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Mar72008
00:09 (Vu 1101 fois)

Le libéralisme en pleine lumière

Je ne devrais pas m’énerver comme ça. C’est ce que me dit SuperNonotte. Je pense qu’elle a tort. “Il y a des colères saines”, comme disait l’autre greluche.

J’étais donc en train d’écrire un long billet, face à la télé. France 2, service public. “Envoyé spécial”. Emission à la qualité inégale, où les reportages sarkozystes, racoleurs ou insignifiants côtoient parfois des perles.

Et ce soir c’était une perle. Un reportage sobre, mais édifiant, sur le processus de fabrication d’un jean vendu dans une quelconque grande surface française. Le reportage évoquait Auchan, Carrefour, Cora, Aldi, mais aussi Kiabi, La Redoute, Les 3 Suisses, H&M, C&A, sans oublier le leader mondial Wal-Mart… Mais il y a fort à parier que c’est le même refrain pour tous les autres.

L’énervement montant, j’ai laissé tomber mon billet pour écrire celui-ci. Je suis désolé pour ceux qui ont vu le reportage, et ils sont sans doute nombreux, mais c’est plus fort que moi.

J’ai donc appris ce soir, pas vraiment étonné tant le libéralisme nous a habitué aux pires saloperies, mais néanmoins effaré, tant les images ont une force supplémentaire par rapport à la phrase, la manière dont se fabriquent les vêtements que nous portons, et comment d’immenses fortunes se bâtissent sur le dos d’esclaves des temps modernes.

Si vous lisez : “des ouvrières au Bangladesh travaillent 13 heures par jour, 6 jours par semaine, pour un salaire de 16 euros par mois, dont on leur prélève le quart en guise de loyer pour leur taudis…”, vous trouvez ça scandaleux. (A moins que vous ne soyez libéral, auquel cas vous y voyez une formidable opportunité de faire des profits.). Mais le voir sur des images matérialise encore bien mieux la saloperie.

Je suis désolé, je n’ai pas les images, alors je continue à raconter.

Ces femmes travaillent toutes pour le compte de sociétés occidentales, parmi lesquelles celles dont j’ai donné les noms plus haut. Elles fabriquent des centaines de milliers de pantalons, achetés 2.70 euros par les gros porcs d’acheteurs de supermarchés. Ils préfèrent désormais le Bangladesh, moins cher que la Chine. Les pantalons seront revendus dans les 20 euros en France.

Deuxième étage de la fusée, le Bangladesh ne produit pas de coton. Mais l’importe, notamment d’Ouzbekistan. Et comment récolte-t-on le coton en Ouzbekistan ? C’est simple, l’Etat ferme les écoles, et envoie les enfants (même de moins de 10 ans) ramasser le coton dans les champs 12 heures par jour. Et c’est l’Etat (il n’y a pas de société privée là-bas, mais peu importe : l’histoire nous a appris que même lorsque le système s’autointitule “communiste”, c’est toujours une oligarchie avide et sans scrupules qui exploite la masse) qui le revend à bon prix sur le marché mondial.

Et qu’en disent-elles, nos grandes surfaces vertueuses ? Sur leurs sites Internet, elles se gargarisent de bons sentiments, et jurent, la main sur le coeur, qu’elles sont des parangons de vertu, des reines de l’éthique, des obsédés du développement durable.

J’ai trouvé cette page sur le site d’Auchan. Il est fort probable qu’on peut trouver le même ramassis d’âneries pondues par un stagiaire un marketing, qui était peut-être persuadé de la véracité de ce qu’il écrivait. J’en fais une copie en image au cas où elle disparaîtrait subrepticement…

Guignols, charlots, tartuffes, hypocrites, menteurs, cyniques, voleurs, brigands, escrocs, esclavagistes, pourris, salopards, fumiers, charognes, crevures, racailles, lie de l’espèce humaine !

