L’année 2008 verra quoi qu’il arrive une bonne nouvelle : la fin des 8 ans de règne de Georges Bush. Je ne vais pas revenir ici sur son palmarès désastreux, puisque la seule évocation de son nom suffit à faire frémir d’horreur, voire déchaîner la haine chez des milliards de personnes aux quatre coins de la planète. L’alliance parfaite de la stupidité et de la malfaisance.
Comme ce sera sans doute le cas chez nous pour le successeur de Sarkozy, celui qui remplacera Bush aura un grand avantage : même en étant nul, falot et sans inspiration, il aura vraiment du mal à faire pire !
Et les grandes manoeuvres électorales ont commencé. Pour nous, pauvres habitants de la “vieille Europe”, c’est l’occasion de découvrir ou redécouvrir le folklore électoral américain. Un système ridicule, imbitable, inique, et même capable de faire gagner le perdant, comme on a pu en avoir la démonstration édifiante en 2000 avec Georges Bush qui faisait une entrée fracassante dans le rôle du voleur, et Al Gore dans le rôle du pigeon floué. Je n’ai pas une admiration éperdue pour Al Gore, mais tout laisse penser que sans ce hold up scandaleux, la face du monde aurait pu être changée.
Tiens je suis en train de lire un bouquin du journaliste satirique américain Al Franken “The truth with jokes”. Ce livre est hilarant, tout en étant super bien documenté. Il doit cependant être lu de manière critique, puisqu’Al Franken est désormais candidat au sénat sous les couleurs “démocrates”.
Ce livre relate la deuxième élection de Bush en 2004 face à l’insipide John Kerry. Il y détaille notamment la mise en oeuvre du slogan électoral avec lequel l’auteur résume la starégie de Bush : “Fear, smear and queers”. Impossible de reproduire le jeu de mots en français, mais ça donne en gros “Peur, salissure et tapettes”. Un fonds de commerce en effet :
La peur (insécurité, terrorisme, etc…) qui sert à détourner l’opinion des autres problèmes, et justifier les milliards engloutis au profit de l’industrie de l’armement.
La salissure : Bush, avec la complicité de la presse à ses bottes (la célébrissime chaine Fox News, par exemple) s’est employé à salir son adversaire avec les arguments les plus mensongers et les plus déloyaux. Un seul exemple parmi des dizaines énoncés dans le bouquin : Bush aurait fait appeler en se faisant passer pour le parti démocrate (à l’aide d’une machine appelée “Robocall”, qui appelle une liste de numéros sélectionnée à l’avance pour diffuser un message sonore) des milliers d’électeurs démocrates hispanophones en leur diffusant un message qui leur apprenait que Kerry était favorable au mariage homosexuel. Un sondage préalable avait indiqué à Bush que cette communauté était majoritairement hostile à ce projet. Bonjour le niveau.
Et enfin, les “tapettes” : la question du mariage homosexuel a là-bas un retentissement que l’on n’imagine même pas ici. Avec le droit à l’avortement, il cristallise l’intolérance des communautés religieuses qui sont là-bas ultra influentes, et forment une barrière entre les vieux crabes passéistes “républicains” et les plus progressistes “démocrates”.
La droite et la gauche, pourrait-on croire. En fait, il n’y a que Dominique Strauss-Kahn qui puisse croire (ou faire semblant) de croire que “Clinton, c’est la gauche” (Il parlait alors de Bill, pas d’Hillary !). Il est vrai qu’il n’y a pas non plus grand monde en France pour croire que “DSK, c’est la gauche”…
A part ces sujets de société, les deux camps sont en fait plus ou moins d’accord sur les sujets économiques. Aux Etats-Unis, tout candidat qui veut avoir une chance de l’emporter doit en effet se faire adouber par la communauté économique (les grandes compagnies américaines). Inutile dans ces conditions espérer un candidat gauchiste, ou seulement écologiste. Même si des indépendants (Ross Perrot ou Ralph Nader) ont dépensé un peu de leur (grande) fortune pour faire un tour de piste, ils avaient à peu près autant de chance de l’emporter que Gérard Schivardi en France… Tout est fait pour que le futur président soit un pur produit du système capitaliste libéral, et prêt à défendre par tous les moyens les actionnaires des compagnies américaines.
De plus, le système a été totalement verrouillé par 2 partis : les “démocrates” et les “républicains”. La droite contre l’extrême-droite. Bayrou contre Sarkozy…
Chacun des 2 partis procède donc actuellement au choix du poulain qui va le représenter en novembre prochain.
