Communiquer pour tenter de masquer le foutage de gueule

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Un billet, un de plus, sur les centaines qui ont été publiés pour souhaiter la bienvenue et tous nos vœux de réussite à Valls et à son gouvernement de branquignols combat.

Je ne vais pas m’étaler pendant des pages sur ce qui est une évidence : ce sont les mêmes qu’avant, juste un petit jeu de chaises musicales, c’est du foutage de gueule. Ça, tout le monde l’a vu. Il est bien évident que le message que les électeurs (et surtout les abstentionnistes) des municipales ont voulu faire passer, c’est : “On veut Royal et Rebsamen au gouvernement !”.

Néanmoins, les choses vont changer. On a déjà pu en avoir un aperçu : la communication. Valls a tous les défauts qu’on lui connaît, le premier étant qu’il est de droite, ce qui la fout mal dans un gouvernement autoproclamé “de gauche”. Mais il a été mis à cette place pour deux raisons principales :
- c’est le chouchou des médias
- c’est un spécialiste de la comm.

En effet, quelques années avant l’élection présidentielle, et avec le quinquennat c’est un mouvement quasi permanent, les médias choisissent les finalistes. C’est simple, il suffit d’en parler, et de le mettre en avant. Rappelez-vous l’ascension de Sarkozy dans les années 2000, l’engouement pour Ségolène Royal vers 2005 qui a séché sur place DSK et Fabius. Puis “l’évidence” DSK pour 2012, avant qu’il ne soit flingué en viol par l’hyperactivité de sa zigounette.

Désormais, pour affronter Sarkozy en 2017 (oui, les médias ont choisi Sarkozy, si du moins ses avocats sont assez talentueux pour trouver suffisamment de vices de procédure dans les nombreuses et gravissimes affaires qui le cernent), ils ont choisi Valls. Ca fait un moment déjà qu’il monopolise l’attention, fait l’objet de commentaires élogieux… Voir Sarkozy dans les années 2000, c’est son clone.

Ensuite, il y a ses talents de communicant. Un communicant, ce n’est pas quelqu’un qui fait, c’est quelqu’un qui fait savoir, qui fait croire, et qui raconte des histoires. Il est bien évident que coincé dans l’inextricable carcan de l’UE, des banksters et du traité Merkozy, le seul véritable travail de Valls, comme celui de Zayrault, sera de siphonner des milliards dans les caisses de l’Etat pour les donner aux banksters, et de faire en sorte que le peuple ne se révolte pas plus qu’il n’est décent.

Zayrault, c’était un pauvre type, un copain de Hollandréou, un notable polycumulard anachronique, un apparatchik de la SFIO totalement engoncé dans un costard bien trop grand pour lui, et qui faisait semblant d’essayer de résoudre les problèmes des années 2010 avec les méthodes des années 1960.

Valls n’arrivera pas davantage à résoudre les problèmes, bien évidemment. Mais il va faire du Sarkozy, c’est à dire créer ses propres sujets, faire diversion, enfumer, dicter son actualité : il va communiquer.

Il y avait déjà Montebourg, qui en faisait des tonnes et attirait les caméras. Il risque désormais de passer pour un débutant ou un modéré.

Qu’on se le dise, Valls est “populaire”. Comme Fabius, comme Juppé (ironie amère). Disons qu’il bénéficie d’une certaine estime des gens de droite, c’est logique. Et qu’en tapant sur les Roms, il recueille les suffrages de 90% des Français. Au moins.

Une anecdote révélatrice : Valls a bien sûr toujours habité Paris, là où il faut être, depuis qu’il fait de la politique. Mais comme tout politicard ambitieux, il lui fallait un “fief”, de préférence totalement artificiel, mais pas trop loin de Paris, pour “s’implanter”. (“Moi je le vois tous les jours dans ma ville de Meaux…”). Mais les places sont chères. Il a commencé du côté d’Argenteuil, y a échoué à conquérir la mairie ou à devenir député, avant de saisir l’opportunité de jeter son dévolu sur Evry.
Et la première chose qu’il a faite à Evry, c’est apprendre par cœur le nom des rues. Du Valls, tout craché.

Il y a d’un côté celui qui habite depuis des décennies dans une ville, et qui par la force des choses connaît bien toutes les rues pour y être passé des centaines de fois, qui connaît aussi beaucoup de gens; et puis tu as le Valls qui débarque avec son sourire carnassier ultra-brite, son beau costard et son culot monstre. Et qui comme un vulgaire Philippot qui apprend par cœur depuis son appartement parisien le nom des rues de Forbach, comme une Rachida Dati qui lisait les discours qu’un autre lui avait écrits avec le maximum de noms de rues et de marchés, Valls apprend le nom des rues d’Evry.

