Les assises lorraines du développement durable à Metz

J’ai eu la chance de pouvoir assister ce jeudi aux “assises lorraines du développement durable” qui se sont tenues à l’Université Paul Verlaine de Metz, la fac présidée par Richard Lioger (qui est par ailleurs candidat à l’investiture socialiste pour les municipales de l’an prochain à Metz)

Cette manifestation était organisée par l’association “et si les lorrains”, qui m’était il faut bien le dire totalement inconnue jusqu’ici. Apparemment de création récente, elle édite un blog qui en est à ses balbutiements. Mais si sa fréquentation est proportionnelle à l’affluence d’hier, il va vite décoller !

Une petite recherche, et on retrouve sa présidente, Marie-Claude Malhomme, élue au conseil municipal de Metz en 1995 sur la liste de… Denis Jacquat, notable conservateur bien connu, et accessoirement mon député. Etrange, non ? Marie-Claude Malhomme a parait-il été surnommée “Madame Vélo”. Elle ne s’est pas représentée en 2002. Il faut dire que le vélo à Metz, c’est vraiment le mal aimé. Un exemple édifiant issu du blog du P”S” Jean-Marie Rausch est-il monté sur un vélo dans les 50 dernières années ?

Mais revenons aux assises. L’organisation a été de mon point de vue irréprochable, malgré l’ampleur inattendue de la manifestation. Je n’imaginais absolument pas en m’inscrivant qu’il puisse y avoir plus de quelques dizaines de personnes capables de consacrer une journée en semaine (avec les problèmes de boulot que cela implique) à un sujet certes à la mode, mais dont je doutais qu’il fût apte à déplacer les foules. Et pourtant… Il faut croire que les lorrains se sentent concernés par leur environnement, ce qui est plutôt une bonne chose ! Sauf que les lorrains ne sont qu’une partie du monde, et qu’en matière d’environnement, c’est au niveau mondial qu’il faut agir !

Si j’ai bien compté, il y avait plus de 200 personnes dans l’amphi (ça faisait près de 20 ans que je n’avais pas remis les pieds dans ce genre d’endroit !). Et encore, l’association a dû refuser du monde, sans quoi ledit amphi eût été trop petit, et le repas “bio” du midi impossible à servir à tant de personnes. Les étudiants de l’association Ramage ont guidé les visiteurs, et posé quelques questions “candides” aux intervenants.

Je ne pense pas qu’il y ait eu beaucoup de personnes venues comme moi en simple curieux. La salle étant remplie d’élus, de profs, d’étudiants, et de personnes travaillant dans des domaines ou des organismes liés au sujet du jour.

La journée a été animée de manière impeccable et très professionnelle par Jean Pierre Jager. Rien d’étonnant à cela, puisqu’il a été responsable de la communication à la ville de Metz, puis de la Foire Internationale de Metz. Journaliste au Républicain Lorrain pendant de longues années, il a en 2005 lancé un hebdomadaire “La Semaine”, dans lequel je suppose on pourra jeudi prochain lire un compte rendu de ces assises.

Par ailleurs un questionnaire a été distribué à l’ensemble de l’assistance, demandant de trouver 2 idées pour faire avancer le développement durable en Lorraine. L’association “Et si les lorrains” retirera les 10 idées les plus significatives, et se chargera de les diffuser abondamment.

La séance a commencé vers 9h30. Ayant pris un jour de congé, j’ai donc pu dormir une heure de plus, emmener ma fille à l’école… Des luxes que je ne connais plus depuis des années… Et si j’ai pris ma bagnole pour faire les quelques km qui me séparent de la fac, c’est bien parce que la pluie battante m’a dissuadé d’y aller en vélo, comme l’organisation y encourageait pourtant… Et si je n’y suis pas non plus allé en bus, c’est tout simplement que chez moi il n’y a pas de bus ! Tiens, quand on cherche des pistes de développement durable…

C’est donc Richard Lioger qui a ouvert les débats. Je mets sa photo, autant le connaître, s’il devait être le prochain maire de Metz. C’est pas gagné, mais ça changerait agréablement de l’actuel…

Mes fidèles lecteurs savent quelle est ma méfiance à l’évocation du terme “développement durable”. Ce n’est trop souvent que le faux nez pour dissimuler des mesurettes médiatiques qui donnent bonne conscience, et qui ne remettent surtout rien de fondamental en cause, permettant ainsi à ceux qui profitent à plein du système libéral de continuer à le faire en toute impunité. L’une des raisons de mon inscription à cet événement était justement de voir si mes craintes sont ou non fondées.