Il fallait voir la tronche de l’acheteur, qui gagne sans doute plus de 10000 euros par mois, feindre la surprise, jouer les ignorants… Comment ? Des enfants ? Oh ben non, alors, ça doit être une erreur, nous faisons jurer à nos fournisseurs que… blablabla… Béatement drapé dans sa respectabilité autoproclamée. Se planquant derrière sa “charte” alibi. Le même connard qui négocie d’un air hautain et méprisant pour tirer le prix du jean jusqu’au dernier centime et jusqu’à l’étranglement du fournisseur.
Comment peut-il imaginer, ce pauvre type, qu’une nana qui fabrique un jean à 2.70 euros pièce, touche un salaire décent, habite un beau logement, possède un niveau de vie correct, travaille dans une boite qui respecte le code du travail, fournit une couverture sociale, cotise pour sa retraite ? Il ne l’imagine d’ailleurs pas, il ne se préoccupe que de son bénef, et il nous prend pour des truffes. Il n’en a rien à foutre ! Pas plus que de l’environnement ou de la santé de ses salariés. Ce qui lui importe, c’est le pognon et rien d’autre. Le reste n’est qu’honteux pipeau.

Ces grandes surfaces exploitent la misère en Asie. Comme elles exploitent en France la précarité de ces pauvres caissières, qui ont d’ailleurs récemment fait grève. Qu’importe, elles sont condamnées à être prochainement remplacées par des machines…

Tout ça, le reportage n’en a pas parlé. Pas plus qu’il n’a précisé que le propriétaire du groupe Auchan (incluant Kiabi et Les 3 Suisses), Monsieur Mulliez, par ailleurs fervent catholique, a amassé par ces méthodes scandaleuses une fortune de l’ordre de 17 milliards d’euros, devenant même 2ème fortune de France en dépassant Madame Bettencourt…

Après tout, pourquoi s’étonner de tout ça ? C’est la marche normale du libéralisme. Simplement placée sous la lumière crue d’un éphémère projecteur. Celui que Sarkozy et ses semblables veulent nous faire goûter à grands coups de “travailler plus pour gagner plus”, en supprimant un à un nos acquis sociaux, notre code du travail. Sous couvert de “création de richesses”, “compétitivité”, de “baisse des charges”, de “modernité”. Gagner des parts de marché face à l’Ouzbekistan ou au Bangladesh. Pour la fortune de quelques milliardaires et le malheurs de millions de pauvres gens. Qui votent, pourtant.

Le pire, c’est que demain, il y aura autant de clients que d’habitude chez Auchan et chez les autres.

20 comments to Le libéralisme en pleine lumière

  • bo

    “Le pire, c’est que demain, il y aura autant de clients que d’habitude chez Auchan et chez les autres.”

    Voila, tout est là.

    Le gros acheteur est un porc, c’est avéré, mais l’acheteur final?
    Qui peut aujourd’hui croire que l’acheteur final ignore tout ça?
    L’acheteur final a probablement peu le choix, il faut lui accorder cette circonstance atténuante.

    A force de te lire, et de lire beaucoup ailleurs, la question “oui mais que faire?” revient sans cesse.
    Tu donnes une piste de réponse: il faut que “la masse” cesse de se comporter comme… une masse, de moutons. Comment?
    Les alternatives existent presque, mais leur promotion est inexistente, voir décalée comme l’est souvent le discours sur la décroissance. Il faut peut etre prendre le systeme à son propre jeu? Faire des pubs contre la consommation?
    En tous cas il faut trouver un moyen d’informer “la masse” (c.a.d. pas seulement les lecteurs de blogs gauchistes mais tout le monde), d’informer disais-je sur ce qui est scandaleux, sur comment nos comportements au quotidien alimentent ces scandales, et sur les changements dans nos comportements quotidiens qui pourraient peut être apporter un début de solution…

    Il faut trouver une solution pour faire du marketing de masse en faveur des idées de gauche et de décroissance, et je pèse mes mots. :-) )

  • bo

    deuxième commentaire, pardon de faire de l’occupation pendant que vous dormez… (j’habite aux antipodes).

