
Connaissez vous “Smithfield foods” ? Non, vraisemblablement. Avant d’expliquer de quoi il retourne, j’enjoins aux personnes les plus sensibles de quitter ce blog pour aller par exemple ici .
Les plus courageux peuvent éventuellement continuer, à condition d’avoir pris la peine de se munir d’un sac à vomi, de préférence de grande contenance. Je vous aurais prévenu !
Smithfield est une société américaine. Elle produit de la viande. Surtout de porc, mais aussi de boeuf et de poulet. En clair, ils élèvent des cochons dans des conditions épouvantables, avant de les tuer et de les vendre soit sous forme de bidoche, soit sous forme de produits transformés.
Bah, me direz-vous, rien que du très banal, hélas… En France on fait la même chose… Oui, enfin presque. Pourtant je suis natif des Côtes d’Armor, département qui recense plus de 2 millions de cochons (soit 4 par habitant), et je connais fort bien les problèmes catastrophiques dûs à l’épandage de lisier : pollution de la quasi totalité des cours d’eau, eau du robinet surchargée de nitrates et imbuvable, algues vertes sur les plages, sans compter l’odeur infecte que l’on sent à des centaines de mètres à la ronde du côté de Lamballe ou de Loudéac…
Je sais qu’il y a aussi des tricheurs, qui pour contourner la limitation de taille imposée par la législation, construisent un second bâtiment à 20 cm du premier…
Pourtant les éleveurs bretons sont des enfants de choeur à côté des amerloques.
Alors que les élevages bretons les plus gros comptent en dizaines de milliers de têtes, Chez Smithfield, un élevage en Utah ou en Caroline du Nord peut concentrer 500 000 cochons ! Ils en ont ainsi tué à eux seuls 27 millions en 2005, plus du quart de la production américaine ! Juste pour info 7.6 milliards (pas “millions”, hein : “milliards”) de poulets (aux hormones et à l’eau de javel) ont été abattus dans la même période aux Etats Unis.
Un cochon produit 3 fois plus de déjections qu’un être humain. Donc les 500 000 cochons d’un seul élevage en rejettent autant que tout le quartier de Manhattan ! Sauf que les infrastructures de traitement des eaux usées ne sont pas tout à fait les mêmes…
Les pauvres bêtes sont parquées dans des boxes dont elles ne peuvent bouger. Ca leur évite de s’écraser les uns les autres ou de se bouffer. D’ailleurs, pour en être sûr, on leur arrache les dents et on leur coupe la queue, sans anesthésie, ça va de soi… Elles n’ont même pas le bonheur éphémère de se reproduire “normalement”, puisqu’elles ne viennent dans ce monde impitoyable que par insémination artificielle.
Les cochons sont piqués aux antibiotiques et aspergés d’insecticides pour éviter les maladies contagieuses qui ne manquent pas de proliférer dans un tel environnement. Ils sont dopés par des substances qui leur permettraient de grimper l’Alpe d’Huez plus vite qu’Armstrong. Ils sont nourris au maïs OGM qui pousse grâce aux engrais pétroliers et aux pesticides… La chaleur est épouvantable, et nombre d’entre eux meurent asphyxiés dans cet air irrespirable.
Point de paille au sol, mais du caillebotis (un sol métallique avec des trous dedans). Les déjections tombent dans un bac avant d’être évacuées par un pipeline…
Vu les quantités de déchets “produites” (26 millions de tonnes pour Smithfield en 2005), il va de soi que l’épandage dans les champs environnants ne suffit pas ! Amis de la poésie, vous allez être gâtés : savez vous ce qu’est un “lagon” ? Non non, pas ces eaux bleues magnifiques à l’intérieur des atolls du Pacifique…
Non, pour Smithfield (“good food, responsibly”, je le rappelle), un lagon c’est une fosse, de 100 mètres sur 100 mètres (plus que la superficie de 2 terrains de foot, donc), creusée jusqu’à 9 mètres de profondeur. Si on aime avoir le vertige, on peut s’amuser à en calculer la contenance : un litre fait un dm3, donc la fosse contient 1000*1000*90 = 90 millions de litres. C’est déjà le beau lagon !
Et ce lagon sert de réservoir aux fameuses déjections des cochons. Merde, pisse, mais pas seulement : on y jette aussi des cadavres et du sang. Ce qui, vu de dessus leur donne une belle couleur rose !
