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Feb32010 ![]() Vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler du dernier film de Jacques Perrin : Oceans. Car dès qu’on ne parle plus d’identité nationale, de burqa, de Georges Frêche, ou de “La Ferme Célébrités” (assurément les 4 problèmes cruciaux de l’humanité) on a toutes les chances d’entendre Jacques Perrin nous vanter ses années de travail, la technologie nécessaire au tournage, et d’entrapercevoir la bande-annonce.
Amoureux des belles images, de la mer, des fous de Bassan et de bien d’autres choses, je suis donc allé voir le film ce dimanche.
Après “Le Peuple Migrateur” et “Microcosmos”, on n’est pas vraiment surpris de voir de belles images. Mais toujours aussi admiratif. Somptueuses, admirables, poétiques, grandioses, spectaculaires. Au ralenti, c’est plus esthétique quoique moins réaliste. On en prend plein les yeux. Les baleines sont placides et gigantesques, les fous qui plongent (je parle des oiseaux) crépitent autour de la caméra, les dauphins sont des athlètes pleins de joie de vivre, le grand requin blanc est terrifiant à souhait. Le temps passe, les images s’enchaînent, ça ressemble un peu à l’”émission “Les Animaux du Monde” de mon enfance. En mieux foutu techniquement, ça va sans dire. Il y a bien une voix off irritante, mais j’arrive à l’oublier. Je n’ai pas non plus vraiment perçu de scénario, malgré les explications radiophoniques du réalisateur, mais peu importe. Je ne regrette même pas le prix des tickets, pourtant salé, c’est de circonstance.
Ce billet aurait pu s’arrêter là, mais je n’ai assurément pas le talent de “Mon amie chômeuse” , et je ne voudrais sûrement pas lui faire concurrence sur son créneau. Alors continuons, et faisons du SuperNo.
Vers la fin du film, la poésie se fait la malle. Brutalement. Les images épouvantables de dauphins morts asphyxiés dans des filets, de thons massacrés dans des gerbes de sang, de baleine occise au harpon explosif, et même d’un pauvre requin auquel des pêcheurs coupent les ailerons et la queue, avant de le rebalancer à la mer (la carcasse de requin est imbouffable). Une longue séquence insupportable où l’on voit cette pauvre bestiole qui coule à pic, essayant désespérément de nager sans évidemment y parvenir et sans comprendre ce qui lui arrive, avant de s’échouer sur le fond et sans doute de mourir dans d’atroces souffrances ou bouffé par un congénère.
Puis, plus furtives, d’autres images dérangeantes, des photos satellite de la pollution à l’embouchure des fleuves, un phoque qui nage dans les détritus urbains et joue avec un caddie® sans oublier le sempiternel ours blanc, victime avec ses camarades des pôles, de la fonte des glaciers.
Au début et à la fin du film, Jacques Perrin apparaît avec son fils de 7 ans, et joue au papa sentencieux. Sur le mode “tu vois petit, la mer, c’est ça, et il faut la protéger, sinon, ça deviendra ça…” (on découvre que les poissons qu’ils regardent sont dans un aquarium.
Voilà, c’est fini.
Du coup me voici très mal à l’aise. Harcelé par les questions de mon gamin de 4 ans “Pourquoi y peut pu nager, le roquin ?”. Ben oui, il n’a retenu que ça de tout le film ! Pour une fois que je pouvais aller au ciné avec femme et enfants sans se farcir un “Disney-Like”, c’est réussi.
En fait j’ai le sentiment que Jacques Perrin a d’abord voulu faire un film “avec de belles images”, mais que, la mode aidant, et ne voulant pas passer pour un has-been après les succès de Yann Arthus Bertrand, il a voulu rajouter une “touche écolo” pour finir.
Le problème, c’est qu’on est loin du compte ! Déjà dans le film “Home”, on reproche à Yann Arthus Bertrand (comme on le reproche aussi à Nicolas Hulot dans ses émissions de télé) d’avoir un message écologique insuffisant, ambigu, et pour parler clair qui ne remet absolument pas en question le système économique dominant mais se complaît dans les refrains lancinants et velléitaires dans le genre “il faut que ça change”, “si ça continue, il va falloir que ça cesse”, etc… Avant de donner de précieux conseils de remplacement des ampoules à incandescence, quand ce n’est pas sur l’art de fermer le robinet quand on se brosse les dents. Et encore, je suis injuste avec YAB, dont j’ai souligné qu’il fut le premier à prononcer le mot “décroissance” dans un JT de 20 heures …
Avec Jacques Perrin, c’est pire. Le message est réduit à la portion congrue. “Mon petit, il ne faut pas abîmer la mer”. Médite, et mets ton mouchoir dessus.
