Il est des nouvelles qui me plongent dans la plus totale perplexité. J’ai beau me tripatouiller les neurones, je ne comprends pas.
Par exemple, quel peut donc bien être l’intérêt d’une “réforme” dont l’objet serait d’augmenter la durée de la période d’essai d’un salarié ? Pour le salarié, je veux dire. Aucun. Strictement aucun. Au contraire, il est bien évident que cela va le placer plus longtemps dans une situation précaire.
Pour la collectivité non plus : aucun intérêt.
Pour l’employeur par contre, il est tout aussi évident que c’est une bonne chose : il pourra virer son salarié sans problème pendant une plus longue période. Si ça ne tenait qu’à lui, il inventerait même la période d’essai infinie. Ce serait quand même plus pratique. D’ailleurs les CNE et CPE (le premier existe toujours) équivalaient dans les faits à une période d’essai de 2 ans.
Il est donc parfaitement clair que le gouvernement propose là, à la demande du MEDEF, une mesure qui porte atteinte à la vie du salarié, au profit de son patron.
Et cette mesure, au milieu d’un paquet d’autres, a d’ores et déjà êté approuvée par 3 organisations syndicales sur 5 : FO, CFTC et CFE-CGC. Une seule a déjà refusé, comme souvent : la CGT. Il ne reste plus que les sinistres clowns de la CFDT. C’est donc dans la poche pour le MEDEF. Et dans le c.. pour les autres.
Mais comment diable peut-on s’intituler “syndicat représentatif”, avoir pour mandat théorique la défense des travailleurs, et signer des trucs pareils ? Tout en continuant à se regarder dans la glace après ? Y-a-t-il eu “fluidification”, comme le disait cyniquement Denis Gautier Sauvagnac (mis en examen aujourd’hui) ?
La CFTC parle sans rire “d’accord acceptable”. Rappelons que le dernier “C” de “CFTC” signifie “chrétien”. Etre chrétien, c’est souvent avaoir subi tout un conditionnement : respecter l’ordre établi, tendre la joue gauche : voilà des interlocuteurs idéaux pour le MEDEF!
Bon, il faut être juste, en échange, il y a des progrès évidents : “le CDI demeure la norme” et “tout licenciement doit avoir un motif réel et sérieux”. C’est ça un accord avec le MEDEF : “Je te mets une claque dans la gueule, et en échange je ne te donne pas de coup de pied dans le tibia. Du moins pas tout de suite, on en reparlera à la prochaine séance de modernisation…”
Car bien sûr le tout est emballé dans un paquet cadeau intitulé “Modernisation du marché du travail”. “Modernisation”, c’est joli, non ?
Sauf que comme synonyme de “précarisation”, “casse” ou “recul”, ils auraient pu trouver plus pertinent…
L’impression que ça me fait une fois de plus, c’est que la marée libérale monte. Les syndicats constuisent à la hâte des petits châteaux de sable qui résistent un temps avant d’être submergés et de devoir se replier pour les reconstruire, résignés, un peu plus loin
Au MEDEF ils ne se sentent plus pisser. Avec Sarkozy à leur botte, ils entreprennent (c’est leur métier) de combler le retard français à rentrer dans le moule libéral. Car dans leur esprit, le monde entier doit rentrer dans le moule libéral. Celui qui ne le fait pas n’est pas un contestataire : c’est simplement un retardataire. Triomphants, revanchards, et décomplexés.
Cela fait des années qu’ils clament dès qu’ils le peuvent, et font clamer par leurs haut-parleurs médiatiques que :
1) la précarisation du salarié est bonne pour l’entreprise
2) ce qui est bon pour l’entreprise est bon pour le salarié.
Si la première proposition est une évidence, la seconde est au contraire une escroquerie intellectuelle. Et la juxtaposition des 2 une ignominie. Mais c’est sur cette ignominie que sont fondés les rapports sociaux en France.
- Les syndicats signent.
- La presse ne parle que du mariage fantôme de Sarkozy.
- On cherche toujours en vain des “preuves de vie” de l’opposition.
Combien de temps va-t-il falloir supporter ça ?
