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Jan282008
22:40 (Vu 1949 fois)

Non à la Généralisation de la Société !

Allez, même si ce n’est pas original, je vais y aller de mon petit billet sur l’abyssale perte de pognon que la Société Générale a subie, et qu’elle qualifie de “frauduleuse”.

Il va de soi que je ne sais rien du tout de ce qui s’est réellement passé, en tout cas rien de plus que ce qui est sorti dans la presse jusqu’à ce soir. Et tant les déclarations de l’avocat du trader que celles de la Société Générale doivent être prises avec des pincettes.

Première remarque : à chaque fois qu’il se produit une catastrophe, quelle que soit sa nature, il se trouve toujours quelqu’un, généralement beau parleur et bien habillé, pour venir expliquer qu’en théorie ce n’était pas possible. Braves gens, vous avez rêvé, il ne s’est rien passé, ce n’était pas possible.

Que ce soit pour l’Erika (le bateau avait tous ses papiers en règle), la passerelle de l’aéroport de Roissy (qui était conforme à toutes les normes) ou ici la Société Générale (des contrôles humains et informatiques très rigoureux permettaient de garantir que tout se passe bien), cela n’aurait jamais dû arriver.

Et pourtant… Shit happens, comme disent nos amis anglo-saxons…

Dans le cas qui nous préoccupe (pour tout vous dire, ça ne me préoccupe pas vraiment, j’éprouverais plutôt un sentiment partagé entre la rage et la franche rigolade), environ 5 milliards d’euros (je le réécris sciemment en chiffres afin que vous puissiez le comparer avec votre salaire ou avec le solde de votre compte en banque : 5 000 000 000) se sont “évaporés” des comptes de la Société Générale, l’une des plus grandes banques françaises.

Corrigeons immédiatement : il ne s’agit en aucun cas d’évaporation. Dans toute opération boursière, il y a une contrepartie. Quand quelqu’un vend, c’est que quelqu’un d’autre achète. Et réciproquement. Un baiseur et un baisé, parfaitement. Les 5 milliards ont donc simplement changé de main, et sont vraisemblablement allé garnir les comptes d’une multitude d’autres institutions financières.

Pour fixer un ordre d’idées, celui qui détenait le record précédent, Nick Leeson, était devenu une vedette internationale. Par un processus similaire, il avait planté son employeur, la banque britannique Barings, de 1.6 milliard d’euros en spéculant sur les marchés asiatiques. La banque ne s’en était pas relevée, et elle a été rachetée par le groupe ING… pour une livre symbolique. De son aventure, Leeson a fait un best seller, où il narre ses angoisses croissantes au fil des pertes qu’il essaie de compenser dans une fuite en avant de risques toujours plus grands avant de s’enfuir et de tout laisser tomber. Il donne maintenant des conférences tarifées, et monnaie même ses commentaires sur l’affaire Société Générale !

Avec Jérôme Kerviel, nous aurions (je garde le conditionnel puisque pour l’instant rien n’est clair) désormais un champion du monde, puisque ses pertes seraient 3 fois supérieures à celles de Leeson. Un symptôme qui ne trompe pas : alors que d’ordinaire les affaires françaises qui nous passionnent ne sont quasiment jamais reprises à l’étranger, on la trouve encore ce matin dans les principaux titres de la presse mondiale comme le New York Times. “Jérôme Kerviel” va devenir un mot clé à la mode, un buzz de première, et je lui prédis une grande carrière !

Jérôme Kerviel a été décrit comme un petit employé lambda et sans envergure, qui, à 31 ans, ne gagnait “que” 100000 euros par an. Pauvre chou ! Pour ceux qui comptent en mois, ça fait dans les 7000 ou 8000 euros par mois, ce qui le situe vraisemblablement dans les 1% des salaires les plus élevés… Ceux qui le considèrent comme un minable le comparaient sûrement à l’image du Président de la République golden boy, avec ses lunettes de soleil, sa rolex, son avion, sa ferrari, sa copine mannequin et sa vantardise permanente.