Une fois les présentations faites, le film “défi pour la terre”, de la fondation Nicolas Hulot (dont c’est également le nom de l’association, a été projeté. Un bon résumé, bien fait et réaliste, pas excessivement alarmiste, de la triste situation dans laquelle notre mode de vie totalement inconscient a mis notre planète.

Puis la parole a été donnée à Jean-Marie Pelt.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Jean Marie Pelt est une icône vivante de l’écologie. Un sage, un saint homme, quasiment canonisé de son vivant. Doté de valeurs religieuses que je ne partage évidemment pas (les religions ont, jusqu’ici du moins, fait plus de mal à l’humanité que le réchauffement climatique!), il pense que l’écologie, (pardon, le “développement durable”) est avant tout une question de valeurs. Pas de valeurs financières, bien sûr. Mais de valeurs humaines, au premier rang desquelles il place la solidarité. Grand moment, lorsqu’il s’est mis à énumérer les autres “valeurs” à la mode aujourd’hui, ces mots rabachés en tout lieu jusqu’à ce que l’on se les enfonce bien dans le cerveau : “croissance”, “réforme”, “création de richesse”, “compétition”, “performance”, “excellence”. Je précise que c’est bien Jean-Marie Pelt et pas moi qui parle ! Et ce mec est de droite ! Si tous les mecs de droite parlaient comme lui, p’têt ben que je voterais à droite un jour, moi… Allez, on se pince, et on revient dans la triste réalité.

Ecologiste avant l’heure, Jean-Marie Pelt connaît les problèmes d’environnement sur le bout des doigts depuis des dizaines d’années. Il faisait partie de 2 commissions du “Grenelle de l’environnement” qui viennent de remettre leur rapport. Il n’est pas de ces angélistes ou des optimistes qui pensent que tout ça n’est pas très grave, mais qu’en coupant l’eau quand on se lave les dents, en mettant partout des ampoules basse consommation, et en roulant avec des voitures hybrides, on va sauver le monde et les entreprises faire plus de pognon que jamais.

Il sait au contraire que c’est le libéralisme économique qui a causé la majeure partie des problèmes, et notamment le réchauffement climatique. Il sait que ce réchauffement est très grave, et que le modèle économique actuel, sinon l’humanité tout entière, risquent d’en crever. Il sait aussi que malgré la prise de conscience qui démarre depuis quelques années, l’opinion publique et les politiciens sont encore très loin d’avoir saisi l’ampleur du problème. Il rappelle que l’hiver dernier fut le moins froid depuis … 1000 ans ! Et fait savoir qu’aux réfugiés économiques d’aujourd’hui (ceux-là même que les milices de Sarkozy et de ses sinistres sbires traquent sans relâche au point de les faire se jeter par les fenêtres !) vont progressivement s’ajouter des millions de “réfugiés climatiques” ?
Que sera la vie d’un petit enfant messin d’aujourd’hui dans 70 ans, quand il aura l’âge de Jean-Marie Pelt ? C’est la question qu’il pose à chacune de ses interventions. Bien malin qui connaît la réponse…

Puis on a enchaîné sur la première table ronde, qui devait répondre aux questions suivantes : “et si demain il n’y avait plus d’eau dans la Moselle ? Plus de neige sur les Vosges ? Plus de mirabelles en Lorraine ?”

