
Préalable numéro 1 : Dieu n’existe pas
Préalable numéro 2 : oui, il existe des curés qui non seulement ne sont pas pédophiles, mais qui ont en plus assimilé la parole de Jésus et sont réellement plein de bonté, de dévouement, d’altruisme. Certains ont payé de leur vie leur opposition au nazisme (ou au communisme).
“Anticlérical fanatique
Gros mangeur d’écclésiastiques,
Cet aveu me coûte beaucoup,
Mais ces hommes d’Eglise, hélas !
Ne sont pas tous des dégueulasses,
Témoin le curé de chez nous.
Quand la foule qui se déchaîne
Pendit un homme au bout d’un chêne
Sans forme aucune de remords,
Ce ratichon fit un scandale
Et rugit à travers les stalles,
“Mort à toute peine de mort!”
Préalable numéro 3 : de la même manière, il y a des mammifères marins, des politiciens désintéressés, des patrons de gauche et des journées ensoleillées au Luxembourg…
Ceci étant dit, je reviens brièvement sur l’offuscation affichée par certains prêtres, et même, ô surprise, par leur Grand Gourou du Vatican, à propos du sort fait aux Roms par les sinistres seconds couteaux de la Sarkozie, dans un pathétique effort pour récupérer des électeurs à l’extrême droite en vue de 2012.
Moi qui suis un malchanceux indécrottable, et vois surtout de la pluie et du froid au Luxembourg, je vois aussi beaucoup de catholiques vieux, réactionnaires, intolérants, racistes, xénophobes, et auxquels il vaut mieux ne pas parler de noirs, d’arabes ou d’homosexuels… ne parlons même pas de Roms… Les sondeurs nous ont appris qu’ils ont ultra-majoritairement voté Sarkozy en 2007 en toute connaissance de cause, attirés par ce programme alléchant fait de travail, de famille, de patrie… et de lutte contre l’insécurité et le gibier de Kärcher.
Alors les cathos choqués par les gesticulations hortefo-bessoniques qui désertent en masse les rangs Sarkozystes, c’est un fablieau pour journalistes en mal de copie auquel je ne crois guère…
En écoutant ces billevesées dans le poste, je me suis distinctement rappelé avoir jadis lu un chapitre sur le sujet dans l’excellent documentaire du journaliste allemand Günther Wallraff : “Tête de Turc”. 25 ans avant que Florence Aubenas n’écrive son livre dans la peau d’une femme de ménage intérimaire, Wallraff s’est teint les cheveux, laissé pousser la moustache, et affublé de lentilles de contact sombres pour devenir Ali Sinirlioglu, immigré turc en Allemagne. Un livre édifiant qui narre les conditions épouvantables faites à ces malheureux dans le monde du travail allemand. J’ai retrouvé le bouquin et le passage.
Ali se met un jour en tête d’aller voir un curé pour se faire baptiser. En fait, il n’en voit pas un, mais trois. Et il se fait jeter trois fois. Voici le dialogue avec le premier…
“Un presbytère dans un quartier chic; autour, un jardin de la taille d’un parc.
Un prélat d’une soixantaine d’années entrouvre légèrement la lourde porte de chêne ornée de fioritures en fer forgé et jette à Ali un regard plus que réservé. “Je n’ai rien à te donner, lui lance-t-il, va au bureau d’aide sociale !”
Ca, je ne m’y attendais pas !
Le prêtre remarque ma stupeur et, sans me laisser le temps d’exposer ma requête, met les choses au point : “il y a tellement de gens qui viennent quémander ici, alors par principe je ne donne rien. Ici c’est un presbytère, pas un…”
Je l’interromps. “Mais moi, c’est pas l’argent que je veux, seulement le baptême !”.
La porte s’ouvre un peu plus, et il me dévisage d’un regard mi-critique, mi-intrigué. “Ah ! Bon, fait-il, vous savez, il y a tellement de gens qui viennent me trouver parce qu’ils sont fainéants et préfèrent vivre aux crochets des autres plutôt que travailler… Mais où est-ce que vous habitez ? Quel âge a l’enfant ? Le baptême est prévu pour quand ? “
Je lui indique donc “mon” adresse. Mais comme il s’agit d’une rue très chic, où Ali, selon toute évidence, aurait du mal à payer une semaine de loyer, je précise aussitôt : “Moi, j’habite dans la cave, là. Mais c’est pas le baptème pour l’enfant, c’est pour moi ! J’suis Turc, avant j’étais avec Mahomet, mais maintenant je veux faire baptiser. C’est meilleur avec Christ. Mais je voudrais vite parce que…”
Il me regarde avec des yeux ronds, un peu comme si au lieu de lui demander de lui accorder le sacrement du baptême, je l’avais prié de me circoncire… Il repousse à nouveau la porte, ne laissant subsister qu’un minuscule insterstice : “Hé ! Minute papillon, lance-t-il. C’est pas si simple… Il y a toutes sortes de conditions…”. Puis, jetant un regard dédaigneux sur ma tenue dépenaillée. “C’est qu’on n’accepte pas n’importe qui dans notre paroisse…”
Je ne lâche pas prise, mettant en relief l’urgence de ma requête : je risque d’être expulsé d’un moment à l’autre. Cela ne l’impressionne pas le moins du monde. “Hola, tout doux, l’ami, tout doux ! Il faut d’abord que j’en parle au conseil de paroisse. Mais surtout, commencez par m’apporter une carte de séjour en règle !”
Mon objection “Mais Christ il n’avait pas asile ni toit” lui paraît sans doute ouvertement blasphématoire car il me claque la porte au nez sans sommation.
Je me mets alors à sonner sans interruption, histoire de lui administrer la preuve de ma détermination à devenir membre à part entière de la communauté des croyants. Il ouvre brusquement la porte et se met à me sermonner : “Je vous ai dit que ce n’est pas l’Armée du Salut, ici ! Si vous n’arrêtez pas tout de suite, j’appelle la police !”
Je fais une dernière tentative pour le rappeler à ses devoirs professionnels et à sa conscience chrétienne. Je m’agenouille les mains jointes et implore : “Au nom de Christ ! Le Baptême !”
Pour toute réponse, la porte claque à toute volée.
Etonnant, non ? Le mythe en prend un coup… Ce curé est vraiment fabuleux ! Il serait accueilli les bras ouverts à l’UMP tant il en a tous les tics de langage, toutes les “valeurs” poussiéreuses… Tout ce que l’église catholique s’emploie désormais à rejeter, comme l’a prouvé cette campagne de communication autour des Roms…


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