Personne ne va pouvoir l’ignorer, aujourd’hui est la date de sortie du film “Astérix aux Jeux Olympiques”. Le film le plus cher de toute l’histoire du cinéma français. Un budget de 78 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 20 millions de “budget de promotion”. Même si les 5 milliards de la Société Générale ont brouillé le message en faisant apparaître toute somme inférieure comme ridicule, ça fait néanmoins beaucoup d’argent !
Certes les américains savent produire des navets films pour beaucoup plus cher (4 fois plus pour ce chef-d’oeuvre de “Spiderman 3”), mais en France on a une tradition de films d‘“auteur” (“chiants” selon les critères en vogue) qui ne nécessitent pas une débauche croissante de stars internationales, d’effets spéciaux hyperréalistes ou de cascades avec bus qui explosent, le tout généralement sur fond de scénario affligeant.
La mondialisation libérale est en train de passer par là. Mais si les petits films arrivent à survivre, c’est grâce aux mesures nées du concept d‘“exception culturelle Française” alors que tant d’autres cinémas nationaux n’existent plus, bouffés par la déferlante des “blockbusters” américains.
D’autres ont fait le pari de s’adapter et de tenter de rivaliser. Cet Astérix est même un cas d’école.
L’histoire commence par une escroquerie intellectuelle : chacun sait ou devrait savoir qu’Astérix est mort avec Goscinny, il y a… 30 ans déjà ! Même si le dessinateur Uderzo a tenté de poursuivre la série, le résultat fut pitoyable. Astérix sans Goscinny, ce n’est plus Astérix. Au passage mon préféré est “Obélix et Compagnie”, une très bonne illustration des dérives du capitalisme et de la “croissance”…On ne se refait pas !
Mais le filon est forcément intéressant : Astérix bénéficie en France d’une notoriété et d’un capital de sympathie exceptionnels.
Du capital de sympathie au capital tout court, des margoulins ont bien évidemment sauté le pas avec un premier film à gros budget sorti en 1999 : “Astérix et Obélix contre César” réalisé par Claude Zidi avec l’incontournable Depardieu (qui a fait tellement de films qu’il est plus connu que les personnages parfois illustres qu’il incarne ! Alors qu’à ma connaissance il n’a jamais été plus drôle que dans “Les Valseuses” !) et l’urticant Clavier. Je l’ai vu, plus tard, à la télé, et j’avais trouvé ça consternant de médiocrité. Dialogues plats, compilation de scènes reprises dans différents albums, effets spéciaux qui n’apportent pas grand chose : le seul intérêt du film était évidemment financier. C’est d’ailleurs souvent le cas des adaptations de livres à succès, qui déçoivent les lecteurs. La grande chance des producteurs, c’est qu’il y a de moins en moins de lecteurs !
Naturellement, le film a très bien marché, il ne pouvait pas en être autrement.
Quand on tient une ficelle, on tire dessus. Deux ans plus tard, c’est au tour d’Alain Chabat de s’y coller avec “Mission Cléopâtre”. Là j’avoue que non seulement je suis allé le voir avec mon fils, mais qu’en plus j’ai bien rigolé ! Même si c’était du Chabat et pas du Goscinny, on était nettement plus proche de l’esprit. Il a tout de même fallu pour cela reléguer Depardieu et Clavier au rôle de figurants, et laisser la vedette à Jamel Debouzze, qui peut être très drôle quand il veut.
Le film a pété tous les records d’entrée. 14 millions de spectateurs en France. Mais seulement en France. L’humour franco-français est difficile à exporter Les idiomatismes de Chabat ont dû avoir du mal à passer à l’étranger.
Aujourd’hui, Coco, tu vois, l’avenir c’est l’international. Si tu veux rentabiliser le truc, il faut viser Eu-ro-pé-en. Au minimum. Et pourquoi s’emmerder à essayer de faire drôle, si personne ne le comprend ? Alors tu prends des vedettes de droite éculées (Depardieu, Delon), des p’tits jeunes qui montent (Cornillac), des comiques éprouvés (Poelvoorde, Garcia, Dubosc, Debouzze) des bombes (Adriana Karembeu, Vanessa Hessler (la fille qui fait la pub d’Alice)) et surtout des stars connues dans l’Europe entière (Schumacher, Zidane, Mauresmo), qui ne feront certes qu’un apparition anecdotique, mais qu’on mettra en gros sur les affiches.
Vous mélangez le tout avec un scénario calibré et châtré de toute aspérité, et vous obtenez : un navet sur un gros tas de pognon !
Je suis fasciné par ce genre de phénomène : quels que soient les défauts du film (et à en croire les critiques, ils sont infiniment plus nombreux que ses qualités) il va for-cé-ment marcher, c’est o-bli-ga-toire, et aussi sûr que 2 et 2 font 4. On va se faire inonder d’émissions télévisées dans lesquelles les comédiens vont raconter le plaisir qu’ils ont eu à tourner le film, et narrer aux Arthur, Fogiel, Denisot, Cauet et autres hauts parleurs cathodiques, des anecdotes dont on leur aura préalablement établi une liste exhaustive et calibrée. Des affiches ont déjà été placardées dans la France Entière depuis plus d’un mois. La bande annonce tourne en boucle dans tous les cinémas.