Monsieur Rossignol, de Méteo-France, nous a confirmé les informations alarmistes que nous connaissons déjà. La Lorraine, comme le reste du monde, se réchauffe. Les prospectives pour 2100 donnent entre 2 et 6 degrés de plus. 2 degrés seraient peut-être gérables, 6 seraient une catastrophe. Un degré de plus, c’est une descente de 200km dans le sud !

Et si Metz avait la même température moyenne que Nice ? Il faut certes se pincer pour réfléchir et penser que ce n’est peut-être pas si attrayant qu’on pourrait le croire de prime abord. Car la hausse des températures moyennes s’accompagne de phénomènes dangereux: la hausse des précipitations l’hiver, susceptible de provoquer tempêtes et inondations; et une forte hausse de la chaleur estivale avec son cortège de sécheresses et de canicules. Comme je l’ai déjà entendu par ailleurs, la canicule de 2003 et ses 15000 morts pourraient d’ici devenir des phénomènes réguliers…
Monsieur Maire, de l’agence de l’eau, confirme quant à lui que la ressource en eau va nous seulement devenir plus rare (même si en Lorraine il y a de la marge), mais aussi de moins bonne qualité… Plus édifiant, et bien révélateur des problèmes qui freinent la mise en oeuvre de solutions simple : la récupération de l’eau de pluie dans les habitations là où sa potabilité n’est pas nécessaire (les toilettes sont le meilleur exemple !) diminue le volume d’eau facturé par les exploitants, qui sont pour la plupart des multinationales âpres au gain, et qui ont été omniprésentes dans les scandales de corruption du monde politique… Il a été dit que la solution passe par l’augmentation du prix du m3. Ne pourrait-on pas en plus rendre la gestion de l’eau au domaine public ?

C’est alors qu’entre en scène un sacré personnage : Jean-Marie Rémy, président du groupe Rémy Loisirs, qui exploite des remontées mécaniques et de l’immobilier. Dans les stations vosgiennes, mais également dans des stations alpines (Crest Voland, Praz sur Arly, Notre Dame de Bellecombe, Saint François Longchamp, et Orcières Merlette). Et c’est le malentendu : alors que tout le monde est en théorie là pour contribuer au “développement durable”, monsieur Rémy nous explique avec sa verve vosgienne comment il pense pouvoir résister au réchauffement climatique qui frappe et frappera de plus en plus les stations de moyenne montagne. Le hic, c’est que ses solutions sont tout sauf écologiques, puisque la principale est le canon à neige… Pompeur d’eau, et dévoreur d’énergie ! D’autant que les améliorations en cours pour pouvoir fabriquer de la neige même par température positive, consistent si j’ai bien compris à ajouter un espèce de frigo géant ! Une fuite en avant, très économe en énergie, tout ça… Autre technique : ramener de la neige… en camion depuis les stations du sud ! 15000 m3 cet hiver ! Il faut dire que la neige artificielle revient à 10 euros le m3… Ira-t-il jusqu’à implanter une centrale nucléaire sur le col de la Schlucht, afin de pouvoir faire fonctionner ses installations et prospérer sa société ?
Mais n’attaquez pas monsieur Rémy là-dessus, car il vous sort l’argument imparable : sans lui, que deviendraient tous les vosgiens qui vivent de la neige ? Ah oui, dans les Vosges il y avait naguère des filatures, de l’industrie du bois. La plupart ont fermé, remplacées par d’autres, en Europe de l’Est ou en Chine… Jean Marie Pelt a raison, dès que la croissance est le but ultime, on fait n’importe quoi! Et comme notre cerveau est totalement sclérosé par cette idéologie, on ne peut même pas penser autrement.

Pour clore la matinée, monsieur Pallez, des pépinières du même nom, nous parle de la maladie qui décime les thuyas que les lorrains ont planté en masse pour se protéger des regards de leurs voisins. La cause ? Un insecte parasite qui étant auparavant cantonné au sud ouest de la France…

Puis vient la pause de midi, très attendue car la matière était dense. Une petite coupure intermédiaire n’aurait sûrement pas fait de mal.

