
En France, la campagne électorale bat son plein. Son vide, plutôt.
Ségolène Royal se plante sur le nombre de sous-marins nucléaires, et Nicolas Sarkozy entretient le suspense sur la date de son départ du ministère de l’intérieur.
Je vous avais prévenu que ce n’était pas seulement un blog politique, mais que j’y parlerais aussi d’environnement.
Donc pendant ce temps là …
Nous continuons à consommer toujours plus de pétrole.
Nous continuons à rejeter toujours plus de CO2.
Le “toujours plus”, ça s’appelle la “croissance”. Je ne sais pas si vous êtes aussi sensibles que moi à ce petit vocable qui rythme les journaux télévisés et les discours des politiciens de tout bord depuis des dizaines d’années, mais pour moi c’est absolument flagrant. Une sérénade. Une rengaine. Une goutte d’eau qui tombe au milieu du front. Un leitmotiv. L’alpha et l’oméga du libéralisme économique.
Périodiquement, les sinistres nouilles incompétentes dont le travail est de commenter la vie économique (et qui en vivent grassement) nous font des synthèses avec des belles courbes dans lesquelles ils comparent la “croissance” des différents pays. Un peu comme des bidasses comparent la taille de leur bite dans les douches d’un régiment d’infanterie. Le but est le même : glorifier celui qui a la plus grosse et stigmatiser celui qui a la plus petite. L’analogie s’arrête là , car si pour la zigounette militaire on ne peut pas grand chose, nos économistes à 2 balles sont intarissables sur le moyen de l’augmenter ou de la maintenir, cette croissance. Ils houspillent nos politiciens au moindre signe de ramollissement. Et ceux-ci, en bons petits soldats du libéralisme, s’exécutent promptement.
En général, ça recoupe assez bien les poncifs dogmatiques néolibéraux : moins d’impôts pour les sociétés et les riches, plus de travail et de précarité pour les pauvres, moins de règlements pour protéger les pauvres des riches, et juste ce qu’il faut d’état pour protéger les riches des pauvres. Le monde néolibéral parfait. Certaines mauvaises langues ne sont pas sans constater l’analogie avec l’esclavage : pas de salaire, pas de droits, pas de chômage, et le maximum de profits (pour l’exploitant). J’y vois la limite vers laquelle tend le modèle, le but à atteindre.
Bon, je voulais parler de la “croissance”. Le problème est que cette course effrénée pompe au sens propre toute l’énergie de notre pauvre planète qui n’en peut plus. Je vais parler de la fin de l’ère du pétrole. Je ne vais pas aujourd’hui parler de CO2, même si tout est lié. Le problème du CO2 risque justement de s’aggraver quand il s’agira de remplacer le pétrole finissant par ce qu’on a encore sous la main. Et en premier lieu le charbon. Mais j’y reviendrai un autre jour.
Certains constats donnent le vertige : nous aurons bouffé en l’espace de 200 ans tout le pétrole de la Terre, Terre qui existe pourtant depuis 4 milliards 600 millions d’années. Ce pétrole est indispensable à toute activité humaine telle qu’on la conçoit aujourd’hui : production d’électricité, transport, matériaux (et notamment le plastique), engrais et pesticides qui seuls permettent d’atteindre les rendements exigés par l’agriculture industrielle qui nous nourrit. Une vie sans pétrole est aujourd’hui tout bonnement inconcevable.
Les responsables des compagnies pétrolières, repris en choeur par nos politiciens bêlants, clament qu’il reste pour 40 environ ans de pétrole. C’est bon, ne vous inquiétez pas et continuez à consommer tranquillement. Et, à la notable exception de quelques personnalités (citons l’écologiste Yves Cochet qui a écrit un livre (“Pétrole apocalypse”) sur le sujet), pas un ne reprend à son compte la théorie du “peak oil”, alias pic pétrolier, ou Pic de Hubbert (du nom géologue américain Marion King Hubbert qui a le premier émis cette thèse en 1950) qui risque de (euphémisme pour “qui va”) nous plonger dans la plus grande crise économique de l’histoire de l’humanité.
“Qui es tu, misérable petit blogueur, pour annoncer des énormités pareilles ? T’y connais quelque chose, toi, au pétrole, à l’économie, et aux politiciens ?”
