices de leurs actionnaires cupides, ont préféré tirer au maximum sur la corde de leur modèle économique sans consacrer le moindre argent à investir dans des voitures sans pétrole. Plus dure sera la chute. Elle a déjà commencé. Et elle sera vertigineuse.

Rappelons que sur les 10 plus grosses multinationales du monde (en terme de chiffre d’affaires), 9 sont des compagnies pétrolières ou des constructeurs de bagnoles. Il n’y a pas besoin d’être aussi intelligent et clairvoyant que Sarkozy pour comprendre que les décennies à venir vont voir un bouleversement de l’économie mondiale, et que cela ne se passera pas forcément dans la joie et la sérénité.

Nous sommes en plein dans l’actualité avec l’affaire Heuliez et le sauvetage de l’usine de Cerisay grâce à une voiture électrique (et des subventions publiques). Même si je suis déjà allé dans cette usine à l’époque où je travaillais pour un sous-traitant de l’industrie automobile et qu’Heuliez était un client (lui-même sous-traitant de PSA en l’occurrence), je ne connais pas sa situation et n’émettrai pas d’avis péremptoire sur son avenir. Néanmoins, il semble que son principal espoir de débouché soit dans l’appel d’offres “Autolib” de Paris. Hum (onomatopée dubitative qui en dit plus long qu’une phrase alambiquée et ironique).

D’ailleurs Heuliez n’est qu’une grosse PME, et pas un mastodonte de l’industrie automobile. Mais ce qui est sûr, c’est que la voiture électrique ne va pas dans les 15 années à venir remplacer la voiture à pétrole, et encore moins sauver la filière ! Dans un récent billet , j’exprimais mon scepticisme total sur la capacité de la voiture électrique à sauver les bidons, ainsi que cette prévision, émanant d’un organisme sérieux, qui dit que sur toutes les voitures susceptibles d’être produites d’ici 2020, au mieux 1% seront des voitures électriques…

On me reproche souvent de dénigrer stérilement, et de ne pas faire confiance à la science, par ignorance et/ou par idéologie. C’est bien mal me connaître. Je suis scientifique de formation et cartésien de structure cérébrale. J’aime les chiffres et je cherche toujours à les vérifier. Et c’est parce que j’aime la science que je me méfie de toute croyance aveugle. Et la première croyance aveugle est souvent le fait d’idéologues béotiens, animés de la foi du charbonnier, qui disent “de toute façon, “ils” vont forcément nous trouver quelque chose pour nous sortir de ce merdier !”. Typiquement des économistes !

Bon, bien sûr il ne faut pas totalement sous-estimer ce raisonnement, qui a déjà fonctionné dans le passé ! Qui aurait pu prévoir l’avènement de la bagnole, de l’avion, de l’informatique, du téléphone portable ? Et qui peut prévoir ce que la science pourra nous apporter dans 50 ans ? Certainement pas moi en effet.

Cela ne m’empêchera pas de dénoncer les “fausses solutions” qui prolifèrent et que certains utilisent pour justifier une politique économique catastrophique, toujours basée sur la “croissance”… Tenez, une légende qui a longtemps eu le vent en poupe, même si confrontée à la réalité elle semble nettement s’essouffler : le moteur à hydrogène. C’était superbe sur le papier, propre, efficace… Sauf qu’on a négligé des petits “détails”, comme le fait que l’hydrogène tel qu’il est brûlé dans un moteur n’existe pas à l’état naturel, et qu’il faut utiliser de l’énergie, beaucoup d’énergie, pour l’isoler. Ensuite, le matériel utilise des métaux rares, comme le platine, qui n’existe pas en quantité suffisante pour fabriquer les centaines de millions de moteurs nécessaires au remplacement des bagnoles actuelles… Aujourd’hui, plus personne de sérieux ne croit à cette hypothèse.

Et la voiture à air comprimé ?

- NON ! Enfin, peut-être dans quelques dizaines d’années, (quand elles seront au point) et qu’on aura compris que la voiture ne sera plus un moyen de transport individuel de masse (au contraire du vélo), mais qu’elle sera réservée à quelques professions particulières… Plus petite, plus rare, plus lente et considérablement plus économe en énergie. On en est loin ! Les transport en commun plus propres (mais surtout mieux organisés et plus denses) devraient pourvoir à la majorité des trajets plus longs.

Et puis l’électricité nécessaire pour alimenter les batteries des bagnoles, on la prend où, hein ? Là, il y a une légère divergence de vues entre les “vrais écolos” et les “écolos tartuffe”. Les “vrais écolos répondront “yaka mettre des éoliennes et des panneaux solaires partout”. Les “écolos tartuffes”, quant à eux, assèneront avec la certitude qui les caractérise : “En France nous avons la chance d’avoir un gros parc de centrales nucléaires et un savoir-faire que le monde entier nous envie. Yaka construire quelques EPR de plus…”

Les “vrais écolos”, ceux des éoliennes, sont de doux rêveurs. Une éolienne ou pire, un panneau solaire, produit considérablement moins d’électricité qu’un réacteur nucléaire. A tel point que dans un contexte de “croissance” revendiquée, les nouvelles éoliennes implantées dans l’année ne compensent même pas l’accroissement de la demande d’électricité. Attention, ceci ne justifie pas pour autant de condamner ces énergies renouvelables. Mais leur développement ne peut se concevoir qu’en complément d’une réduction drastique de la consommation d’électricité. Tout le contraire de ce qui se passe en ce moment, tout le contraire aussi de la volonté politique.

Le nucléaire, c’est une autre paire de manches. Il a deux avantages, énormes : d’abord il produit beaucoup d’électricité. Ensuite, il ne rejette pas de gaz à effet de serre. Ces deux arguments sont indéniables, et exploités à foison par le redoutable lobby du nucléaire.
Le souci, c’est que ce sont ses seuls avantages. Et tout le reste, ce sont des inconvénients, dont beaucoup sont rédhibitoires.
Tout d’abord il utilise de l’uranium, combustible dont la quantité sur terre n’est pas illimitée. Il en resterait pour à peine plus longtemps que le pétrole, quelques décennies, et d’autant moins que l’on construit de nouvelles centrales à tour de bras… C’est sûrement cela qu’on l’on appelle “durable”. Contrairement aux assertions débiles de bon nombre de politiciens, principalement à l’UMP, il n’assure en aucun cas notre indépendance énergétique, puisque la France ne produit pas plus d’uranium que de pétrole, et se trouve donc contrainte d’aller piller les ressources de pays pauvres, comme la République “Démocratique” du Congo ou le Niger .

Ensuite, la production d’électricité nucléaire produit les fameux déchets radioactifs, dont personne ne sait que faire, et dont la durée de vie est de plusieurs millions d’années, autant dire l’infini à l’échelle humaine. On les rejette à la flotte, dans des futs prétendument étanches. On projette de les stocker dans le sous-sol (un exemple tout près d’ici en Moselle). Il est assez croquignol de constater qu’à notre époque où on donne une valeur à tout, personne ne se soit amusé à calculer le coût du stockage de déchets dangereux pendant… plusieurs dizaines de milliers d’années ! Sans doute cela relativiserait-il le caractère “bon marché” de l’électricité nucléaire… Sans oublier que cela s’ajouterait au coût faramineux du démantèlement des vieilles centrales, comme on peut le voir sur celle de Brennilis… A noter que des sociétés privées, comme ma grande copine Poweo, font actuellement du pognon en achetant honteusement de l’électricité nucléaire à bas coût, alors que ce coût ne reflète absolument pas la réalité, et les fortunes colossales nécessaires au démantèlement et au stockage des déchets seront payées par la collectivité. Un scandale de plus.
Un autre énorme problème concerne évidemment la sécurité. Que ce soit les fuites de produits radioactifs, la dispersion illégale dans la nature, les accidents majeurs comme Three Miles Island ou Tchernobyl, les risques sismiques ou la vulnérabilité aux attentats, il y a du souci à se faire.
Mais le pire, c’est que la filière nucléaire française semble tenue par une clique paramafieuse et prête à tout, du mensonge à la barbouzerie, pour protéger son juteux business. L’affaire de l’espionnage de personnalités de Greenpeace ou de Sortir du Nucléaire est à cet égard assez lamentable et révélateur à la fois.

