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Sep42007
23:01 (Vu 261 fois)

Amont et aval

Je parle à longueur de temps de Sarkozy, de libéralisme, de politique antisociale. Pour certains, ce sont des grands mots, vides de sens. Je râle pour râler. Bon d’accord, c’est pas toujours complètement faux.
Selon certains avis compétents, il paraitrait même que je ne serais qu’une “pleureuse du web” ou un “révolutionnaire de parade”.Sauf que… L’eau coule toujours de l’amont vers l’aval. Et il y a de même toujours une corrélation certaine entre la cause en amont (Sarkozy, le libéralisme) et les conséquences en aval sur la vie quotidienne. Même si le lien met beaucoup de temps à apparaître au grand jour. Entre un sommet européen qui décide de “libéraliser” le secteur de l’énergie et la privatisation de GDF, il s’est écoulé quelques années. Il en sera de même pour la suppression d’un bureau de poste rural. Rares seront ceux qui feront le lien avec ce qui aura été décidé il y a quelques années par des gens importants, lointains, qui emploient un vocabulaire abscons. Parfois, c’est pourtant plus rapide.

J’habite un petit village, à la périphérie de Metz. Ce village suscite depuis quelques années un engouement surprenant, qui a pour conséquence de faire monter de manière déraisonnable les prix de l’immobilier, en même temps qu’il fait pousser comme des champignons de nouveaux lotissements et qu’il amène un peu de jeunesse dans cet endroit encore marqué de poussière de sacristie…

Hier matin, ma fille est rentrée à l’école maternelle, (publique, ça va sans dire) en “grande section”. Je me souviens qu’il y a 2 ans, sa première rentrée avait été agitée. A la surprise générale en effet, une des trois classes de maternelle avait été supprimée. Aussitôt, la colère s’était mise à gronder, et des manifs avaient été organisées. La photo qui illustre cet article est parue à l’époque dans Le Républicain Lorrain. On y distingue une manif atypique : pas de vieux mégaphones estampillés CGT ou LCR, des slogans percutants (“luttons pour nos lutins !”) , et surtout les participants détonnent quelque peu : personne de chez SUD Rail ni du SNES FSU! Au contraire j’y vois un voisin, sarkozyste notoire, et même SuperNonotte, dont ce doit être la première manif de sa vie! Il est assez marrant de voir des gens qui sont parmi les premiers à conchier les grévistes et ces feignasses de fonctionnaires syndiqués, venir défendre la fonction publique quand leurs intérêts sont directement concernés! C’est en même temps un peu rassurant, car il suffirait que quelques connexions neuronales s’opèrent pour qu’ils voient justement le lien entre l’amont et l’aval, y compris dans d’autres domaines ! Sauf que la télé-qui-rend-con et la presse-qui-ment ont justement pour but d’empêcher ces connexions…

Ô miracle, après cette terrible démonstration de force, la troisième classe a aussitôt été rétablie. Pour un an. Car l’année dernière, rebelote. Il manquait 2 ou 3 élèves pour faire le compte. Les lotissements en construction n’ont ému personne, et le poste a été supprimé. 30 élèves en classe de maternelle…

Bon, cette année c’était sûr. Avec des élèves en plus et les lotissements qui continuent à pousser, la troisième classe allait revenir.
Sauf que non, toujours 2 classes. Dans celle de ma fille, ils sont 34. Comment un instit peut-il s’occuper de 34 monstres surexcités sans faire 3 dépressions dans l’année ? Je l’ignore.
Le maire était là, visiblement préoccupé. Les choses vont peut-être bouger. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant des suites de cette palpitante affaire.

Mais je ne peux pas m’empêcher de rapprocher cette minuscule anecdote des récentes déclamations incantatoires et dogmatiques (et parfois même cacophoniques !) des Sarkozy, Lagarde, Darcos, Fillon. Incantations qui font suite à beaucoup d’autres, qu’elles aient été prononcées par Juppé, Allègre ou d’autres. Supprimer des fonctionnaires. On croirait que c’est leur but ultime.