A partir d’aujourd’hui, des hordes entières de djeun’s, et de familles avec enfant chauffées à blanc par toute cette pub vont déferler dans tous les cinémas de France, d’Europe et de Navarre. On ne comptera plus les embouteillages et les séances complètes. Puisque c’est le but. Les médias vont s’extasier du succès et l’amplifier. Toutes les conversations de machines à café vont tourner autour du sujet. Et même s’il n’y a pas grand chose à raconter, il s’en trouvera toujours un pour sortir une considération hautement culturelle du style “putain la nana d’Alice, quelle bonnasse !”.
Aller voir ce film va s’imposer comme un devoir aussi naturel et obligatoire qu’une envie de pisser. Et la pauvre andouille qui a décidé de ne pas se comporter en con-sommateur bêlant, et de résister à l’invasion de son cerveau par les parasites émollients du libéralisme, va passer pour le dernier des ploucs. Déphasé. Extraterrestre.
“Comment, tu ne l’as pas encore vu ?”
Ben non. Et je n’irai pas, na ! A la place, je me repasserai “Les temps modernes”, ou “Casablanca”…










En première de couverture sur Le Parisien d’aujourd’hui:
http://www.leparisien.fr/home/loisirs/articles.htm?articleid=296014745
Ca casse un peu l’ambiance
Hi hi
S’ils pouvaient exercer le même sens critique dans d’autres domaines
Je vais (encore) passer pour le dernier des ploucs pour au moins trois raisons: la première c’est que je n’habite pas en France, la seconde, c’est que je n’ai pas la télé. Quand au film dont tu parles, j’ignorais jusqu’à son existence…
Quelque chose me dit que je ne suis pas le seul…
Dis mon SuperNo, faut signer où pour adhérer au club des ploucs ? Tu veux bien m’accepter ?
Por info, une interview de Thomas Langmann, réalisateur et producteur de ce film, dans Le Parisien d’aujourd’hui :
“Q. Ce sont donc des critères liés à l’exportation qui ont dicté le casting ?
- Ou on s’adressait à 60 millions de personnes en France, ou à 300 millions de spectateurs potentiels en Europe. J’ai choisi la deuxième option, car j’avais à la fois la casquette de producteur et de réalisateur. […]
Q. Le jeune public, c’est votre cible exclusive ?
- Ce film s’adresse d’abord aux enfants? C’est la raison pour laquelle on a aussi développé des jouets, des produits dérivés. Et j’assume ça totalement. Quand les américains font du Disney, du “Harry potter”, du “Spider-man”, on trouve ça super. En France on a tendance à avoir honte du merchandising. C’est ridicule.”
CQFD.
Le cinéma était une industrie de prototypes (voire un art).
C’est devenu une simple bande annonce pour produits dérivés.
Comme TF1 du simple temps de cerveau disponible!
Au moins avec certains américains (PIXAR notamment), ils travaillent assez les scenarios des films pour enfants pour qu’on y trouve plusieurs niveaux d’humours et de référence. Pour les plus jeunes ET pour les adultes. Ben, en France … pas encore !
J’ai vu la bande annonce d‘“Asterix aux Jeux Olympiques” et je trouve les effets spéciaux bons et plus conformes à l’esprit de la BD que dans les précédents (surtout l’immonde premier film de la série). Mais je n’irai sans doute pas voir ce film-là.
Pour moi, ce sera plutôt “Un jour sans fin” ou “L’âme des guerriers”.
Arf!
Zgur
””“Personne ne va pouvoir l’ignorer, aujourd’hui est la date de sortie du film “Astérix aux Jeux Olympiques””“”
FAUX !!!!
Nous sommes demain (il est 02:14), et jignorais qu’aujourd’hui (en fait hier) était la date de sortie d’Asterix. Je l’apprends en lisant ton blog.
Le pire c’est qu’une nouvelle aussi inattendue me remplit de joie. C’est vrai, ça m’a fait sourrir comme un con devant mon écran d’avoir réussi à éviter de me faire trop polluer l’esprit avec ces conneries.
Je suis un plouc, un déphasé, un extraterrestre. Ca c’est cool !!
C’est dingue, ça ! Qui a détourné les 20 millions d’euros de pub si personne n’est au courant de rien
Je vais finir par croire que les visiteurs de ce blog sont d’irréductibles gaulois qui résistent à l’envahisseur
!
En fan indécrottable de jacques Tati et d’Aki Kaurismäki, comment aurais-je pu décliner, hier soir, l’invitation à l’avant-première au Lux ? Donc oui, j’y suis allé, accompagné d’une brochette de gens de l’industrie cinématographique du crû. On était tous heureux à l’idée de se taper un bon nanard, et on était tous armés d’un bon stock de premier degré. Première bonne surprise, le sponsor principal, RTL (télévision dont le bon goût n’est plus à démontrer), distribuait un grand sac de pop-corn GRATUIT à chaque spectateur. Ambiance garantie grâce à cette mastication collective, en corrélation directe avec l’image que je me fais d’une projection de cet accabit.
