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Conférence sur le réchauffement climatique du 31/01/2008 à Metz

La conférence s’est tenue le 31 janvier sur le campus du Saulcy entre 20h00 et 22h30 approximativement.
L’amphi était beaucoup plus grand que pour les « assises du développement durable », mais aussi beaucoup plus clairsemé. Difficile de compter précisément, mais il devait y avoir environ 150 personnes.

Comme la dernière fois, c’est le président de l’Université de Metz (et en bonne position sur la liste « socialiste » pour les municipales), Richard Lioger, qui souhaite la bienvenue en son humble demeure.

Puis l’organisatrice de la manifestation, Marie-Claude Malhomme, présidente de l’association « Et si les lorrains… » , qui avait déjà organisé les “assises” de septembre dernier, présente ses projets, dont le principal est de mettre en place un « Agenda 21 » transfrontalier. Pour les non-lorrains peu férus de géo qui me lisent, la Lorraine a en effet des frontières communes avec l’Allemagne, le Luxembourg et la Belgique, et les échanges entre ces pays sont très nombreux. Et j’en sais quelque chose, puisque je suis l’un de ces quelques dizaines de milliers de fous qui passent une frontière tous les matins pour aller travailler.

Je rappelle aussi qu’un « Agenda 21 » (21 comme 21è siècle) est un terme inventé lors du « sommet de la terre » de Rio en 1992 pour désigner un programme d’actions concrètes à mener dans divers domaines pour préserver l’environnement.

Madame Malhomme termine son intervention en remerciant ceux qui l’ont aidée à mettre en place cette conférence, c’est à dire le Conseil Economique et Social, ainsi bien sûr que l’université.

Et j’en profite pour rappeler que l’on peut adhérer à l’association “Et si les lorrains”. Un bon geste, assurément, qu’à ma grande honte j’ai négligé de faire jusqu’ici, erreur que je vais m’empresser de réparer !

C’est alors au tour du conférencier Yves Mathieu d’entrer en scène. Yves Mathieu est consultant à Paris et dirige une société spécialisée dans l’accompagnement de collectivités publiques et d’entreprises de service public dans la mise en place de politiques innovantes et dans des démarches participatives. Il est d’origine belge (de la toute proche province de Luxembourg) et de formation commerciale.

Il explique qu’il a entendu un beau jour Al Gore qui souhaitait former des conférenciers qui pourraient ainsi relayer et démultiplier son message, et donc sensibiliser bien plus de monde aux problèmes du réchauffement climatique. Il a décidé qu’il serait l’un de ceux-là. Et ils sont aujourd’hui environ 1000 à travers le monde.

Depuis lors, il donne des conférences un peu partout, et à titre bénévole, comme ce soir à Metz.

Yves Mathieu commence par projeter la célébrissime photo de la planète photographiée depuis la capsule Apollo 17, et par rappeler cette phrase d’Al Gore : « ce n’est pas ce que nous ignorons qui est problématique, mais ce dont nous sommes certains et qui n’est pas vrai ». Il rappelle que les gaz à effet de serre sont indispensables à la vie sur terre, car sans eux la température moyenne serait de l’ordre de -15 degrés, alors qu’elle est en fait de +15 degrés. C’est la trop forte concentration de ces gaz qui cause le phénomène de réchauffement climatique qui nous préoccupe.

Les scientifiques sont désormais quasiment unanimes (90% contre 60% lors de la création du GIEC en 1991) pour reconnaître que les activités humaines sont les principales responsables de la hausse du taux de Gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Bon, chez nous on a Claude Allègre qui croit le contraire. Mais il se croit aussi socialiste, ce qui suffit à démontrer l’altération de son jugement.

Le GIEC (Groupe International d’Experts sur le Climat) vient d’obtenir le prix Nobel de la paix, partagé avec Al Gore. Ses travaux font autorité dans la communauté scientique, et ils servent de base aux réflexions gouvernementales.

