N’en déplaise à Infocrate, ce n’est toujours pas le journal de Mickey que j’ai lu hier, mais “L’oiseau Mag”, qui est le magazine trimestriel de la LPO.
En fait ça fait au moins un mois que je l’avais reçu, sans avoir trouvé le temps de le lire. Mais mes voyages forcés dans les transports en commun (plus de 4 heures par jour) vont rapidement venir à bout de mon retard de lecture !
Outre les photos magnifiques qu’il contient toujours, ce magazine publie souvent des reportages de nature “écologique”. Ainsi dans ce numéro, une interview d’Henri Clément, président de “L’Union des apiculteurs de France” qui raconte le cauchemar que vit sa profession en raison de ses démêlés avec les monstres de l’agrochimie souvent évoqués par ici.
En fait ce billet est une suite logique du précédent, puisqu’il va encore constater que nos dirigeants ont choisi une fois de plus de sacrifier l’intérêt de ces apiculteurs et au delà, ceux de l’humanité, au profit de ceux d’une puissante firme semencière.
Rappel des faits :
- Après avoir essuyé les plâtres des premiers pesticides après la seconde guerre mondiale, l’apiculture vivait une situation normalisée et tout bourdonnait dans ce petit monde. C’est vers 1995 que la situation a basculé, avec l’introduction du “Gaucho” de la firme allemande Bayer, ainsi que du “Régent” de l’autre firme allemande BASF, utilisés sur le tournesol et le maïs. Ces 2 firmes ont en commun d’avoir été les complices actifs du régime nazi (EDIT : je corrige une erreur dans le texte initial) En effet Bayer comme BASF étaient des filiales d’IG Farben, qui produisit en quantité industrielle le tristement fameux Zyklon B… IG Farben exploitait par ailleurs le camp de travail de Monowitz-Buna à Auschwitz… Par ailleurs IG Farben a massivement employé des déportés du STO, mais pas Cavanna comme je l’ai d’abord écrit, ma mémoire me jouant des tours… Que cela ne vous empêche pas de lire ce terrible et fabuleux bouquin de Cavanna “Les Russkoffs”)…
Enfin Bayer et BASF sont aussi productrices de semences OGM… Des bienfaiteurs de l’humanité, en quelque sorte…
Pendant 10 ans, les apiculteurs ont assisté impuissants à la mort de leurs abeilles (300000 colonies décimées tous les ans). Le nombre d’apiculteurs a lui même diminué de 15000, et la production de miel est passée de 33000 tonnes à moins de 20000. Pour compenser, les importations ont quant à elles grimpé de 8000 à plus de 20000 tonnes.
Les béotiens ont du mal à imaginer l’importance des abeilles dans l’équilibre mondial, alors que 65% de la diversité de notre alimentation est due aux insectes pollinisateurs, et principalement aux abeilles; et que la disparition de cette petite bête mettrait en péril la survie de l’espèce humaine.
Un cataclysme. Les coupables ont été vite identifiés, mais à coup de luttes juridiques, de contrefeux allumés par de pseudo journalistes comme le sinistre Gil Rivière-Wekstein (un bushiste qui fait partie des quelques révisionnistes notoires du réchauffement climatique, et dont le discours est du style “tout ça c’est du pipeau, du catastrophisme, de la théorie du complot, et c’est mauvais pour la croissance”…) , ou d’études bidon, les firmes en questions et leurs affidés ont noyé le poisson, juré leur innocence (on trouve encore ce genre d’explications sur le site de BASF ) et laissé perdurer une situation inadmissible. A tel point que même le réacissime Philippe de Villiers a délaissé (très provisoirement) la lutte contre ses ennemis ataviques que sont les communistes et les musulmans pour défendre les apiculteurs vendéens dans un livre “Les abeilles meurent, les jours de l’homme sont comptés”. En pure perte, puisque Bayer a fait condamner De Villiers.
Jusqu’en 2005 donc, où ces deux saletés ont enfin été “suspendues” en France au nom du principe de précaution, par le ministre de l’agriculture de l’époque, notre spécialiste de l’immobilier Hervé Gaymard. Il a tout de même fallu 10 ans et la quasi disparition de la filière avant d’obtenir une nréaction, mais au moins c’était fait.
Et depuis ? Curieusement, il semble que cela aille mieux, même s’il faudra des années pour reconstituer les effectifs…
Mais voilà que, enfer et damnation, comme s’ils n’avaient rien compris, le ministère de l’agriculture (Barnier) a autorisé pour la récolte 2008 un nouveau produit : le Cruiser, de la société Suisse Syngenta (qui s’appelait auparavant Novartis) , qui se présente ainsi : “Syngenta is a world-leading agri-business committed to sustainable agriculture through innovative research & technology”. Le “committed to sustainable agriculture” est assez savoureux) .
Le Cruiser enrobe les semences du maïs et se diffuse dans toute la plante. Il suffit de 5 milliardièmes de grammes pour tuer une abeille, et 10 fois moins pour la perturber gravement. C’est un neurotoxique, et ses effets prévisibles sont les mêmes que ceux du Gaucho et de Regent.
Ou est donc passé le discours de Nicolas Hulot, repris la main sur le coeur par Sarkozy, et proclamant que le ministre de l’environnement serait le numéro 2 du gouvernement et devrait passer toute mesure au filtre du “développement durable” ?
N’y a-t-il pas la un exemple parfait du champ d’application de ce principe ? Et alors ? Il fait quoi, Borloo ? Trop occupé à étalonner les éthylotests dans les boites de nuit ?
En attendant les apiculteurs, qui ont manifesté à Paris le 21 février dernier , sont à nouveau seuls à hurler dans le désert et à se battre contre les moulins à vent de la mondialisation libérale et la scandaleuse duplicité de nos politiciens.










La vie des bêtes n’a pas l’air d’exciter les foules.
Salut Chef! Ben non, les billets que j’écris le week-end sont surtout lus le lundi
Moi, je l’ai lu ce week end
Et même si je ne commente pas (pas toujours l’inspiration), je ramène des lecteurs
(cf
http://zgur.20minutes-blogs.fr/archive/2008/05/17/la-peste-et-l-antidote.html).
Arf !
Zgur
“Et Bien je vous enfile par tous les orifices monsieurs”
François Pérusse.
C’est un peu mon sentiment du moment…