- Il n’est pas nécessaire d’aligner une tripotée de diplômes sur sa carte de visite pour comprendre des concepts simples : j’explique :
Sur les politiciens, c’est facile. Il n’y a plus de “grands hommes”, avec une vision et un destin. En France, le dernier qui pouvait prétendre à cette description était De Gaulle, mort rappelons-le il y a plus de 35 ans.
Le problème c’est que des comme lui on n’en fait plus. Ses successeurs sont tous bâtis sur le même modèle : ce sont d’habiles communicants, des interfaces marketing dont le principal instrument du pouvoir est la télévision, mais dont la courte vue s’arrête aux élections suivantes. La préparation de ces élections occupe la plus grande partie de leur énergie. Ils sont tous persuadés que l’économie est la matière la plus importante du monde, leur politique relève du consensus mou, et suit à plus ou moins courte distance les prescriptions des lobbies économiques et des organisations patronales. Ceux qui arrivent au sommet sont les meilleurs d’entre eux, c’est à dire ceux qui arriveront à éliminer les plus faibles. Ce sont les plus assoiffés de pouvoir et de tout ce qui va avec, principalement l’argent et les femmes. Peut-on sérieusement compter sur ce type de personnage pour mettre en oeuvre une politique visionnaire et salutaire ? Assurément non.
L’économie, c’est encore plus facile. Du pognon, du flouze, de l’oseille, des pépettes, de l’euro, du dol, du profit, de l’EBITDA, du CAC40, du Dow Jones, du Nasdaq, des stock options, des hedge funds. Toujours plus. Jamais moins. Tous les ans davantage. Quoi qu’il en coûte. Plus aveugle ce n’est pas possible.
Le pétrole. Là , en apparence c’est plus technique. Mais on peut aisément simplifier. Le pétrole est un liquide qui se trouve en quantité limitée et plus ou moins connue dans les entrailles de la Terre. La consommation actuelle et passée en est aussi connue. Tout comme la capacité de production. Et c’est sur la base de ces données qu’on obtient les “40 ans de pétrole”. Soit.
Mais il y a un hic, et de taille. Risquons-nous à une analogie physiologique. Prenons notre vessie. Pas pour une lanterne, contrairement aux souhaits des politiciens et des économistes, car il est bien connu que ça brûle. Considérons-là comme un réservoir souterrain de liquide en quantité connue et limitée. Jusqu’ici, tout est clair. Bien. Commençons maintenant par émettre ledit liquide vers l’extérieur. De préférence dans un réceptacle idoine, sinon c’est dégueulasse. Que constatons nous donc :
- La durée de l’émission est finie. Impossible donc de pisser indéfiniment.
- Le débit n’est pas régulier. Il y a une phase de démarrage de la production, puis elle atteint son maximum, garde pendant un moment un rythme de croisière, avant de ralentir pendant un certain temps et de s’arrêter complètement et inexorablement.
Le pétrole, c’est globalement la même chose. Eh oui.
Munis de ces constatations, observons maintenant la consommation. Inutile cette fois de faire des analogies plus ou moins pertinentes, c’est plus simple à comprendre.
Pour satisfaire une demande toujours en hausse de produits et services en tout genre (c’est la fameuse “croissance” économique), la consommation d’énergie en général, et de pétrole en particulier, progresse en permanence. Le lien croissance/consommation de pétrole n’est peut-être pas exactement linéaire, mais les deux vont de toute évidence dans le même sens.
Jusqu’ici, la production a toujours su s’adapter à la consommation. Mais depuis quelque temps, des signes qui ne peuvent pas tromper un oeil avisé nous avertissent que ça ne va plus durer longtemps. Déjà le prix du baril de brut a fait la culbute dans les 2 dernières années. Et le marché est devenu très nerveux. Le moindre truc qui pète de travers sur un lieu de production, que ce soit un petit cyclone dans le golfe du Mexique, une grève ou un sabotage en Angola, une nationalisation au Vénézuela et le cours monte. Si c’est un événement plus important (une guerre en Iran par exemple), la montée sera brutale. Certes les prix peuvent un peu redescendre une fois l’événement digéré. Mais il ne faut pas se leurrer, les montées seront de plus en plus fortes, et les baisses toujours provisoires. Il n’y a pas de limite à la hausse. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les vrais problèmes n’attendront pas la dernière goutte de pétrole, mais se poseront dès qu’il attendra un prix déraisonnable.