Le GIEC a publié un rapport destiné aux « décideurs » dont la lecture est extrêmement instructive pour tout un chacun. On peut le télécharger en français à cette adresse .

Yves Mathieu passe ensuite en revue les quelques “menus inconvénients” que nous allons devoir subir en raison du réchauffement climatique.

Tout d’abord les températures elles-mêmes.

Les 10 années les plus chaudes depuis ledébut des mesures ont été enregistrées ces 14 dernières années. Selon les dernières projections du GIEC, la température moyenne de la terre devrait s’élever d’ici 2100 d’une valeur comprise entre 2 et 6.4 degrés. Et ce à condition que les différents gouvernements réussissent à s’entendre pour mettre en oeuvre des réductions drastiques des émissions de gaz à effet de serre : -20% d’ici 2020 et … -90% d’ici 2050. L’essentiel, c’est d’y croire!

A cette hausse moyenne des températures vont s’ajouter des phénomènes désagréables ou catastrophiques :
- les ouragans seront de plus en plus violents.
- une canicule comme celle de 2003 se produira en moyenne tous les 2 ans en 2100.
- le niveau de la mer va monter de 9 à 88 cm d’ici 2100, avec une hypothèse de 8 mètres supplémentaires… en l’an 3000 !
- la fonte des glaces est dramatique : les dernières observations font état de 40 ans d’avance sur les hypothèses les plus pessimistes données par le GIEC pour la disparition complète de la banquise. Il me semble qu’il n’est plus exclu que cette date se situe vers 2020…

Comme on le voit sur cette photo, la Lorraine pourrait connaître en éte des températures que l’on trouve actuellement dans les régions méditerrannéennes.
La hausse des températures est de plus en plus accentuée au fur et à mesure qu’on se rapproche des pôles, alors qu’elle est nettement plus faible à l’équateur. 2 degrés de plus en moyenne, ça ne change rien à l’équateur, mais c’est 6 degrés de plus aux poles !
Les végétaux et les animaux (dont, pour ceux qui auraiebt tendance à l’oublier, nous faisons partie) d’une région donnée vont se déplacer pour suivre le réchauffement.
Ainsi il est de plus en plus fréquent d’observer des animaux qu’on ne voyait que bien plus au sud. [Ce sont les propriétaires de 4x4 qui vont être contents ! Le réchauffement climatique qu’ils ont contribué à créer va enfin leur permettre de justifier le pare-buffle de leur engin]Le réchauffement climatique a 3 causes principales :
1) L’explosion démographique
2) [Le réchauffement climatique est un phénomène inquiétant. Mais le vieillissement cérébral l’est encore plus : Je n’ai pas réussi à relire mes notes ! Si quelqu’un peut m’indiquer cette deuxième cause, j’aurais l’air moins con !]
3) Notre façon de penser !

Une photo instructive dans le style « avant-après » est la suivante.

Il s’agit d’une photo aérienne de la même zone de la forêt amazonienne au Brésil en 1975 avant la déforestation, et une autre prise en 2001. Pour information, la déforestation totale de l’Amazonie entraînerait à elle seule une hausse moyenne de 1.5 degré de la température moyenne de la planète. Sans même parler des conséquences dramatiques sur la vie des indigènes qui y vivent encore et sur la biodiversité.Rappelons pour mémoire que ces forêts sont notamment arrachées pour y planter du soja, qui est ensuite envoyé en Europe pour nourrir les animaux des élevages industriels qui finissent dans nos assiettes sous forme de viande ou de lait.

Encore une diapo instructive : on y voit les zones chaudes de la planète : on distingue les zones urbaines occidentales en blanc, les exploitations pétroliers en jaune, et en rouge.. les feux de forêt !