Passons d’abord en revue les candidats “républicains”. D’extrême droite donc. En général, le tronc commun de leurs idées nauséabondes, c’est l’amour du pognon, de la guerre, de la religion, des armes et de la peine de mort; et la haine de l’avortement et des homosexuels. Et cette année, ce sont des caricatures du genre qui s’annoncent :
- Mike Huckabee. Profession : pasteur ! Son slogan : “Famille, foi, liberté”. Hum. Anti-avortement bien sûr (ici on dit “pro-life”, c’est plus joli) et anti-mariage homosexuel.
- Mitt Romney : profession : responsable d’un fonds d’investissement. Fortune personnelle : 200 millions de dollars D’ailleurs son père était déjà PDG d’AMC, ancienne marque automobile racheté par Chrysler. Signe particulier : mormon et membre de “l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours !” (sic). Membre du lobby de l’automobile, il promet un redémarrage du secteur à coup de subventions publiques. Vous avez dit caricature ?
- John Mac Cain : vétéran du Vietnam, blessé de guerre, également affecté de toutes les tares républicaines sus-évoquées.
- A coté d’eux, Rudi Giuliani, charismatique maire de New-York (monsieur tolérance zéro), projeté dans la lumière le 11 septembre 2001, aurait presque l’air d’un progressiste, c’est dire !
Heureusement, il semble que Georges Bush se soit tellement décrédibilisé, que les chance des réacs républicains soient bien minces. La voie semble donc libre pour le concurrent “démocrate” qui remportera les “primaires”.
En fait ils ne sont que 2 à pouvoir l’emporter : Hillary Clinton et Barack Obama.
Madame Clinton ne semble pas avoir des idées fondamentalement différentes de son mari Bill, ce qui normal puisqu’elle fut l’inspiratrice principale de son président de mari. Il est regrettable qu’elle fût d’ailleurs plus intéressée par la politique que par le sexe, cela lui aurait peut-être évité de devenir la cocue la plus célèbre et la plus médiatisée du monde. En même temps, cela nous aurait privé d’une des plus grosses parties de rigolade de la fin du siècle dernier. Entre les histoires de cigare et les déclarations tonitruantes “I did not have sexual relations with that woman, Monica Lewinsky”, nous avons connu des moments grandioses, et en même temps une leçon magistrale sur l’âme humaine. Car tant les analyses de tâches de foutre que les pudibonderies effarouchées des prudes républicains, ou les explications embarrassées de Clinton sur ce qui était ou pas une relation sexuelle furent de grands moments de délire jouissif.
Le couple Clinton reste néanmoins indissociable pour ses détracteurs, qui l’ont surnommé “Hillbillary”, encore un jeu de mot difficile à traduire entre “Hillary”, “Bill” et “Hillbilly”, la dernière expression pouvant se traduire par “plouc” ou “bouseux”…
Son programme lui-même reste flou. Un peu comme notre Marie-Ségolène, elle met en avant tout ce qui pourrait lui donner une image de “gauche” : droit des femmes, enfants, politique de santé… On a vu ce que ça a pu donner avec Marie-Ségolène, qui a oublié d’un coup toutes ses “convictions” et jeté le masque dès qu’il a été question de s’allier avec la droite le centre de Bayrou. Qu’on ne s’y méprenne pas, ce n’est pas Hillary Clinton qui remettra en cause les grands principes du libéralisme !
La candidature de Barack Obama est à mon avis bien plus intéressante. Même si ses adversaires fustigent son manque d’expérience, le mec a de l’envergure, et pas seulement parce qu’il fait 25cm de plus que Sarkozy ! Orateur exceptionnel, issu d’un impressionnant mélange de cultures, affichant son progressisme, on voudrait croire que c’est le mec qui va changer l’Amérique et le monde. Mouais. Défendre les intérêts des homosexuels et autres minorités, c’est bien, surtout dans l’Amérique de Bush. Mais cela suffit-il à définir une politique ?
