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Jan222008
12:35 (Vu 2314 fois)

Ca chauffe en Lorraine !

Ce billet, comme souvent, est une réaction épidermique à une nouvelle entendu ce matin (enfin, hier matin, vu les délais de publication !) à la radio. Je crois que c’était sur France Inter, et il était question de la suppression de 600 emplois à l’aciérie Mittal de Gandrange en Moselle.

L’aciérie électrique, le train à billettes et le laminoir qui fabrique des cylindres sont arrêtés. Seul le laminoir à couronnes et barres est préservé pour l’instant, avec le centre de recherches, mais personne ici ne donne cher de la peau des 300 autres personnes qui y travaillent. Si on y ajoute les intérimaires, quantité négligeable dont personne ne parle, les sous-traitants et tous les gens qui vivent indirectement de la présence des travailleurs de l’usine, c’est encore un beau désastre à mettre au passif de la Lorraine qui en a pourtant vu d’autres.

Gandrange se trouve dans la vallée de l’Orne, qui avec celle de la Fensch sa voisine forme une zone déjà sinistrée où vivent bon nombre de réprouvés du sarkozysme : chômeurs, immigrés, “assistés” divers, et donc quelques vestiges vivants de cette classe ouvrière en voie d’extinction.

Mittal avait racheté cette usine en faillite pour 1 franc symbolique à Unimétal en 1999. Depuis lors, les salariés étaient plutôt satisfaits, jugeant leur sort préférable à celui du concurrent Arcelor. Mais l’an dernier, Mittal a mangé Arcelor. Au cours des négociations préalables à cette absorption, Mittal a justement mis en avant cette usine de Gandrange et son statut de vitrine sociale.

Et voilà, une fois ses petites affaires faites, Mittal prétexte un déficit de 36 millions d’euros pour fermer une partie de la boutique. Tout en annonçant comme c’est de coutume qu’il n’y aura aucun “licenciement sec” mais des reclassements. A Florange et au Luxembourg.

Depuis lors, on s’agite. Et comme de surcroît cet événement se produit à 2 mois des élections municipales et cantonales, c’est fou le nombre de politiciens qui redécouvrent subitement l’existence de la classe ouvrière et s’en proclament solidaires…

Pourtant, combien d’entre eux condamnent le libéralisme ? Aucun à ma connaissance. Au contraire, les deux partis dominants, l’UMP et le P”S” s’en réclament. Délibérément pour le premier. Comme à regret, mais avec de moins en moins de regrets pour le second.

Je ne vais pas leur donner ici un cours de libéralisme, mais je peux simplement en rappeler quelques principes de base :

- L’entrepreneur privé est souverain : il fait ce qu’il veut et n’a aucun compte à fournir à des politiciens.
- La délocalisation pour rechercher le moindre coût est légitime : elle permet de dégager plus de valeur pour l’actionnaire, ce qui est le but ultime de toute société privée qui se respecte.
- Pour le bon fonctionnement du système, il faut un confortable matelas de chômeurs, si possible pas (ou à défaut, mal) indemnisés. Non seulement ça coûte moins cher que s’ils étaient bien indemnisés, mais surtout ça oblige ceux qui ont le privilège d’avoir un travail à se tenir à carreau et les dissuade de demander quoi que ce soit au patron, à commencer par un salaire correct.

C’est dans ce contexte qu’on apprend que Sarkozy, chantre du libéralisme et de l’entreprise performante s’il en est, veut recevoir le milliardaire indien Lakshmi Mittal, grand patron de la société du même nom. Sarkozy est un nain, doublé d’un pitoyable pitre. Ou pour reprendre une expression que j’affectionne : un tartuffe. Qu’est ce qu’il va lui reprocher, à Mittal ? D’être libéral ?

Mais c’est ainsi, quand une usine ferme en période pré-électorale, les politiciens accourent en prenant l’air le plus courroucé possible. Rappelons-nous Jospin promettant d’un air martial aux salariés de Renault à Vilvoorde que leur usine ne serait pas fermée. C’était juste avant les législatives anticipées qui allaient le mener au poste de premier ministre. (Ou alors plus récemment Marie-Ségolène Royal chez Airbus avant les présidentielles). Vilvoorde a fermé, bien évidemment. Et une fois élu, en 1999, le même Jospin, lors de l’annonce de la suppression de 2000 emplois chez Michelin eut cette phrase restée célèbre: «Je ne crois pas qu’il faut tout attendre de l’Etat ou du gouvernement.» Un terrible aveu d’impuissance.