Autre image parlante : la frontière de la République Dominicaine (à droite) et Haïtienne (à gauche). Dans le premier cas, il existe des lois de protection de l’environnement, pas dans le second ! Un document à mettre sous le nez des zélateurs du libéralisme débridé et autres partisans du dégonflement idéologique de la sphère étatique…

Yves Mathieu termine son exposé en rappelant qu’il existe 2 niveaux d’action possibles:
- Le niveau individuel : rentrent dans cette catégorie l’utilisation que chacun peut faire de la marche à pied, du vélo ou des transports en commun en lieu et place de la voiture, les ampoules basse consommation… etc Il précise qu’à titre personnel il n’a pas de voiture (il est loue une en cas de nécessité) et qu’il est végétarien.
- Le niveau politique : ce sont les mesures (incitatives ou coercitives) prises par un gouvernement pour influer sur le comportement des individus ou des entreprises et des collectivités vis à vis de l’environnement. L’interdiction des ampoules à incandescence, ou le système de bonus/malus pour l’achat de véhicules en sont des exemples.

Les activités humaines les plus polluantes sont dans l’ordre :
- L’agriculture
- Les transports
- L’habitat

Enfin, les efforts à faire sont à relativiser en fonction de la situation de chaque pays : un américain émet presque 2 fois plus de gaz à effet de serre qu’un européen, et … 300 fois plus qu’un habitant d’Afrique noire !

Après ce constat pour le moins alarmiste, la deuxième partie de la conférence a pris un tour à la fois plus local et plus positif. C’est d’ailleurs la raison d’être de l’association « Et si les lorrains… » : encourager les initiatives locales.

Le premier intervenant, monsieur Gilles Somme, est patron d’une PME (escaliers Somme) à Dieuze, dans le sud de la Moselle. Comme son nom l’indique, la société fabrique des escaliers en bois. Monsieur Somme a investi dans une installation complexe qui lui permet d’utiliser les chutes de bois et déchets divers (emballages, sciures qui sont aspirées automatiquement, ce qui permet de garder l’air ambiant sain), qui, après transformation, deviennent des petits pavés de bois (voir la photo). Ce combustible est utilisé pour chauffer les bâtiments.

Cela permet d’économiser l’équivalent de 25000 litres de fuel par an, et l’installation sera rentabilisée en 4 ans.

C’est ensuite le tour de Henri Boguet, maire (divers droite) de Fontoy . Dans cette commune d’un peu plus de 3000 habitants les terrains disponibles sont très rares du fait de l’affaissement du sous-sol, conséquence de l’abandon des mines de fer. Le pompage de certaines galeries a été arrêté pour des raisons économiques, amplifiant le problème. Des zones entières de la commune ont été déclarées inconstructibles, des habitants ont été expropriés, et la construction de certaines maisons a même dû être arrêtée en cours…
Monsieur Boguet a décidé la construction d’un lotissement « écologique », qui en est toujours pour l’instant au stade des appels d’offres, mais dont les premières maisons devraient être terminées avant la fin de l’année, l’achèvement complet étant prévu en 2009.

Le cahier des charges prévoit des matériaux simples et écologiques (notamment le bois), un chauffage à base d’énergie renouvelables (la géothermie semble privilégiée, mais on devrait aussi voir du solaire photovoltaïque), la récupération des eaux pluviales.

Les parcelles seront volontairement plus petites que la norme (environ 2 ares) pour laisser davantage de place aux espaces communs. La végétation permettra notamment de cacher les vilaines voitures. Un étang et une réserve naturelle seront aménagées.

Puis vient le tour de Philippe Robert, directeur de la mission “développement durable” à la communauté urbaine du “Grand Nancy” qui nous explique les actions concrètes mises en oeuvre.