Ceux qui ont senti cette odeur qui imprègne tout à des kilomètres à la ronde ne peuvent paraît-il pas l’oublier, c’est la pire infection que l’on puisse imaginer sur terre. Pour aller encore plus loin dans l’horreur, sachez que si vous avez le malheur de toucher cette “substance”, votre peau sera brûlée… Et il faut tout de même signaler de nombreuses victimes humaines, asphyxiées ou carrément noyées dans cette fange…
Et quand le “lagon” est plein ? Vu qu’on ne peut rien en faire et que les cochons assurent une production continue, on en creuse un autre un peu plus loin…
Même s’il s’agit d’un déchet “naturel”, la quantité et les conditions de stockage n’ont quant à eux rien de naturel. Cette saloperie, dans laquelle grouillent plus de 100 variétés de bactéries (chaque gramme contient 100 millions de coliformes fécaux !), est en fait un poison violent pour l’environnement, et son niveau de toxicité l’apparenterait plutôt à des déchets nucléaires. Entre le “lagon” et les gaz qui s’en dégagent, on relève en effet de l’ammoniac, du méthane, du sulfure d’hydrogène, du monoxyde de carbone, du cyanure, du phosphore, les fameux nitrates et même des métaux lourds… Le tout clapotant à l’air libre…
Le fond du “lagon” est un espèce de “liner”, comme dans une piscine. Il arrive qu’il soit déchiré. Dans ce cas la saloperie s’écoule dessous, passe dans le sol, commence à fermenter, avant parfois d’exploser violemment sous la pression…
Ces insanités, en plus d’être de véritables non-sens, sont des désastres environnementaux. En 1995, la digue d’un de ces “lagons” (ce n’était pas Smithfield, pour le coup, mais un concurrent) en Caroline du Nord, s’est rompue, déversant son horreur dans la “New River” : des millions de poissons sont morts, la rivière elle-même est morte. Même si elle a curieusement eu moins de retentissement, l’ampleur de cette catastrophe a été considérée par les américains comme 2 fois plus importante que celle du pétrolier Exxon Valdez en Alaska…Rien moins donc que la plus grave catastrophe environnementale de l’histoire des Etats Unis.
Cadeau pour l’exploitant du lagon, qui a donc pu recommencer à le remplir sans en creuser un autre…
En 1999 l’ouragan Floyd toujours en Caroline du Nord, a provoqué des inondations gigantesques, qui ont recouvert plusieurs “lagons” de Smithfield (“Commited to corporate social responsibility”, je le rappelle) , dispersant leur contenu sur des kilomètres, et détruisant ainsi une demi douzaine de cours d’eau… En effet, presque 10 ans plus tard, ils sont toujours pollués !
Bon, j’arrête là en espérant que tout le monde a compris…
Evidemment il arrive que Smithfield soit condamné à des amendes pour pollution, mais elles sont ridicules rapportées aux bénéfices de ce groupe monstrueux.
Smithfield foods était jusqu’à il y a quelques années une société purement américaine. Mais Smithfield a décidé de se développer en Europe, en s’installant dans les pays où la main d’oeuvre est docile et bon marché (Pologne et Roumanie principalement).
Exportant son “savoir faire”, Smithfield a rapidement éliminé les petits producteurs polonais, et a mis en place dans ce pays ses premiers “lagons”. Et dès 2003, un “accident” s’est produit, le contenu d’un “lagon” gelé s’est mélangé au réseau local , l’eau du robinet prenant une belle couleur brune, et un gamin est tombé gravement malade après s’être baigné dans le lac voisin… (regardez à nouveau la photo, issue du site de Smithfield, et goûtez-en toute la saveur…)
Puis, fin 2007, Smithfield a racheté à un autre requin, Sara Lee, le groupe Aoste, ces gros malins qui jouent sur les mots en faisant croire que leur jambon industriel provient de l’artisanat italien, alors qu’en fait l’usine se trouvait originellement à Aoste, en … Isère. Smithfield est ainsi devenu propriétaire des marques “Justin Bridou”, “Cochonou”, Jean Caby (dont le slogan est “Bon appétit !”) et… “Weight Watchers” (on ne rit pas).
Il va de soi que ces marques, qui nous envahissent de pub télé, vendaient déjà des saletés industrielles grasses et trafiquées à l’aide d’additifs chimiques (comme le sel nitrité, l’ami du cancer de la prostate). Maintenant qu’elles sont dans les mains de l’amerloque, le pire est à craindre ! Et j’espère que, après avoir lu ces lignes, la nausée vous empêchera de les mettre dans votre caddie !
…et je ne peux pas m’empêcher de faire le lien avec la dérive droitière de certains dirigeants “socialistes” et leur absence de scrupules à employer des gros mots tels que “Libéralisme”. C’est ça que vous voulez ? Avec le libéralisme, c’est ça que vous aurez !
On mange quoi, à midi ?
[Si vous souhaitez en savoir plus sur la bouffe américaine (et donc sur la nôtre), et perdre vos dernières illusions sur les méthodes de l’industrie agroalimentaire et le contenu de votre assiette, je vous recommande vivement la lecture du livre du journaliste franco-américain William Reymond “Toxic” , disponible en format de poche pour quelques euros. C’est grâce à lui que j’ai appris l’existence des “lagons” et de bien d’autres saletés encore !]


Casseurs de pub
La Décroissance
LPO
Le Grand Soir
Marianne 2
RESF
Siné hebdo
Vendredi
Ma galerie de photos
PhotoCool
Pour illustrer tes propos :
… et pour les completer:
à lire ton article je repense avec émotion à la cochonaille que mon ancien coloc’ me ramenait …
… c’était du cochon des voisins de ses parents … le genre cochon pourri gâté, élevé en plein air avec le reste de la ferme. Bref la vie rêvée quoi …. sans antibio, bouffe 3 étoiles … Parju qui s’appelait le bestiau … oui oui chaque année il avait le même nom
… et la viande … quelle viande !! jamais bouffé un jambon aussi bon … même la couenne est goûtue ….
le pire c’est qu’on peut même pas faire des attentats contre ce genre de ferme … ça finirait en catastrophe écologique majeure.
enfin … “ferme” … je doute qu’on puisse vraiment appeler ce genre merdier “ferme”.