Il faut par ailleurs noter Jospin a toujours voté les traités européens qui lui confisquaient son propre pouvoir.

A leur tour, les parlementaires français vont aller voter pour un traité qui veut inscrire les dogmes du libéralisme dans le marbre européen. Ou de faire semblant de rechigner en s’abstenant, ce qui revient au même. N’est-ce pas, messieurs (et dames) du parti prétendûment socialiste ?

C’est pourtant bien du P”S” que viennent les principaux soutiens (de la corde au pendu) à Gandeange. Le sénateur Masseret, par ailleurs président du Conseil Régional de Lorraine, et les députés locaux Michel Liebgott et Aurélie Filipetti formant le choeur des pleureuses.

Coïncidence regrettable, il se trouve que l’Assemblée Nationale a voté pas plus tard que mercredi dernier 16 janvier un “projet de loi constitutionnelle modifiant le titre XV de la Constitution”, dont le but était de pouvoir organiser le grand raout du 4 février qui va consacrer la stratégie sarkozyste de contournement de la volonté du peuple.
Regardez les résultats de ce vote , notamment pour le parti “socialiste”. 8 d’entre eux , empruntant les pas de Sarkozy, ont voté pour, dont Jack Lang. Mieux vaut en rire.
51 ont voté contre contre, dont Fabius, Emmanuelli, Montebourg. Très bien.
Mais 95 (plus de 60% ) se sont abstenus. Honte sur eux ! Et dans ces 95, on retrouve les noms de … Liebgott et Filipetti, qui n’ont même pas eu le courage de voter contre.

Si des Mittal peuvent licencier, ils le doivent bien sûr à l’aide active des dirigeants politiques de la droite libérale. Mais ils le doivent tout autant à l’absence d’opposition et à la complicité passive des “sociaux démocrates” de tout poil.

Car on ne peut pas à la fois soutenir, même passivement, le libéralisme, et se plaindre des licenciements. Exactement de la même manière qu’on ne peut pas allumer le feu (ou simplement ne pas dénoncer l’incendiaire) et se plaindre que ça brûle. Dans les deux cas, la seconde proposition est la conséquence inévitable de la première. Les salariés le comprennent de mieux en mieux. Même si c’est souvent trop tard. C’est ainsi que la semaine dernière, Nadine Morano, la poissonnière de l’UMP, s’est fait jeter d’un cortège manifestant contre la fermeture de l’usine Kleber de Toul. C’est bien, mais pas suffisant : la prochaine fois, il faudra la jeter de son siège de députée !

En fait, la goutte d’eau (bénite) qui m’a poussé à écrire, c’est d’entendre qu’en plus des politiciens sus-cités, l’archevêque de Metz, Mgr Raffin, a également émis une protestation.

Il faut savoir qu’à Metz, l’archevêque, non content d’être payé avec notre pognon (et avec le vôtre aussi, même si vous n’habitez pas l’Alsace ou la Moselle) a une influence politique certaine. A Metz, la mairie n’est séparée de la cathédrale que par les quelques dizaines de mètres de la Place d’Armes. Et l’archevêché fait partie intégrante du système qui régit Metz depuis des dizaines d’années et pour lequel nous prions dont nous espérons qu’il prendra fin avec les prochaines municipales. Il possède sa propre radio (Radio Jerico) pour diffuser la parole divine. Et la soeur de l’archevêque, Christine Raffin, conseillère Régionale (au groupe “Pour la Lorraine”; où elle côtoie ces fleurons de l’UMP que sont Gérard Longuet et la sus-citée Nadine Morano) est aussi adjointe à la mairie de Metz chargée de la culture. Elle dirige également la superbe salle de spectacle de l’Arsenal, et publie “Vivre à Metz”, la feuille de chou de la propagande municipale, où l’on explique numéro après numéro, entre 2 photos de Jean-Marie Rausch, que tout va bien à Metz.