- En matière de plantations, l’objectif est d’utiliser moins de pesticides, moins d’engrais, et de privilégier les espèces locales.
Pour la gestion de l’eau, il existe un PAPI (Plan d’Action pour la Prévention des Inondations). Il insiste notamment sur le fait que la construction d’un barrage a un coût, mais qu’il est forcément moins important que les conséquences d’une inondation…
Il rappelle aussi (on ne le fait jamais autant que les industriels qui se gavent en vendant de la flotte de luxe dans des bouteilles en plastique) que l’eau du robinet est bonne, et qu’elle coûte 100 fois moins cher que l’eau en bouteilles.
- Au niveau de l’habitat, il souligne que les logements d’avant 1975 concentrent la grande majorité des gaspillages énergétiques, et que c’est sur eux que devront porter les plus gros efforts de réhabilitation, notamment en matière d’isolation. Car il est inutile d’espérer gagner quoi que ce soit en mettant par exemple des panneaux solaires, si la maison est par ailleurs une « passoire thermique ».
- En matière de chauffage, on utilise de la biomasse, et même des déchets. Une centrale permet ainsi de chauffer 4000 logements.
Enfin en ce qui concerne les transports, Philippe Robert souligne que d’un point de vue énergétique, les déplacements domicile/travail des 200 alariés d’une société sont plus consommateurs que le chauffage du batiment qui les abrite….

La troisième partie fut consacrée aux questions de l’auditoire, qui, au passage, semblait plutôt bien informé du problème. Comme d’habitude, et c’est regrettable, ceux qui autiraient le plus eu besoin de cette information étaient probablement vautrés dans leur canapé à regarder un feuilleton policier sur TF1…

- Quid du diesel par rapport à l’essence ? Pas grand chose, d’un point de vue CO2 il n’y a guère de différence, et le raffinage du pétrole produit de toute façon les 2.
- Le bois n’est-il pas un combustible polluant ? Non, pas le bois utilisé dans les chaudières modernes.
- Le fait de diminuer l’espace privé au profit de l’espace public n’est-il pas ce qui a été fait dans les grands ensembles de Le Corbusier, et qui est grandement responsable des problèmes dans les banlieues ? Non, ce lotissement n’aura rien à voir avec une barre d’immeubles.

Yves Mathieu a botté en touche sur les questions plus politiques, touchant notamment à la croissance (et surtout à la décroissance): « je ne suis pas là pour vous imposer un choix de société »

Notons néanmoins une bonne et énergique intervention de Daniel Béguin, vice-président “vert” (la preuve en photo!) du Conseil régional de Lorraine, rappelant que la « croissance », dans son acception d’ « augmentation du PIB » est un piège. Tout le monde peut comprendre certains paradoxes : moins d’accidents de voiture = moins de travail pour les garagistes = moins de croissance…
De la même manière, les activités de dépollution génèrent de la croissance. Mais ils serait évidelmment plus judicieux de prévenir et d’éviter cette pollution…
Il rappelle également que le bilan des agro-carburants (qu’il faut éviter d’appeler « biocarburants ») est de plus en plus contesté et que ce ne sera pas une solution valable à la fin du pétrole.
Il préconise enfin l’installation massive de panneaux solaires photovoltaïques pour produire de l’électricité.

La conclusion se voulait résolument optimiste. Tout en rappelant un fait particulièrement significatif : sur les 1000 plus grands glaciers de la terre, 997 sont en récession, il pense que les objectifs fixés par le GIEC (-20% de gaz à effet de serre en 2020, -90% en 2050) sont tenables. L’assistance semblait plutôt dubitative.Et de terminer par un « Ayez confiance »…, ce à quoi Marie-Claude Malhomme ajoute « On peut y arriver si chacun s’y met ».

Voilà, c’était un compte-rendu objectif, ou à peu près, de ce que j’ai vu et entendu jeudi dernier.

Maintenant, pour ceux que ça intéresse, je vais ajouter quelques réflexions plus personnelles et plus politiques.

Plus j’en apprends, et plus je suis convaincu que le concept de développement durable est une vaste fumisterie, une espèce de cache-sexe (ou de faux-nez si vous préférez) des thuriféraires de la croissance.