Il me semble qu’il n’y a pas matière à tergiverser. On ne peut hélas pas arrêter immédiatement toutes ces centrales sous peine de plonger le pays dans le noir, mais il faut d’urgence profiter de l’opportunité de ces centrales pour faire diminuer rapidement la consommation électrique (Eh oui, décroissance encore), et de les arrêter une à une au terme normal de leur existence.

Oui, mais vous, là, les décroissants, vous ne seriez pas de simples obscurantistes revanchards, qui refusent tout progrès, et qui se réjouissent de ce qui arrive, un peu comme les curés qui se délectaient de l’épidémie de sida, à coup sûr une juste et prévisible vengeance divine contre des pervers lubriques qui n’avaient pas voulu écouter les conseils épiscopaux ? Hein ? Pire, n’êtes-vous pas les nouveaux fascistes, qui sous prétexte de préservation de l’environnement, souhaitez imposer votre mode de vie de petits frustrés à des gens qui n’en veulent pas ?

C’est, en caricaturant un peu, ce que j’ai eu la surprise de lire sur le blog de Malakine , qui est pourtant blogueur associé chez Marianne, le genre de distinction dont on m’a pourtant assuré qu’elle ne se décerne qu’à la fine fleur de l’élite des blogueurs !

Il s’attaque à Yves Cochet, qui proposait récemment d’arrêter d’encourager la natalité, puisque la surpopulation menace de devenir un problème grave. Le sujet est évidemment discutable. Mais Cochet n’est assurément pas une cible très pertinente. C’est même l’un des très rares politiciens français à faire son boulot, c’est à dire à lever la tête, tenter de prévoir l’évolution du monde, et en déduire la marche à suivre. Il est ainsi l’un des premiers (et même des seuls) à avoir compris et théorisé les enjeux de la fin du pétrole. C’est d’autant plus méritoire que la plupart de ses collègues à l’Assemblée Nationale sont des bons gros notables de droite, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur mandat, et qui sont accessoirement là pour appliquer fidèlement les directives présidentielles en évitant au maximum de réfléchir. Un bel exemple dans ce dialogue (de sourds) avec le député UMP du Tarn Bernard Carayon à propos de l’EPR.

Malakine est un excellent blogueur. Pas le genre à torcher des “billets” sans arguments, qui ne font que surfer sur le buzz ambiant. Mais autant je le suis à 100% dans sa quête de réhabilitation du protectionnisme,  autant je ne le comprends plus quand il écrit “Le pétrole et le gaz sont encore abondants. Le climat reste vivable. Les hivers encore froids et les étés loin d’être systématiquement caniculaires. Et aucune pénurie d’aucune sorte ne s’est encore manifestée…” Oui, jusqu’ici, tout va bien, comme dit en passant devant chaque étage le désespéré qui vient de se jeter d’une des “Twin Towers” en flammes…  Je croyais qu’il n’y avait plus que Claude Allègre et quelques cathos intégristes pour faire l’autruche à ce point ! Mais bordel, on a bouffé en 100 ans la moitié du pétrole que la terre a mis des millions d’années à créer et on va mettre moins de 40 ans pour siffler le reste ! C’est quand même parlant, non ?

En réalité, les tenants de ces thèses ne craignent pas la fin du monde. Ils la souhaitent ! Leur projet vise tout simplement à la destruction de l’économie, de la civilisation quand ce n’est pas de l’humanité.” Affirmer que les décroissants se réjouiraient avec un rictus mauvais des retours en arrière qui se préparent, c’est un peu comme clamer que les RMistes fraudent et que les étrangers ne s’intègrent pas : même si sans chercher bien longtemps on trouve forcément des exemples qui vont dans ce sens, ils restent minoritaires et non représentatifs de la réalité…

Je suis parfaitement conscient de ce que nous allons perdre, et je le regrette infiniment. La bagnole ou l’avion ont été des inventions majeures qui ont facilité la vie à une minorité de gens. Et je ne souhaite évidemment pas la destruction de l’humanité (peut-être le fait d’en faire modestement partie me retient-il), mais une chose est sûre : je n’ai absolument pas besoin de souhaiter la destruction de l’économie et de la civilisation pour que celle-ci se produise, non par ma faute, mais bien par la faute de ceux qui la conduisent !

C’est bien beau votre décroissance, mais c’est une lubie de riches ! Comment voulez-vous expliquer aux Africains qui crèvent de faim, ou alors aux Indiens et aux Chinois qui se développent enfin, qu’il va leur falloir renoncer au confort dont nous profitons depuis notre naissance ?
Il est bien évident que c’est injuste, et que d’autre part un Africain pourra et même devra augmenter son niveau de vie sans mettre en péril l’équilibre de la planète. C’est encore une fois juste une question de répartition des richesses… La répartition actuelle est tellement inique et scandaleuse qu’il faut absolument la rééquilibrer, et c’est évidemment aux pays riches de faire l’effort. Un bon objectif serait que tous les pays respectent le consensus d’émissions maximales de CO2 par habitant…

Même Obama a répété qu’il faudrait diviser les émissions américaines de CO2 par 4 d’ici 2050. Décroissance encore ! Mais surtout voeu pieux, car strictement rien de concret n’a jamais été fait en ce sens. Georges Bush avait refusé de signer Kyoto en arguant que le mode de vie américain n’était pas négociable, une image fidèle du parfait crétin criminel qu’il était. Obama est certainement d’un autre niveau, mais pour parvenir à cet objectif, il faudrait prendre des décisions drastiques et rapides dont on ne voit pour l’instant pas le début de la queue d’une. Le même raisonnement s’applique bien sûr à Sarkozy, très fort pour faire de grands discours sur l’environnement, mais qui dans les faits n’a d’yeux que pour la “croissance” et construit des autoroutes pour la “relancer”.

La Chine est déjà en train de dépasser les États-Unis en tant que premier émetteur de CO2 au monde… Mais il est évident que c’est largement dû à la délocalisation d’une grande partie de l’industrie mondiale vers ce pays à bas salaires ! Le CO2 de la Chine est, du moins jusqu’ici, du CO2 américain, européen ou japonais déporté !

Il est totalement et strictement impossible, aussi dégueulasse que ce soit, que tous les habitants de la terre puissent un jour avoir un mode de vie “occidental” avec ses 2 4x4, ses 5 télés et ses 12 téléphones portables… Encore une fois ce n’est pas de l’idéologie, c’est simplement une limite physique des ressources de la planète. S’il n’y a qu’une bouteille d’eau pour 12 personnes, et que 2 d’entre elles en ont déjà sifflé les 3 quarts, il est vain de réclamer au non de la “justice” que les autres puissent en avoir autant !