Ben oui, mais quand on est un peu terre à terre, on s’interroge : on fait quoi ? Ma fille, qui a le même âge que le fiston Perrin, et un solide bon sens, a trouvé la solution : “Je ne mangerai jamais d’ailerons de requins !”. Simple à mettre à œuvre, pas franchement contraignant, mais hélas totalement insuffisant…
Flash-back. J’arrive au Kinepolis de Metz, un peu à l’écart du centre, il faut y aller en bagnole. Sidérurgie, énergie, ressources naturelles, pétrole, CO2, particules, bruit, bitume, accidents, zone commerciale périphérique immonde. Arrivée au cinéma, parking bien garni. Multipliez les adjectifs par le nombre de bagnoles. Pour être sûr d’avoir des places, j’avais réservé les billets sur internet. Frais de dossier, 50 centimes par billet. Ça fait longtemps que je n’étais pas allé à ce cinéma, plus habitué aux films militants du ciné associatif Caméo. Mais il a tout changé : quasiment plus de caisses “humaines”, mais des machines partout. Efficaces, certes. Mais entre les “frais de dossier” et le personnel qu’il ne paie plus, Monsieur Kinépolis est un filou ! Et ce n’est pas tout : entre les machines et l’entrée du cinéma, on passe dans une espèce de supérette, qui a pour particularité de ne vendre que des saloperies hors de prix ! Je savais déjà que c’est sur le pop-corn que le cinéma se fait le plus de marge, mais ici tout est à l’avenant : si on veut éviter les saloperies gazeuses pleines de sucre de chez Coca au prix du Saint Emilion Grand Cru, on peut se rabattre sur une bouteille de flotte, à condition d’accepter de payer les 33 cl au même prix qu’un pack de 9 litres chez tout détaillant ordinaire… Un vulgaire paquet de bonbecs, 8 euros 90 !
Une seule caissière à la sortie, le bénéfice doit être colossal ! Malgré les prix scandaleux, la plupart achètent. Comme disait l’autre, “finalement de moins pire en banal, elle finira par trouver ça normal”.
L’inconvénient, c’est que la salle pue le pop-corn. Odeur écœurante, désormais sans doute indissociable d’une séance de cinéma… D’ailleurs du pop corn il y en a partout, même par terre mélangé au coca renversé… S’il accepte de payer ces saloperies une fortune, le client estime sans doute que ça lui confère le droit de le balancer comme il le veut… Et le personnel en sous-effectif n’a évidemment pas eu le temps de nettoyer correctement entre deux séances.
La séance, elle est à 16h45. Mais il ne faut pas croire que le film va commencer avant 17h30 ! Avant, il va falloir se farcir toutes ces publicités plus débiles et scandaleuses les unes que les autres. C’est un comble, chez soi, avec beaucoup d’efforts on arrive à slalomer pour en éviter la plupart, mais ici il faut payer pour avoir l’obligation de se les farcir ! Et tout y passe : bagnoles, banques, bouffe, gadgets, voyages, parfums, fringues… Tout ce qui fait que le monde est aujourd’hui en si piteux état. Telluriquement et humainement.
Pour prolonger le calvaire, il faut encore endurer les “bandes annonces” des plus improbables navets à venir. Pour attirer dans ces salles un public que je suppose majoritairement jeune, insouciant, et peu porté sur la critique socio-économique, les scénaristes rivalisent dans l’outrance, l’usage déraisonnable des effets spéciaux et le grandiloquent. Une entreprise industrielle de décérébration, dont le but (décidément universel) est globalement d’aider Coca-Cola à vendre ses produits…
En une seule séance de cinéma, on a un condensé de la vie rêvée des riches (ceux qui vont au cinéma), de toutes les valeurs occidentales, tout ce qui fait que la terre est pourrie et que les océans risquent de devenir une poubelle surexploitée.