L’exposé d’Yves Mathieu montre on ne peut plus clairement que la situation actuelle est arrivée brutalement (en l’espace de quelques dizaines d’années), à une vitesse inouïe. La première photo de ce billet est à cet égard ahurissante. N’importe qui devrait comprendre que les belles parolent ne suffisent plus et qu’il est temps de passer aux choses sérieuses sous peine de désagréments durables et même irréversibles.

Tout le monde s’accorde désormais à reconnaître qu’elle est la conséquence directe du mode de vie occidental, du productivisme poussé à son paroxysme, du culte de la consommation débridée entretenu par la publicité, avec la complicité active des groupes de presse et des politiciens… Le tout au profit principal d’une poignée de multinationales et de leurs gros actionnaires…

C’est bien sûr une vision que l’on qualifie -avec un mépris certain- d‘“extrême-gauche”, mais d’une part ceux qui utilisent ce mépris ont tous un intérêt à ce que le système actuel ne soit pas modifié, ou le moins possible; et d’autre part j’attends sereinement qu’on me démente. Car la réalité est incontournable, et elle ne fait pas de politique.

Je rappelle à cet égard (les habitués de mon blog l’ont déjà entendu rabacher de nombreuses fois !) que sur les 10 plus grandes compagnies du monde, 9 produisent et vendent du pétrole ou des bagnoles… C’est la principale explication du modèle « tout routier » qui prévaut depuis des années, et qui va tout faire pour perdurer.

Cette manière de concevoir les choses se résume par le mot « croissance ». C’est un mot que l’on nous martèle comme une évidence dans tous les journaux télévisés, dans tous les discours politiques. On observe l’évolution de sa courbe plus attentivement que celle d’un malade à l’hôpital. A tel point que la remise en cause de ce dogme face à un candide quelconque vous range immédiatement dans les rangs des mentalement perturbés. Un peu comme vous essayerz d’expliquer à une rombière que Dieu n’existe pas.

Pourtant c’est simple à comprendre : dans un monde fini, il n’y a peut y avoir de croissance infinie. Si vous ne comprenez pas ça, c’est à désespérer ! Essayez de vider une bouteille d’eau, d’abord doucement, puis de plus en plus vite, et observez que la bouteille va se vider complètement. Même avec une bouteille de 2 litres. Ou de 5.
Et la croissance économique implique la croissance de la production de biens matériels, la croissance de la consommation de matières premières, et la croissance de rejets polluants, dont nos fameux gaz à effet de serre. Vous avez le droit de juger qu’un pauvre petit blogueur comme moi n’est pas crédible. Par contre je doute que vous puissiez trouver une parade aux démonstrations de Jean-Marc Jancovici. ou encore là.

La croissance serait la seule manière de « créer des emplois » et de faire baisser les chiffres du chômage. Foutaises ! Le partage du travail et des richesses serait considérablement plus efficace ! Mais comment expliquer de telles évidences quand on vous harcèle quotidiennement avec “Travailler plus pour gagner plus” ? . Gagner plus, c’est consommer plus. Et consommer plus c’est polluer plus. CQFD.

Durant la campagne électorale, Sarkozy, pour faire plaisir à Nicolas Hulot, a promis que le “Ministère du développement durable” aurait la préséance sur tous les autres. Chacun peut constater qu’il s’agit là d’une escroquerie totale. Borloo n’est qu’une marionnette avec un puissant haut-parleur, que l’on sort de temps à autre de son placard pour faire entretenir l’illusion.

Ce qui me gêne dans le concept du développement durable, c’est que l’on veut poursuivre la « croissance » (dans ce cas, « développement » en est même un synonyme) malgré les problèmes environnementaux, et même grâce aux problèmes environnementaux. On dit par exemple, que pour le secteur du bâtiment, c’est une promesse de travail pour des années… Et c’est vrai… Mais cette manière de voir les choses revient à soigner le mal par le mal. Pire, c’est confier la résolution du problème à ceux-là même qui l’ont créé, et qui sont tellement fiers de la manière dont ils l’ont créé qu’ils n’en changeraient pour rien au monde.