Et quelle est la différence entre “décroissance” et “développement durable”
Le problème avec le “développement durable”, c’est que le concept a été récupéré par tous les politiciens, et totalement vidé de son sens. Dans leur bouche fétide, “développement” n’est autre qu’un synonyme de “croissance”. En gros, on continue pratiquement toutes les mêmes conneries qu’avant, et ce qu’on change, on en profite pour gagner encore plus de pognon avec ! Sarkozy ne prêche-t-il pas le développement durable ?  Pour lui, cela signifie nucléaire et voiture électrique. Et accessoirement OGM et biocarburants. Mais toujours, et plus que jamais, pognon et profits. C’est à dire qu’on prétend soigner la catastrophe écologique avec  exactement les mêmes buts et les mêmes moyens que ceux qui l’ont provoquée.
La décroissance, au contraire, c’est d’abord la rupture avec le dogme de la “croissance”. On s’en fout de la croissance, on ne s’en occupe plus, on se désintoxique. C’est un peu comme le slogan “une cigarette écrasée, c’est un peu de liberté gagnée”. Car force est de constater que nous sommes tous drogués à la croissance à force d’en bouffer depuis le berceau ! Quant à nos dirigeants, ce sont des cas pathologiques incurables, rappelez-vous Madame Lagarde et sa deuxième décimale

Le mot “décroissance” fait peur, même à des “écolos”. Ils jouent avec les mots, rajoutent un qualificatif derrière… Ils parlent alors de “décroissance sectorielle”, de “décroissance matérielle”, de “décroissance des flux”. Tout cela sert surtout à se rassurer… “Oui, vous savez, il y a des secteurs qui décroîtront (le pétrole, la bagnole) et d’autres qui croîtront (les énergies renouvelable, le bâtiment). Ceux qui tiennent ce beau discours sous-entendent forcément “mais l’un dans l’autre, la croissance se poursuivra, youpi !”). Sauf qu’ils ont tort ! Les secteurs qui décroîtront sont les piliers de notre économie, qui va forcément, sous sa forme actuelle, se casser la gueule. Remplacer la bagnole par le vélo ou même les transports en commun est une forme de décroissance très sévère !

J’ai déjà dit ce que je pensais de la “décroissance matérielle”, que compenserait une “croissance des services”. Foutaise, à mon avis. Tiens, pour les fainéants qui en ont marre de la longueur de ce billet et du nombre de liens, je recopie un passage de ce billet :
C’est mathématique et à mon sens simple à comprendre. La destination finale d’une somme d’argent quelle qu’elle soit est l’achat d’un bien matériel. C’est aussi simple que ça. Cela implique donc sa production et son utilisation. L’argent peut s’échanger, passer d’une poche à l’autre, être utilisé pour un service immatériel, mais il resurgira au final pour acheter une bagnole, une maison, une télé ou que sais-je encore. […]

Si monsieur A donne à madame B, psychanalyste, 1000 euros pour des consultations, il dépense son pognon sans trop créer de bien matériel. Madame B va ensuite donner ces 1000 euros à monsieur C, conseiller en gestion de patrimoine (qui va lui conseiller de les placer en fonds Madoff, au rendement extraordinaire et sans risque). Toujours pas de bien matériel. Mais bon, que va faire monsieur C (ou Madame D, la chaîne peut continuer un moment, mais va s’arrêter à coup sûr) avec ces 1000 euros ? Il va s’acheter une télé, pardi, une nouvelle, à 200 Hz, le top du top ! Ou alors il va emprunter de l’argent chez Natixis pour s’acheter un 4x4, dont il remboursera le crédit avec l’argent de ses clients suivants !

Et même abstraction faite des mathématiques, l’argent a toujours servi à posséder ! On ne possède pas des conseils financiers ou des cours de maths ! L’argent sert à acheter des biens matériels, et il est irréaliste de vouloir changer en quelques années une mentalité qui remonte à la nuit des temps, et qui a de plus été martelée jusqu’à l’overdose au cours de ces 50 dernières années.

Je lance encore une fois un appel à la réfutation de cette théorie ! Et dans l’attente d’icelle, je continuerai à considérer que “croissance = augmentation de la consommation des biens matériels = augmentation de la consommation d’énergie = augmentation de la consommation de ressources naturelles = augmentation des déchets et de la pollution = pas bien et tout cas pas soutenable ni durable”. D’où la décroissance, encore elle.

La décroissance, c’est le fonds de commerce du journal éponyme. Il est en vente libre, chez tous les marchands de journaux, à côté de milliers d’autres publications qui, du “Financial Times” à “Libération”, de “Capital” à “Cosmopolitan”, en passant par “Autoplus” ou “Mobile Magazine” prônent la croissance. Un peu comme le “Plan B” pour la critique des médias, “La Décroissance” est LA référence. Et en tant que référence, il est intraitable, cruel, souvent injuste, parfois intégriste. Par exemple, j’ai déjà eu l’occasion de dire ma surprise devant un article contre les blogs . Un autre exemple intéressant, dans le numéro de ce mois, “La Décroissance” publie une charge à la Grosse Bertha contre Internet. Dont non seulement l’architecture matérielle dépenserait des quantités d’électricité inouïes, mais qui en plus ferait exploser le lien social. Et ça, le lien social, ils y tiennent à “La Décroissance”. Et il faut bien reconnaître qu’ils ont raison : par exemple la convivialité des repas de famille  ou entre amis où on passe des heures à table à refaire le monde en a pris un sacré coup entre la dictature de la diététique et l’autre dictature du temps qui passe, et qui oblige la plupart des gens à bouffer un sandwich dégueulasse, ou une saloperie de plat industriel avalé en vitesse sur un coin de table avant de reprendre le sacro-saint “boulot”.
Enfin, La Décroissance se plaît à épingler ses têtes de turc habituelles, les Hulot, Voynet, Cohn-Bendit ou Arthus-Bertrand, ouvrant les yeux des naïfs qui les prendraient pour les derniers défenseurs de l’environnement…

Faisons-lui la nique, à la croissance, et instaurons la “décroissance soutenable”, que certains (et notamment “La Décroissance”), qualifient même de “joyeuse”. Cela signifie bien sûr de sortir de ce schéma travail-pognon-achat, ou naître-consommer-mourir. Le travail, il n’y en aura plus pour tout le monde, selon les normes actuelles. Et alors ? Partageons-le ! Dans un surprenant accès de lucidité, les “socialistes” avaient mis en place les “35 heures”. Mais dans un contexte de croissance, ça ne pouvait pas marcher ! Pour gagner plus, il faut travailler plus, c’est bien connu ! Depuis, la propagande libérale a remis de l’ordre là-dedans, les 35 heures peuvent être contournées, et les patrons n’ont gardé que la flexibilité qu’ils avaient arrachée en échange de la réduction du temps de travail.
Travaillons donc moins, un jour de moins pour commencer. Bien sûr, la plupart d’entre nous gagnerons moins, mais avec un dispositif de revenu minimum et maximum, cela ne changera pas radicalement les choses. D’autant que cela fera mécaniquement baisser les prix qui grèvent les portefeuilles fragiles, comme ceux du logement…

Certains pensent que la meilleure manière d’enrayer la dictature du PIB serait d’imaginer un nouvel indicateur de référence. Il en existe déjà, comme l’IDH (Indicateur de développement humain), mais sa principale composante est… le PIB ! Il y aurait certes là de quoi phosphorer, mais je pense déjà au jour où ce nouvel hypothétique indice remplacerait le PIB comme but à atteindre dans une multinationale… On nage dans la science-fiction totale !