Allez j’me lance. Il faudra -disons- 3 plans pour se faire une idée assez précise de ce que l’on va avoir à endurer : Stéphane Rousseau surjoue les jeunes amoureux, se fait immédiatement assassiner par un montage à la spatule (il faudra qu’un jour on m’explique pourquoi, en France, c’est aux secrétaires intérimaires que l’on demande d’assurer le montage des plus grosses prods) avant que ne déboule un immense plan séquence censé dévoiler une splendide cité romaine. Je ne sais pas combien ont palpé les mecs identifiés au générique comme étant en charge des effets spéciaux -Les Versaillais- mais franchement, c’est grotesque. Des textures dignes d’un jeu vidéo des 80’s, des animaux au naturel digne d’un musée de la taxidermie… on y est. Sans blaguer, les élèves du BTS animation des Arts et métiers au Lux font mieux. Bref. Rentrons dans le coeur de l’action.
Que ces qui ont adoré Les visiteurs 2 se tiennent prêt, parce que le record est battu ! Une interprétation pitoyable (Ok Poelvoorde s’en sort moins mal, Cornillac aussi…) pour le reste on a : Un Depardieu plus gagatisant que jamais, un Delon insupportable dans le rôle du mecquisemoquedesapropreimagegenretomjonesmaissanslasincerité, une galerie de potiches aux arguments uniquement pectoraux, un gros mec probablement recruté dans l’élite de l’école de Théâtre Michel Galabru (sisi, elle existe vraiment)… c’est bien simple, dans ce sinistre tableau, le seul moment distrayant est l’apparition (furtive) de Sim dont on se demandait précisément, avec un ami, s’il était encore en vie.
A leur décharge, ils ne sont franchement pas aidé par un scénario qui tiendrait dans la moitié d’un carambar. Avec un tel budget, ils n’aurait pas pu filer 200 balles à un stagiaire ?
Que celui qui, ici, me reprocherait de snober la culture populaire (ouais c’est vrai, je considère que les bronzés c’est au même titre de la maxi merde) aille voir ce film. Dans l’atmosphère ambiante, j’étais plus que disposé à jouer la carte de l’objectivité. Mais cette bonne résolution a volé en éclat en l’espace d’un baillement, dès le générique de début et ses titrages kitchissimes.
C’est une grosse merde, une grosse grosse merde, et franchement j’ai du mal à voir comment ces acteurs (il y en a quand même un ou deux dans le tas que je respectais un minimum) osent en assurer la promo.
Maintenant, dans une France qui vote et pense Sarko, il n’est pas dit que cela ne marchera pas. Un relent de mauvais esprit me fait pourtant penser que ça devrait très, très, très rapidement sortir en DVD, histoire de combler le déficit d’exploitation en salles.
Je ne regrette en tout cas pas cette aventure. Cela a servi de base à une pharaonique ( et passablement arrosée) séance de débriefing entre potes, dans l’un de ces si délicats restos de cette si coquette galerie commerciale de ce si sympathique haut-lieu de la culture qu’est l’Utopolis. Une soirée ton sur ton en somme
Ah j’allais oublier. Il faudra un jour penser à parler, sur le même sujet, de l’Euro pudding. Ce système très avancé qui permet à des films de toucher plein de sub de plein de pays en mamaillant une grosse tambouille (je recrute le chef op en Espagne, je tourne trois scènes en belgique, je choisis des acteurs Français…).
Le navet sus-évoqué pue à plein nez l’Euro Pudding.
@Frenchfrog
Ah, ben voilà, on en a une critique, du film
Tu as un mail où je peux te contacter ? Si oui, appuie sur le bouton “me contacter !”
@ frenchfrog
Oui, Europudding, c’est bien le mot qui convient.
Comme le pudding, c’est du vomi compacté.
Ici (dans le monde du cinéma), il est composé de morceaux de contraintes de co-production de toutes provenances européeennes (cf l’itw de Th. Langmann), concentrées en quelques dizaine de minutes de film. Toujours ecoeurant, parfois pire.
A part ça, les effets spéciaux me semblaient, pour le peu que j’en ai vu, de meilleure facture que ce que tu nous décrit. Je verrai ça dans un an quand on me ptretera le DVD.
Arf!
Zgur
@Zgur “A part ça, les effets spéciaux me semblaient, pour le peu que j’en ai vu, de meilleure facture que ce que tu nous décrit. Je verrai ça dans un an quand on me ptretera le DVD.”
Il y en a effectivement qui tiennent la route (ce qui est un moindre mal à ce tarif). Comme de prodigieux travellings qui partent d’un plan très large pour arriver à un plan serré, le tout mêlant image de synthèse et image réelle. Mais disons que l’ensemble des effets spéciaux est scandaleusement inégal en qualité. CQFD.