    Ton titre: “le libéralisme en pleine lumière”.
    Ca me renvoie au papier de Rocard dans le monde d’hier ou avant hier en fonction du décalage horaire. Je ne me risquerais pas à dire que j’ai tout compris à Rocard, mais si je ne m’abuse il expose un truc intéressant:
    Le liberalisme est un systeme qui a permis le progrès de nos sociétés. Il est maintenant dévoyé par un vrai gros parasite méchant: le capitalisme.
    C’est peut etre utopique, mais le liberalisme, la libre entreprise, qui valorise le travail, peut peut etre se réglementer pour éviter tout ce que tu as exposé dans ton billet.
    En revanche, le capitalisme, qui valorise le capital au détriment du travail, est à mon avis le véritable ennemi. C’est lui qui pèse sur les vies de ceux qui fabriquent le contenu de nos caddies(r).

  • A lire aussi sur le sujet : “Voyage au pays du coton. Petit précis de mondialisation” par Erik Orsenna, Fayard, 2006.
    Dans lequel on peut lire notamment que le problème (du coton, mais je pense qu’on peut l’extrapoler a n’importe quelle matière première) est d’une grande (euphémisme) complexité.
    Nous avons l’air de guignols avec nos blogs gauchisant pleins de bon sentiments. Mais comme le souligne Bo, c’est l’action qui a un impact, pas le branlage de nouille (Je ne dit pas ça contre le Vénérable Tenancier de ces Merveilleux Lieux Saint :-) ).
    J’ai du mal a imaginer l’impact réel de la blogosphere et des sites d’info alternative sur la pensée dominante. Le dialogue avec des blogueurs de droite arrive rarement a plus d’échange que quelques injures.
    Comment relayer l’idée de Bo, et retourner le système contre lui même ?
    Peut être en instistant sur le fait que c’est NOUS qui avons le bulletin de vote ET le porte monnaie. En plus maintenant, on peut avoir une (toute petite) partie de l’info…

  • “Guignols, charlots, tartuffes, hypocrites, menteurs, cyniques, voleurs, brigands, escrocs, esclavagistes, pourris, salopards, fumiers, charognes, crevures, racailles, lie de l’espèce humaine!”
    —> Il ne manque pas un bouton de guêtres, ou alors, peut-être, si je puis me permettre, “enflures”? Mais c’est chipoter.

    Cela dit, encore une fois, pour le reste, tout y est. Tous les maillons de l’exploitation en vue de se faire un max de pognon en haut de l’échelle. Je ne poste donc en fait que pour formuler des félicitations (je sais, c’est lassant).
    Mais j’ajouterai quand même que ce phénomène, nous le connaissons bien et tous les bons rades de la blogosphère signalent régulièrement les exactions de ces pourritures de la grande distribution et il est bon de le répéter inlassablement.

    Ce qui est nouveau, c’est que le reportage ait été diffusé sur “Envoyé Spécial”, qui choisit plutôt d’habitude de détourner l’attention sur les vrais problèmes (quitte à déprogrammer des sujets), et que, donc, il aura été vu par des personnes qui n’ont aucune notion de ce qui se passe. Enfin de l’info!

    Quand le gouv déclare qu’il va demander à la grande distribution de baisser les prix, qui va en pâtir, l’actionnaire?
    Oulah! faut quand même pas exagérer. On veut bien faire dans l’humanitaire, mais, là, quand même …
    Alors, je suis d’accord, boycott! mais il est vrai qu’il est difficile d’en organiser, en France. Et pas facile quand on tire la ficelle par les deux bouts de comprendre qu’on peut s’en sortir mieux tout en évitant les supermarchés.

    Et ce matin, j’ai lu ça: “une année sans achats”
    http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=81121
    Ca peut s’adapter, peut-être.

    Bonne continuation.