De toute façon avec votre décroissance, on ne pourra pas nourrir tout le monde. Et ceux qui veulent limiter la population sont des fascistes et des malthusianistes, hein Cochet !
Commençons par remarquer que l’agriculture industrielle se vante de pouvoir nourrir 12 milliards de personnes, que nous ne sommes actuellement “que” 6 ou 7 milliards, mais que néanmoins 1 milliard d’entre nous ne mangent pas à leur faim, et que 17000 enfants meurent de faim tous les jours (ce qui, selon Jean Ziegler, constitue bien un assassinat). Une partie croissante des terres agricoles disponibles (et aussi celles que le défrichage des forêts rend disponibles) sert à nourrir le bétail dont les riches occidentaux se nourrissent, et de plus en plus à fabriquer des agrocarburants qui font rouler les voitures des mêmes… Avant donc de tirer des conclusions définitives sur ce sujet, il conviendrait d’abord de mieux répartir la nourriture existante…
Ensuite, si on avait seulement utilisé 10% des fortunes éhontément colossales gaspillées pour secourir des banques qui n’attendent que de pouvoir reprendre leurs forfaits , on aurait assurément pu transformer tous les Biafrais et les affamés du monde entier en diabétiques !
Il semble pourtant que si l’on consacre les terres agricoles à ce pour quoi elles sont faites, c’est-à-dire de l’agriculture vivrière locale et traditionnelle, et pas par exemple des plantations de palmiers à huile pour remplir nos réservoirs, il y ait encore de la marge.
Et je ne parle surtout pas des OGM, ces merdes que des multinationales sectaires et dangereuses (Monsanto étant la plus connue) voudraient nous fourguer, non pas comme leur propagande nauséabonde le prétend, pour nourrir la planète, car ils n’en ont rien à foutre, mais pour imposer leur brevetage du vivant et gagner beaucoup plus de milliards que les États n’en prêtent actuellement aux banques…

Et même si un jour nous nous apercevions que nous devenions trop nombreux, il serait encore temps pour des politiciens responsables de prendre des mesures qui permettraient de résoudre “en douceur” le problème, c’est à dire sans famine et sans bombes.

Vous devez être contents, avec la crise, vous l’avez, votre décroissance. Vous voyez dans quelle merde on est ?
Halte là ! Il y a un monde entre la décroissance, telle que je la souhaite, et la récession, telle que nous la subissons.
Puisque vous aimez tant vos bagnoles, prenons une image automobile. La décroissance, c’est quand on se rend compte qu’on est allé trop loin, qu’on coupe le moteur, et qu’on recule pour revenir volontairement vers un endroit plus calme. La récession, c’est quand on est allé trop loin, mais qu’on veut continuer à avancer coûte que coûte. On passe la première, on bloque le différentiel, on accélère à fond, ça fait un boucan d’enfer, ça fume de partout, ça projette de la terre et des gravillons, mais il n’y a rien à faire : on recule quand même. La même allégorie pourrait s’appliquer à ceux qui croient que lorsqu’on roule en sens inverse de sa destination, et qu’on ne veut pas reconnaître son erreur et faire demi-tour, il suffit de ralentir pour rétablir la situation…

Il est désormais de bon ton pour la télé de parler des “décroissants”, mais en prenant bien soin de montrer à quel point ils sont marginaux et ridicules. Ils vivent dans des yourtes, vont chier dans la nature, élèvent des vers de terre dans leur cuisine pour faire du compost… Qu’ils sont drôles, ma chère, mais je ne voudrais en aucun cas être comme eux ! Les politiciens s’y mettent aussi, raillant à l’occasion ces malades mentaux, “qui voudraient nous faire revenir à la diligence et à la lampe à huile” (copyright Alain Juppé, le meilleur d’entre eux…).

Si un jour nous devions en revenir à ce point, nous pourrons remercier tous les Juppé de la terre, ces politiciens irresponsables et inconséquents, qui ont tenté jusqu’au bout, alors même que la catastrophe était patente, de préserver les bénéfices de sociétés commerciales cupides. Je ne comprends pas la démarche d’un Al Gore, qui après avoir voué toute sa vie au culte de la “croissance”, commet un film qui constate les dégâts, s’érige en gourou planétaire de l’environnement, reçoit un Prix Nobel, mais se trouve incapable de comprendre que les mécanismes qui ont conduit au désastre qu’il décrit pourtant si bien sont exactement ceux qu’il a toujours défendus, qu’il défend toujours, et dont il croit même qu’ils vont désormais sauver ce qu’ils ont détruit !

Pour en revenir au début de ce billet, la décroissance est indispensable pour des raisons physiques. Mais elle ne “substitue [pas] la nature à l’homme en tant qu’objet des politiques publiques”, n’en déplaise à Malakine. Car derrière la nature il y a évidemment l’Homme. Même si l’homme disparaissait (et c’est une hypothèse d’autant moins irréaliste qu’il s’accrochera à sa “croissance” au delà du raisonnable), la planète, elle, survivrait…

Mais au-delà de cette polémique, l’intérêt de la décroissance serait de remettre volontairement un peu de raison dans ce monde complètement débile, un peu de sobriété dans un monde de délire financier, un peu de désintéressement et de solidarité dans un monde où tous les rapports humains sont marchands, un peu de conscience dans un monde où la population est conditionnée et droguée pour con-sommer sans réfléchir.

Tiens, une des plus belles conséquence de la décroissance serait la disparition de la pub, “cette pute violeuse” (© Cavanna) !

Ce monde a transformé l’individu occidental en irresponsable gâté auquel tout est dû, et qui, à condition d’en avoir les moyens financiers, peut décider d’acheter n’importe quoi, n’importe quand, d’aller passer un week-end dans l’hémisphère sud s’il le désire, ou, même s’il a des moyens financiers plus ordinaires, de manger du raisin chilien ou sud-africain en avril. Sans se poser la moindre question et encore moins éprouver la moindre culpabilité sur les conséquences environnementales de ses gestes.

Hervé Kempf explique le mécanisme de surconsommation en reprenant la théories de  l’économiste américain Thorstein Veblen sur la “rivalité ostentatoire”. Traduit en français de la rue, celui que Sarkozy essaie de causer quand il est face à des prolos, ça donne “les mecs y font rien qu’acheter portnimwak pour s’la péter devant leur beauf ou leur voisin”. Le train de vie déraisonnable de l’oligarchie devient le modèle à atteindre !

Avez-vous déjà jeté un regard critique sur vous-même ? Oh, pas pour contempler dans la glace vos petits bourrelets ou votre pilosité disgracieuce dont les canons de la société de con-sommation exigent que vous vous débarrassiez sur le champ sous peine d’être totalement out… Mais plutôt sur votre mode de vie… Obligé de travailler comme des cons, de faire un boulot probablement inutile, simplement pour manger, payer votre loyer (ou votre crédit pour les privilégiés), votre bagnole (qui vous sert essentiellement à aller travailler), votre chauffage, votre téléphone portable, votre télé, votre internet… Travailler toujours plus, pas pour gagner plus, mais pour être plus profitable… Toujours se dépêcher, toujours être rentable, efficace, performant, winner, toujours subir la pression, toujours en retard, toujours stressé… Toujours sous la menace de vous faire remplacer par un plus jeune, ou par un moins payé, fût-il à l’autre bout du monde, car dans la société libérale, le transport ne coûte rien… Toujours acheter plus, plus de conneries, car si vous arrêtez d’acheter vous pouvez perdre votre boulot… Et tout ça, toujours plus, toujours plus longtemps, jusqu’à ce que mort s’ensuive… C’est la croissance…
Pourquoi s’étonner qu’il y ait autant de dépressions, autant de somnifères, autant de suicides, même sur les lieux de travail.
La croissance engendre une vie de con, de plus en plus con,  puisque “de plus en plus” est son principe… Pourquoi donc vilipender ceux qui voudraient sortir de ce cercle vicieux ?