Libération a enquêté sur le passé du gars, et a trouvé qu’il avait des idées libérales, et militait au RPR ! Il y a certes peu de traders encartés chez Arlette, mais le coup du RPR est excellent et révélateur ! Le détail qui tue ! Vous ne saviez pas à quoi rêve un “jeune pop” ? Ben vous le savez, maintenant !

On peut tout de même légitimement s’interroger sur le fait de savoir comment un employé lambda peut se retrouver avec 50 milliards d’euros, plus que la valeur de la banque, dans les mains ! A cette question, il n’y a pour l’instant pas de réponse crédible.

Certains de mes lecteurs naïfs, parmi lesquels des smicards ou des petits salariés, peuvent même se demander comment on peut jouer avec de l’argent que l’on ne possède pas. Je vous conseille de lire l’excellent billet sur le blog “éconoclaste” , qui explique fort bien un certain nombre de mécanismes. Mais je vais essayer de développer certains points à ma manière, avec mes quelques connaissances du sujet , et avec quelques images bien parlantes.

L’avidité est un point commun de tous les boursicoteurs. Mais on distingue en général le professionnel du particulier par 3 caractéristiques :
- Il a beaucoup plus de moyens
- Il est bien mieux informé
- Il est plus prudent.

Comme on le voit, la troisième assertion ne se vérifie pas toujours, contrairement aux 2 premières.
A la bourse, un particulier peut gagner et surtout perdre rapidement de l’argent même sur les marchés les plus simples, comme les actions.

Cas 1 : un boursicoteur achète pour 1000 euros d’action Machinchose à 100 euros l’unité. Un an plus tard, l’action Machinchose vaut 110 euros. Il les revend et aura donc gagné 100 euros. Moins les 20 de commission qu’il aura donné à sa banque. Moins les 20 de “droits de garde”. Bref il lui reste 60 euros. Moins l’impôt sur les plus values de 28% qu’il devra payer s’il a vendu plus de 20000 euros d’actions dans l’année. Et encore, il a eu du bol, car son action a monté. Elle aurait pu descendre à 90, et il aurait eu 140 euros dans le baba.

Je précise immédiatement que ce cas est celui d’un “petit joueur” que je ne décris que pour l’anecdote, car c’est le cas le plus simple, celui du gars qui achète des actions d’une société privatisée en croyant qu’il va devenir riche. Il y en a beaucoup, mais les “vrais” ne procèdent évidemment pas du tout de cette manière, trop simple et pas assez rémunératrice.

Il faut savoir que même le simple particulier peut jouer 5 fois ce qu’il possède par le système du “SRD”, alias “Système de Règlement Différé”. Ceci provoque ce qu’on appelle un “effet de levier”, qui amplifie fortement les mouvement des actions. Si on reprend l’exemple précédent, le boursicoteur, avec ses 1000 euros va en fait pouvoir acheter pour 5000 euros d’actions Machinchose, à condition de régulariser sa situation avant la fin du mois.(en fait il peut même la prolonger au moins suivant, moyennant encore du pognon à verser à sa banque. Si donc l’action est passée de 100 à 110 euros, il aura gagné 500 euros. Mais si l’action baisse, il se prend le levier dans la gueule et peut tout perdre très vite. C’est d’ailleurs ce qui arrive généralement à ceux qui jouent avec ça. Le seul à s’enrichir, c’est le banquier.

Autre “détail” : le SRD a la particularité de permettre de jouer la baisse de la bourse, en vendant des actions que vous ne possédez pas, avant de les racheter. Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, en quelque sorte. Ca s’appelle “Vendre à découvert”, alias VAD, acronyme dont les boursicoteurs ont fait le verbe “VADER”, du premier groupe.

Ca, ce sont les actions, et c’est encore facile à comprendre. Là où ça se corse, c’est quand on parle de “produits dérivés”. Options, warrants, et autres machins dans le genre. Le principe de base est le suivant : on n’achète plus une action, mais on achète un “droit” d’acheter cette action à une valeur et à une date donnée. Vous ne comprenez pas à quoi ça sert ? C’est que vous n’êtes pas assez pervers et détaché des réalités pour travailler dans la finance.