Je ne crois pas une seule seconde à la notion de « responsabilité individuelle » pour faire baisser le taux de CO2 dans l’atmosphère. Tant qu’il sera possible d’acheter un gros 4x4, d’aller 10 fois par an au bout du monde en avion, ceux qui en auront les moyens financiers le feront.

En France, la baisse de consommation des cigarettes et la baisse du nombre de tués sur les routes ont été obtenus par des mesures coercitives. Il reste bien quelques ronchonneurs, mais globalement ces mesures n’ont pas provoqué de révolution et ont été assez efficaces.

Je crois encore moins aux initiatives spontanées des entreprises. L’exemple de monsieur Somme et de son recyclage du bois pour le chauffage est significatif. Il a précisé dans son exposé « je ne suis pas écologiste ». Et s’il a pris une mesure positive pour l’environnement, c’est surtout parce qu’il y a trouvé son intérêt financier.
Or il est évident que le secteur du bâtiment est une exception à la règle : la prévention du réchauffement climatique va forcément coûter de l’argent, beaucoup d’argent, à la plupart des sociétés. Et les actionnaires de ces sociétés n’accepteront jamais volontairement de sacrifier leurs dividendes. Imaginer le contraire serait bien mal les connaître !

Vous me direz, il y a la taxe carbone, ou les « droits à polluer ». Oui, mais en pratique, ce n’est pas encore en place. Et on a déjà eu un aperçu de la réaction des industriels : refuser de les payer en faisant un ignoble chantage à l’emploi et à la délocalisation. Car soyez en sûr, autant que 2 et 2 font 4, comme ils le font déjà en matière salariale ou fiscale, des pays vont faire du « dumping environnemental » en n’appliquant pas de législation répressive vis à vis des pollueurs, espérant ainsi attirer les emplois et la fameuse « croissance » dans leur pays.

L’initiative du maire de Fontoy est intéressante. Elle doit être signalée (voilà qui est fait !) et encouragée. Mais sans faire aucunement insulte ni à Fontoy, ni à son maire, Fontoy n’est pas le centre du monde ! Et l’atmosphère étant la chose la mieux partagée sur terre, que pèsent les constructions raisonnées de Fontoy face à des catastrophes ou des délires comme Mexico, Dubaï, Abu Dhabi, Shanghaï et bien d’autres ?

Le combat contre le réchauffement climatique commence peut-être à Metz, mais s’il s’arrête aux frontières de la Lorraine il ne sert pas à grand chose ! L’initiative d’Al Gore, qui permet d’envoyer des conférenciers aux 4 coins du monde, aura au moins le mérite de faire prendre conscience du problème.

Je suis persuadé que la victoire contre le réchauffement climatique ne peut être obtenue que par une remise en question du système économique libéral actuellement hégémonique qui régit la planète et l’entraîne vers sa fin.

Cette remise en question ne pourra pas se faire de manière simple. Il ne faut pas croire qu’il suffira le moment venu (il est déjà venu, d’ailleurs !) de dire à Bush ou à Sarkozy : bon, maintenant c’est fini vos conneries, donnez-moi les clés, on passe en mode “décroissance soutenable”. Ils ne rendront évidemment jamais les clés de leur plein gré, et nous n’aurons jamais les moyens de les leur confisquer…

Il ne faut pas non plus compter sur la démocratie : j’imagine mal qu’on puisse trouver une majorité d’électeurs susceptibles de voter pour quelqu’un qui leur imposerait des quotas de gasoil ou de kilomètres d’avion… Surtout si à côté il y a un populiste beau parleur promet le contraire, et organise des “Grenelle de l’environnement” pour faire croire que le vrai écolo, c’est lui…