Contrairement à d’autres qui ont dû pour cause de surnombre se contenter du resto U “ordinaire”, j’ai eu la chance de faire partie des heureux élus titulaires de la “pastille rouge” donnant le droit au repas “bio” offert par l’organisation et ses sponsors (marchands de chaudières économes, par exemple). J’aurais préféré payer ce repas de ma poche, plutôt que de le faire supporter aux futurs clients de ces sociétés, mais bon… Délicieux, le repas, au passage…
Hasard de la distribution des tables, j’ai eu la chance de me trouver face à une charmante dame qui travaille pour une station d’épuration, et qui m’a appris qu’une nouvelle catastrophe nous menace. L’eau que nous buvons (qu’elle soit issue du robinet ou vendue à prix d’or dans des bouteilles en plastique qui font la fortune des actionnaires des multinationales de l’agroalimentaire) est infestée de substances toxiques diverses et variées, qu’on ne sait pas éliminer, et qui provoquent de plus en plus de cancers et de stérilités masculine, au point de menacer la survie de l’espèce humaine. Vous aimiez les pesticides ? Vous adorerez les substances androgènes !

Enchaînement sur la deuxième table ronde : “et si le développement durable était un atout pour le secteur de la construction en Lorraine ?
On ne peut qu’être d’accord avec ça. C’est une évidence : les nouvelles normes de construction, la remise aux normes des logements anciens, les nouveaux mode de chauffages plus économes, sont autant de travail en plus pour ces entreprises.
Le sujet a été introduit par Sylvie Cotelle, qui est responsable du master “génie de l’environnement” dans la fac qui nous accueillait. Au passage, ils en ont de la chance, les étudiants !

C’est ensuite Agnès Salmon, directrice d’une société de BTP, et présidente de la fédération du BTP de Moselle qui est intervenue pour confirmer la chance qui s’offrait à ces sociétés. En bonne dirigeante, elle a prononcé au moins 10 fois en 2 minutes le mot “challenge”… Faire passer la consommation énergétique d’une habitation de 105 watts-heure par mètre carré et par an à 50 en 2020 est un de ces “challenges”.

Monsieur Lingenheld, autre dirigeant d’une société lorraine de BTP a notamment parlé de la réutilisation de matériaux recyclés et de la réticence de ces clients à les utiliser. Il a aussi pesté contre la multiplication des normes et des réglementations “débiles”, comme celle qui consiste à considérer que la terre déblayée d’un chantier est un déchet et doit être traitée comme telle, avec les contraintes que cela entraîne. Mais il a surtout fait rire (jaune) en racontant que le matin dans sa voiture, il éntendait un résumé des pistes fournies par les commissions du “Grenelle de l’environnement”, et notamment le haro sur les 4x4. Alors que son 4x4 à lui ne “consomme que 10 litres aux 100”. Il n’a pas compris le brouhaha qui a suivi ! Bon, il faut relativiser. Contrairement à 99% des propriétaires de ces engins qui ne les possèdent que pour des raisons de mode ou pour asseoir leur niveau social, Monsieur Lingenheld a peut-être besoin de son 4x4 pour aller sur les chantiers boueux…
Enfin deux personnes d’un office HLM vosgien sont venues expliquer comment ils construisaient de plus en plus de bâtiments “basse énergie”, notamment en utilisant le bois (qui, contrairement à la neige, est toujours abondant !), reprenant l’intervention d’un spectateur lui même artisan du bâtiment selon lequel les solutions techniques existent déjà et qu’il n’y a qu’à les utiliser…