Et il n’y a pas que l’archevêque : même aux échelons inférieurs de la hiérarchie, on se transforme en “gauchistes”.

Il sont gonflés, les ratichons! Que ne font-il pas appel à leur Dieu pour résoudre le problème, puisqu’Il est tout-puissant ? Pourquoi ne reçoit-Il pas Mittal, à la place de Sarkozy ? Et s’Il est vraiment tout-puissant, pourquoi n’a-t’Il pas pu empêcher que cette catastrophe se produisît ? Hein ? Et au fait, de quoi ils se mêlent ? Et pourquoi, comme les politiciens de droite et les pseudo-politiciens de gauche, l’église a-t-elle de tout temps soutenu les riches et les puissants dans leur oppression du peuple ?

Et pourquoi donc une radio nationale du service public s’abaisse-t-elle à divulguer une information de si peu d’intérêt ? Après avoir donné la parole à Jean-Marc Sylvestre ?

Et pourquoi je m’énerve de la sorte ?

Soyons constructif, et relayons une annonce : les salariés vont aller manifester à Luxembourg devant le siège de Mittal jeudi prochain 24 janvier. Si mes horaires collent avec ceux de la manif, j’y serai, avec mon appareil photo.

EDIT : Un blog de soutien a été ouvert à l’adresse suivante : http://www.ensemblepourgandrange.blogspot.com/

Autre sujet, en apparence sans aucun lien… Mais en apparence seulement. Un de mes dadas consiste à expliquer que les désastres humains comme celui-ci, et les désastres environnementaux dont je parle très souvent, ont une seule et unique cause : la “croissance”.

Concernant le réchauffement climatique, la dynamique association “Et Si Les Lorrains…” de Marie-Claude Malhomme organise le 31 janvier à 20h00 au Campus du Saulcy à Metz une conférence-débat intitulée “La CRISE climatique”.
Le conférencier est Yves Mathieu, l’une des 1000 personnes formées et accréditées par Al Gore. Pour plus de détails, voir le lien sur le blog de “Et Si Les Lorrains…”

Ainsi que l’invitation au format PDF

Il devrait essentiellement y être question de la partie environnementale et scientifique du problème. J’espère pouvoir y être aussi, et merci à tous de relayer le message au maximum de gens !

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16 commentaires à Ca chauffe en Lorraine !

  • Jack

    Juste pour te signaler une coquille : jeudi nous serons le 24 janvier.

  • Merci :oops: Pourquoi j’ai écrit novembre, moi :?: :roll:

  • informations pluralistes

    commentaire crédible , je ne trouve pas d’angle d’attaque contre.

  • Jean

    Bien vu!
    La fin de Gandrange a été entammée lorsque USINOR (privatisée en 1995), après avoir vendu la branche “Aciers spéciaux” (ex SAFE de Hagondange) le reste a du groupe a été décomposé en deux branches.”Produits plats” et “Produits longs”
    Cette manoeuvre a permis à son illustre PDG Françis MER de pouvoir vendre par unité de production.
    Palplanches (Hagondange) à l’ARBED
    Poutrelles (Gandrage) à l’indien ISPAT
    puis qq années plus tard l’usine à Rails (Sogerail Hayange) à l’anglo-battave CORUS
    Le problème c’est que l’usine de Gandrange produisait aussi les billettes d’acier nécessaires pour la fabrication des rails.
    Cet acier à été produit, en relais pendant plusieurs années par l’aciérie de Sérémange (prouesse technique car produire un acier à rail dans une aciérie spécialisée dans les produits plats n’est pas chose facile. SOLLAC avait investie pour cela)
    Peu après la vente de Sogérail, il a été décidé de produire les billettes en Grande Bretagne…puis acheminées par péniche de mer jusqu’au port sidérurgique d’Illange.
    Il va sans dire que toutes ces manoeuvres qui devaient permettre soit disant de rationaliser la production d’acier en Europe à permis surtout de faire “des affaires” pas pour le salariés…
    Dès la privatisation F. MER a vendu les joyaux de la couronne en matière de savoir-faire, de compétences et aussi de valeur ajoutée (SAFE et SOGERAIL)
    Il a affaibli USINOR dont Gandrange…
    Tout celà pourquoi?
    Etre racheté à vil prix par MITTAL! Qui commence a entrevoir comment il va pouvoir récupérer plus rapidement sa mise, comme dans une partie de poker…menteur?
    Tous n’ont pas été perdants dans cette triste histoire. Seuls les salariés trinquent le mauvais gag jusqu’à la lie (l’hallalie?)
    “On ne nous dit pas tout!”