J’explique avec des tomates. Vous êtes au marché, et vous achetez des tomates à 2 euros le kilos. Puis, vous les mangez. Ca vous paraît logique, à vous. Mais avec un oeil de financier, vous êtes un con, doublé d’un minable. Le financier, lui, va acheter une “option” qui va lui donner (par exemple) le droit d’acheter des tomates à 2.20 euros à la fin du mois. Les tomates sont alors qualifiées de “sous-jacent”. Les options coûtent bien sûr beaucoup moins cher que les tomates elles-mêmes, mettons 10 centimes le kilo (il y a des formules très compliquées pour calculer ça, et un outil appelé “pricer” qui fait le calcul à votre place).
Si le trader fait ça, c’est qu’il a une idée derrière la tête. Il a une information (ou un pressentiment) selon laquelle le cours de la tomate va augmenter. Et là, bingo, à la fin du mois les tomates se vendent 2.50 euros. Il va voir le marchand de tomates avec son option et achète pour 2.20 euros des tomates qui en valent 2.50, qu’il revend aussitôt à ce prix. Elles lui auront donc coûté 2.30 euros et il aura gagné 20 centimes.
Si au contraire le prix des tomates avait baissé à 1.5 euros, il n’utiliserait évidemment pas son option et aurait donc simplement perdu 10 centimes.

C’est déjà très con, comme système. Mais pas encore assez pour un financier. Car les options elles-mêmes deviennent l’objet d’un marché, bien plus important que celui des tomates ! Si on reprend notre option d’achat de tomates à 2.20 euros que le trader maraîcher achète 10 centimes, et que dès le lendemain il gèle et que le prix des tomates passe à 3 euros, on comprend immédiatement que l’option qu’il a achetée 10 centimes en vaut immédiatement 80, puisque c’est le bénéfice qu’il réaliserait en achetant grâce à son option ses tomates 2.20 euros avant de les revendre 3. Le négoce des options prend vite le pas sur celui des tomates.

En vertu du principe “le banquier est prudent”, il utilise une combine qui fait que lorsqu’il achète une option “achat de tomates à 2.50 dans un mois”, il achète également l’option inverse prévoyant la baisse du prix, par exemple “vente de tomates à 2 euros dans un mois”, qui lui permettra de revendre ses tomates à 2 euros même si elles ont baissé à 1.5. Une position (c’est comme ça que ça s’appelle) en compensant une autre, et le talent et la technique du trader (qui va avoir par exemple un peu plus d’options d’achats (call) que d’options de vente (put) s’il anticipe la hausse) faisant le reste, il gagne en principe de l’argent de cette manière.

Au final, il y a toujours des paysans qui cultivent des tomates et gagnent quelques centimes au kg en les vendant, pendant qu’un groupuscule de traders maraîchers spéculent sur les options et gagnent en général considérablement plus que ledit paysan.

Et encore, ce ne sont que quelques trucs qui existent. On peut encore décliner les subtilités à l’infini, en ajoutant des couches d’abstraction entre le produit fini et le sous-jacent (les tomates).

En français, cela s’appelle du parasitisme. Il existe bien sûr dans la nature des insectes ou des champignons parasitaires, mais ils sont en général moins arrogants envers l’arbre ou l’animal sur le dos duquel ils vivent, et on ne les voit guère arriver en Ferrari dans les endroits à la mode avec la Rolex à un poignet et un mannequin à l’autre.

Kerviel ne spéculait pas sur des tomates, mais sur des indices boursiers. Un indice, c’est une moyenne des cours de différentes actions, tenant compte du poids de chacune d’elle. Chez nous, c’est le CAC40, qui mélange TOTAL, RENAULT, BNP PARIBAS, L’OREAL et 36 autres. On pourrait le comparer à un espèce de prix virtuel qui serait le PDM40 (Panier De la Ménagère), qui compilerait les cours des tomates, des carottes, des choux-fleurs et des kiwis en un seul. Ensuite, les traders maraîchers s’échangeraient des options sur le PDM40…

Sauf que dans le cas de la Société Générale, les transactions ne se font pas les yeux dans les yeux entre un producteur de tomates et un boursicoteur maraîcher, mais sur un autre marché, dit de “contrats à terme”, et qui est géré par un intermédiaire-arbitre, qui fait à la fin de la journée la somme des achats et ventes entre chaque banque. Lorsqu’un e position est méchamment dans le rouge, elle réclame au fautif le comblement immédiat du trou : ça s’appelle “un appel de marge”. Et ça n’a curieusement pas fonctionné ici.