Hillary Clinton est une femme. Barack Obama est un peu noir. Mais c’est bien là l’essentiel de la nouveauté, hélas. Ils sont bien sûr moins extrémistes que Georges Bush (même s’ils sont tous les deux juristes et imbibés de religion). Mais vont-ils faire bouger les choses en matière de géopolitique, où les terrifiantes conneries de Bush, outre qu’elles ont fait exploser le terrorisme anti-occidental, nous amènent à grands pas vers une nouvelle guerre mondiale ? Et en matière d’environnement, pour lequel Georges Bush, arc-bouté sur la défense “non négociable” de l‘“American Way of life”, pourtant première cause mondiale de pollution (et pas seulement aux Etats Unis), n’a strictement rien foutu, encourageant au contraire à la croissance sauvage, retardant ainsi toute possibilité d’un hypothétique ralentissement du réchauffement climatique, qui risque rien moins que de détruire la planète à court terme ?
J’aimerais bien y croire, mais j’en doute un peu…
[PS Vous vous demandez peut-être pourquoi je parle des Etats Unis, alors que le sinistre (à ne surtout pas prendre au sens étymologique de “de gauche”) Jacques Attali vient de publier l’un des torche-cul ultralibéraux les plus scandaleux et à coté de la plaque depuis des lustres.
A cela je réponds : d’une part j’ai déjà évoqué Attali et son rapport . D’autre part, j’ai lu ce qu’en a écrit l’irremplaçable CSP ici et là , et je ne vois vraiment pas ce que je pouvais y ajouter !]










Merci pour ce morceau de bravoure. Une bonne synthèse de la politique americaine, pour ce que j’en connais (2 ans chez Uncle Sam…).
Quand au sinistre Attali-plus-de-croissance….
Oui joli US Politic 101 (101 est le numéro des cours de première année à l’université).
La principale tâche du vainqueur de cette élection sera l’adaptation de l’économie (donc de la société) aux “nouveaux” paramètres environnementaux et globaux (raréfaction des matières premières). Dans un contexte du bigger is better ça ne vas pas être facile.
Merci pour cet article éclairant sur les élections aux USA.
J’aimerai aussi croire que l’élection de Obama changera quelque chose à la marche économique et écologique du Monde.
Les américains sont-ils prêts à mettre au rancard “l’american way of life”?
Personnellement j’en doute, j’ai l’impression qu’à part la frange la plus cultivée de la société, qui ne semble pas être nombreuse, le reste du monde n’existe pas pour le citoyen américain de base. Les autres nient le droit d’exister du reste du monde s’il risquent de porter atteinte à leurs intêrets financiers….
Das Kapital
Allez, quoi… un peu d’optimisme pour une fois !
En rentrant du boulot, j’ai appris la bonne nouvelle : -5% sur les places boursières du monde entier, des économistes qui disent massivement que la crise immobilière américaine semble inexorablement amener à la décroissance (pardon, à la récession) et qu’en tous cas, il faudra des années pour retrouver les niveaux de croissance mondiale auxquels on était habitués. Ouf !
En plus, avec la ènième crise provoquée par le modèle du tout-marché capitaliste (et cette fois-ci directement par l’incurie du modèle économique de “vie à crédit” à l’américaine), on fait un pas de plus vers le grand ras-le-bol mondial.
Quant aux américains, même s’ils sont majoritairement très content d’être cantonnés entre “droite et extrême droite” - et les rares mécontents sont plutôt [i]libertarians[/i], c’est-à-dire anarcho-ultralibéraux - ils ne sont pas tous stupides …
Même si le capitalisme est gravé en eux à coups de burin, même si toute mesure un tant soit peu collective se heurte au culte des “Founding Fathers”, ils sont à mon avis capable de tourner leur veste bien plus vite que les européens.
Plus que nous, ils sont touchés par les délocalisations sauvages. Bien plus que nous, ils subissent les prix des matières premières, les prix exorbitants de l’éducation privée, de la santé privée, de l’énergie privée. Et même les dérèglements climatiques, ils risquent de les subir plus que nous. Alors d’ici qu’ils nous surprennent…
Seulement c’est vrai, ce ne sera pas lors d’une élection présidentielle.
@Sylvaner: Je suis globalement d’accord avec cette critique, sauf sur 2 points:
- pour la nuance (de taille) entre décroissance et récession. La décroissance, c’est la tentative d’un freinage en douceur. La récession, c’est le grand BOUM dans le mur (pour reprendre l’image qui va bien).
- une partie des mécontents est bien de gauche (je veux dire pour de vrai, qui votent démocrates, mais qui pensent plus a gauche, voir même franchement activistes (un magazine comme Adbuster n’existe pas en France, du moins pas avec cette diffusion, par exemple). Il ne faut pas oublier que les USA ont été un bastion hippie, il fut un temps. Cette génération a aujourd’hui 60 ans et des gosses en droit de voter.