A ce rythme-là, les “partenaires sociaux” acteront bientôt le rétablissement de l’esclavage, qui est tout de même, reconnaissons-le, le système qui offre à l’employeur le plus de liberté dans la gestion de son entreprise et les meilleures garanties de compétitivité face aux pays à bas salaire……










Le petit pourcentage de syndiqués en France est expliqué par ce qui est écrit ci-dessus par vous même Superno.Pareil pour nos députés …sont ils représentatifs de la population ( tous ces nantis)voir 4 février à Versailles ? Et la tête des syndicats” autorisés “sont ils représentatifs des travailleurs ?Sont payés pour çà normalement .Et les précaires ,les chômeurs ,qui les représente?
C’est hors sujet (est ce vraiment hors sujet? ) mais on m’a envoyé çà :
http://www.dailymotion.com/video/x3z69q_voeux-du-maire-2008_news
J’ai halluciné..
ça, plus la refonte du code du travail (cf papier de Richard ABAUZIT), il va enfin faire bon être patron en France.
Il y en a encore beaucoup des réformes comme ça dans sa musette? Parce que cinq ans à ce rythme-là, je suis pas sûr de pouvoir tenir. Moi je veux bien être esclave, à condition de passer tout de suite à l’étape révolte et soulèvement des damnés de la terre.
@turandot : où c’est qu’on signe pour déménager à Amnéville-les-Termes : la cité du bonheur pour tous, qui s’étend sur des centaines de milliers d’hectares prometteurs de prospérité pour les industriels et les lorrains en quête de salut?
Je ne sais pas où on signe ,malheureusement.On m’a envoyé cette vidéo et j’ai cru rêver:je ne savais même pas que çà existait….Je n’habite pas à Amnéville ( je suis à quelques km de sette ville )
Je ne suis pas d’accord sur la conclusion de votre article.
Un esclave il faut le nourrir le loger et le soigner….
Trop cher !
L’escroquerie est multiple.
D’abord, faire croire que travailler plus, c’est bien. Ensuite, faire croire que le gouvernement veut faire baisser le chômage, alors que c’est justement du chômage et de la précarité que s’engraissent les big boss. (et je passe sur le tour de passe passe des “rachat” de RTT, des heures sup au dessus de 35 heures défiscalisée, mais hop hop hop, on passe a 40 heures, dans le cul…)
Ensuite, présenter ce en pure novlangue (“arbeit macht Frei”, “l’escavage c’est la liberté”, etc.) en se pâmant devant la “modernité” de la chose, alors qu’il est évident que c’est un grave retour en arriere d’une centaine d’années.
Et toute cette merde vendue dans un beau packaging neo-kitch a faire vomir les gens de goût.
@odm
Le problème c’est qu’en l’état actuel de la science, le patron est obligé de nourrir ses esclaves pour lui conférer une force de travail. Nous espérons tous que la science arrivera, en usant des dernières techniques de clonage et d’OGM, à réduire voire supprimer cette contingence préjudiciable à la nécessaire croissance de nos entreprises.
Tiens, ça me rappelle une histoire lue dans je ne sais quel bouquin de Cavanna. Je la raconte, moins bien que Cavanna forcément, et avec des rajouts entre crochets. C’est l’histoire d’un âne qui travaille pour un paysan [de la FNSEA probablement]. Un jour [sans doute après avoir déjeuné avec un copain du MEDEF] il s’avise que l’âne travaille certes bien, mais mange tout de même beaucoup. [Surtout que son pote du MEDEF lui a raconté que des ânes des pays de l’Est ou d’Asie travaillent aussi bien, plus longtemps, tout en mangeant considérablement moins !]
Il décide alors de lui réduire un peu sa ration de nourriture, juste pour voir. Et l’âne fait son travail comme d’habitude, sans rien dire.
Alors le paysan [impressionné par les conséquences positives sur son compte d’exploitation] décide de lui diminuer encore sa ration un peu tous les jours. L’âne ne dit rien, et continue à travailler comme si de rien n’était. Le paysan est très content. Mais ce n’est pas encore assez, et un beau jour il lui supprime carrément sa nourriture. Et l’âne [sans doute à la CFTC] ne se plaint toujours pas et continue à travailler.
