Quand Nancy se prend pour Davos

davos-nancyC’est l’hallucination. Ce lundi, pour la deuxième année consécutive, Nancy se prend pour Davos. La place Stanislas, ce joyau local, sera privatisée pour accueillir une sauterie patronale des plus vulgaires.

Qu’est-ce cette clique de riches bavards plein de morgue vient-elle foutre à Nancy ?

Nancy qui  vient enfin de se débarrasser de Rossinot, qui était conseiller municipal depuis 45 ans et maire depuis 31 ans… Enfin, débarrasser, façon de parler, puisque Rossinot a nommé lui-même son successeur, Hénart.

Chez ces gens-là, on se bat les cacahuètes du prétendu “suffrage universel”, et on se croit manifestement encore au temps de la monarchie de droit divin… Et puis Rossinot s’est aussitôt bombardé président du “Grand Nancy”, pour occuper ses vieux jours (il a 75 balais). Il a aussitôt pris la grande décision qui s’imposait : doubler le salaire du titulaire de la fonction. Fabuleux ! Ces gens-là sont indécrottables.

Au passage, qu’a fait Rossinot tout au long de sa carrière, à part fréquenter les loges maçonniques et se goberger tous les jours aux frais de la princesse dans les meilleurs restos, au point d’acquérir un tour de taille et un taux de cholestérol inversement proportionnels aux QI de Ribéry, Evra et Benzema réunis ?

Riche idée de venir fêter les grands patrons en Lorraine, région qui en a tant souffert. Qu’on se rappelle tout le pognon public versé pour racheter à prix d’or le secteur minier moribond aux De Wendel, avant de le liquider. Qu’on se rappelle Daewoo à Mont Saint Martin, JVC à Longwy, et plus récemment Mittal à Gandrange puis à Florange…

Et ce lundi, on remplace en quelque sorte “Lorraine cœur d’acier” par “BFM Business”. O tempora, o mores

La Lorraine est une zone sinistrée, et ce pince-fesses y est à peu près autant à sa place que le couronnement du nouveau roi d’Espagne aux restos du cœur.

Forum sur les idées économiques”, qu’ils appellent ça.

Rappelons que les “idées économiques” les plus représentatives des grands patrons ces dernières décennies sont :
- le remplacement de travailleurs occidentaux aux conditions décentes par des esclaves d’Asie, du Maghreb ou des pays de l’Est, entraînant un chômage de masse à l’ouest, propice aux bénéfices pour les actionnaires et à la docilité des salariés qui restent.
- la défiscalisation des bénéfices par des montages insensés passant par des paradis fiscaux, et privant les finances des pays concernés de centaines de milliards.
- la décorrélation du prix de vente par rapport au coût du produit, qui permet grâce à la publicité invasive de faire payer des fortunes à des neuneus qui sont fiers de s’offrir des gadgets construits à vil prix par des esclaves.

Rappelons aussi que, contrairement à la propagande colportée à l’infini sur les ondes, le rôle d’une entreprise capitaliste n’est pas de “créer des zemplois”, mais de “créer de la richesse pour ses actionnaires”. Certes à cet effet il lui faut en général créer des zemplois, mais dès qu’il est possible de se débarrasser de ses salariés pour augmenter ses profits, on en revient vite fait à la définition de base.

L’an dernier, l’invité d’honneur était le social-traitre allemand Gerard Schroeder, le type qui a thatchérisé l’Allemagne. Sacrée référence, puisqu’en Allemagne comme partout ailleurs en occident la “croissance” est nulle ou tout comme, la dette y est encore plus importante qu’en France, et les chiffres du chômage, certes flatteurs sur le papier, sont complètement truqués et cachent mal une précarité de plus en plus problématique (avec notamment les “jobs à un euro”, honte absolue). Pour Schroeder, par contre, tout va bien, puisqu’à la fin de son mandat public, il a été embauché par Gazprom, cette clique de mafieux milliardaires qui a volé une ancienne entreprise étatique russe.
Pas de grande pointure internationale cette année, néanmoins à la vue du trombinoscope des intervenants, on est tiraillé entre le rire compulsif et le vomissement.

Pour les caricatures, vous avez Pierre Gattaz, patron du MEDEF de père en fils, et auprès duquel sa prédécesseuse Parisot, pourtant une fieffée coquine, était presque modérée… Franz Oliver Giesbert, jamais très loin des gamelles de soupe.

Vous ne connaissez peut-être pas Gaspard Koenig, pourtant vous devriez. Ce type est un des fondateurs du thatchérien PLD (parti libéral démocrate), un de ces intégristes dérangés du ciboulot qui voudrait éradiquer de la surface terrestre tout ce qui ressemble à du secteur public, à un fonctionnaire, à une taxe, à un impôt ou à un règlement. Il passe parfois chez Taddéi, je vous le conseille, c’est impressionnant. Rappelons au passage que le PLD est rattaché à l’UDI (ce qui en dit long…), et, pour les messins, que leur représentante locale est Christine Singer, qui faisait partie de la bande de pieds nickelés de l’équipe Zimmermann, et qui malgré la défaite siège au conseil municipal. Guillaume Sarkozy !!!!! M’enfin ! Et le “”socialiste”” (oui, il y a bien 2 guillemets) Védrine, sans doute venu faire la révérence à Gattaz pour l’assurer, si besoin était, de la servilité absolue du gouvernement.

Ajoutons-y quelques larbins de téléconomistes (Jean-Marc Vittori, Philippe Dessertine, Elie Cohen…), de ceux qui monopolisent les ondes pour y psalmodier le salmigondis libéral, y célébrer ce monde capitaliste libéral qui est si bon (surtout pour eux à qui il permet de vivre grassement), y prêcher la “croissance” et la “baisse des charges et du coût du travail” (en français : “la baisse des salaires”). En oubliant parfois de décliner leur identité complète. Car la plupart d’entre eux ne sont pas seulement “économistes”, ou prof à la business school de Trifouilly les Oies (oui oui, ces guignols ne disent plus “école de commerce, c’est d’un has been, ils disent “business school”), mais ont aussi, comme l’avait noté Laurent Maudit dans “Les imposteurs de l’économie”, des intérêts sonnants et trébuchants chez de grands patrons et/ou des banksters. Cohen par exemple siège au conseil d’administration de EDF Energie Nouvelle, de Stéria et de “Pages Jaunes”… Combien seront-ils payés pour leur intervention, que l’on sait d’avance passionnante, à cette sauterie ?

Quelques prix Nobel pour faire sérieux, les colporteurs de propagande de la presse locale, et voilà !

Au total, 800 VIP. Et si vous vouliez en faire partie, sachez qu’il vous faudra débourser la modique somme de 300 euros.

… et si vous êtes de l’autre côté des barrières, contactez plutôt le café-repaire de Nancy !

[Un grand merci à Tof, que j’ai revu lors de l’adieu à Touchatout, qui s’occupe désormais du Café-Repaire de Nancy, qui a sorti le sujet et fourni les célèbres affichettes du Café-Repaire !]

L’humanité n’a plus d’avenir

Sans transition, laissons tomber les vallseries, les cambadelleries (“On n’a pas de croissance”, “il faut renégocier Maastricht”… Pauvre bouffon) et autres joyeusetés court-termistes et franco-françaises pour nous intéresser… à l’avenir de l’humanité. Pas le journal, hein, l’humanité. Nous, les humains. … Continue reading