L’organisme qui régule les échanges entre banques s’appelle une chambre de compensation. Et la plus connue, au moins du grand public, c’est… Clearstream! Décidément, ce sont toujours les mêmes qu’on retrouve dans les bons coups !

Selon la direction de la Société Générale, Kerviel aurait voulu faire le malin en ne compensant pas le risque d’options d’achat par sa contrepartie de vente. Et pour déjouer les contrôles, il aurait réussi à créer des opérations de contrepartie fictives.

Comme beaucoup, je n’arrive pas à croire à cette explication, réellement énorme, comme les sommes en jeu (tiens, 4 années de publicité sur le service public !). Imaginez un peu que vous soyez salarié d’une PME de 20 personnes, qui ferait 3 millions d’euros de chiffre d’affaires, et 250 000 euros de bénéfices. Son hypothétique valeur à la bourse serait de l’ordre de 3 millions d’euros. Vous visualisez, 3 millions d’euros ? Bon, imaginez que vous soyez au service commercial, payé 2000 euros par mois. Imaginez-vous une seconde que vous, petit grouillot de base, puissiez faire livrer à un client pour plus de 3 millions d’euros de marchandise, sans avoir la moindre garantie de paiement, et sans en référer à quiconque ? Absurde, non ? Pour la Société Générale, c’est pareil, sauf que ce n’est pas une petite PME mais une grosse multinationale, et que sa valeur en début d’année n’était pas de 3 millions d’euros, mais pas loin de 50 milliards, 15000 fois plus. Par contre, un seul petit employé lambda aurait réussi à sortir de son morlingue ces 50 milliards… Hum… Et depuis lors, sa capitalisation boursière a fondu d’un tiers, ce qui l’expose d’avantage à une tentative d’OPA sauvage de la part d’un concurrent.

Les déclarations apaisantes du PDG Bouton (qui s’il doit démissionner ne sera certainement pas dans le besoin) , et la reprise sans la moindre note critique de ces déclarations par les politiciens Sarkozy, Lagarde ou Woerth (sans oublier Trichet, le grand gourou dela Banque de France) ne sont-ils pas suspects ? Cela ne ressemble-t-il pas à de la méthode Coué ?

Parmi les autres insinuations proférées à l’encontre de la Société Générale, il y en a au moins 2 qui tiennent la route :
- Les ventes massives effectuées entre lundi et mercredi de la semaine dernière pour solder en catastrophe les positions acrobatiques du sieur Kerviel n’ont sans doute pas provoqué la chute de la bourse, mais l’ont forcément amplifiée artificiellement. Quand il y a surnombre anormal de tomates sur le marché, les prix baissent !
- Un groupe de petits actionnaires (qu’on ne va pas plaindre pour autant), a déposé plainte pour délit d’initié. Un administrateur de la banque, et par ailleurs 754ème fortune mondiale, a vendu pour 85 millions d’actions il y a 15 jours. L’action valait alors plus de 95 euros, elle a fini ce soir à 71 après être tombée à 68… Avait-il des informations concernant la déconfiture à venir (que ce soit sur Kerviel ou sur l’exposition aux “subprimes”) ?

J’ai volontairement utilisé des allégories légumières, non seulement pour simplifier l’explication, mais aussi pour mieux mettre en valeur le coté ridicule et parasitaire des opérations de la finance internationale, par rapport à la seule activité concrète, utile et respectable, qui est la culture de tomates. Car c’est bien avec votre argent, celui de votre travail, que tous ces charlots prospèrent et se font du beurre sur votre dos. Et que si le système, à force de tirer sur la ficelle, s’écroulait complètement (et ça peut très bien arriver dans un schéma où on joue avec l’argent des autres : imaginez ce qui arriverait si tous les clients de la Société Générale venaient au guichet demander à retirer tout leur pognon…), la garantie ultime, c’est vous !

