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Fumer provoque le cancer. Libéraliser provoque des licenciements.

L’acier et le tabac sont des milieux a priori très dissemblables. Certes, mais pris dans la tourmente d’un même système (le libéralisme économique), les mêmes causes donnent exactement les mêmes effets.

Le parallèle entre la triste situation de l’aciérie de Gandrange et celle encore moins enviable de la manufacture de tabac de Metz n’a pas été relevé par la presse. Pourtant il est édifiant, jugez plutôt :

Ces deux usines de la Lorraine sinistrée, distantes d’à peine 20km, employaient des ouvriers, techniciens, ingénieurs, qui allaient bosser tous les matins depuis des années pour un salaire qui ne leur permettait sûrement pas de louer le yacht de Bolloré.

Acte 1 : la privatisation

  • En février1995, la SEITA est privatisée par le gouvernement Mitterrand/Balladur en application du dogme libéral.
  • Quelques mois plus tard, changement de gouvernement mais pas de méthodes : USINOR est privatisée par le gouvernement Chirac/Juppé, en application du dogme libéral.

Acte 2 : la fusion.

  • Fin 1999, la SEITA fusionne avec l’espagnol TABACALERA pour créer la société ALTADIS, cotée à la bourse de Paris. Des usines sont déjà fermées à ce moment.
  • En février 2002, USINOR fusionne avec le luxembourgeois ARBED et l’espagnol ACERALIA pour créer la société ARCELOR, cotée à la bourse de Paris

Acte 3 : l’OPA hostile

  • En 2007, ARCELOR est victime d’une OPA hostile et rachetée pour 26.9 milliards d’euros par la société néerlandaise du milliardaire indien MITTAL.
  • En janvier 2008, ALTADIS est victime d’un OPA hostile et rachetée pour 12.8 milliards d’euros par la société britannique IMPERIAL TOBACCO

Acte 4 : le dégraissage

  • En janvier 2008, MITTAL annonce 595 licenciements à l’usine de Gandrange, pas assez rentable.
  • En juin 2008, IMPERIAL TOBACCO annonce la suppression de 2440 emplois, dont 1060 en France, et ferme ses usines de Strasbourg et Metz, pas assez rentables. D’autres usines sont dégraissées,  ainsi que le siège parisien pour cause de doublon de certains postes avec ceux d’IMPERIAL TOBACCO. Un grand classique. A noter que l’usine de Metz employait 380 personnes en 1974. Elles ne sont plus que 135 aujourd’hui.

Et le parallèle ne va pas s’arrêter là : il n’y a pas besoin d’être aussi balèze en prédictions qu’Elizabeth Tessier pour affirmer que comme à Gandrange, on va assister à un ballet de politiciens éplorés et déterminés (certains d’entre eux sont même probablement sincères), qui vont venir faire leur petit numéro devant les salariés, avant de repartir en démontrant une fois de plus l’impuissance du pouvoir exécutif qui a laissé les clés au pouvoir économique. De toute façon, de Metz ou de Strasbourg, ils n’entendront pas les ricanements des dirigeants et actionnaires britanniques…

En guise de conclusion, je vous livre un copié/collé du site d’Altadis concernant la politique des ressources humaines au sein du groupe :
De par son histoire et son identité internationale, Altadis accorde une grande importance au respect des hommes et de leurs cultures. Ce principe d’action, réaffirmé dans son code de conduite, se traduit dans sa politique de gestion des ressources humaines. Le Groupe se comporte en entreprise responsable vis-à-vis de ses salariés et de son environnement : ses pratiques en matière de dialogue social, de développement des compétences professionnelles de l’ensemble des salariés, de sécurité des personnes, d’accompagnement social lors des mutations qu’il se doit de mettre en oeuvre pour assurer son avenir sont autant d’éléments qui étayent sa vision des relations humaines.”

Ce baratin n’est pas spécifique à Altadis : toutes les entreprises d’une certaine taille se croient obligées de proclamer, la main sur le coeur, que les profits des actionnaires les salariés sont leur principale préoccupation. Tristes clowns.

7 comments to Fumer provoque le cancer. Libéraliser provoque des licenciements.

  • Jean

    Effectivement, tu remplaces ALTADIS par USINOR, ARCELOR et tu retrouve “l’engagement social” de l’autre sauf que pour USINOR l’intérêt des actionnaires était clairement placé en tête des intérêt sà défendre. C’était bien compréhensible dans la mesure où, au moment de la privatisation les salariés ont été fortement incités à devenir (une infime partie) de l’actionnairiat.
    Après, au moment des premiers dégraissages, çà était le coup de l’arroseur arrosé…
    Il n’y a pas à dire, les consultants en commmunication de tous poils sont quand même forts. Ils ont réussit à vendre la même camelotte, sûrement

  • Jean

    (dérapage sur le clavier…voici la suite…)

    Au prix fort!
    A charge des salariés de bosser plus (en gagnant moins…) pour faire rentrer au plus vite (time is money) la mise du rachat des entreprises, quitte à reproduire le même truc jusqu’à disparition complète et liquidation du patrimoine comme celà c’est passé encore récemment dans les Ardennes…
    Au secours! “Ma FRANCE” et bouffée par les RATS…

  • Mon petit Superno -:) je ne sais pas si les balises images passent, alors je met le lien direct:

  • jameswest

    @ Jean
    “C’était bien compréhensible dans la mesure où, au moment de la privatisation les salariés ont été fortement incités à devenir (une infime partie) de l’actionnairiat.”
    C’est d’autant plus “amusant” que cette situation les rendaient schizophrénes ; l’actionnaire salarié étant contraint de licencier le salarié actionnaire, quel dilemme…
    @ Superno
    On remarquera que quand les Français font main basse sur une boîte étrangère, on appelle ça une OPA amicale, quand c’est une entreprise étrangère qui absorbe une société Française, on appelle cela une OPA hostile, le langage libéral a de ces pudibonderies, charmant. Mais le résultat est toujours le même, les baisés continuent de se compter.

  • Jean

    @jameswest
    Pour ne pas avoir “le cul entre deux chaises” je n’ai pas joué le jeu même si en prime il y avait de “l’abondement”
    Abondement: part des salaires légalement détournée vers le Capital dans le but machiavélique d’inciter le salarié bénéficiaire de “vendre son âme”
    Le salarié qui se fait proprement virer dans le cadre d’un “plan social” ne peut qu’applaudir à la montée frénétique tant attendue de la valeur de son “portefeuille” C’est assez machiavelique en somme…
    En prime, ceux qui ont réellement le Pouvoir n’ont pas à en payer le prix, puisqu’une partie de actions est vendue à des “petits actionnaires” sans grands pouvoirs…Das Kapital!

  • Chalonnais

    Pour mémoire :
    En cherchant bien, je me demande si SuperNo n’aurait pas pu trouver un ancien adjoint de JMR au Conseil d’Admin de la Seita (au titre de président de la Confédération des débitants de tabac), puis Administrateur d’Altatdis (Mr Rémy Tritschler)
    Information pas fumeuse du tout.
    Que dit-il sur le sujet, le brave homme ?

  • Duan

    Merci Mister NO pour ta pugnacité dans la défense de valeurs humaines. Le monde a besoin de plus de personnes qui réfléchissent plus loin que leur porte monnaie.

    “Heureusement pour ceux qui gouvernent que le peuple ne pense pas.” Adolf Hitler (d’après Alice Miller dans “C’est pour ton bien”).

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