Là où le poste de premier ministre était pour Zayrault l’aboutissement d’une carrière de notable “socialiste”, ce n’est pour Valls que ce qu’aurait dû être la mairie de Paris pour NKM : un tremplin pour le grand destin que son ambition exige.

Certes, Chirac a été le seul premier ministre depuis 1974 à être devenu président (et encore, il a dû attendre 7 ans entre les deux). Valls est a priori mal barré, envoyé au casse-pipes. Mais il pourra toujours démissionner prématurément en se plaignant qu’on ne lui laisse pas conduire sa politique de droite…

Les deux grands amis de Valls ? Le “criminologue” Bauer, qui était aussi l’ami et le conseiller de Sarkozy (quelle surprise) et le pubard Fouks, celui qui a conseillé Jospin, DSK et Cahuzac… Une pointure.

Les complotistes noteront que Valls est à la fois membre de Bilderberg, du Siècle, des “Young leaders” et bien sûr franc maçon. Vous savez ce que je pense du complotisme, mais là, on peut convenir que ça commence à faire beaucoup pour un seul homme.

Avez-vous noté avec quelle délectation, quel soulagement, quel mouvement de reptation prosternatoire la presse en général a salué l’arrivée de Valls ?
Entre les téléconomistes qui jubilent, Lenglet en transes, France 2 qui diffuse une séquence hallucinatoire avec des images de Valls bébé, et Paris-Match qui met le sauveur en couverture avec sa … (heu… comment dire…. euh… mieux vaut ne rien dire, non ? Enfin si, “céciliesque”, ça va ?) d’épouse (“apprécier le sous-titre “Anne sera à ses côtés pour cette mission d’urgence”…) on comprend que l’objectivité et un sens critique intraitable vont être notre nouveau lot quotidien.

Zayrault avait été accueilli fraîchement. Les journaleux parisiens le prenaient manifestement pour un plouc. Je ne me souviens pas qu’il se soit affiché en bébé à l’écran, et j’ai vérifié : Paris-Match n’a jamais été jusqu’à lui offrir sa couverture. On met d’emblée Valls au (ca)niveau de Sarkozy.

Mais, comme tout le monde l’a également noté, Valls n’aura pas les mains libres. A se demander même s’il a eu le moindre mot à dire dans la composition du gouvernement, truffé de “potes à Hollande”. Un exemple accablant : Rebsamen. Tiens, je fais un copier/coller de ce que j’ai écrit quelques lignes plus haut sur Zayrault :
un pauvre type, un copain de Hollandréou, un notable polycumulard anachronique, un apparatchik de la SFIO totalement engoncé dans un costard bien trop grand pour lui”. Sénateur-maire, après avoir été député. Franc-maçon. Hollandréou avait dû lui promettre un poste de ministre un soir de bordée, il y a 20 ans…
Une tache sur son CV, que peu de monde semble avoir relevé : en 2007-2008, Rebsamen siégeait au conseil d’administration de Dexia contre un défraiement de 20000 euros par an. Dexia, la banque qui a ruiné des centaines de communes par ses prêts toxiques, et qui a coûté des milliards à l’Etat en renflouement.

Mais là où on touche le fond, c’est avec Ségolène Royal. Qui dispute, dans son style incomparable, à Christine Boutin, Nadine Morano ou Rachida Dati le titre honorifique de sommet du ridicule féminin en politique. Qui irait confier un ministère à Boutin, Morano ou Dati ? Ah, oui, c’est vrai, ils l’ont fait aussi.

Les médias, notamment étrangers n’ont d’yeux que pour elle. Et de broder façon intrigue de boulevard, avec des morceaux de Hollande, de Trierweiler et de Gayet, un zeste de Falorni.

Hé ho, c’est pas “Plus belle la vie”, ici, c’est la vraie vie !

Je doute fortement que ce soit Valls qui ait décidé de recruter le phénomène. Car comme dirait l’autre, il se “prépare des nuits blanches, des migraines, des nervous breakdowns“… Ségolène Royal n’est plus une femme politique, c’est un objet médiatique, une espèce de créature artificielle avec un cerveau de synthèse, un prototype de modèle conceptuel à la pensée virtuelle, qui est capable de dire et faire absolument n’importe quelle connerie à n’importe quel moment, si ça fait venir micros et caméras.

De la comm, toujours de la comm.

Au lendemain de la formation de ce gouvernement, on ne parle plus que d’elle.