Car la production est en train d’arriver à son maximum. Rappelez-vous le pipi ! Une autre différence avec la vessie, c’est que le pétrole est réparti dans des régions fort diverses, dans de multiples vessies, donc. Ce que l’on se sait pas forcément, c’est que beaucoup de ces vessies sont déjà vides ou presque depuis longtemps (aux Etats-Unis par exemple) , d’autres en passe de l’être. Et même celles qui sont encore un peu pleines, les plus importantes, dans le Golfe Persique, seraient déjà au maximum.
Ce qui veut dire que bientôt, la production de pétrole ne va plus pouvoir suivre la hausse de la demande (alias la “croissance”, toujours elle). Et comme les réalités physiques ont forcément la priorité sur les concepts virtuels (ce que les économistes refusent de comprendre, ça peut être très con un économiste…) , la “croissance” va nécessairement s’éclater la gueule contre un mur, le mur de la production pétrolière. Et ça va faire mal.
Je résume : la fin du pipi, c’est officiellement pour dans 40 ans. Mais le sommet du pipi, le “peak oil”, la croissance dans le mur, c’est bien avant ! Les plus pessimistes pensent qu’on y est déjà . Les plus optimistes voient ça en 2025. Comme les plus optimistes sont ceux qui ont le plus intérêt à ce que la date soit éloignée, la vérité est probablement plus proche des pessimistes que des optimistes. 2010 ? 2015 ? Demain en tout cas.
Que va-t-il se passer ? Là , on entre dans le domaine de la science fiction, et personne ne peut le prévoir précisément. Mais sans même être précis, on peut le supputer.
On pourrait utiliser les quelques années qu’il nous reste pour nous préparer. Mais en raison de l’inconséquence coupable des économistes qui foncent, des politiciens qui font tout pour les encourager à foncer, et des citoyens qui élisent ces politiciens, écoutent ces économistes et dont le seul but dans la vie semble être de consommer toujours plus et n’importe quoi, rien ne va être fait pour amortir le choc. L’économie droguée à la croissance va subitement se retrouver en état de manque, et s’écrouler comme un château de cartes. La “croissance” tient tout. Si elle n’est plus là , tout se casse la gueule. Rappelons en outre que parmi les 10 plus grosses sociétés privées du monde, 6 vendent du pétrole, et 3 des voitures. Ca illustre assez bien la dépendance de l’économie. Bref chômage, privations, misère, famines, épidémies, émeutes, guerres, tout devient possible. Tiens, c’est le slogan de Sarkozy ! Quel visionnaire, celui-là !
Vous me direz : “Mais pourtant, les politiciens commencent à s’en rendre compte et à prendre des mesures”. Excusez-moi, je me gausse. Je ne devrais pas, c’est pas drôle, mais c’est plus fort que moi, je me gausse.
Comme je l’ai dit tout à l’heure, les politiciens ne pensent qu’aux élections et à la croissance. Pour préparer et amortir le choc, il faudrait dès maintenant prendre des mesures progressives mais drastiques pour faire diminuer la consommation. Instaurer des taxes de plus en plus fortes, des quotas dégressifs… S’attaquer en force aux secteurs les plus consommateurs d’énergie : le chauffage, les transports, l’alimentation . Et en tout cas prendre des mesures coercitives. Pas des bonnes paroles reposant sur la bonne volonté de chacun : ça ne fonctionne pas. Le problème c’est que c’est électoralement suicidaire, et de toute façon incompatible avec la “croissance”. Je me souviens nettement de François Hollande pour le parti “socialiste” réclamant la baisse des taxes sur l’essence pour compenser la hausse du prix du pétrole. Il a tout compris, lui…
“Oui, mais ils ont tous signé le pacte de Nicolas Hulot !”. Certes oui. Mais une fois le nouveau président élu, Hulot pourra toujours hululer, c’est Sarkozy, Parisot et Sylvestre qui seront aux commandes. L’environnement, ça n’est qu’un des arguments à 2 balles avec lequel on amuse l’électeur. Tout comme le chômage qu’on promet de faire reculer depuis 30 ans et qui au contraire ne fait que monter. A tel point qu”on préfère s’attaquer aux moyens de truquer les chiffres pour faire croire à une baisse.