Sauf que cela implique la privatisation à terme de l’Education Nationale, et son remplacement par des officines privées. Tout comme la décrépitude entretenue de la sécurité sociale prépare le terrain aux assureurs privés.

En France il s’agit pour l’instant essentiellement d’écoles catholiques. Un autre de mes voisins, qui est délégué de parents d’élèves dans une de ces écoles de moinillons, me dit qu’ils sont tous les ans davantage submergés par les demandes d’inscription, qu’ils refusent faute de place. Misère. Mais ce n’est pas fini : à ce rythme vont apparaître de plus en plus des écoles privées à but strictement lucratif, montées par de dynamiques entrepreneurs qui vont prospérer sur les ruines de l’Education Nationale, ruines dont devront se contenter les pauvres. Je n’ai aucune intention de voir ma fille fréquenter une quelconque “Institution Saint Nicolas de la Providence de l’Enfant Jésus”, pas davantage qu’une “Unilever Business Executive Primary School”.

Je crains donc hélas qu’il faille pour cela encore longtemps râler, pleurer, dénoncer, se battre… et expliquer les notions d’aval et d’amont !

4 comments to Amont et aval

  • Cédric

    “Il est assez marrant de voir des gens qui sont parmi les premiers à conchier les grévistes et ces feignasses de fonctionnaires syndiqués”

    Des gauchistes syndiqués, avec l’esprit négatif qu’on leur connait, auraient écrit sur la banderolle “NON à la suppression de la 3ème classe pour nos enfants”, ce qui n’a rien à voir avec “OUI au maintien de la 3ème classe pour nos enfants.”

    Ca n’a rien à voir, voyons.

  • J’ai vécu aussi ce genre de manif étonnante, avec cependant quelques spectateurs murmurant (très fort) “vous les voyez ces gens utiliser leurs gosses” ….
    je passe…bon ben on a pas eu gain de cause
    Ce qui est drôle c’est que durant les débats avec les autorités compétentes, on nous a toujours dit que hors des grandes villes, il y a moins d’élèves par classe … on nous aurait menti :-) )
    Sinon, le coup des connections neuronales, c’est ce que j’ai compris de la Dissociétés de J.Généreux : on n’a pas de problèmes d’idées nouvellles, mais un problèmes pour faire comprendre aux gens les conséquences de certains décisions, de certains choix.
    Et ce qui m’avait le plus frappé lors de nos revendications malheureuses, c’est le peu de coordinations, d’échanges entre des personnes vivant les mêmes problèmes sur un territoire (fermeture d’écoles ou de classes), la difficulté à avoir des informations fiables (nb d’élèves, de classes, seuils de décisions, qui décide quoi …)

  • ah Erasme, les joies du moutonnage dans l’action, pendant du conformisme de pensée avec sa dose d’individualisme forcenée. Je me suviens être intervenu en sous marin dans une école alors que ma progéniture n’était pas directement concernée cette année-là. Une élue baptisée depuis “la pintade” a bien écouté les arguments que ‘ai relayé, sans rien faire, une autre élue est intervenue et a débloqué la situation. Mais apparement au détriment d’une autre classe qui peut-être ne méritait pas cette “punition”… C’est vrai la concertation n’existe pas entre parents, déjà que leurs fédés se bouffent le nez… mais au fait, c’est pas justement le boulot des commissions paritaires ?

  • Re,

    Un document assez bien foutu, qui illustre, je crois, les notions de décisions prises en AMONT, ayant des impacts directs en AVAL :

    http://kartezi1.free.fr/Textes/01-05Brochuresstraite.pdf

    Un truc qui date de 2005, minimum.
    Pondu par ATTAC, à l’époque.

    Si ça peut faire avancer le Schmilblik…

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