  • Jean

    Ah, j’oubliais!
    Françis dont les hautes compétences avaient été reconnues en haut lieu a été remercié en devenant Ministre des Finances de notre belle République…

  • @Jean
    Merci pour ces précisions, manifestement de première main !

  • Jean

    En prime
    Heureusement que SAARSTAHL a quitté à temps le giron d’USINOR. Autrement elle n’existerait plus à ce jour.
    USINOR avait des parts dans SAARSTAHL protégée par une participation puplique importante du land de Sarre.
    Ce qui a permis à SAARSTAHL de se séparer complètement de USINOR et de pouvoir continuer à se développer.
    Je ne sais pas à quelle boite pensent s’allier éventuellement les défenseurs de Gandrange mais SAARSTAHL pourrait peut-être convenir à un tel projet???
    C’est un avis perso basé sur des références qui datent de qq années.

  • Anonyme

    C’est le bon dicteur Kiffer maire d’amnéville qui doit être content de le fermeture de cette usine.
    Pour rigoler voir ces voeux de démago pour 2008
    http://www.dailymotion.com/relevance/search/amneville/video/x3z69q_voeux-du-maire-2008_news

  • info sur la projection débat relayée.

  • Jean

    Dans mon premier exposé, j’ai sauté une étape, celle de la création de ARCELOR.
    Texte a insérer entre: Il a affaibli USINOR dont Gandrange…
    et Tout celà pourquoi?
    Arcelor a été créé par la fusion de USINOR, ARBED et l’espagnol ACERALIA (que MER n’avait pas réussi à bouffer qq années auparavent)
    Bien qu’USINOR (relevé grâce aux français)représentait environ 56% du nouveau groupe, l’Etat luxembourgeois (important actionnaire d’ARBED) a réussit à imposer que le siège du nouveau groupe ARCELOR soit installé à Luxembourg dans les murs du siège de l’ARBED.
    Il va de soit, à mon avis, qu’à partir de ce moment ARCELOR a été piloté en sous-main par l’ancienne direction de l’ARBED ceci malgré la présence apparente d’un PDG français (C. Dollé)
    La chose a été mise au grand jour, après la démission de Dollé à la suite de la fusion avec MITTAL. C’est un des anciens patrons d’ARBED qui a pris provisoirement la main… Dans l’attente d’une prise en mains de L. Mittal.
    Je n’écrirai plus sur ce sujet, c’est promis, juré, craché!

  • Anonyme

    Quand Usinor Sacilor a décidé l’arrêt le filière fonte sur Gandrange, qui a choisit le four electrique de Gandrange en 1994 ?
    Guy Dollé alors patron du site de Gandrange.
    C’est la Rolls de la technologie électrique disait-il !

  • Il semble qu’un comité d’accueil se mette en place pour la manif de demain matin : des barrières s’amoncellent devant le siège d’Arcelor, et les bancs ont été démontés sur la place des martyrs (ben oui, elle s’appelle comme ça :roll: ) en face
    barrières

    Apparemment ils n’anticipent pas de manif aussi violentes qu’en 2003, lors de la “restructuration” de Cockerill à Liège. J’avais alors assisté à des scènes d’émeutes avec saccage de vitrines et de mobilier urbain, charge de flics, canon à eau. A chaque nouvelle manif, ils avaient pris l’habitude de souder les plaques d’égout et barricader toutes les vitrines !

  • LA VISITE CE MATIN ?

    Bleuf ou pas,est ce les municipales,la baisse de popularité,quel projet et avec quel argent?

  • Bonjour Félix !
    Désolé, je n’y étais pas…. Mais il y a un très bon compte-rendu sur le “blog officiel”

  • Gandrange-Amneville ; futur lieu de villégiature , merci KIKI :-)

  • Jokoko57

    Bof ! De toutes façons Arcelor c’est plein de fayots attachés à leur sacro-sainte hiérarchie…

    Qu’ils crêvent.

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