Le ferroutage est un bon exemple. C’est une mesure assurément bonne pour l’environnement. Mais compliquée à mettre en oeuvre, demandant beaucoup de temps et de moyens, et une volonté sans faille de la part des décideurs. Le ferroutage, il en est question à chaque élection. C’est typiquement la promesse qui n’engage à rien car on sait qu’on ne le fera pas. C’est exactement ce que disait (selon Le Monde qui s’était invité clandestinement à la réunion et a ensuite rapporté ces propos) le cyniquissime Gérard Longuet à ses colistiers peu avant les élections régionales de 2004 où il devait d’ailleurs subir une déroute mémorable. Le cynisme ne paie pas toujours : “vous n’avez qu’à leur dire qu’on va développer le ferroutage, ça n’engage à rien…”. Longuet est un pote de Sarkozy, et pourrait fort bien revenir au gouvernement…
L’urgence environnementale n’est pas forcément apparente. La majorité n’est pas consciente de la fin de l’ère du pétrole. Le réchauffement climatique n’a encore que des conséquences marginales. Du coup, il est tentant pour un politicien de brandir ce sujet électoralement flatteur. Du moins tant qu’on reste dans les généralités et les mesurettes, qu’on abreuve l’électeur d’éoliennes et d’éthanol mais qu’on ne lui dit surtout pas qu’on va tellement augmenter le prix des carburants qu’il ne pourra plus prendre sa voiture et encore moins voyager en avion… Au lieu de ça, on joue de l’oxymore et on brandit le “développement durable”, concept fumeux qui, sous une apparence raisonnable (liste de mesurettes plus ou moins pipeau et ridicule face à l’enjeu : cf éthanol, éoliennes), consiste à ne surtout rien changer de fondamental et dans les faits à continuer à consommer, gaspiller, polluer, bref faire de la “croissance” toujours et encore.
La seule alternative effectivement durable s’appelle “décroissance soutenable”. Mais à l’heure actuelle c’est un gros mot, totalement tabou. I guess you’re joking, my dear.. Il est pas bien, lui, arrêter la course folle à la “croissance”…
La “croissance”, vous savez, celle qui va bientôt se terminer dans un mur.
Cependant que…
Ségolène Royal se plante sur le nombre de sous-marins nucléaires, et Nicolas Sarkozy entretient le suspense sur la date de son départ du ministère de l’intérieur.
Ce qui prouve bien qu’ils ont tout compris et qu’ils vont s’en occuper…










Bravo, très bel article.
Merci, je l’aime bien aussi
Et bienvenue !
En réalité, en France, les politiques sont très conscient du problème. Un rapport de 2004 du ministère de l’économie prévoit le peak oil pour 2013 (contre 2010 selon l’aspo). Il me semble qu’aucune autre grande puissance occidentale ne prévoit le peak aussi tôt. C’est vrai que ça ne se retranscrit pas forcement dans le discours publique ou les mesures prises et que l’on va droit dans le mur, mais je pense que les politiques sont pour la plupart conscient du problème.
Bonjour et bienvenue !
On va jouer avec les mots, alors… Il y a manifestement plusieurs niveaux de “prise de conscience”. La plupart des hommes politiques ont certainement maintenant “entendu parler” du problème. Mais entre “en entendre parler” et “avoir une conscience claire et lucide des enjeux aussi désagréables soient-ils” il y a un monde.
En attendant, le brame à la “relance de la croissance” est toujours généralisé dans la quasi totalité de la sphère politique française, et il ne peut pas avoir de meilleure preuve que même s’ils sont au courant, ils n’ont rien compris !
Meme en face on y pense la preuve
:
I’d like to suggest that it’s time we start thinking about bikes as tools again. With gas prices approaching $4 per gallon, peak oil on the horizon, and the looming environmental catastrophe that is global warming on many peoples’ minds, there’s never been a better time to seriously look at bikes as a legitimate alternative to the automobile and give up this ridiculous idea we have in the U.S. that bikes are only playthings for the well-to-do.
extrait du blog http://www.recumbentblog.com/ que je visite souvent
tout de meme étrange ces dates qui concordent avec la fin du cycle 2012, ou les tempetes solaire prévue ‘Nasa’ 2010, fonte des glacier plus vite que prévue par la science 2015 - 2020 ect …
De toute facon les jeux sont fait, rien ne va plus, bonne chance à tous et à toutes.