Ben oui jide, mais je caricature volontiers…
pour la récession/décroissance, ça ne vaut pas une vraie, mais c’est tout ce qu’on aura… et même si un arrêt de croissance “limite récession” revient à se tenir au bord du précipice, c’est peut-être une opportunité de donner plus de visibilité à d’hypothétiques modèles alternatifs bien peu développés au plan économique.
Quant aux américains de gauche, beaucoup font la distinction entre la gauche sociétale, permissive, pro-choice, pro-gays, pro-drogues… et une gauche économique qui risquerait de rogner sur les sacro-saintes libertés individuelles… liberté d’entreprendre, de virer ses employés, de polluer …
Mais bon, c’est vrai qu’il y a aussi des gauchistes plus durs que les nôtres … et j’avais déjà mentionné dans un commentaire ici comment nos syndicats grévistes petit-bras pourraient s’inspirer des ‘unions’ qui ont fait plier General Motors.
Les Américains sont-ils vraiment prêts à voter pour une femme ? un noir ? Je ne suis pas si sûr, je n’ai aucune connaissance des Etats -Unis mais j’ai des doutes sur la victoire de l’un des deux et si le camp des Républicains l’emportait à nouveau ?
moi, j’aime bien les nouvelles bannières. c’est plus respirable, parce que l’usine hein…
bon je sais ça n’a rien à voir avec le sujet, mais fallait que je le dise.
voila.
@jide/Sylvaner
Je suis hélas d’accord avec Sylvaner, la récession (subie et donc mal vécue) sera certainement la seule forme de décroissance que nous connaîtrons…
@jameswest
Chez les républicains, clairement non, mais les démocrates ont manifestement dépassé ce stade… Si Marie-Ségolène Royal n’a pas été élue en France, je ne pense pas que ce soit parce qu’elle est une femme. Au contraire, même, l’attrait de la nouveauté a fortement joué en sa faveur !
@Romane
Bonjour et bienvenue !
J’attendais que quelqu’un me fasse la remarque !
Il est dans mes intentions d’améliorer l’aspect et les fonctionnalités de ce blog. Si vous avez des idées, je suis preneur…
Le principal souci est le temps que cela prend. De plus, sous WordPress, il est en apparence très facile de changer de thème, et il y en a de bien plus esthétiques que celui-ci ! Mais si comme moi on a de nombreux plugins voire des bricoles ajoutées à la main en PHP, il est fort probable qu’un changement de thème entraîne de gros problèmes de fonctionnement. Je le ferai sûrement, mais pas à la va-vite et après de nombreux tests. Qui prennent du temps.
Ce que je vais faire rapidement, c’est ajouter de nouvelles photos, je n’ai qu’à piocher dans ma collection
@Superno: Idem pour les thèmes, ca donne de l’air. Pour la décroissance, je suis aussi convaincu que toi pour dire que la récession sera la seule forme visible de décroissance. Mal vecue, avec toutes les mesures ayant pour but de la faire repartir, cette foutue croissance.
La Société Générale annonce 7 Milliards de pognon évaporé.
A part çà tout va bien en France!
J’attends la suite…
Jean : Bah 5 milliards d’€ c’est rien du tout, pécadille tout ça : Rumsfeld a bien annoncé l’évaporation de 2300 milliards de $ aux Etats-Unis le 10 septembre 2001 dans l’indifférence générale
http://souk-fares.blogspot.com/2008/01/pour-une-poigne-de-milliers-de.html
Sinon pour l’élection aux Etats-Unis : croire qu’Obama va changer quoi que ce soit parce qu’il est noir, c’est comme croire qu’une voiture va arreter de polluer parce que les services marketing ont décidé de foutre du vert partout (comme tu l’avais parfaitement souligné ici : http://www.superno.com/blog/?p=236 ).
Bush a perdu l’élection en 2000, et également en 2004.
Voir une vidéo ou John Kerry (qui d’ailleurs n’est autre que le cousin de G.W. Bush) laisse un étudiant se faire passer brutaliser sans raison :
http://souk-fares.blogspot.com/2007/09/des-questions-qui-fchent-et-des-rponses.html
Alors le simple fait que Barack Obama déclare “Kerry is a man of courage” ( http://www.youtube.com/watch?v=WVLQ6K56Dk8 ), donne une idée du degré d’hypocrisie de toute cette mascarade.