Hélas un matin, le paysan trouve son âne, mort. Et il se lamente auprès de qui veut l’entendre : “Quel grand malheur ! Mon âne est mort juste au moment où j’avais réussi à lui apprendre à se passer de nourriture !”
@Turandot
Comment ? Vous ne connaissez pas Kiffer ? Un savant clonage composite de Jean-Claude Gaudin, Charles Pasqua, Fernandel et Le Pen ?
@jide
C’est Sarkozy qui avait placé “Le travail, c’est la liberté” dans son clip de campagne : http://www.superno.com/blog/?p=79
Les gens de goût ont intérêt à faire provision pour 5 ans de sacs en papier
je ne peux rien reprocher à l’article de superno
Je sais qui est Kiffer mais je n’avais jamais entendu ses discours : comme je disais plus haut ,je ne savais même pas que çà existait un discours pareil et le ton qui va avec.
J’ai vu Parisot et Apathie hier soir sur Canal+:j’ai vomi…
Non, l’âne n’est pas à la CFTC, il est “sans étiquette”, j’en suis sûr.
En complément à votre billet très bien vu:
http://lamauragne.blog.lemonde.fr/2008/01/16/1510/
jf.
Pour qui s’est intéressé au droit du travail et à l’action syndicale, le patron bénéficie encore d’un seul droit qui ressemble à un privilège car rien ne le contrarie dans l’exercice de ce droit.
Ce n’est pas le droit de lourder quelqu’un car la procédure est stricte et, mal conduite, susceptible de recours judiciaire.
Non, le seul privilège qui lui reste, c’est celui d’embaucher quand il veut et qui il veut, à sa guise.
Halde, discrimination ou pas, il fait ce qu’il veut !
A cet effet, la péroiode d’essai est une pièce emblèmatique du puzzle car ce pouvoir énorme peut durer.
E t plus ça dure, plus c’est bon.
@jacques
Merci !
@TAOMUGAIA
Bonne analyse effectivement…
… et vu les rapports tendus que j’entretiens avec les chasseurs lors de mes sorties photo, je rajoute votre blog dans ma section “environnement” ! Allez, encore quelques jours de patience et on pourra de nouveau se promener dans les bois sans risquer de se faire transformer en passoire par un conducteur aviné de Renault Express (ou Citroen C15) blanche habillé comme pour partir à la guerre !
Tout cela n’a rien d’étonnant, Denis Kessler a expliqué qu’il fallait remettre en cause tout ce qui a été fait en matière sociale depuis 1945, à savoir remettre en question le programme du conseil national de la résistance qui a jeté les bases de nos avancées sociales et notamment en matière de droit du travail, je me pose certaines questions : le patronat ne se tire t-il pas une balle dans le pied en élaborant de telles stratégies ? Puisque notre omniprésident (qui n’est pas le mien) veut de la croissance, il va falloir expliquer aux gogos qu’avec un contrat de travail jetable tu vas pouvoir te cribler de crédits pour de nouvelle bagnoles “vertes”, de jolies maisons etc etc. Pour ma part, je pense qu’il faut être complètement crétin pour se coller des crédits sur 20, 25, 30 ans pour être accédant à la propriété, parce que l’esclave par la même occasion rajoute des chaînes à ses chaînes…
@jameswest
) de Kessler n’a plus la cote en tant que porte-parole du MEDEF. Pas plus que le baron Seillière, d’ailleurs. Trop outranciers, trop caricaturaux.
C’est marrant, ce gros porc (mes excuses à la SPA
On préfère laisser parler des personnes plus “sympa”, du moins en apparence, comme Laurence Parisot ou Geoffroy Roux de Bezieux.
Mais effectivement Kessler ne désarme pas et s’exprime encore dans les journaux destinés aux patrons, comme Challenge
On se souvient qu’interrogé sur son passé de gauchiste, il avait rétorqué quelque chose du genre “Je suis toujours pour la lutte des classes, simplement j’ai changé de camp !” Manifestement, il n’est pas prêt à revenir dans son camp d’origine
A propos des crédits, rassurez-vous, en France nous sommes des angelots comparés à ce qu’il se passe aux Etats Unis par exemple. C’est la raison pour laquelle Sarkozy et le patronat réunis estiment qu’il y a encore beaucoup à tirer de ce côté là !