  • @bo
    Je suis sûrement naïf, mais je ne crois pas que le con-sommateur de base ait une conscience précise de cette horreur: Même moi, j’ai été choqué ! C’est un peu comme ces reportages de guerre : tu peux te contenter de dire : “en Irak, il y a eu plus de 80000 victimes civiles”, http://www.iraqbodycount.org/ avant de passer au dernier discours de Bayrou et à la météo…
    Tu peux aussi montrer des images avec des traits verts et des explosions lointaines sur l’écran. Ca donne une meilleure idée, mais ça ne laisse pas de trace dans le cerveau du télespectateur.
    Si par contre tu filmes en gros plan le corps mutilé d’un gamin, sa mère qui hurle, et que tu racontes sa vie, tu filmes sa chambre avec son nounours, là le spectateur est choqué. Et c’est pourtant la représentation la plus proche de la réalité d’une guerre. D’ailleurs le fait que la télé montre tel ou tel type d’image est généralement volontaire et assimilable à de la propagande.
    Ah oui, que faire ? Boycotter Auchan et les enseignes sus-citées ? Oui, bien sûr, mais à condition de trouver des alternatives„,
    Par contre, tes considérations sur Rocard et le libéralisme me laissent froid. Le libéralisme avait sûrement pour but le bonheur des hommes. Comme le communisme. Il ne faut pas les juger aux intentions initiales, mais aux résultats, qui sont désastreux dans les 2 cas…

  • @jide
    Salut, camarade guignol ! C’est marrant, j’employais très souvent l’expression “branlage de nouille” il y a quelques années. J’avais même contaminé la partie “progressiste” de mes collègues de boulot, et l’expression “réunion BDN” pour qualifier une réunion sans intérêt dans laquelles ceux qui pérorent entre eux ne connaissent rien au sujet…

    Evidemment ce que nous faisons ne sert pas à grand chose, mais quand je vois le nombre de recherches google qui ont atterri ici ce matin avec “auchan ouzbekistan” ou “auchan envoyé spécial”, je me dis que c’est mieux que rien :roll:

  • ok, dans les 2 cas (le communisme et le capitalisme) on arrive a une catastrophe (et je ne parle même pas du douloureux mariage des deux comme en Chine).
    Dans le cas du communisme, le désastre est ancré dans la conscience collective, mais pas encore dans le cas du capitalisme, qui reste la pensée dominante, et de loin.
    On peut néanmoins, dans les deux cas, imaginer reprendre le (louable) concept initial, théorique pour reconstruire quelque chose de bon. Je pense que c’était l’idée de Bo en citant Rocard.
    Ou alors il ne nous reste plus qu’a inventer une alternative…

  • le boycott est une très bonne piste.
    les circuits de la grande distribution sont truffés d’horreurs, à tous les niveaux, du producteur à la caissière.

    sinon trouver des circuits alternatifs.
    à Bologne, il y a plusieurs marchés de ce type, où les producteurs vendent directement, fruits, légumes, huile, confiture, miel, saucisson, finalement pas mal de choses, à des prix plus bas que dans les grandes surfaces.

    maintenant je fais très attention à ce que j’achète, beaucoup plus qu’avant.

    sinon ici:
    http://www.courrierint.com/article.asp?obj_id=83380
    un article sur expérience de commerce anti mafia en Sicile
    novateur et courageux

  • @emcee : liste non exhaustive :lol:

    “L’argent et les dettes semblent gouverner notre existence”, note Rúna Björg Gartharsdóttir, membre de Compact en Islande. Elle a rejoint le mouvement pour briser ce qu’elle appelle le “cercle vicieux” de l’hyperconsommation : ­travailler trop pour dépenser plus ; la désintégration sociale due à cet excès de travail ; les conséquences du gaspillage sur l’environnement ; l’apparition de conflits pour contrôler les ressources destinées à répondre à la demande…

    Un beau constat… Dans ce schéma la solution consiste a travailler moins, ce qui permettrait de mieux le partager et le reste devrait suivre… Le problème, c’est qu’on n’en pas vraiment le chemin :roll:

    @Céleste
    Le problème du boycott, c’est que ça ne fonctionne pas :roll: (j’aimerais vraiment qu’on me cite un contre exemple !)
    Et puis boycotter qui ? Auchan ? Le problème c’est que la gangrène est généralisée, et que la quasi-totalité des fringues, (sauf peut-être celles de grand luxe, et encore :roll: ) est fabriquée dans les pays à bas salaires et dans des conditions non garanties (pour employer un euphémisme).
    Idée à la con : pour les normes de sécurité, il existe un label “CE” sans lequel aucune marchandise n’a le droit d’entrer en Europe. Personne ne discute le bien fondé de cette disposition. Pourquoi ne pas créer sur le même modèle un label “social” qui certifierait que le truc a été produit par des adultes libres, décemment payés (les limites de la décence pouvant être objet de discussions :lol: ), dotés d’une protection sociale, d’une retraite… etc, et sans lequel il ne pourrait être vendu en Europe.

    Le bio, l‘“alternatif”, ont un grand avenir. mais pour l’instant, ils se heurtent au même problème que l’éolien ou l’huile végétale : ils ne peuvent pas, et très très loin s’en faut, satisfaire la masse des cons-sommateurs ! Tant qu’il n’y en a qu’une poignée, pas de soucis, mais si du jour au lendemain tous les clients d’Auchan se retrouvent au marché bio-équitable, le marché va être dévalisé en moins d’une seconde ! Le “Grenelle” a entériné le principe de l’augmentation de la part du bio, mais la route est longue !

  • @Celeste et aux autres
    J’ai lu ton livre cette semaine, et je ne regrette qu’une chose : qu’il ne soit pas plus long :mrgreen:

    Allez, séquence pub (sincère et non rémunérée). Si vous avez 15 ou 30 mn à perdre, oubliez le JT, et lisez un des p’tits bouquins du camarade Filaplomb (dont celui de Céleste). Entre les deux, y’a pas photo !

    Sinon, nous avons eu un long débat avec SuperNonotte pour trouver un lieu où se reposer de nos vies de débiles, sans doute en avril. En tentant de concilier l’inconciliable (elle voulait aller très très loin, je ne voulais pas, par exemple) nous sommes presque tombés d’accord pour aller en… Sicile. J’attendrai le retour des vacances pour lui faire lire ton blog :lol:

  • merci SuperNo :-)

    je vais de ce pas le dire à l’ami Filaplomb

  • C’est bien de nous rappeler ce qui se cache derrière un prix bas.
    La logique à présent, c’est de vendre de moins en moins cher à des gens qui ont de moins en moins d’argent !
    :-)

    [J’ajoute que les éditions Filaplomb imprime en local sur du papier recyclé (encore du local) avec des encres sans solvant ! :-)
    Ce serait dommage de s’en priver ! :-) )))

  • Merci pour la publicité !
    Je jure ici que je ne demande à personne de faire la promo et que celle-ci est 100% sincère !
    J’aime beaucoup la nouvelle de Claudine. Il est fort possible qu’il y ait un autre volet à venir plus tard ! :-) )))

  • Bonjour,
    Certes, le boycott n’est pas dans notre culture. Cela est sans doute dû au fait que les syndicats, naguère forts, s’y opposaient.
    Dans le monde anglo-saxon, c’est l’inverse.
    N*ke en a fait les frais, par ex, quand il s’est avéré que leurs sous-traitants asiatiques faisaient travailler des enfants.
    Le PDG de l’époque, Philip Knight, a dû faire amende honorable - et le gros dos - quand les ventes ont pris un coup dans l’aile.
    Ce qui ne veut pas dire, d’ailleurs, que la situation ne perdure pas. Pas vu pas pris.
    Donc, boycotter, c’est efficace momentanément, mais cela ne pose pas le problème en termes politiques et sociaux.
    Le “label social”, c’est également une bonne idée, mais cela voudrait dire, d’une part, sanctionner les pays pauvres qui attendent la “manne” occidentale parce que les conditions dans l’industrie locale sont encore plus épouvantables, et d’autre part, éventuellement rapatrier la production aux conditions actuelles. Avec les régressions sociales dont le patronnat s’est assuré.
    Quoi qu’on fasse, on est dans l’impasse.
    Alors, que faire?
    On ne peut pas baisser les bras, tout de même.