Une petite pause, et c’est la troisième table ronde : “et si le développement durable était une opportunité en matière d’éducation et de formation ?”.
Monsieur Ardouin, inspecteur à l’école primaire, nous apprend que l’école sensibilise les enfants en bas âge au respect de l’environnement. C’est la moindre des choses, mais je suis content de l’apprendre  ! Puis, un prof d’histoire-géo et un autre de SVT confirment que cette sensibilité est également développée dans le secondaire. Une parenthèse : le prof de SVT est l’auteur d’une boulette bien révélatrice. Je ne rapporte pas ses propos mot à mot, mais l’esprit y est. “On essaie d’inculquer aux élèves un sens critique” (on ne peut qu’applaudir à 2 mains). “A leur âge, les jeunes sont prêts à se révolter contre tout et n’importe quoi” (encore heureux ! S’ils ne le font pas à leur âge, ils risquent fort de rejoindre les rangs funestes des sarkozystes bêlants dès l’âge de 20 ans !). “Alors on les canalise… Par exemple sur les OGM, ils seraient prêts à tout faucher… Mais on leur explique que les OGM servent aussi à soigner les diabétiques, alors ça les calme“… Grosse bronca en haut de l’amphi (il devait y avoir un noyau de gauchistes !). Comment peut-on être prof et raconter des salades pareilles ? C’est ahurissant ! Pour ceux qui l’ignoreraient, il n’y a strictement rien de commun entre la production d’insuline par des bactéries génétiquement modifiées, et la production de maïs OGM en plein champ !
Dans le premier cas, ce sont les bactéries auxquelles on a transformé un gêne pour leur faire produire de l’insuline. L’opération se fait dans des cuves, en laboratoire. Et ce ne sont pas les bactéries qui sont utilisées, mais l’insuline qu’elles produisent, qui elle n’a rien d’OGM. José Bové et ses partisans n’ont évidemment rien contre ce type d’OGM. Alors que dans le second cas, ce maïs est planté dans les champs, contaminant les champs d’à côté… Et c’est bien ce maïs plein de désherbant (puisqu’il y résiste on l’asperge abondamment, d’autant que c’est la même firme, Monsanto, qui produit les semences et le désherbant) ou alors produisant son propre pesticide dont il est imprégné en fortes quantités, qui est consommé par les animaux que nous mangeons, voire que nous mangeons directement sans le savoir. Malgré les études inquiétantes à ce sujet, les OGM sont en train de se répandre partout dans le monde, l’Europe étant (provisoirement ?) le continent qui résiste le plus.
L’amalgame entre ces 2 phénomènes est bien évidemment savamment entretenu par la propagande à gros budget des multinationales des OGM. Il est triste que même des profs en soient victimes.
A ce prof, et à tous ceux qui ne connaissent pas suffisamment le sujet, je ne peux que conseiller le visonnage de la désormais fameuse conférence de Christian Vélot, que l’on trouve sur internet en deux parties : et … Fin de la parenthèse…
Les derniers intervenants, Lionel Léglize, responsable du Master Sciences et technologie à la fac de Metz, Serge Muller, du laboratoire LIEBE (de la même fac), ainsi que Sadrack Makon Makon, le brillant et volubile directeur des études pour le CNAM Lorraine, ont confirmé qu’au niveau supérieur également, des formations se mettaient rapidement en place, tant en formation initiale qu’en formation continue, afin de fournir des spécialistes pointus dans les nouvelles disciplines générées par le “développement durable”, comme l’installation et l’entretien des éoliennes, pour ne citer qu’un exemple.

La journée s’est terminée par l’intervention de Yannick Monget, jeune lorrain, écrivain, co-auteur avec Jean-Marie Pelt du livre “Demain la terre”. Il a également fondé l’Ankaa Group.

Yannick Monget a insisté sur la nécessité de prendre conscience de la gravité de la situation, sans la dramatiser excessivement. Il semble faire confiance à l’intelligence et au bon sens de l’être humain pour arrêter à temps ses bêtises avant qu’il ne soit trop tard.

Je rebondis là-dessus, car c’est justement le “maillon faible” du problème. D’un côté il y a une situation d’une extrême gravité, qui imposerait de prendre des mesures drastiques (rien moins que repenser totalement notre manière de vivre), et de l’autre des multinationales qui préfèrent voir dans cette crise le moyen de gagner encore plus de pognon ! Le meilleur exemple de cette dichotomie est la folie des bio-carburants (dont il n’a pas été question dans ces assises), que certains appellent déjà les “nécro-carburants”. Un excellent article sur le sujet , qui illustre le cynisme et la voracité des compagnies pétrolières, largement responsables de la situation actuelle, et qui voudraient en quelque sorte guérir le mal par le mal, et poursuivre contre toute évidence leur folle “croissance”.