Au fait, toi, SuperNo,le donneur de leçons, es-tu irréprochable ? N’as-tu pas de voiture, ne fais-tu pas tes courses au supermarché ?
Evidemment que non je ne suis pas “irréprochable”. Comme je l’ai déjà dit, je suis davantage un décroissant croyant que pratiquant… Au moins pour l’instant. Il y a plusieurs raisons à cela. Comme des milliards d’autres, je suis drogué et enfermé dans un système travail-consommation dont il est quasiment impossible de s’échapper seul… Et d’autant moins qu’on est chargé de famille et que les autres membres sont soit encore innocents, soit beaucoup moins avancés dans leur prise de conscience. Mes efforts sont un peu du même niveau que “tout le monde”, j’essaie de faire moins de kilomètres en bagnole, j’essaie d’acheter de moins en moins dans les grandes surfaces (ce serait plus facile si les hypermarchés n’avaient tué tous les commerces de proximité), de regarder les étiquettes, de consommer local (je vais même enfin obtenir une place dans une AMAP !) J’essaie de trier mes déchets, de ne pas gaspiller l’eau, d’acheter de moins en moins de conneries… Des choses simples, ce que j’appelle des “huloteries”. J’ai au moins un avantage sur la plupart de mes concitoyens : je suis déjà résigné à ce qui nous attend. Ce sera donc moins douleureux que pour ceux qui auront été jusqu’au bout bercés par le doux chant de la croissance…

Mais il ne faut pas être angélique : il est bien évident que le salut ne viendra pas de l’addition de quelques bonnes volontés tant qu’elles seront minoritaires. J’ai à de multiples reprises fait le constat du caractère luthomictif des démarches décroissantes individuelles dans une société résolument croissante. Quand vous allez conduire vos enfants à l’école à pied, sous la pluie et dans le froid, et que vous voyez la foule des “autres”, qui vous toisent et vous éclaboussent, bien au chaud perchés dans leur 4x4, vous finissez par vous demander quel est le plus con des deux !

Pour que le modèle de la décroissance fonctionne, il doit être appliqué massivement dans les pays occidentaux. Et je suis bien conscient du caractère utopique de la chose. Il n’y aura jamais de décroissance volontaire. Il faudrait un minimum de “ferme encouragement” (une vraie prise en compte du coût du transport dans le prix des produits serait un bon début), voire une coercition. Mais la coercition, c’est mal, c’est le retour du fascisme, du communisme…
Et tant qu’il y aura des Sarkozy pour promettre de “gagner plus” et caresser les citoyens dans le sens de leur “pouvoir d’achat”, de promettre implicitement force 4x4 (attention, électriques !), télés LCD dans toutes les pièces et vacances aux Maldives trois fois par an, qui sera assez lucide pour élire un concurrent qui promettra simplement de travailler moins et de consommer moins pour vivre mieux?

Tous les partis politiques traditionnels pensent que la croissance économique est l’alpha et l’omega de la société. Bon, il y a bien Europe-Ecologie qui se démarque timidement, le “Parti de Gauche” et le “NPA” qui ont quelques spécialistes de la question et dont les dirigeants, interrogés par “La Décroissance”, répondent des trucs du genre “je ne suis pas pour la décroissance, mais…”, dont je suppose qu’il faille considérer que c’est un début encourageant…

Il faut donc saluer les quelques pionniers courageux qui tentent de monter des “Listes de la décroissance” pour les élections européennes, et qui doivent évidemment tenir un discours bien moins affriolant. Bien du courage, les gars (et les filles, y’a pas de raison) !

La société n’est assurément pas mûre pour la décroissance. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras. La tâche est immense, mais la décroissance étant inévitable, comme j’ai tenté de l’expliquer, il est important de mener l’important travail d’imprégnation et de prise de conscience. Inlassablement.

Sans cette cette prise de conscience, il y aura une longue série de récessions subies. La coercition que les grands principes philosophiques de la Liberté nous auront épargnée, la physique et la réalité nous l’imposeront. Des famines, des guerres. Des salopards qui en profiteront. Sans doute les mêmes qui ont déjà profité de la “croissance”, d’ailleurs…


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77 commentaires à Quelques considérations sur la décroissance

  • @ Chtilucru : Suis dac avec toi, NoviceNo m’a aussi plu, pendant quelques secondes, je me suis demandé si c’était pas SuperNo qui se déguisait et faisait une blague.
    @ Anarchoïd : je comprends ta désillusion, je ne crois absolument pas en “mais euh” pour moi, il est de droite donc capitaliste, il peut dire le contraire, je le vois mal nous pondre un autre système même si j’aimerais me tromper. Hulot, je ne le connais pas assez, jamais vu ces émissions (beurk TF1).
    Suis d’accord avec NoviceNo dans son dernier commentaire, trop de personnes encore voit la décroissance comme une punition qu’il faudra combattre, si on s’y préparait, ça ferait surement moins mal à l’arrivée. Mais comme tu dis Anarchoïd, personne ne connait l’avenir, il est plus à inventer qu’à subir. Suis quand même pessimiste quand on voit comment ça se goupille.

  • Alixe

    Juste pour dire que je vous lis depuis plusieurs mois et que j’ai imprimé cet article pour le faire lire autour de moi.
    Faut bien commencer quelque part…
    Merci pour tout le temps passé à synthétiser tout cela pour nous
    Cordialement

  • Anarchoïd

    @NoviceNo : Non, je te suis très bien, et j’essaie de lire jusqu’au bout l’argumentation de SuperNo même si honnêtement c’est parfois un peu longuet, trop pour un article de blog. Pas toujours le temps. Dans les grandes lignes, je suis d’accord sur tout. Mais. Mais voilà, ce n’est qu’un projet, et 2030, pour garder cet horizon, ben ce n’est pas si loin. Or, si on doit s’y mettre maintenant, hé bien ça ne tient pas à toi, à moi, à mon voisin du dessous alcoolo, à mon voisin d’à côté alcoolo aussi, pas plus qu’au petit jeune qui balaie ma ruelle dès potron-minet. Les décisions ce sont les politicards qui les prennent. Et les politicards… à moins de tous les coller, avec leur descendance, sur ce qu’il reste du porte-avions Clémenceau et de les diriger vers le Triangle des Bermudes par pilotage automatique, on n’est pas près d’en être débarrassés. Et on ne s’en sortira pas non plus démocratiquement, vu le niveau culturel de nos braves concitoyens d’électeurs, dont on peut vérifier à chaque élection, surtout depuis le début du XXIème siècle, qu’il suit une courbe exponentielle… dans le sens d’un retour au stade de l’idiot de village.

    C’est sûr que ça me fait chier de trouver des poires importées du Chili chez Aldi, alors qu’on en produit au village à côté, sauf qu’elles sont + chères que celles venues du Chili. Pareil pour les fraises. On en fait près de chez moi mais celles cultivées par les esclaves africains employés sous les serres surchauffées d’Espagne sont plus à la portée de la bourse modeste, même si elles ont un délicieux goût d’éther. Pour le reste je ne fiche les pieds au Carrouf que contraint et forcé, quand je n’ai plus de cartouches d’encre pour mon imprimante récupérée )à la déchetterie.

    Mais bon, le retour au banlieues périphériques que tu préconises, va faire un petit séjour à Marseille après quoi je suis sûr que tu auras pigé que ce n’est pas la solution. Le travail n’est plus la solution.

    Autrement, hé bé… il ne poserait pas autant de problèmes, tiens !