  • Article très intéressant !

    Il faudrait sans doute un barême de taxation des produits à l’import inversement proportionnelle aux conditions de travail du pays exportateur.

    Aucun minimum social => droits de douanne élevés.

    Ca aurait le double bénéfice de forcer les pays exportateurs à mettre en place des mécanismes de minimum sociaux décents, et permettrait sans doute une partie de relocalisation de l’activité ici.

    Mais dans un système idéologique dans lequel droit de douanne = TAXE = VADE RETRO SATANAS, il faut des hommes politiques avec un minimum de courage qui acceptent de prendre des décisions contraires aux intérêts des intermédiaires qui se font actuellement des couilles en or.

  • Vince

    Salut SuperNo, salut tout le monde !

    (Encore un) Article passionnant !
    Pour ma part, je ne vois qu’une solution à mon niveau personnel : devenir collectivement autonome. Je m’explique : avec des amis, nous envisageons, très sérieusement, de créer une “communauté” (le terme peut faire tiquer, tant pis pour les toqués qui tiquent !) avec essentiellement autoproduction des aliments de bases (après on mélange, on élabore, on agrémente… On appelle ça cuisiner. C’est meilleur, c’est agréable et le repas redevient un moment privilégié de la vie familiale/sociale. La télé au oubliette, le plateau avec !), grosse réflexion sur l’éducation des enfants (à venir, ouhlaaa !!! y a pas le feu au lac, on a tous dans les 20-25 ans !), démocratie locale, prise de décision collective pour les questions de société…

    Pour le côté agricole, c’est mon rayon - entre autres ! - et je me penche particulièrement sur toutes les alternatives concrètes à l’agriculture chimique qu’il est évidemment hors de question de pratiquer chez nous : permaculture, agroécologie, agriculture naturelle…
    J’aimerais cultiver, à notre petite échelle future, entre autres légumes, fruits et céréales divers, variés, anciens, goûteux, savoureux, juteux, sucrés, parfumés, colorés, de saisons… également des plantes à fibres : chanvre, lin, mouton… Après faudra se pencher sur la “filière” de transformation (création d’emplois locaux…) et la commercialisation (quand on aura l’avant-dernière, la dernière ne devrait plus poser trop de soucis) locale et régionale vont sans dire.

    Laissons-nous rêver un instants : des dizaines de milliers de petits groupes retournant à la terre partout en France (et en Europe ! dans le monde !!), organisant la démocratie à sa base, en leur sein-même, puis en remontant chaque échelon pour que les intérêts individuels ne priment plus les collectifs. J’ai découvert il y a peu la notion de clérocratie, qui m’interpelle assez je dois dire. Soyons bien clairs : qui dit communauté ou petit groupe, n’entend évidemment pas ici autarcie ou “coupés du monde” ! La culture et le contact avec le reste de la société humaine sont explicitement au centre de notre projet, notamment en communiquant sur le pourquoi et le comment de nos démarches et réflexions. Pédagogie et sans doute aussi un maître mot pour sortir des idéologies de consumérisme, capitalisme, croissance effrénée et autres opiums du peuple moutonnier.

    Les idées sont là, au boulot maintenant ! :o )

  • Guénaël

    Cet article intitulé “Textile et cuir venu d’Asie : chics, pas chers et toxiques” ne dépareillera pas ce billet.

    http://www.marianne2.fr/Textile-et-cuir-venu-d-Asie-chics-pas-chers-et-toxiques_a199523.html

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