Reste le chaos. Paradoxalement, le système économique actuel pourrait s’écrouler tout seul par carence énergétique, en raison notamment de la fin du pétrole et de l’absence d’énergie de substitution valable. L’actualité récente a montré qu’une petite crise immobilière aux Etats-Unis peut déjà faire vaciller le système… Alors imaginez une crise énergétique majeure… Car la croissance, c’est comme le vélo : tant qu’on roule tout va bien, mais si on s’arrête on perd l’équilibre et on tombe. D’où cette perpétuelle fuite en avant.
Le problème est que ce ne sera plus de la “décroissance soutenable”, mais de la “récession subie”, qui touchera en premier lieu les pauvres de la planète.

La conjonction du réchauffement climatique et de la fin du pétrole sera terrible. Mais paradoxalement, ça peut être une chance. Il nous obligera à adopter un mode de vie moins énergivore. Comme c’est inéluctable, la meilleur manière d’en souffrir le moins possible est de s’y adapter dès maintenant.

Clin d’oeil sur le chemin du retour : tiens, une enseigne éclairée la nuit !

6 comments to Conférence sur le réchauffement climatique du 31/01/2008 à Metz

  • jpb

    Le compte rendu est bon, l’analyse se discute. Le réchauffement est du à la combustion des énergies fossiles, quel que soit le régime politique en place. La Chine communiste est en bonne voie pour dépasser tout le monde.. C’est donc avant tout un problème technologique qui oblige de passer à marche forcée aux énergies renouvelables. C’est alors une décision politique qui ne dépend que de la lucidité des décideurs.

    La croissance, si elle a une limite n’est pas atteinte, car hors des biens matériels, l’immatériel est sans limite. Le matériel n’est que le support et est recyclable à l’infini. C’est toujours la même eau qui suit le même cycle, et à chaque fois, on la paye tant en bouteille qu’au robinet. Les atomes de fer sont en nombre constant, qu’ils soient dans les rails d’un TGV ou dans la carrosserie d’une voiture. C’est donc la mise en forme qui change.

    Avant la croissance, il y a l’innovation, qui permet de créer de nouvelles entreprises et de satisfaire les besoins des personnes. En Afrique, on manque de tous. Alors partager la misère n’a jamais été la solution. Gagner plus, cela peut être consommer mieux, et consommer mieux, c’est polluer moins. En mangeant bio, c’est l’évidence même…

    Tant qu’il n’y a pas d’autres modes de transports électriques irriguant le territoire, le recours à la voiture est indispensable. Pour l’avion, je suis d’accord, avec un bateau, c’est mieux: http://jeanpierre.becker.free.fr/theboat/index.html

    Il y a suffisamment d’énergie pour combler nos besoins, mais il y a une transition à faire, les technologies mettent un certain temps pour diffuser dans le corps social. Il faut former les esprits, changer les mentalités, proposer des exemples. Et pour créer de nouvelles entreprises, il faut beaucoup d’argent…

  • Vince

    Bravo Superno pour cet article ! J’avoue ne pas avoir lu le compte-rendu objectif jusqu’au bout - avoir vu la conférence m’a suffi ! C’était mou et ne faisait que soulever un coin du problème sans se pencher plus avant et en n’ébauchant que quelques bribes de semblant d’hypothétiques ombres de velléités timides de peut-être faire un p’tit truc par ci par là… Bref, je suis un tantinet resté sur ma faim.
    Par contre, je partage entièrement ton analyse qui y fait suite !

    Tu écris :
    “(…) je suis convaincu que le concept de développement durable est une vaste fumisterie, une espèce de cache-sexe (ou de faux-nez si vous préférez) des thuriféraires de la croissance.”

    Tiens, tu veux une bonne recette ?
    Prenez du développement durable, mélangez bien les lettres… réordonnez le tout et….. ça vous donne…. :

    d e v e l o p p e m e n t d u r a b l e…. devient —>
    v e n a l d o m p t e u r d e p l e b e….