    Pour moi, la décroissance ne peut passer que par la disparition progressive du travail en tant que destin commun, pivot de la vie sociale. Quand j’étais môme, on nous disait que les travaux pénibles seraient dans le futur exécutés par des robots. Ce futur c’est notre présent et c’est vrai et c’est pas vrai. On fabrique les Lexus de cette façon (DeLillo en parle très bien dans son roman “Outremonde”), ça pourrait être étendu à tous les travaux aujourd’hui exécutés par des précaires, mais on t’objecte que ça causerait du chômage et créerait des assistés. Alors on nous vend des emplois de merde qui rendent un boulot de merde et qui entretiennent frustrations, rage et addictions. Au lieu d’employer des machines à ces tâches pour la plupart absurdes, qui obligent des gens à se déplacer (et donc à polluer), à se rendre malades (et donc à consommer des saloperies de psychotropes légaux et illégaux) et à bouffer de la merde (faute de pouvoir accéder à une nourriture saine et à la culture qui conduit à mener une vie + saine) .Liquidons la valeur travail et nous aurons accompli un pas de géant. Mais cessons de centrer notre réflexion autour du travail. Tes banlieues périphériques, c’est quoi ? Ce sont les silos à main-d’oeuvre des années 70, même si à la place des barres tu as des pavillons bien neu-neu avec leur jardinet. Et ça va donner quoi, socialement ? Du repli sur soi et de la peur de l’autre, de l’autre côté de sa putain de haie de troènes doublée d’un grillage. Les dimanches en famille devant la fille Drucker dans la télé holographique, qui aura remplacé son vieux papa enfin à la retraite (d’ici là elle sera ménopausée).

    A moins qu’on réinvente le lien social.
    Faudra juste penser à déclencher une guerre avant. J’envoie un mail à Poutine pour lui transmettre la suggestion.

  • miha

    ben, alors, Arnachoïd, tu es décroissant !
    bienvenue au club !

    en effet, on ne peut pas compter sur les politiques.
    on ne peut compter que sur nous-mêmes.

    avec un seul espoir, très ténu : que nous arrivions à être suffisamment nombreux pour faire évoluer les choses dans le bon sens avant qu’il ne soit trop tard.
    sinon… ce sera tout simplement la fin de notre monde.
    pas celle de la planète, j’espère

    et puis, d’accord avec toi : merde à la valeur travail.
    merde aussi au fric.

    P.S. : je suis pour la décroissance et je n’ai absolument rien d’un intello bobo.

  • @Chtilucru
    j’espère que Malakine lira ton commentaire, qui lui prouvera que :
    - Les calculs sont contre lui
    - On peut soutenir le Modem et être convaincu que l’avenir est à la décroissance ;-)

    @Vero
    La pelouse est désormais entourée d’arbres et de plantes, les oiseaux commencent à y abonder (et je ne compte même pas les étourneaux qui vivent sans titre de propriété sous mon toit…) Le principal problème est désormais constitué par les innombrables chats du voisinage, qui non seulement viennent y déféquer, mais aussi tenter (et parfois réussir) à choper un piaf imprudent.
    Quant à mon discours, oui il aurait pu intégrer d’autres aspects (la “philosophie du peu”, “l’éloge de la lenteur”… Mais d’une part je répète que je ne suis pas encore très pratiquant et d’autres sont, souvent à leurs corps défendant, bien mieux placés que moi pour en parler… Et je me vois encore moins me faire l’avocat de la lenteur (chère à Pivert), tu es la mieux placée pour savoir que ce ne serait pas très crédible :lol: :lol: Ca me fait penser que je n’ai toujours pas payé cette rogntudju de prune…

    @Volubulle
    Malakine a le grand mérite d’avoir lancé un débat intéressant, et qui va de toute façon amener du monde à s’intéresser à cette question, qui en a bien besoin

    @NoviceNo

    J’ai découvert ton blog un fameux 29 janvier 2009

    Ah oui, le premier billet repris par Marianne2 http://www.superno.com/blog/2009/01/mais-putain-tu-vas-te-casser-a-la-fin/ , le fameux billet de tous les records (enfin, les modestes miens)… qui m’a ramené à lui seul 300 nouveaux visiteurs réguliers…
    Le grand intérêt de Jancovici, c’est justement la force de ses calculs, qui valide ses raisonnements, même s’ils sont effectivement déprimants. Le problème est qu’un travers humain bien connu consiste à accorder plus de crédit à ceux qui prévoient de bonnes nouvelles (typiquement un politicien en campagne) que ceux qui, s’en d’ailleurs s’en réjouir, font des calculs qui rendent la catastrophe certaine…

    Margerie (aka “Big Moustache”) dit en galéjant à peine la même chose que d’autres, qui voient le pic à 84 millions de barils/jour et considèrent qu’il est déja dépassé.
    La réalité finit toujours par devenir incontestable. Même si c’est souvent trop tard…

    Pas un mot à changer dans ta tirade sur le “miracle énergétique”.

    Sur le nucléaire, je reste circonspect… Plus que Jancovici qui y voit “La” solution. Plus aussi que le réseau “Sortir du nucléaire” ou Véro, qui seraiet sans doute partisans de l’arrêt immédiat qui nous plongerait dans le noir faute de plan B… Mais je dois dire que les arguments sur le coût du stockage pendant quelques centaines de milliers d’années (s’ajoutant à celui du démantèlement qu’EDF ne sait pas effectuer correctement aujourd’hui est un argument massue dont je n’ai que récemment découvert la portée. J’aimerais bien que Jancovici calcule ce coût et le commente…

    Les commerciaux, ils vont voir leurs clients en vélo ?

    J’atteste que non :lol:

    Sur la difficulté de communiquer sur ce sujet : voir ma remarque plus haut sur les bonnes et les mauvaises nouvelles.

    Cepourkikonvote ?
    Je me pose toujours la même question, même si à l’heure qu’il est Europe Ecologie a toujours une longueur d’avance… Même si on ne connait pas encore tous les candidats. Et autant j’ai confiance en Jancovici quand il s’agit de calculs et de gaz à effet de serre, autant je pense qu’il devrait rester prudent sur la politique, qui est un sujet qu’il maîtrise manifestement moins…
    Quant à “l’homme providentiel”. Hum. Hulot ? Rehum. “Il paraît qu’il a encore fait des progrès. Je préfère attendre qu’il ait fini tous les progrès”…

    Je te remercie sincèrement de ton message, je suis un peu cabot et j’apprécie. Mais je te rassure, je n’ai pas envie de baisser les bras. Si je n’écris pas un jour ou l’autre, c’est soi que l’actualité ne m’inspire pas, soi plus probablement que j’ai d’autres choses plus ou moins passionnantes à faire, que SuperNonotte fait particulièrement la gueule, ou que je suis simplement fatigué, mais pas que j’ai envie de baisser les bras…

    @Anarchoid
    Je comprends et apprécie ce que tu dis, qui est fort bien observé… Sauf sur la décroissance, qui n’est pas seulement un truc de bobos. La décroissance ne fait pas d’idéologie, c’est une réalité indépassable qui s’imposera de gré ou de force (et hélas vraisemblablement de force) à tout le monde, et particulièrement aux pauvres, ceux qui ne sont pas abrités derrière leur haie de troënes, et qui sont toujours les plus vulnérables.
    Et comme le dit NoviceNo, il est possible de vivre sans voiture (à condition d’être capable de l’imaginer, ce qui semble impossible pour l’instant), et c’est heureux car nous vivrons de toute façon un jour sans voiture, ou alors avec des voitures très différentes, peut-être comme les imagine Vincent Cheynet : légères, incapables de dépasser les 36km/h et un peu molles, pour ne pas provoquer de blessures plus graves en cas d’accident que deux piétosn qui entrent en collision…

    @Chtilucru encore
    Ne me fais tout de même pas dire que Bayrou est crédible en révolutionnaire et/ou en décroissant ! Ou que Peyrelevade est La solution contre la tyrannie de la finance… D’ailleurs Kahn, Benhamias ou Lepage sont surtout des vitrines. Le vrai numéro 2 c’est bien Peyrelevade, non ?
    Quant à Hulot, qui n’est pas au Modem si je ne m’abuse, je me méfie de ses discours même très justes : Sarkozy est tout à fait capable de prononcer les mêmes !