Comme le dit si bien Fabrice Nicolino dans son livre “Bidoche” : “derrière une côte de bœuf, j’ai fini par voir un bœuf.” Pire, si on regarde encore mieux, on s’aperçoit que derrière le bœuf, il y a des céréales OGM, du Monsanto (engrais et pesticides), de la déforestation amazonienne, et beaucoup de CO2…
Et par analogie, derrière une boîte de thon… il y a un thon… Tout comme derrière les sushis, que les bobos friqués, mais écolos, aiment tant. Toutes les espèces de thons ne sont pas encore menacées. Mais comme on le voit en ce moment même, les gouvernements préfèrent caresser dans le sens du poil les pêcheurs de thon rouge de Méditerranée, ces “artisans” sur des bateaux industriels qui repèrent les bancs de thons par des avions-radar. Ils peuvent allègrement exploser leurs quotas, mentir, tricher, et trouvent porte ouverte au ministère dès qu’il s’agit d’aller pleurnicher. Au bout du compte, il n’y aura plus de thons, et donc plus de pêcheurs non plus…
On ne peut pas souhaiter que l’océan de nos petits-enfants soit aussi beau, propre et peuplé qu’aujourd’hui sans dénoncer ouvertement tout ce qui le menace : la surpêche, le tourisme débridé, le bétonnage forcené du littoral, les gaz à effet de serre, les hydrocarbures, la chimie, les emballages, les containers par millions. La société de con-sommation et ses excès, la croissance érigée en dogme absolu, la publicité, les multinationales.
Et c’est là qu’on repense à l’introduction du film. Il a coûté 49 millions d’euros. Et à cet effet, a reçu quelques brouzoufs de la part de joyeux philanthropes, ce qui a les a autorisés à figurer au générique. J’ai relevé EDF (et ses centrales nucléaires), Véolia (qui remplace les fonctionnaires par les précaires. Pas de problème de concertation avec EDF, ils ont le même patron !) , Total (son Erika, ses sables bitumineux), Crédit Agricole (son racket des paysans, sa spéculation, sa crise financière), la Principauté de Monaco (avec son argent encore plus sale que l’océan), Madame Bettencourt (la femme la plus riche du monde, accessoirement première actionnaire des multinationales l’Oréal et Nestlé)… (Plus de détails sur le blog Ecran Noir.)
Le même travers, les mêmes limites que pour YAB et Hulot. Le réalisateur reçoit des millions nécessaires à son tournage, mais revêt alors une laisse qui l’empêche de dépasser les limites acceptables par le système.
Jacques Perrin devrait être plus explicite quand il philosophe devant son fils : pour sauver les océans, il faut faire disparaître Total, il faut ruiner EDF, il faut renationaliser Véolia, il faut boycotter l’Oreal et Nestlé, il faut supprimer la pub dont on gave les gamins dès la naissance, il faut fréquenter les cinémas de quartier plutôt que les multiplexes, et il ne faut voter que pour des politiciens qui ne répètent pas “croissance” 17 fois par minute (à condition d’en trouver).
Mais tout ça, sans même savoir s’il le pense, il n’a évidemment pas le droit de le dire !
[Désolé, toujours pas eu le temps de chercher une solution valable au problème des sauts de lignes…]
Jan302010 [Avant-propos qui n’a rien à voir : il semble que depuis le passage à la V 2.9.1 de Wordpress, les sauts de lignes soient bouffés ! J’ai cherché la solution pendant quelques heures, sans la trouver, et il semble que je ne sois pas la seule victime. Tant pis, je publie comme ça, même si c’est indigeste. […] Jan252010 Avant même de connaître tous les tenants et aboutissants de cette affaire, ce qui me fournira sans aucun doute l’occasion d’un “vrai” billet, j’en sais suffisamment pour être en colère et associer ce blog à l’élan de solidarité naissant sur les blogs lorrains pour soutenir la taulière de feu le blog vivametz.net, fermé pour deux […] Jan222010 Cette conférence/débat a eu lieu mardi dernier. Elle était organisée et présentée par ATTAC Moselle, représentée par Alain Lerouge. L’éducation populaire est un des dadas d’ATTAC. Il faut louer ce genre d’initiatives, qui est l’occasion pour le profane de venir comprendre et approfondir des sujets plus ou moins ésotériques, et en tout cas entendre un […] Jan152010 Les avez-vous vus, ces minus, sauter de joie à l’annonce du “franchissement de la barre symbolique des 4000 points” par leur révéré CAC40, objet de toutes leurs attentions ? Jan82010 C’est à peine croyable tellement c’est énorme : Sarkozy vient de lancer l’idée d’une “carte de réduction” qui permettrait aux jeunes de télécharger légalement de la musique, avec une réduction de 50%, financée… par l’État (en faillite, rappelons-le). Je n’insiste pas sur la stupidité de mettre à nouveau l’État à contribution pour des trucs pareils, à […] Dec302009 Suis-je anormal de m’énerver à chaque fois que je vois un bus ou un camion de poubelles estampillé Véolia ou Suez ? |
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