Et pourtant, pour moi elle était professionnellement retraitée (après tout elle a 62 ans) et politiquement morte. D’ailleurs comment peut-on ça prendre au sérieux une telle foldingue boursouflée de l’égo, après avoir vu ça ?

http://www.dailymotion.com/video/x6w8ou

 

Elle vient de s’emparer avec force trompettes et clairons du dossier pourri de l’écotaxe, qu’elle promet d’enterrer de régler promptement. Bien du courage avec les bonnets rouges…

Le problème, c’est qu’elle en a profité pour nous livrer sa conception de l’écologie : pas d’écologie punitive !
“Ecologie punitive”. Quelle belle expression, d’où suintent les remugles des préceptes judéo-chrétiens. Je ne sais pas qui a inventé cette expression grotesque, mais je me souviens avoir entendu le chasseur d’extrême droite Nihous l’avoir employée contre Eva Joly. Sacrée référence.

Je sais que je perds mon temps à qualifier les gesticulations de Royal, mais derrière ses pitreries permanentes et son melon hypra dilaté, son écologie à elle, c’est la “croissance verte”, le “green washing”, les voitures électriques (“moi en Poitou Charentes”, j’ai sauvé la branche électrique d’Heuliez avec la Mia (des millions d’euros de subventions pour quelques centaines de voitures fabriquées (201 en 2013))

Non pas que la voiture électrique ou les panneaux solaires ne puissent avoir une utilité, mais ils n’ont aucun sens si on ne change rien d’autre. Et les “socialistes” n’ont l’intention de rien changer. La croissance, le bétonnage, les centres commerciaux et autres grands projets inutiles, voilà le programme.

Il n’est pourtant pas difficile de comprendre les principes de la fiscalité écologique : il n’est pas normal de payer le même prix l’eau que l’on boit ou que l’on utilise pour se laver que l’eau qui sert à remplir une piscine. Et taxer les pratiques néfastes permet de financer les pratiques que l’on souhaite encourager à l’avenir. Pas besoin d’avoir fait l’ENA pour comprendre ça. Et il semble faire qu’avoir fait l’ENA soit un handicap insurmontable pour le comprendre.

Royal, c’est la folle qui fonce en bagnole vers un mur, et qui au moment où elle voit le mur, accélère encore plus fort. C’est vrai, quoi, freiner ce serait “punitif”.

Un peu comme un vulgaire Pascal Bruckner.

Royal (et en général tous les politicards qui parlent d’écologie) devraient lire Pierre Rabhi ou Hervé Kempf. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas le temps, trop occupé à lire le Financial Times, le bulletin du MEDEF, les sondages, et la liste des rues d’Evry.

En fait, le seul petit espoir, c’est que le projet grotesque de Notre Dame des Landes soit abandonné, puisque Royal y serait hostile, et que Valls n’a forcément pas la même motivation de Zayrault pour ce machin, et qu’il sera trop heureux de lâcher un truc dont il n’a rien à foutre en échange de tout le reste.

Car le reste, on le connaît. Même si en ce moment les téléconomistes amnésiques en font des tonnes sur les négociations françaises à Bruxelles pour repousser l’échéance (initialement prévue en 2013) du déficit à 3%, ils oublient le traité Merkozy : les 3%, ce n’est qu’une étape, avant les 0% (“la règle d’or”) prévus pour 2017 puis le remboursement de la prétendue dette par morceaux tous les ans jusqu’à ce qu’elle ne dépasse plus 60% du PIB.

En clair, le PIB et la dette étant quasiment identiques autour de 2000 milliards d’euros, et le déficit actuel venant de s’établir à 4.3% fin 2013, ce sont environ 85 milliards d’euros par an (et non 50 comme on l’entend tous les jours) qu’il va falloir voler aux français d’ici 2017. Sans compter les cadeaux patronaux, qui s’y ajouteront immanquablement. Dans ces conditions, le fumeux “cadeau fiscal” prétendument promis par Hollandréou avant les municipales relève de la vaste blague.

Puis, à partir de 2017, il faudra résorber 5% de tout ce qui dépasse 60% du PIB, c’est à dire 5% de 800 milliards, soit 40 milliards de plus pendant quelques années encore.

Bref, comme disait l’autre, serrez-vous la ceinture encore 5 ans, et après, vous serez habitués…

Sans oublier le chantier le plus épouvantable qui s’annonce : le “grand marché transatlantique” , alias TAFTA . On en reparlera, assurément, mais sachez qu’Hollandréou n’a pas été reçu en grandes pompes aux Etats-Unis par hasard : on compte manifestement sur lui pour nous faire avaler cette monstruosité.

Il va vraiment falloir que Montebourg, Royal et Valls “communiquent” à plein tube et fassent suffisamment de fumée pour que le peuple ne voie pas l’ampleur du pillage. Et même en sollicitant toutes les marinières, toutes les MIA électriques, toutes les larmes et les complaintes de cocues, et (le plus important) tous les Roms de France et de Navarre, je doute que ça passe, c’est décidément trop gros.