Je ne suis pas client de la Société Générale, car je sais qu’elle fait partie du peloton de tête des banques les plus chères et les plus rapaces concernant les frais divers pour les particuliers. Elle aurait d’ailleurs fait, “en temps normal”, plus de 7 milliards d’euros de bénéf, qu’attendaient ces vautours d’actionnaires en se frottant les serres. Aucun marchand de tomates au monde n’atteint un tel résultat ! Mais si j’avais du pognon chez eux, comment je retirerais mon pognon vite fait de chez ces guignols pour le mettre à La Poste ou à La NEF ! Ou alors sous mon matelas !

La Société Générale est paraît-il bien connue pour la pression qu’elle mettait à tous les niveaux sur ses employés, qui avaient pour mission selon leur fonction de placer des “packages” entubatoires aux imprudents qui voulaient ouvrir un compte, des actions EDF aux petites vieilles… Je suppose donc que les traders étaient soumis à la même pression, augmentée du stress propre à leur métier. Kerviel n’avait eu que 1500 euros de bonus l’an dernier, et aurait avoué avoir pris des risques insensés pour être considéré comme un “trader d’exception” (de ce côté là, qu’il se rassure, c’est réussi au delà de toutes ses espérances !) et pour toucher une prime pouvant aller jusqu’à… 300 000 euros ! Un peu comme les routiers qui truquent leur limiteur de vitesse pour arriver à suivre le rythme de dingue imposé par leur patron. En cas de problème, le patron fait l’innocent, et se désolidarise de son salarié qui sert alors de fusible. L’hypothèse n’est pas complètement farfelue dans ce cas…

Même Sarkozy fait le constat que la finance est devenue folle et que plus personne n’y comprend rien. La seule solution consiste à ré-gle-men-ter. Limiter l’activité des banques au strict nécessaire concret, compréhensible et traçable : cela passe par l’interdiction de tout “produit dérivé” ou support de boursicotage parfaitement superfétatoire et parasitaire. Pour ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de jouer avec le pognon, qu’ils utilisent le leur, il y a des casinos pour ça! Une banque devrait avoir pour seul rôle de prêter du pognon à un taux qui lui permet simplement de vivre modestement, et de gérer efficacement les comptes de leurs clients.

Je suppose qu’on va me répondre que je suis fou ou débile. Ce à quoi je réponds “c’est çui qui dit qu’y est !”. Il est bien évident que pour tous ceux qui sont “dans le système”, et en vivent grassement, c’est inconcevable. Même le téléspectateur moyen, nourri depuis des années à la bouillie prédigérée des JT, n’arrive même pas à convoir qu’il puisse avoir une vie en dehors des aberrations du système libéral dans lequel il baigne sans s’en rendre compte. Je revendique le droit de m’élever au dessus de la mêlée pour considérer une situation de manière plus objective, sans avoir le nez dans le guidon. Les producteurs de tomates n’ont jamais eu besoin de spéculateurs pour les aider dans leur activité. Ils produisaient des tomates avant eux, et en produiront après.

L’argument ultime, c’est : “et que vont devenir tous les gens qui vivent de cette activité ?” Deux réponses :
- Tout emploi n’est pas légitime. Un emploi qui nuit aux autres est illégitime. Imaginez une activité très rémunératrice qui consisterait à découper les petits enfants à la machette. Imaginez qu’une organisation quelconque la dénonce et arrive à en obtenir l’interdiction pour des raisons éthiques qui vous paraissent évidentes. Que répondriez-vous au mec de droite qui ne manquera pas de vous dire “Mais, ça va supprimer des emplois !” ?
- Avec une société qui serait organisée pour produire du bien être plutôt que du pognon virtuel, et où le partage du travail ne serait pas un vain mot, aucune perte d’emploi “inutile” ne serait dramatique. Pourquoi un spéculateur sur le marché à terme de l’indice PDM40 ne deviendrait-il pas producteur de tomates bio ? C’est une activité plus valorisante et qui nécessite plus de main d’oeuvre que la production de tomates industrielles !

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11 commentaires à Non à la Généralisation de la Société !

  • ‘tain, c’est beau la création de richesse …
    Virtuelle !

    Pour info, Nicolas Sarkozy a pris les nerfs quand il a été informé la bidouille SocGen en Inde. Il venait de vanter les mérites de la finance française et s’est (une fois de plus) ridiculisé.