    @Erasme
    Si “l’Essentiel” publie des articles intéressants, c’est la preuve qu’il faut dépasser les préjugés !
    Car la citation en question…

    «Il faudra repenser notre façon de vivre. On n’aura pas le choix, on s’y pliera, car notre survie en dépend», a-t-il expliqué avant d’admettre qu’«il y aura des mécontents», citant les constructeurs automobiles, les agriculteurs ou encore les publicitaires.

    … on dirait du SuperNo, non ? A condition de préciser “les agriculteurs de la FNSEA…”

    @NoviceNo, Anarchoid et les autres, tous ceux qui n’ont pas de blog et que la plume démange :
    Je rappelle que le “blog des Clampins” http://clampins.superno.com est là pour accueillir vos réflexions dès lors qu’elles dépassent de 10 fois la taille d’un commentaire “ordinaire”, voire le billet lui-même !

  • Anarchoïde

    @miha et SuperNo : Au bout du compte, cette idée de décroissance, je trouve que dans les grandes lignes (la spiritualité fumeuse en moins) elle rejoint vachement l’idéal beat, repris plus tard par les hippies. Et là ça m’interroge, au vu de ce qu’il est devenu cet idéal, avec le temps, de ce qu’en ont fait ceux-là mêmes qui le vivaient et le défendaient en réaction, justement, aux rutilances et aux excès du capitalisme de l’après-guerre. Ies expériences communautaires ont permis de vérifier que l’humain n’était jamais loin, et c’est cet humain qui a fini par triompher.

    Miha, je ne sais pas si je suis décroissant ou pas. De mon point de vue, c’est de survie qu’il s’agit au quotidien, le problème à la base étant une sévère inadaptation sociale qui s’enracine dans une enfance mal barrée. Mais admettons.
    Quand tu dis “… que nous arrivions à être suffisamment nombreux pour faire évoluer les choses dans le bon sens…”, là tu touches à quelque chose qui m’a toujours tracassé à propos des idéaux alternatifs. Exemple, l’extrême-gauche : cette incapacité à créer l’exemple. Des années que les gens comme Krivine et Laguiller (et c’est reparti pour deux générations avec Besancenot) nous bourrent le mou avec leurs beaux discours électoralo-misérabilistes sans qu’on n’ait jamais vu la couleur d’une usine autogérée ou d’un kolkhoze abouti où chacun récolterait son dû à partir de moyens mis en commun. On n’a que des mots, et pas ceux qu’on attendrait de la part de gens qui se prennent pour des révolutionnaires. Soeur Emmanuelle, quand elle se pointait dans un bidonville égyptien, elle ne se posait pas sur une estrade pour discourir à propos des applications de la catéchèse romaines sur les populations illettrées et économiquement laissées pour compte des pays émergents. Elle disait “Yalla” et on y allait. Tu piges ? C’est bien beau de dire faut qu’on soit quelques-uns à commencer, mais ça restera de la tchatche tant qu’on ne fournira pas au pékin abreuvé d’images prédigérées de l’exemple concret et si possible sexy à contempler. Car si c’est pour ressembler à des bénéficiaires du RSA, faire un mode de vie d’une vie de merde, c’est pas gagné. Et pendant ce temps il y a le loyer à payer et sans loisirs dignes de ce nom, les dimanches seront coriaces à tuer.

    Les beats ont commencé par faire dans la littérature, la poésie et le voyage. Les hippies ont monté des communautés. Les anarchistes espagnols ont appris à lire aux pauvres, leur ont refilé des livres et ont inventé le planning familial.
    Je te cite là des exemples qui ont laissé des traces dans les esprits. Au tour des décroissants de passer du discours à l’exemple. Perso j’ai pas d’idées, là, tout de suite, sauf la conviction que ça doit sortir du wèbe. Car je répète ce que j’ai écrit plus haut : dans le monde réel, les marchés, les cités, les bistrots, la rue, la décroissance on ne sait pas trop de quoi ça peut avoir l’air, à part la dèche et les privations endurés par celui que le capitalisme “a laissé au bord de la route”.
    Les SDF, comme illustration par l’exemple, y’a mieux !

  • chtilucru

    Il est temps d’ouvrir les yeux et de se rendre compte que de toute façon la décroissance c’est pour demain ne serait-ce qu’à cause de la décroissance inévitable de la production pétrolière (la depletion).
    Juste quelques chiffres que j’ai revu hier soir en lisant une interview de Colin Campbell, géologue à la retraite et président de l’ASPO (association pour l’étude sur le Peak Oil):
    - en 1964, les découvertes pétrolières ont culminé (pas de bol c’est l’année de ma naissance !)
    - depuis 1981 la quantité de pétrole découverte chaque année a été inférieure à notre consommation
    - en 2005-2006, le peak oil de pétrole conventionnel (facile et pas cher à extraire) aurait été atteint
    - en 2010-2012, le peak oil de pétrole conventionnel + non conventionnel devrait être atteint.
    Cela signifie clairement que à partir de 2010-2012, on va connaître une décroissance de la consommation de pétrole de 150 ans qui va suivre 150 de croissance de la consommation pétrolière qui a débuté à la fin de l’esclavage.

    Il me semble que très peu d’entre nous ont une idée de notre consommation pétrolière qui va bien au delà de ce qu’on met dans notre réservoir:
    - chaque jour le monde consomme plus de 80 millions de barils de pétrole.
    - un baril de pétrole faisant 159 litres, cela fait prés de 13 milliards de litres de pétrole consommés chaque jour dans le monde
    - soit 2 litres par jour et par personne dans le monde. Probablement près de 6 litres pour chaque Européen et 10 litres pour chaque Américain.
    - Autrement dit, chaque Européen consomme prés de 2000 litres de pétrole par an.
    - Soit l’équivalent d’une cuve de 10.000 litres de pétrole par an pour une famille de 5 personnes.

    Ceux qui croient que ça peut encore durer longtemps sont des doux illuminés. Les illuminés ne sont pas les décroissants !

  • miha

    tu habites dans le coin, Anarchoid ?
    je veux dire : à Metz ou ses environs.

  • Anarchoïde

    Hé non, Miha, je suis dans les champs de lavande, entre Verdon et Durance, version sauvage, là où les touristes ne s’aventurent pas. Je te croyais de Marseille, à cause de ton pseudo.

  • miha

    super, la région où tu habites !
    bon, alors, tant pis, tu ne vas quand même pas t’expatrier dans notre Lorraine, juste pour faire partie de notre groupe de doux dingues.

  • RiGeL

    Petit commen taire en retard (désolé, j’étais parti con-sommer du soleil et du vent sur la plage de Berck toute la semaine dernière) concernant les propositions d’explications faites par freddi.
    1)Inconscience stupide & mortifère?
    2)Croyance totale dans la science & la technique qui vont trouver la solution pour nous sauver?
    3)Se faire un max de blé avant la chute pour se réfugier ensuite dans quelques paradis hyper protégés?