    Il me semble avoir lu ce formidable anagramme dans un journal genre Canard Enchaîné ou Décroissance, ça m’échappe… Quoiqu’il en soit, chapeau bas l’artiste !

    Tout est dit !
    Allez, ne lâchons rien !

    Vincent

  • on peut peut-être regarder le développment durable sous un autre angle …. et si c’était le mode de gestion d’un période transitoire de la croissance à la décroissance, le temps que des déséquilibres s’estompent (alimentation, revenus, accès à l’eau …)

  • @jpb
    Merci pour ce commentaire très intéressant. Je suis entièrement d’accord… avec le premier paragraphe.

    Par contre, la croissance immatérielle a tout d’un mythe ! Philosophiquement il est évident que rien ne peut remplacer un bien matériel (les produits dérivés de la Société Génerale, ça va bien 5 minutes), et qu’un bien matériel se cache derrière tout “bien virtuel”. A moins que vous n’ayez un contre exemple.
    Et, bis repetita, lisez Jancovici http://www.manicore.com/documentation/serre/croissance.html:

    La répartition de la pauvreté… Quand 2% (120 millions) de la population mondiale possèdent 50% de la richesse alors que les 50% derniers (3 milliards) m’en possèdent que 1%… Qu’une bonne partie des premiers souffre d’obésité et de diabète, alors qu’un tiers des derniers ne mange pas à sa faim, je ne vois pas comment on ne pourrait pas améliorer la situation ! C’est vraiment une réflexion de quelqu’un qui se situe dans les 2 % !

    Sur le fait qu’en théorie nous disposions de suffisamment d’énergie, c’est vrai, mais ce n’est que de la théorie. Tant que nous ne saurons pas capter plus que quelques pouièmes de l’énergie solaire ou éolienne (encore Jancovici http://www.manicore.com/documentation/solaire.html ), je ne vois pas à quoi cela nous avance ! Et à court terme, rien ne présage que nous puissions faire significativement mieux. Hélas, c’est à court terme qu’il faut impérativement trouver des solutions !
    D’autant que les principaux problèmes ne sont plus chez nous, mais en Chine ou en Inde ! Vous croyez qu’ils vont s’emmerder avec du solaire alors qu’une bonne vieille centrale à charbon fonctionne parfaitement bien ?

    @Vince
    :lol:

    @Erasme
    Période transitoire ? Ben oui, forcément… Juste le temps de s’apercevoir que ça ne fonctionne pas ! Il faudrait juste que ce ne soit pas trop long :roll: Et puis, “période transitoire”, ça évoque de vieux relents de communisme, où on est systématiquement passé de la période transitoire à … l’écroulement…

  • @SuperNo … ton supernonisme est rigolo, mais si tu veux vraiment passer de la croissance à la décroissance, il faudra bien passer par une phase transitoire … après tu peux changer le nom s’il ne te plait pas, je ne suis pas très regardant sur le vocabulaire si le fond y est.
    Les périodes transitoires, c’est une déformation professionnelle … ce n’est pas trop compliqué d’avoir des idées pour imaginer un autre futur , mais passer d’un état à un autre en étant suivi et sans se renier ou oublier l’objectif, c’est sacrément compliqué à mes yeux

    Au fait, suis toujours très impressioné par tes compte-rendus, chapeau

  • Merci pour les fleurs, Erasme, mais si la politique de croissance se poursuit à tout prix (et elle se poursuivra, j’en suis convaincu), il n’y aura hélas aucune phase transitoire, mais bien une chute incontrôlée !

    Regarde Sarkozy. Une métaphore de la croissance à lui tout seul. Obligé depuis son élection de faire de la surenchère constante pour maintenir sa “popularité”. Et paf, un beau jour le système arrive à bout de souffle et c’est la gamelle :mrgreen:

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