Des amis éleveurs demande qu’on parle d‘“usines” ou d‘“ateliers” pour l’élevage intensif. Histoire de ne pas mélanger torchons et serviettes…
D’autre part, ces industriels de la bouffe sont déjà en train d’instrumentaliser la crise alimentaire mondiale pour justifier leurs méthodes intensives (intensément destructives)….
bleh…
“D’autre part, ces industriels de la bouffe sont déjà en train d’instrumentaliser la crise alimentaire mondiale pour justifier leurs méthodes intensives (intensément destructives)….”
C’est ben vrai çà! J’ai lu dans les pages hebdo du RL de dimanche dernier qu’un nommé Ikeda (Japonais sûrement) avait inventé un (tenez-vous bien!) “Cacaburger” fait de protéines extraites de ce qu’on nomme communément de la merde humaine, embellie par un colorant rouge.
Re: Bon appétit!
Tout celà est bel et bon, chers blogueur et contributeurs.
Mais est-ce aussi constructif que ça ?
Pas sûr !
La situation sanitaire des USiens ne me fait ni chaud ni froid, je ne vais pas déjeuner (mot probablement abusif) chez KFC ou Mc Do ni leurs confrères, donc, hors le côté “intellectuel”, ce sujet est ‘out’ pour un lorrain du terroir.
la tristesse m’envahit toujours lorsque le sujet de l’industrialisation alimentaire est aborde.
A ce sujet un documentaire centrant son regard sur l’europe n’est pas forcement de meilleur augure que ce qu’il se passe aux USA , il s’agit de We feed the world ( le marche de la faim)
Un petit extrait issue de la terre vu du ciel traine du cote de mon cafe :
http://cafecroissant.fr/2008/elevage-intensif-de-poulet-vous-cautionnez/
Il est certain que les USA touchent le fond, mais ils tirent tres fort les autres vers le bas avec la complicite des plus grand groupe agroalimentaire tels nestle (europeens)
Pour infos sur la filiere du poulet il existe 3 multinationales au monde qui gerent la quasi totalite de la production mondiale.
@Lucien
Précisons, dans l’ordre :
- Que je ne suis pas un lorrain du terroir
- Que ce blog n’a jamais prétendu s’adresser uniquement aux lorrains du terroir
- Que les lorrains du terroir ont tout à fait le droit de s’intéresser à ce qui se passe à l’extérieur de leurs petites frontières
- Que, comme je l’ai écrit, le “problème Smithfield”, risque fort d’arriver très bientôt en Lorraine, car si vous achetez de la merdouille estampillée “Aoste”, “Cochonou” and Co au Cora de Borny, au Leclerc de Marly, au Carrouf de Thionville ou à l’Auchan de Semécourt, il y a désormais des chances que les cochons qui ont servi à les fabriquer aient vécu une courte et épouvantable existence près d’un lagon polonais…
Quoi qu’il en soit, bienvenue par ici !
C’est horrible…..
….ca fait près de 24h que j’ai la chanson des Bisounours en boucle dans la tête… x-P
@Garçon
J’ai déjà parlé de “We feed the world” il y a un an, ici
Je viens de rajouter ton blog dans mes liens
@ SuperNo
. Je t’ai inscrit dans ma blogroll de mon cote.
merci beaucoup, que d’honneur
Pour ajouter au contenu de We feed the world je suis certain que tu connais aussi le doc “notre pain quotidien” qui est tout aussi edifiant. Je m’apprete a faire une serie de billet avec des extraits sur ces deux films. Le sujet me tenant extremement a coeur.
pour voir un de ces jolis “lagons” roses (si si) remplis de merdasse, de sanf et de carcasse de bétail…

suivez l’guide!
et Bon apétit bien sur!
Le livre Toxic de W Reymond détaille toutes ces dérives… et bien d’autres, malheureusement.
Je n’achète que de la charcuterie des hauts cantons de l’Hérault ou de l’Aveyron. Mais je mange sûrement de la m*rde avec d’autres produits sans le savoir.
Merci une fois de plus pour cette info.
Et maintenant ces fermes sont suspectées d’avoir donné naissance à la grippe humano-porcine…
Au cas où ça intéresse quelqu’un, les fermes sur google maps :
http://maps.google.com/maps/ms?hl=en&ptab=2&ie=UTF8&oe=UTF8&msa=0&msid=102357960508620683254.000468df50c342f5654e4
Et pour compléter, quelques vues plus rapprochées de ces fameuses fermes de Granjas Carroll (les lagons and more) : http://enlace.vazquezchagoya.com/?p=812
Ca ne serait pas trop étonnant que ce soit effectivement parti de là…