    Je suis quelque peu en désaccord avec toi, Superno (une fois n’est pas coutume) lorsque tu indiques que les trois premières propositions sont probables.
    En effet, il me semble personnellement que nos dirigeants (par ce mot, je rassemble les dirigeants politiques ET économiques) savent extrêmement bien ce qu’ils font. Ils ne sont ni stupides, ni inconscients, loin de là.
    Ils croient probablement en la science, mais encore une fois, ils ne sont pas stupides et savent qu’une révolution scientifique comme celle que nous avons connu au 20e siècle n’arrive pas tous les ans (forcément), ni même tous les siècles. Il ne reste donc plus que la troisième proposition qui soit probable.
    Plus que probable, même, si l’on prend en considération l’immense travail de sape de tout ce qui peut ressembler à de la solidarité qui a lieu depuis les années 80. En effet, pour un discours “restos du coeur”, combien de discours “épanouissement personnel”, “réussite individuelle”, et j’en passe et des meilleures. Depuis 30 ans, on inculque au plus grand nombre la culture du “meilleur que son voisin”. On pourrait croire que c’est juste dans l’air du temps, ou que c’est venu par hasard, soit. Cependant, réfléchissons à une petite question : Comment faire, quand on est déjà puissant, pour augmenter sa puissance tout en restant à l’abris du danger que représentent les moins puissants ?
    Sinon, bien sur, en imprimant dans la tête des moins puissants qu’il leur est possible, au prix d’immenses efforts, de devenir eux même puissants.
    C’est un mensonge, bien évidemment, puisqu’une infime minorité seulement y parviendra, et ce en écransant les autres, mais comme tout le monde est occupé à vouloir devenir puissant, plus personne n’a le temps de se rendre compte de l’arnaque.
    Bien sur, tout ceci prendra fin, comme tu l’as bien expliqué dans ton billet. Mais j’ai tendance à penser que la fin ne sera pas la même pour tout le monde, et qu’il sera plus facile de supporter le changement climatique, l’effet de serre, et autres joyeusetés, si on a de quoi se payer et faire fonctionner une clim à prix d’or, et de quoi se payer une armée pour empêcher les autres d’envahir son paradis.
    Le bouleversement climatique fera moins de mal à Bill Gates qu’à Philippe Dupont, (ex) soudeur chez Renault.
    La question se résume donc à : doit-on tout faire pour devenir Bill gates avant les autres ? ou doit-on prendre dominique Dupont par la main et chercher ensemble une solution pour “morfler” le moins possible ?
    Nos dirigeants ont choisi… et l’ont fait, ne vous en déplaise, en toute connaissance de cause.

  • Anarchoïde

    @RiGeL : Quand on voit ce qui se construit en immobilier de luxe dans des coins comme Dubai et Abu-Dhabi, on ne peut que souscrire à cette hypothèse…

    Cela dit, je ne crois pas que le quidam soit si naïf. Se faire croire qu’on va devenir un magnat “grâce à beaucoup de travail et d’effort et d’opiniâtreté”, devenir “the right man (or woman) at the right place” rien qu’en sachant remplir un business plan soumis ensuite à quelque banque de Floride pour ouvrir une usine de démonte-pneus à Romorantin dont le QG serait domicilié à Bristol, ça avait encore cours au milieu des années 90 ce fantasme-là, et encore ceux qui le nourrissaient étaient pris pour des gogols par leurs compagnons de rade.
    Même aux Etats-Unis et au Canada on n’y croit plus, surtout depuis les évènements que l’on sait. Du moins les correspondants que j’ai là-bas ont-ils fait le deuil de ce que nous appelons “le rêve américain”. Alors c’est peut-être encore vrai pour le jeune nerd indien au visage bouffé d’acné, je ne sais pas, mais le capitalisme nous a à ce point démontré sa capacité de nuisance et sa nature fondamentalement mafieuse dans les vingt dernières années - ceci selon des modalités que même l’intelligence primitive d’un chasseur est capable d’appréhender - que je doute sincèrement de la portée de la propagande que tu évoques, RiGeL. Les vertus de l‘“effort”, de la “valeur travail”, tu ne lis plus ça que dans le Figaro, et encore dans le courrier des lecteurs. Il n’est qu’à visiter de temps en temps le blog de l’UMP pour vérifier à quel point même l’électorat de droite pur et dur commence à se douter de ce qu’il a été berné, que les classes moyennes vont rejoindre le prolétariat, le prolétariat les précaires, les précaires la rue, pendant que la nomenklatura des affairistes glauques arrange ses sales coups dans son entre-soi de plus en plus cerné par les fouille-merde de tous acabits qui hier leur ciraient les pompes. Et ce malgré les gesticulations, les éructations et la logorrhée délirante de celui qu’ils ont choisi comme porte-parole et accessoirement comme paravent.

  • Dans la série “con-sommez braves gens !”, moi je veux pas de télé LCD aussi grosse que le buffet de ma grand-mère.
    Je reste avec ma 4/3 cathodique relativement âgée qui fonctionne très bien.
    Mais y font chier à tout diffuser en 16/9è maintenant !!!

  • NoviceNo

    @RiGel
    « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement vous vous apercevrez que l’argent ne se mange pas. » (Prophétie d’un Chef Indien Cree paraît-il.)

    Je ne doute pas que beaucoup de nos dirigeants politiques et économiques ont opté pour la solution 3). Pourtant, me dis-je très naïvement, la plupart d’entre eux ont également une descendance. Ils n’ont pas peur qu’un jour leurs enfants et petits-enfants leur filent des baffes ? Moi si. J’espère pouvoir continuer à regarder mes enfants dans les yeux très longtemps (faudrait pas non plus que je devienne centenaire, ça ne serait pas bon pour la décroissance démographique !), même si je ne suis évidemment pas irréprochable.

  • Via

    Super article sur la décroissance, SuperNo. On apprend beaucoup en vous lisant.
    Je n’ai rien à ajouter, même si contrairement à vous je ne suis pas si sur que la théorie selon laquelle on pourrait compenser la décroissance de la production par la croissance des services est fallacieuse, car finalement vous ne faites que parler du secteur de la production. Les services comme la santé, l’aide aux personnes, l’associatif,… peuvent croître, et ce, sans “trop” de risques pour la planète!
    Je ne suis pas sur que tout argent soit finalement destiné à l’achat d’un bien… on peut acheter des services à l’infini! Le psychologue peut se payer un coiffeur qui peut se payer un cinéma qui peut se payer l’hôpital.. etc. Aucun de ces services n’est 100% neutre pour la planète (ce qui n’existe pas, de toute façon) mais… n’oublions pas que l’économie est majoritairement tertiaire et que c’est la secteur secondaire qui est le plus polluant. De plus, ce qui manque globalement à votre article, c’est une analyse de l’innovation. J’entends par là que l’innovation peut permettre une croissance théoriquement “infinie”, même si bien entendu on en prend pas le chemin. Si le secteur automobile est par exemple condamné à une mort certaine, de nouveaux domaines vont apparaître, des moyens de transport moins polluants (j’ai bien dit qu’on en prenait pas le chemin mais ça viendra!) et de nouveaux services (développement du secteur tertiaire)
    Donc, la croissance va changer de domaine, des pans entiers de l’économie vont disparaître, mais cela signifie-il pour autant la décroissance?

  • Une société de services, encore plus que maintenant, c’est cela l’avenir? Les services pour solution contre le chômage, les services pour solution comtre la pollution? Je trouve ça d’un triste, c’est ce qui est en train de se passer dans notre société si individualiste, avoir besoin de payer quelqu’un dès qu’on a besoin d’un service, pas d’argent? dommage… Si c’est un monde comme ça pour plus tard, j’espère bien veillir ou mourir jeune, de peur d’avoir à demander quelque chose à quelqu’un…

  • La décroissance n’est plus à la portée des pays occidentaux. L’Inde et la Chine à eux seuls pèsent largement plus que toute l’OCDE en terme de démographie, et ce sont eux qui décident dès aujourd’hui où le XXIème siècle finira. Cela ne doit pas nous empêcher de balayer devant notre porte, mais nous avons abandonné depuis longtemps le catastrophisme cher à Oléocène ou même à JMJ (son dernier bouquin recycle un peu trop vite les excès de la finance mondialisé pour se prétendre ouvrage de réflexion philosophique sur l’avenir de la société).

    Ne vous focalisez pas sur la lente décroissance des énergies fossiles, elle est encore loin (2040-2050) et vu la façon dont on les gaspille, on n’aura pas trop de mal à utiliser des alternatives avec plus de parcimonie.

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