    Ce n’est bien sûr pas dans la presse française que tu sauras ça, mais dans TIME :
    “[…] officials for President Nicolas Sarkozy were quoted in French and British newspapers saying that the French leader was enraged that Société Générale executives had waited at least three days before telling him that they’d uncovered the giant fraud. Sarkozy had good reason for unhappiness. When the scandal broke late on Wednesday night he was in New Delhi signing business deals with Indian officials, and trumpeting France as a dynamic country open to foreign investment.”
    http://www.time.com/time/specials/2007/article/0,28804,1705574_1706087_1707306,00.html

    A part ça, tu devrais faire prof tellement c’est bien expliqué dans les principes. Mais c’est encore plus croustillant dans les détails techniques complètement décollés de la réalité économique.

    Arf !

    Zgur

  • [Désolé, un mauvais copier/coller et c’est l’illustration d’hier qui s’est retrouvé là par erreur :oops: ]

    @Zgur : on comprend mieux ainsi son acharnement à vouloir la peau de Bouton :lol:

    Ce qui est drôle aussi, ce sont les affirmations martiales (de Guaino par exemple) selon lesquelles l’Etat Français ne laissera pas la SG se faire bouffer par une banque étrangère… Ridicules gesticulations pour masquer l’impuissance du politique face à l’économie. Breton disait la même chose quand Mittal a voulu bouffer Arcelor. Et malgré Breton, Mittal a bien bouffé Arcelor. Et malgré Sarkozy et le courage des salariés, Mittal fera ce qu’il voudra de Gandrange…

  • J’ai tout compris : çà devient clair quand vous expliquez et çà ne fait qu’augmenter mon dégoût pour ces personnages de pouvoir.

  • informations pluralistes

    d’autant que les politiques représentent les revendications des groupes de pression ( voir sarkozy avec le MEDEF ) , mais l’inverse n’est pas vrai : voir les déclarations de Jospin sur son impuissance quant aux délocalisations des entreprises privées ..et sarkosy sur sa déclaration de ne pouvoir agir sur les entreprises privées quant à l’augmentation des salaires !!

    on retrouve cela à la Société Générale ou à Arcelor Mittal.

    La politique de communication n’y change rien : les faits sont tétus !!

    et les français ne peuvent que regretter que les entreprises publiques aient été privatisées ….sous la pression du MEDEF ( ou du CNPF ancêtre du MEDEF ) pour des raisons le plus souvent uniquement idéologiques .

  • Jean

    Merci SuperNo pour ce cours de bourse.
    Je me doutais bien que c’était un baise-p’tits couillons…
    Karl MARX n’a jamais été aussi vivant!
    Les parasites prolifèrent et les travailleurs sont étranglés, lessivés dans toute leur personne avec leurs familles.
    Le pire c’est qu’il me semble bien que “la bête” survivra encore… combien de temps?

  • Merci pour ces explication légumières…
    Cela dit, dans notre système ultraliberal, même le producteurs de tomates (ou de mais OGM) peuvent être de sombres salopards.

  • Je me permets, en tant que salarié de cette banque, bossant dans le même secteur d’activité que J.K (qui est passé par mon département en 2000 ) que, comme d’habitude, rien n’est noir et blanc.
    Tous les jours, je dis bien tous les jours, les positions , à l’achat comme à la vente, sont soldées (cleared) par une chambre de compensation spécifique avec notification des anomalies (dépassements des normes d’engagement) au contrôle des risques de la banque.
    A méditer.

  • @TAOMUGAIA
    Méditons en effet :roll:

    Par contre, si tu as par hasard une photo de la star, même de 2000, je te l’achète 100 euros :lol:

  • Merlin

    Cultiver des tomates en costard cravate ça salit. Et puis la culture des tomates c’est fatiguant. Entuber le monde en spéculant derrière son ordi, cela laisse plus de temps pour profiter de ses gains.

  • Tof

    Moi j’suis plutôt dans “les choux” après avoir lu ce “billet” ! ;-)

  • Héhé

    Et bien, non seulement c’est bien expliqué mais en plus c’est tout à fait cela vu de l’intérieur. Bravo.

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