Car poursuivre la “croissance” alors que le monde va devoir faire face à la pénurie de pétrole est impossible, sauf à reprendre à plein l’exploitation du charbon, seule énergie fossile encore abondante sur la terre. Ce serait une solution létale; qui pourrait conduire à ce que Hubert Reeves appelle “l’effet Vénus” : l’emballement du réchauffement, dont Jean-Marie Pelt a dit le matin que des scientifiques très sérieux l’évoquaient entre eux, en “off”.

Développement durable ou décroissance soutenable ? Pour moi, et ce que j’ai vu m’a conforté dans cette idée, “développement durable” est un oxymore. Un cache sexe pour dissimuler ce qu’on refuse de voir. Mais “décroissance” est toujours un mot tabou. Impensable dans le système libéral du toujours plus! Pourtant, quand on prend son vélo au lieu de sa voiture, on fait de la décroissance sans le savoir, eh oui ! Toujours ça en effet que le garagiste ou le pompiste n’auront pas ! Et c’est forcément mauvais pour la croissance ! Car il y a 3 marchands de bagnoles et 6 marchands de pétrole parmi les 10 plus grosses compagnies mondiales… Mais pas un seul marchand de vélos !

Les multinationales qui dirigent le monde sont génétiquement programmées pour générer toujours plus de bénéfices. Certaines d’entre elles, comme on l’a vu, bénéficieront du “développement durable”, et tant mieux pour elles. Pour les autres, il ne faut pas se voiler la face, l’écologie est un pépin majeur, un frein à leur “croissance” qui va remettre en cause leur existence et l’organisation du monde. Mais elles ne se laisseront pas faire et lutteront par tous les moyens (et les leurs sont très importants, la propagande n’étant pas le moindre) pour conserver coûte que coûte leur train de vie. Avec la complicité de la population, qui accepte fort bien les efforts mineurs (les ampoules basse consommation) mais n’acceptera pas sans coercition (financière ou réglementaire) de renoncer à la bagnole ou à l’avion.

Nous ne devons pas accepter de nous laisser confisquer l’écologie, même rebaptisée “développement durable” par ceux-là même qui ont bousillé la planète en voulant gagner du pognon. Les Bush, les Sarkozy et autres commencent à se transformer en donneurs de leçons péremptoires, alors qu’ils auraient été bien inspirés de suivre celles de René Dumont, Jean Marie Pelt et quelques autres, avant qu’il ne soit trop tard. La bagnole a l’éthanol pollue autant que la bagnole au pétrole, et n’est pas une solution au problème, bien au contraire. Le nucléaire ne rejette pas de CO2, mais crée des déchets dont on ne sait que faire. De toute façon, l’uranium aussi est en quantité limitée, et ne devrait pas survivre très longtemps au pétrole.

La solution est dans la sobriété. Diviser par 4 notre consommation d’énergie pour la ramener au niveau, non pas de la diligence, mais des années 1970. Relocaliser la production. Arrêter le gaspillage et le productivisme à tout prix. Mieux partager le travail et les richesses. Faire preuve de solidarité.
Pour cela, il faudra bien sûr que chacun économise l’énergie à titre individuel. Mais, en Lorraine comme ailleurs, il faudra surtout briser le tabou de la croissance, qui implique un mode de vie incompatible avec la simple survie de la planète, et qui empêche d’adopter les solutions les plus évidentes. Affronter la terrible crise économique qui s’ensuivra inévitablement. Ensuite (quel raccourci !), il suffira d’appliquer les préceptes de Jean-Marie Pelt !

EDIT : je mets à jour le billet avec le panneau récapitulant les idées des participants, sur lesquelles les organisateurs ont planché tout l’après-midi. Une synthèse “officielle” devrait suivre…